{"id":81598,"date":"2025-06-13T14:15:46","date_gmt":"2025-06-13T14:15:46","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/06\/13\/lisez-que-diable-ou-bien-cessez-de-gemir\/"},"modified":"2025-06-13T14:15:46","modified_gmt":"2025-06-13T14:15:46","slug":"lisez-que-diable-ou-bien-cessez-de-gemir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/06\/13\/lisez-que-diable-ou-bien-cessez-de-gemir\/","title":{"rendered":"Lisez, que diable\u00a0! Ou bien cessez de g\u00e9mir"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Lisez, que diable ! Ou bien cessez de g\u00e9mir<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>13-06-2025 (14H15) &ndash; Je vous le confie : ce texte de commentaire que vous lisez m&rsquo;a rendu fou \u00e0 cause des innombrables fonction de &lsquo;<em>Words<\/em>&lsquo; qui, manipul\u00e9es par hasard, m&rsquo;ont fait perdre un texte initial, totalement perdu, nullement retrouv\u00e9, insult\u00e9, conchi\u00e9, abandonn\u00e9 et bient\u00f4t enfui dans la m\u00eame grandiose merde progressiste que repr\u00e9sente notre \u00e9poque. Ainsi commence cette lecture encourageante, que les quatre-cinqui\u00e8mes des derniers lecteurs qui nous restent ne liront certainement pas dans sa totalit\u00e9, &ndash; sans que je puisse le leur reprocher.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Vous, lecteurs impatients et avides de savoir, inutile d&rsquo;attendre ! Partez, allez aux autres sites qui vous \u00e9l\u00e8vent l&rsquo;esprit jusqu&rsquo;\u00e0 constater qu&rsquo;au-dehors des gouttes qui strient la vitre, &ndash; \u00ab\u00a0donc il pleut\u00a0\u00bb, &ndash; des bombes (si possible isra\u00e9liennes) qui pleuvent, &ndash; \u00a0\u00bb donc il br&ucirc;le\u00a0\u00bb, &ndash; et jusqu&rsquo;au brillantissime s\u00e9nateur Lindsey Graham, l&rsquo;insupportable cr\u00e9tin du S\u00e9nat jubilant jusqu&rsquo;\u00e0 mouiller incontinent sa culotte, et donc il br&ucirc;le en-dehors du charme envo&ucirc;tant des bombes insra\u00e9liennes, vous dites-vous, et ainsi de suite&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Allez, pr\u00e9cipitez-vous donc pour savoir ce que demain vous aurez oubli\u00e9, sinon la marque de l&rsquo;infamie en courageuse expansion de ce simulacre d&rsquo;&Eacute;tat qu&rsquo;on nomme Isra\u00ebl. Les Am\u00e9ricains applaudissent, avec pr\u00e8s de 50 ans d&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 terroriste derri\u00e8re eux, d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 par un coup d&rsquo;&Eacute;tat vingt cinq ans plus t\u00f4it (1953) o&ugrave; l&rsquo;on trouvait la marque de l&rsquo;ineffable MI6&#8230; Tout \u00e7a, on connait, nous continuons \u00e0 glisser de savon mouill\u00e9 en savons mouill\u00e9 jour apr\u00e8s jour, que nous oublions tout aussit\u00f4t ou que nous  aurons oubli\u00e9 demain, et, sans savoir ni pourquoi, ni jusqu&rsquo;o&ugrave;, nous continuerons et recommencerons !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela pour vous dire par un incroyable parcours kafka\u00efen que le texte que je vous propose n&rsquo;est pas facile, mais pas facile du tout : rien d&rsquo;un savon mouill\u00e9 et qui glisse&#8230; Illisible en un sens pour le commun de nous autres, avec phrase \u00e0 relire cinq fois pour vous y retrouver, un dictionnaire et le site &lsquo;<em>synonymo<\/em>&lsquo; \u00e0 port\u00e9e de mains.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><strong><em>Note De PhG-Bis<\/em><\/strong><em> : &laquo; Il faut dire qu&rsquo;avec PhG, vous avec un esprit particuli\u00e8rement vif, dot\u00e9 d&rsquo;une m\u00e9moire turbo mod\u00e8le-gruy\u00e8re qui va tellement vite qu&rsquo;elle vous \u00e9chappe avant que le F-35 de combat bien connu et prestement nettoy\u00e9 ait song\u00e9 qu&rsquo;on allait devoir allumer le moteur et faire chauffer l&rsquo;arsenal aromatique pour mieux mettre en \u00e9vidence que rien de tout cela ne marche&#8230; Mais laissons-le poursuivre&#8230; &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>D&rsquo;abord je vous dirais que le titre m&rsquo;a aussit\u00f4t s\u00e9duit : sec, coupant comme une guillotine, allant en cinq mots \u00e0 une proposition qui ne peut que s\u00e9duire parce qu&rsquo;elle d\u00e9tient le secret de notre catastrophe psychologique : &laquo; <em>Gen\u00e8se de la pens\u00e9e unique<\/em> &raquo;. Ce qui vous est propos\u00e9 est le terrifiant imbroglio qui a pr\u00e9par\u00e9 et pr\u00e9cipit\u00e9 notre chavirage dans l&rsquo;imbroglio mal\u00e9fique de notre \u00e9poque perdue dans le naufrage sans espoir de la civilisation qu&rsquo;elle pr\u00e9tend repr\u00e9senter.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;auteur, le gu\u00e9nonien Claude Bourrine, homme d&rsquo;une \u00e9rudition exceptionnelle, a d\u00e9cid\u00e9 de reprendre cette triste histoire de la catastrophe d&rsquo;un monde d\u00e8s ses origines qui remontent \u00e0 \u00ab\u00a0L&rsquo;Antiquit\u00e9 tardive\u00a0\u00bb. Lisez donc le paragraphe d&rsquo;introduction : vous avez toute la complexit\u00e9 extr\u00eame de la folie naissante et la clart\u00e9 aveuglante (les &laquo; <em>mille soleils<\/em> &raquo; et au-del\u00e0) de notre Chute.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Il n&rsquo;y eut plus de rire pour personne<\/em> &raquo;, annonce Procope de C\u00e9sar\u00e9e, marquant ainsi l&rsquo;ouverture de la trag\u00e9die \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de laquelle Wagner fait office de feuilletoniste de rencontre. Il s&rsquo;agit de &laquo; <em>la mont\u00e9e de l&rsquo;intol\u00e9rance<\/em> &raquo;, une mar\u00e9e qui n&rsquo;a plus cess\u00e9e de cette \u00e9poque trouble et ind\u00e9finie de l&rsquo;Antiquit\u00e9 tardive o&ugrave; Rome, le christianisme, le n\u00e9oplatonisme, le paganisme, se croisent et se croisent encore dans des affrontements feutr\u00e9s ou titanesques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je l&rsquo;avoue, une fois de plus et sans fausse modestie ou gloire de l&rsquo;autodictatisme, mon absence de culture ne cesse depuis des d\u00e9cennies de me stup\u00e9fier, jusqu&rsquo;\u00e0 des interrogations du type \u00ab\u00a0Moi est un autre\u00a0\u00bb, voyez-vous ? Pourtant, je navigue avec d\u00e9lice dans ces houles puissantes de l&rsquo;histoire du monde quand le monde n&rsquo;est pas encore perdu. Je l&rsquo;assure et le r\u00e9p\u00e8te, rien d&rsquo;une connaissance assur\u00e9e, les dipl\u00f4mes n&rsquo;en parlons pas, d&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;on comprend que mon m\u00e9pris si complet pour les classes dites intellectuelles ne m&rsquo;a jamais quitt\u00e9, m\u00eame lorsqu&rsquo;il me mettait dans des positions de solitude apparemment insupportables.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors, qu&rsquo;est-ce qui m&rsquo;a sauv\u00e9 ? Rien puisque je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9, n&rsquo;ayant jamais \u00e9t\u00e9 perdu .J&rsquo;ai progress\u00e9 de lumi\u00e8re en lumi\u00e8re, remplissant les zones d&rsquo;ombres comme je le pouvais. Ces lumi\u00e8res, certes, sont celles de l&rsquo;intuition, et les zones d&rsquo;ombre sont apprivois\u00e9es par le caract\u00e8re qui est la clef de l&rsquo;ind\u00e9pendance d&rsquo;esprit et du courage, et dont <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/chronique-du-19-courant-lhorreur-fascination\">mon ma&icirc;tre de rencontre <\/a>disait :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;&hellip;[Monsieur de Talleyrand] <em>dit alors une de ces choses qui ne sortent jamais de la m\u00e9moire quand on les a entendues ; \u00ab\u00a0Je suis bien aise de vous communiquer une pens\u00e9e qui est venue dans beaucoup de t\u00eates mais que je n&rsquo;ai vu bien nettement d\u00e9velopp\u00e9e nulle part. Il y a trois choses n\u00e9cessaires pour former un grand homme, d&rsquo;abord la position sociale, une haute position ; ensuite la capacit\u00e9 et les qualit\u00e9s ; mais surtout et avant tout le caract\u00e8re. C&rsquo;est le caract\u00e8re qui fait l&rsquo;homme.\u00a0\u00bb Et il citait, poursuit-elle, \u00e0 l&rsquo;appui de son dire, tous les demi-dieux de l&rsquo;histoire : Alexandre, C\u00e9sar, Fr\u00e9d\u00e9ric, et ajoutait : \u00ab\u00a0Si un des pieds de ce tr\u00e9pied qui doit se maintenir par l&rsquo;\u00e9quilibre doit \u00eatre plus faible que les deux autres, que ce ne soit pas le caract\u00e8re&hellip; que ce ne soit pas le caract\u00e8re !\u00a0\u00bb <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Que vous dire d&rsquo;autre ? Que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 dans ce texte quelques-unes de ces lumi\u00e8res qui me sont ch\u00e8res, sans que je sache un seul instant en d\u00e9velopper l&rsquo;argument scolaire&#8230; Plotin, le n\u00e9oplatonisme, Pseudo-Denys, quelques autres que vous trouverez r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s dans divers textes de ce site, et par cons\u00e9quent justifi\u00e9s de l&rsquo;importance intuitive consid\u00e9rable que je leur d\u00e9die, que je leur dois comme d&rsquo;un don si pr\u00e9cieux. Vous comprenez aussi bien que ces noms s&rsquo;imposent \u00e9videmment dans la grande lign\u00e9e des porteurs de la torche de la Tradition, et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;ils figurent dans mon esprit, comme irr\u00e9fragables adversaires du poison de la modernit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour le reste et pour ce que j&rsquo;en ai saisi, ce texte, qui devrait \u00eatre utilement compl\u00e9t\u00e9 par &laquo; <em><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/mal\u00e9diction-papale-Lorigine-m\u00e9di\u00e9vale-occidental\/dp\/B0CYSPNQHQ\/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=\u00c5M\u00c5\u00d5\u00d1&#038;crid=1K07YHL5U0XFG&#038;dib=eyJ2IjoiMSJ9.0k9dV8R_j6SSH-mEa9mI15ICf0A1pAX_OI9xMjRJF0U.hipb7EymU7DeOvLotNAQC8a6GFUEZBG62rU3_EofH0c&#038;dib_tag=se&#038;keywords=La+mal\u00e9diction+papale&#038;qid=1749808311&#038;sprefix=la+mal\u00e9diction+papale%2Caps%2C262&#038;sr=8-1\">La mal\u00e9diction papale<\/a>: L&rsquo;origine m\u00e9di\u00e9vale du syndrome occidental<\/em> &raquo; de Laurent Guyenot qui donne la clef de l&rsquo;hybris d\u00e9ment de la civilisation occidentale, &ndash; la &laquo; <em>Gen\u00e8se de  la pens\u00e9e unique<\/em> &raquo; nous montre au fond comme l&rsquo;Empire de Rome ne s&rsquo;est jamais vraiment effondr\u00e9, &ndash; jusqu&rsquo;ici&#8230; R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 et monstrueusement d\u00e9figur\u00e9 par le christianisme qui se fit empire apr\u00e8s avoir liquid\u00e9 le paganisme et le n\u00e9oplatonisme, c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il conna&icirc;t sa crise finale, au travers de la chute du christianisme de Rome, et avec quelques figurants de fortune comme les USA, &ndash; et quoi  qu&rsquo;il reste, par ailleurs, de branches plus saines (les orthodoxes) qui ont v\u00e9cu et surv\u00e9cu \u00e0 leur mani\u00e8re et \u00e9chappent au tourbillon du naufrage.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Polymnia Athanassiadi, professeur d&rsquo;histoire ancienne \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Ath\u00e8nes, sp\u00e9cialiste du platonisme tardif (le n\u00e9oplatonisme) avait bouscul\u00e9 quelques certitudes, dans son ouvrage publi\u00e9 en 2006, \u00ab\u00a0la lutte pour l&rsquo;orthodoxie dans le platonisme tardif\u00a0\u00bb, en montrant que les structures de pens\u00e9e dans l&rsquo;Empire gr\u00e9co-romain, dont l&rsquo;aboutissement serait la suppression de toute possibilit\u00e9 discursive au sein de l&rsquo;\u00e9lite intellectuelle, \u00e9taient analogues chez les philosophes \u00ab\u00a0pa\u00efens\u00a0\u00bb et les th\u00e9ologiens chr\u00e9tiens. Cette osmose, \u00e0 laquelle il \u00e9tait impossible d&rsquo;\u00e9chapper, se retrouve au niveau des structures politiques et administratives, avant et apr\u00e8s Constantin. L&rsquo;&Eacute;tat \u00ab\u00a0pa\u00efen\u00a0\u00bb, selon Mme Athanassiadi, pr\u00e9pare l&rsquo;&Eacute;tat chr\u00e9tien, et le contr\u00f4le total de la soci\u00e9t\u00e9, des corps et des esprits. C&rsquo;est la th\u00e8se contenue dans une \u00e9tude \u00e9dit\u00e9e en 2010, &lsquo;Vers la pens\u00e9e unique. La mont\u00e9e de l&rsquo;intol\u00e9rance dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 tardive&rsquo;<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Pour r\u00e9sumer \u00e0 la plus grande vitesse possible qui me permet d&rsquo;\u00e9viter les inquisitions embarrassantes sur le droit que je me suis arrog\u00e9 de parler ainsi de mati\u00e8re dont l&rsquo;Universit\u00e9 ne m&rsquo;a jamais investi, je citerai un passage qui me semble bien venu, dans la partie conclusive de &laquo; <em>La mise en perspective<\/em> &raquo;. Si l&rsquo;on cherche bien, &ndash; car qui cherche trouve !, c&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 par les chercheurs d&rsquo;or, &ndash; on devrait d\u00e9couvrir les diverses voies de mes d\u00e9placements inattendus, ma fa\u00e7on de jouer avec un plaisir non dissimul\u00e9s avec les paradoxes, les symboles, les apories, les paralogismes&#8230; Voil\u00e0 donc le passage qui me semble bienvenu :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le caract\u00e8re radical de l&rsquo;arraisonnement de la soci\u00e9t\u00e9 par l&rsquo;&Eacute;tat, sa mobilisation permanente en m\u00eame temps que la mise \u00e0 contribution des forces transcendantes, \u00e9taient certes contenus dans le sens pris par l&rsquo;Histoire, mais il est certain que la sp\u00e9cificit\u00e9 du christianisme, issu d&rsquo;une religion n\u00e9e dans les interstices de l&rsquo;Occident et de l&rsquo;Orient, vou\u00e9e \u00e0 une int\u00e9riorisation et \u00e0 une subjectivit\u00e9 exacerb\u00e9es, domin\u00e9e par un Dieu tout puissant, infini, dont la manifestation, incarn\u00e9e bureaucratiquement par un organisme omnipr\u00e9sent, missionnaire, agressif et aguerri, avait une dimension historique, son individualisme et son pathos d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9, la b\u00e9ance entre le tr\u00e8s-haut et l&rsquo;ici-bas, dans laquelle pouvait s&rsquo;engouffrer toutes les potentialit\u00e9s humaines, dont les pires, \u00e9tait la forme ad\u00e9quate pour que s&rsquo;install\u00e2t un appareil particuli\u00e8rement soucieux de solliciter de pr\u00e8s les corps et les \u00e2mes dans une logique totalitaire.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>La question de savoir si un empire plus \u00e9quilibr\u00e9 e&ucirc;t \u00e9t\u00e9 possible, par exemple sous une forme n\u00e9oplatonicienne, n&rsquo;est pas vaine, en regard des empires orientaux, qui trouv\u00e8rent un \u00e9quilibre, un compromis entre les r\u00e9quisits religieux, et l&rsquo;expression politique l\u00e9gitime, entre la transcendance et l&rsquo;immanence. Le n\u00e9oplatonisme, trop intellectuel, trop ouvert \u00e0 la recherche, finalement trop aristocratique, \u00e9tait d\u00e9muni contre la fureur pl\u00e9b\u00e9ienne du christianisme. L&rsquo;intol\u00e9rance due \u00e0 l&rsquo;exclusivisme dogmatique ne pouvait qu&rsquo;engager l&rsquo;Occident dans la voie des passions id\u00e9ologiques, et dans une dynamique conflictuelle qui aboutirait \u00e0 un monde moderne pourvu d&rsquo;une puissance destructrice in\u00e9dite<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le texte de Claude Bourrine sur la &laquo; <em>Gen\u00e8se de  la pens\u00e9e unique<\/em> &raquo;, venu de si loin et pourtant si actuel jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9touffement, se trouve sur &lsquo;<em><a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2025\/06\/07\/genese-de-la-pensee-unique.html\">euro-synergies.hautetfort.com<\/a><\/em>&lsquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>PhG &ndash; <em>Semper Phi<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Gen\u00e8se de  la pens\u00e9e unique<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Polymnia Athanassiadi, professeur d&rsquo;histoire ancienne \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Ath\u00e8nes, sp\u00e9cialiste du platonisme tardif (le n\u00e9oplatonisme) avait bouscul\u00e9 quelques certitudes, dans son ouvrage publi\u00e9 en 2006, &laquo; la lutte pour l&rsquo;orthodoxie dans le platonisme tardif &raquo;, en montrant que les structures de pens\u00e9e dans l&rsquo;Empire gr\u00e9co-romain, dont l&rsquo;aboutissement serait la suppression de toute possibilit\u00e9 discursive au sein de l&rsquo;\u00e9lite intellectuelle, \u00e9taient analogues chez les philosophes &laquo; pa\u00efens &raquo; et les th\u00e9ologiens chr\u00e9tiens. Cette osmose, \u00e0 laquelle il \u00e9tait impossible d&rsquo;\u00e9chapper, se retrouve au niveau des structures politiques et administratives, avant et apr\u00e8s Constantin. L&rsquo;&Eacute;tat &laquo; pa\u00efen &raquo;, selon Mme Athanassiadi, pr\u00e9pare l&rsquo;&Eacute;tat chr\u00e9tien, et le contr\u00f4le total de la soci\u00e9t\u00e9, des corps et des esprits. C&rsquo;est la th\u00e8se contenue dans une \u00e9tude \u00e9dit\u00e9e en 2010, Vers la pens\u00e9e unique. La mont\u00e9e de l&rsquo;intol\u00e9rance dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 tardive.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Un basculement identitaire<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Antiquit\u00e9 tardive est l&rsquo;un de ces concepts historiques relativement flous, que l&rsquo;on adopte, parce que c&rsquo;est pratique, mais qui peuvent susciter des pol\u00e9miques farouches, justement parce qu&rsquo;ils dissimulent des pi\u00e8ges heuristiques entra&icirc;nant des interpr\u00e9tations diam\u00e9tralement appos\u00e9es. Nous verrons que l&rsquo;un des int\u00e9r\u00eats de cette recherche est d&rsquo;avoir mis au jour les engagements singuli\u00e8rement contemporains qui sous tendent des analyses apparemment &laquo; scientifiques &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La premi\u00e8re difficult\u00e9 r\u00e9side dans la d\u00e9limitation de la p\u00e9riode. Le passage aurait eu lieu sous le r\u00e8gne de Marc Aur\u00e8le, au IIe si\u00e8cle, et cette localisation temporelle ne soul\u00e8ve aucun d\u00e9saccord. En revanche, le consensus n&rsquo;existe plus si l&rsquo;on porte le point d&rsquo;achoppement (en oubliant la date artificielle de 476) \u00e0 Mahomet, au VIIe si\u00e8cle, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;aboutissement d\u00e9sastreux d&rsquo;une longue s\u00e9rie d&rsquo;invasions, ou aux r\u00e8gnes d&rsquo;Haroun al-Rachid et de Charlemagne, au IXe si\u00e8cle, voire jusqu&rsquo;en l&rsquo;An Mil. Ce qui est en jeu dans ce d\u00e9bat, c&rsquo;est l&rsquo;accent mis sur la rupture ou sur la continuit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le fait indubitable est n\u00e9anmoins que la religion, lors de ce processus qui se d\u00e9roule quand m\u00eame sur plusieurs si\u00e8cles, est devenue le &laquo; trait identitaire de l&rsquo;individu &raquo;. L&rsquo;autre constat est qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9ploie dans un monde de plus en plus globalis\u00e9 &ndash; l&rsquo;orbis romanus &ndash; dans un empire qui n&rsquo;est plus &laquo; romain &raquo;, et qui est devenu m\u00e9diterran\u00e9en, voire davantage. Une r\u00e9volution profonde s&rsquo;y est produite, acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es par les crises, et creusant ses mines jusqu&rsquo;au c&oelig;ur d&rsquo;un individu de plus en plus angoiss\u00e9 et cherchant son salut au-del\u00e0 du monde. La civilisation de la cit\u00e9, qui rattachait l&rsquo;esprit et le corps aux r\u00e9alit\u00e9s sublunaires, a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par une vaste entit\u00e9 centralis\u00e9e, dont la t\u00eate, Constantinople ou Damas, le Basileus ou le calife, un Dieu unique, contr\u00f4le tout. Tout ce qui faisait la joie de vivre, la culture, les promenades philosophiques, les spectacles, les plaisirs, est devenu tentation d\u00e9moniaque. La terre semble avoir \u00e9t\u00e9 recouverte, en m\u00eame temps que par les basiliques, les minarets, les pr\u00e9dicateurs, les missionnaires, par un voile de m\u00e9lancolie et un frisson de peur. Une voix \u00e0 l&rsquo;unisson soude les masses uniformis\u00e9es, l\u00e0 o&ugrave;, jadis, la polyphonie des cultes et la polydoxie des sectes assuraient des parcours existentiels diff\u00e9renci\u00e9s. Une monodoxie imp\u00e9rieuse, \u00e0 base de th\u00e9ologie et de r\u00e8glements tatillons, s&rsquo;est substitu\u00e9e \u00e0 la science (\u00e9pist\u00e9m\u00e9) du sage, en contredisant Platon pour qui la doxa, l&rsquo;opinion, \u00e9tait la source de l&rsquo;erreur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e9sormais, il ne suffit pas de &laquo; croire &raquo;, si tant est qu&rsquo;une telle posture religieuse ait eu sa place dans le sacr\u00e9 dit &laquo; pa\u00efen &raquo; : il faut montrer que l&rsquo;on croit. Le paradigme de l&rsquo;appartenance politico-sociale est compl\u00e8tement transform\u00e9. La terreur th\u00e9ologique n&rsquo;a plus de limites.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme le montre Polymnia Athanassiadi, cet aspect d\u00e9plaisant a \u00e9t\u00e9, avec d&rsquo;autres, occult\u00e9 par une certaine historiographie, d&rsquo;origine anglo-saxonne.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Contre l&rsquo;histoire politiquement correcte<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La notion et l&rsquo;expression d&rsquo;&laquo; Antiquit\u00e9 tardive &raquo; ont \u00e9t\u00e9 forg\u00e9es principalement pour se d\u00e9gager d&rsquo;un outillage s\u00e9mantique l\u00e9gu\u00e9 par les id\u00e9ologies nationales et religieuses. Des Lumi\u00e8res au positivisme la\u00efciste du XIXe si\u00e8cle, la pol\u00e9mique concernait la question religieuse, le rapport avec la la\u00efcit\u00e9, le combat contre l&rsquo;&Eacute;glise, le triomphe de la raison scientifique et technique. Le &laquo; r\u00e9cit &raquo; de la chute de l&rsquo;Empire romain s&rsquo;inspirait des grandes lignes trac\u00e9es par Montesquieu et Gibbon, et mettait l&rsquo;accent sur la d\u00e9cadence, sur la catastrophe pour la civilisation qu&rsquo;avait provoqu\u00e9e la perte des richesses antiques. Le christianisme pouvait, de ce fait, para&icirc;tre comme un facteur dissolvant. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, ses apologistes, comme Chateaubriand, tout en ne niant pas le caract\u00e8re violent du conflit entre le paganisme et le christianisme, ont soulign\u00e9 la modernit\u00e9 de ce dernier, et par quelles valeurs humaines il rempla\u00e7ait celles de l&rsquo;ancien monde, devenu obsol\u00e8tes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est surtout contre l&rsquo;interpr\u00e9tation de Spengler que s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9e la nouvelle historiographie de la fin des ann\u00e9es Soixante. Pour le savant allemand, les civilisations subissent une \u00e9volution biologique qui les porte de la naissance \u00e0 la mort, en passant par la maturit\u00e9 et la vieillesse. On abandonna ce sch\u00e9ma cyclique pour adopter la conception lin\u00e9aire du temps historique, tout en insistant sur l&rsquo;absence de rupture, au profit de l&rsquo;id\u00e9e optimiste de mutation. L&rsquo;influence de Fernand Braudel, th\u00e9oricien de la longue dur\u00e9e historique et de l&rsquo;asynchronie des changements, fut d\u00e9terminante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9cole anglo-saxonne s&rsquo;illustra particuli\u00e8rement. Le ma&icirc;tre en fut d&rsquo;abord Peter Brown avec son World of late Antiquity : from Marcus Aurelius to Muhammad (1971). Mme Athanassiadi n&rsquo;est pas tendre avec ce savant. Elle insiste par exemple sur l&rsquo;absence de structure de l&rsquo;ouvrage, ce qui ne serait pas grave s&rsquo;il ne s&rsquo;agissait d&rsquo;une \u00e9tude \u00e0 vocation scientifique, et sur le manque de rigueur des cent trente illustrations l&rsquo;accompagnant, souvent sorties de leur contexte. Quoi qu&rsquo;il en soit, le gourou de la nouvelle \u00e9cole tardo-antique \u00e9tayait une vision optimiste de cette p\u00e9riode, per\u00e7ue comme un \u00e2ge d&rsquo;adaptation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il fut suivi. En 1997, Thomas H&auml;gg, publia la revue Symbolae Osbenses, qui privil\u00e9gie une approche ir\u00e9nique. On vide notamment le terme le terme xenos (&laquo; \u00e9tranger &raquo;) de son contenu tragique &laquo; pour le rattacher au concept d&rsquo;une terre nouvelle, la kain\u00ea ktisis, ailleurs int\u00e9rieur rayonnant d&rsquo;espoir &raquo;. Ce n&rsquo;est pas un hasard si l&rsquo;inspirateur de cette historiographique r\u00e9visionniste est le savant italien Santo Mazzarino, l&rsquo;un des forgerons de la notion de d\u00e9mocratisation de la culture.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La m\u00e9thode consiste en l&rsquo;occurrence \u00e0 supprimer les oppositions comme celles entre l&rsquo;\u00e9lite et la masse, la haute et la basse culture. D&rsquo;autre part, le &laquo; saint &raquo; devient l&#8217;embl\u00e8me de la nouvelle soci\u00e9t\u00e9. En renon\u00e7ant \u00e0 l&rsquo;existence mondaine, il acc\u00e8de \u00e0 un statut surhumain, un guide, un sauveur, un interm\u00e9diaire entre le peuple et le pouvoir, entre l&rsquo;humain et le divin. Il est le symbole d&rsquo;un monde qui parvient \u00e0 se ma&icirc;triser, qui se d\u00e9livre des entraves du pass\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Polymnia Athanassiadi rappelle les influences qui ont pu marquer cette conception positive : elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9e durant une \u00e9poque o&ugrave; la d\u00e9tente d&rsquo;apr\u00e8s-guerre devenait possible, o&ugrave; l&rsquo;individualisme se r\u00e9pandait, avec l&rsquo;h\u00e9donisme qui l&rsquo;accompagne in\u00e9vitablement, o&ugrave; le pacifisme devient, \u00e0 la fin ann\u00e9es soixante, la pens\u00e9e oblig\u00e9e de l&rsquo;\u00e9lite. De ce fait, les conflits sont minimis\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un peu plus tard, en 1999, un tome collectif a vu le jour: Late Antiquity. A Guide to the postclassical World. Y ont contribu\u00e9 P. Brown et deux autres savants princetoniens : Glen Bowersock et Oleg Grabar, pour qui le v\u00e9ritable h\u00e9ritier de l&#8217;empire romain est Haroun al-Rachid. L&rsquo;espace tardo-antique est port\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la Chine, et on met l&rsquo;accent sur vie quotidienne. Il n&rsquo;y a plus de hi\u00e9rarchie. Les dimensions religieuse, artistique politique, profane, l&rsquo;\u00e9cologique, la sexuelle, les femmes, le mariage, le divorce, la nudit\u00e9 &ndash; mais pas les eunuques, sont plac\u00e9es sur le m\u00eame plan. La notion de crise est absente, aucune allusion aux int\u00e9grismes n&rsquo;est faite, la pauvret\u00e9 grandissante n&rsquo;est pas \u00e9voqu\u00e9e, ni la violence end\u00e9mique, bref, on a une &laquo; image d&rsquo;une Antiquit\u00e9 tardive qui correspond \u00e0 une vision politiquement correcte &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9action a vu le jour en Italie. Cette m\u00eame ann\u00e9e 1999, Andrea Giardina, dans un article de la revue Studi Storici, &laquo; Esplosione di tardoantico &raquo;, a contest\u00e9 &laquo; la vision optimiste d&rsquo;une Antiquit\u00e9 tardive longue et paisible, multiculturelle et pluridisciplinaire &raquo;. Il a expliqu\u00e9 cette perception d\u00e9form\u00e9e par plusieurs causes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; la rh\u00e9torique de la modernit\u00e9,<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; l&rsquo;imp\u00e9rialisme linguistique de l&rsquo;anglais dans le monde contemporain (&laquo;club anglo-saxon&raquo;),<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; une approche m\u00e9thodologique d\u00e9fectueuse (lecture h\u00e2tive).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et, finalement, il conseille de r\u00e9orienter vers l&rsquo;\u00e9tude des institutions administratives et des structures socio-\u00e9conomiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans la m\u00eame optique, tout en d\u00e9non\u00e7ant le relativisme de l&rsquo;\u00e9cole anglo-saxonne, Wolf Liebeschuetz, (Decline and Fall of the Roman City, 2001 et 2005), analyse le passage de la cit\u00e9-&Eacute;tat \u00e0 l&rsquo;&Eacute;tat universel. Il insiste sur la notion de d\u00e9clin, sur la disparition du genre de vie avec institutions administratives et culturelles l\u00e9gu\u00e9s par g\u00e9nie hell\u00e9nistique, et il s&rsquo;interroge sur la continuit\u00e9 entre la Cit\u00e9 romaine et ses successeurs (Islam et Europe occidentale). Quant \u00e0 Bryan Ward-Perkins, in The fall of Rome and the End of Civilization, il souligne la violence des invasions barbares, s&rsquo;attarde sur le trauma de la dissolution de l&rsquo;Empire. Pour lui, le d\u00e9clin est le r\u00e9sultat de la chute.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On voit que l&rsquo;\u00e9rudition peut cacher des questions hautement pol\u00e9miques et singuli\u00e8rement contemporaines.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Polymnia Athanassiadi prend parti, parfois avec un mordant plaisant, mais nul n&rsquo;h\u00e9sitera \u00e0 se rendre compte combien les caract\u00e9ristiques qui ont marqu\u00e9 l&rsquo;Antiquit\u00e9 tardive concernent de fa\u00e7on extraordinaire notre propre monde. Polymnia Athanassiadi rappelle, en s&rsquo;attardant sur la dimension politico-juridique, quelles ont \u00e9t\u00e9 les circonstances de la victoire de la &laquo; pens\u00e9e unique &raquo; (expression \u00f4 combien contemporaine !). Mais avant tout, quelle a \u00e9t\u00e9 la force du christianisme?<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>La r\u00e9volution culturelle chr\u00e9tienne<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le christianisme avait plusieurs atouts \u00e0 sa disposition, dont certains compl\u00e8tement in\u00e9dits dans la soci\u00e9t\u00e9 pa\u00efenne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;abord, il h\u00e9rite d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o&ugrave; la violence est devenue banale, du fait de la centralisation politico-administrative, et de ce qu&rsquo;on peut nommer la culture de l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e8s le IIe si\u00e8cle, en Anatolie, le martyr appara&icirc;t comme la &laquo; couronne rouge &raquo; de la saintet\u00e9 octroy\u00e9e par le sens donn\u00e9. Les amateurs sont mus par une vertu grecque, la philotimia, l&rsquo;&laquo; amour de l&rsquo;honneur &raquo;. C&rsquo;est le seul point commun avec l&rsquo;hell\u00e9nisme, car rien ne r\u00e9pugne plus aux esprits de l&rsquo;\u00e9poque que de mourir pour des convictions religieuses, dans la mesure o&ugrave; toutes sont accept\u00e9es comme telles. Aussi bien cette posture est-elle peu comprise, et m\u00eame m\u00e9pris\u00e9e. L&rsquo;exc\u00e8s rh\u00e9torique par lequel l&rsquo;&Eacute;glise en fait la promotion en souligne la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9. Marc Aur\u00e8le y voit de la d\u00e9raison, et l&rsquo;indice d&rsquo;une opposition r\u00e9pr\u00e9hensible \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Et, pour une soci\u00e9t\u00e9 qui recherche la joie de vivre, cette pulsion de mort para&icirc;t bien suspecte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Retenons donc cette aisance dans l&rsquo;art de la propagande &ndash; comme chacun sait, le nombre de martyrs n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 si \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;on l&rsquo;a pr\u00e9tendu &ndash; et cette attirance morbide qui peut aller jusqu&rsquo;au fond des c&oelig;urs. Le culte des morts et l&rsquo;adoration des reliques sont en vogue d\u00e8s le IIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le leitmotiv de la r\u00e9surrection des corps et du jugement dernier est encore une mani\u00e8re d&rsquo;habituer \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de la mort. Le scepticisme r\u00e9gnant avant IIIe si\u00e8cle va laisser place \u00e0 une certitude que l&rsquo;on trouve par exemple chez Tertullien, pour qui l&rsquo;absurde est l&rsquo;indice m\u00eame de la v\u00e9rit\u00e9 (De carne christi, 5).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;irrationalisme, dont le christianisme n&rsquo;est pas seul porteur, encourag\u00e9 par les religions orientales, s&#8217;empare donc des esprits, et rend toute manifestation surnaturelle plausible. Il faut ajouter la croyance aux d\u00e9mons, partag\u00e9e par tous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais c&rsquo;est surtout dans l&rsquo;offensive, dans l&rsquo;agression, que l&rsquo;&Eacute;glise va se trouver particuli\u00e8rement redoutable. En effet, de victimes, les chr\u00e9tiens, apr\u00e8s l&rsquo;&Eacute;dit de Milan, en 313, vont devenir des agents de pers\u00e9cution. Des temples et des synagogues seront d\u00e9truits, des livres br&ucirc;l\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Peut-\u00eatre l&rsquo;attitude qui tranche le plus avec le comportement des Anciens est-il le pros\u00e9lytisme, la volont\u00e9 non seulement de convertir chaque individu, mais aussi l&rsquo;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, de fa\u00e7on \u00e0 modeler une communaut\u00e9 soud\u00e9e dans une unicit\u00e9 de conviction. Certes, les \u00e9coles philosophiques cherchaient \u00e0 persuader. Mais, outre que leur z\u00e8le n&rsquo;allait pas jusqu&rsquo;\u00e0 harceler le monde, elles repr\u00e9sentaient des sortes d&rsquo;options existentielles dans le grand march\u00e9 du bonheur, dont la vocation n&rsquo;\u00e9tait pas de conqu\u00e9rir le pouvoir sur les esprits.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plotin, l&rsquo;un des derniers champions du rationalisme hell\u00e8ne, s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9 violemment contre cette pratique visant \u00e0 arraisonner les personnes. On vivait alors de plus en plus dans la peur, dans la terreur de ne pas \u00eatre sauv\u00e9. L&rsquo;art de dramatiser l&rsquo;enjeu, de le charger de toute la subjectivit\u00e9 de l&rsquo;angoisse et du bon choix \u00e0 faire, a rendu le christianisme particuli\u00e8rement efficace. Comme le fait remarquer Mme Athanassiadi, la grande c\u00e9sure du moi, n&rsquo;est plus entre le corps et l&rsquo;\u00e2me, mais entre le moi p\u00e9cheur et le moi sauv\u00e9. Le croyant est sollicit\u00e9, somm\u00e9 de s&rsquo;engager, d\u00e9chir\u00e9 d&rsquo;abord, avant Constantin, entre l&rsquo;&Eacute;tat et l&rsquo;&Eacute;glise, puis de fa\u00e7on permanente entre la vie temporelle et la vie \u00e9ternelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette tension sera attis\u00e9e par la multitude d&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie et par les conflits doctrinaux, extr\u00eamement violents. Les schismes entra&icirc;nent excommunications, pers\u00e9cutions, batailles physiques. Des pol\u00e9miques m\u00e9taphysiques absconses toucheront les plus basses couches de la soci\u00e9t\u00e9, comme le d\u00e9crit Gr\u00e9goire de Nysse (ill.) dans une page c\u00e9l\u00e8bre tr\u00e8s amusante. Les Conciles, notamment ceux de Nic\u00e9e et de Chalc\u00e9doine, seront des pr\u00e9textes \u00e0 l&rsquo;expression la plus hyperbolique du chantage, des pressions de toutes sortes, d&rsquo;agressivit\u00e9 et de brutalit\u00e9. Tout cela, Ramsay MacMullen le d\u00e9crit fort bien dans son excellent livre, Christianisme et paganisme du IVe au VIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais c&rsquo;est surtout l&rsquo;arme de l&rsquo;&Eacute;tat qui va pr\u00e9cipiter la victoire finale contre l&rsquo;ancien monde. Apr\u00e8s Constantin, et surtout avec Th\u00e9odose et ses successeurs, les conversions forc\u00e9es vont \u00eatre la r\u00e8gle. &Agrave; propos de Justinien, Procope \u00e9crit : &laquo; Dans son z\u00e8le pour r\u00e9unir l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re dans une m\u00eame foi quant au Christ, il faisait p\u00e9rir tout dissident de mani\u00e8re insens\u00e9e &raquo; (in 118). Des lois discriminatoires seront d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es. M\u00eame le pass\u00e9 est \u00e9radiqu\u00e9. On efface la m\u00e9moire, on s\u00e9lectionne les ouvrages, l&rsquo;index des &oelig;uvres interdites est publi\u00e9, Basile de C\u00e9sar\u00e9e (vers 360) (ill.) \u00e9tablit une liste d&rsquo;auteurs acceptables, on jette m\u00eame l&rsquo;anath\u00e8me sur les h\u00e9r\u00e9tiques de l&rsquo;avenir !<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Construction d&rsquo;une pens\u00e9e unique<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;interrogation de Polemnia Athanassiadi est celle-ci : comment est-on pass\u00e9 de la polydoxie propre \u00e0 l&rsquo;univers hell\u00e9nistique, \u00e0 la monodoxie ? Comment un monde \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle humaine est-il devenu un monde vou\u00e9 \u00e0 la gloire d&rsquo;un Dieu unique ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Son fil conducteur est la notion d&rsquo;intol\u00e9rance. Mot pi\u00e9g\u00e9 par excellence, et qui draine pas mal de malentendus. Il n&rsquo;a rien de commun par exemple avec l&rsquo;acception commune qui s&rsquo;impose maintenant, et dont le fondement est cette indiff\u00e9rence profonde pour tout ce qui est un peu grave et profond, voire cette insipide l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 contemporaine qui fuit les tragiques cons\u00e9quences de la politique ou de la foi religieuse. Serait intol\u00e9rant au fond celui qui prendrait au s\u00e9rieux, avec tous les refus impliqu\u00e9s, une option spirituelle ou existentielle, \u00e0 l&rsquo;exclusion d&rsquo;une autre. Rien de plus conformiste que la d\u00e9mocratie de masse !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans le domaine religieux, le paganisme \u00e9tait tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux, et accueillait sans h\u00e9siter toutes les divinit\u00e9s qu&rsquo;il lui semblait utile de reconna&icirc;tre, et m\u00eame davantage, dans l&rsquo;ignorance o&ugrave; l&rsquo;on \u00e9tait du degr\u00e9 de cette &laquo; utilit\u00e9 &raquo; et de la multiplicit\u00e9 des dieux. C&rsquo;est pourquoi, \u00e0 Rome, on rendait un culte au dieu inconnu. Les pa\u00efens n&rsquo;ont jamais compris ce que pouvait \u00eatre un dieu &laquo; jaloux &raquo;, et tout autant leur th\u00e9ologie que leur anthropologie les en emp\u00eachaient. En revanche, l&rsquo;attitude, le comportement, le mode de vie impliquaient une adh\u00e9sion ostentatoire \u00e0 la communaut\u00e9. Les cultes relevaient de la vie familiale, associative, ou des convictions individuelles : chacun optait pour un ou des dieux qui lui convenaient pour des raisons diverses. Pourtant les cultes publics concernant les divinit\u00e9s poliades ou l&#8217;empereur \u00e9taient des actes, certes, de pi\u00e9t\u00e9, mais ne mettant en sc\u00e8ne souvent que des magistrats ou des citoyens choisis. Ils \u00e9taient surtout des marques de patriotisme. &Agrave; ce titre, ne pas y participer lorsqu&rsquo;on \u00e9tait requis de le faire pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un signe d&rsquo;incivisme, de mauvaise volont\u00e9, voire de r\u00e9volte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En grec, il n&rsquo;existe aucun terme pour d\u00e9signer la notion de tol\u00e9rance religieuse. En latin, l&rsquo;intol\u00e9rance : intolerentia, est cette &laquo; impatience &raquo;, &laquo; insolence &raquo;, &laquo; impudence &raquo; que provoque la pr\u00e9sence face \u00e0 un corps \u00e9tranger. Ce peut \u00eatre le cas pour les pa\u00efens face \u00e0 ce groupe chr\u00e9tien \u00e9trange, \u00e9nigmatique, consid\u00e9r\u00e9 comme r\u00e9pugnant, ou l&rsquo;inverse, pour des chr\u00e9tiens qui voient le paganisme comme l&rsquo;expression d&rsquo;un univers d\u00e9moniaque. Toutefois, ce qui relevait des pratiques va s&rsquo;instiller jusqu&rsquo;au fond des c&oelig;urs, et va s&rsquo;impr\u00e9gner de toute la puissance subjective des convictions intimes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En effet, il serait faux de pr\u00e9tendre que les pa\u00efens fussent ignorants de ce qu&rsquo;une religion peut pr\u00e9senter d&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9. On ne s&rsquo;en faisait pas gloire, contrairement au christianisme, qui exigeait une profession de foi, c&rsquo;est-\u00e0-dire un t\u00e9moignage motiv\u00e9, authentique et sinc\u00e8re de son amour pour le dieu unique. Par voie de cons\u00e9quence, l&rsquo;absence de conviction d&ucirc;ment prouv\u00e9e, du moins exhib\u00e9e, \u00e9tait r\u00e9dhibitoire pour les chr\u00e9tiens. On ne se contentait pas de remplir son devoir particulier, mais on voulait que chacun f&ucirc;t sur la droite voie de la &laquo; v\u00e9rit\u00e9 &raquo;. Le processus de diabolisation de l&rsquo;autre fut donc enclench\u00e9 par les progr\u00e8s de la subjectivisation du lien religieux, intensifi\u00e9e par la &laquo; pers\u00e9cution &raquo;. Au lieu d&rsquo;un univers pluriel, on en eut un, uniformis\u00e9 bien que profond\u00e9ment dualiste. La haine fut \u00e9rig\u00e9e en vertu th\u00e9ologique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comment l&rsquo;avait d\u00e9crit Polymnia Athanassiadi dans son \u00e9tude de 2006 sur l&rsquo;orthodoxie \u00e0 cette p\u00e9riode, la premi\u00e8re t\u00e2che fut de fixer le canon, et, par voie de cons\u00e9quence d&rsquo;identifier ceux qui s&rsquo;en \u00e9cartaient, \u00e0 savoir les h\u00e9r\u00e9tiques. Cette classification s&rsquo;\u00e9labora au fil du temps, d&rsquo;Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e, qui proc\u00e9da \u00e0 une r\u00e9\u00e9criture de l&rsquo;Histoire en la christianisant, jusqu&rsquo;\u00e0 Jean Damas, en passant par l&rsquo;anonyme Eulochos, puis &Eacute;piphane de Salamine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>N\u00e9anmoins, l&rsquo;originalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tude de 2010 consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 tardo-antique vers la &laquo; pens\u00e9e unique &raquo; provient de la mise en parall\u00e8le de la politique religieuse men\u00e9e par l&#8217;empire \u00e0 partir du IIIe si\u00e8cle avec celle qui pr\u00e9valut \u00e0 partir de Constantin. Mme Athanassiadi souligne l&rsquo;ant\u00e9riorit\u00e9 de l&#8217;empire &laquo; pa\u00efen &raquo; dans l&rsquo;installation d&rsquo;une th\u00e9ocratie, d&rsquo;une religion d&rsquo;&Eacute;tat. En fait, selon elle, il existe une logique historique liant D\u00e8ce, Aur\u00e9lien, Constantin, Constance, Julien, puis Th\u00e9odose et Justinien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9dit de D\u00e8ce, en 250, est motiv\u00e9 par une crise qui faillit an\u00e9antir l&rsquo;Empire. La pax deorum semblait n\u00e9cessaire pour restaurer l&rsquo;&Eacute;tat. Aussi fut-il d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 que tous les citoyens (dont le nombre fut \u00e9largi \u00e0 l&rsquo;ensemble des hommes libres en 212 par Caracalla), sauf les Juifs, devaient offrir un sacrifice aux dieux, afin de r\u00e9tablir l&rsquo;unit\u00e9 de foi, le consensus omnium.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Deux autres pers\u00e9cutions eurent lieu, dont les plus notoires furent celles en 257 de Val\u00e9rien, en 303 de Diocl\u00e9tien, et en 312, en Orient, de Maximin. Entre temps, Aur\u00e9lien (270 &ndash; 275) con\u00e7ut une sorte de pyramide th\u00e9ocratique, \u00e0 base polyth\u00e9iste, dont le sommet \u00e9tait occup\u00e9 par la divinit\u00e9 solaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notons que Julien, le restaurateur du paganisme d&rsquo;&Eacute;tat, est mis sur le m\u00eame plan que Constantin et que ses successeurs chr\u00e9tien. En voulant cr\u00e9er une &laquo; &Eacute;glise pa\u00efenne &raquo;, en se m\u00ealant de th\u00e9ologie, en \u00e9dictant des r\u00e8gles de pi\u00e9t\u00e9 et de moralit\u00e9, en excluant \u00e9picuriens, sceptiques et cyniques, il a consolid\u00e9 la coh\u00e9rence th\u00e9ologico-autoritaire de l&rsquo;Empire. Il assumait de ce fait la charge sacrale dont l&#8217;empereur \u00e9tait d\u00e9positaire, singuli\u00e8rement la dynastie dont il \u00e9tait l&rsquo;h\u00e9ritier et le continuateur. Il avait conscience d&rsquo;appartenir \u00e0 une famille, fond\u00e9e par Claude le Gothique (268 &ndash; 270), selon lui d\u00e9positaire d&rsquo;une mission de jonction entre l&rsquo;ici-bas et le divin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>N\u00e9anmoins, Constantin, en 313, lorsqu&rsquo;il proclama l&rsquo;&Eacute;dit de Milan, ne saisit probablement pas &laquo; toute la logique exclusiviste du christianisme &raquo;. &Eacute;tait-il en mesure de choisir ? Selon une approximation quantitative, les chr\u00e9tiens \u00e9taient loin de constituer la majorit\u00e9 de la population. Cependant, ils pr\u00e9sentaient des atouts non n\u00e9gligeables pour un &Eacute;tat soucieux de resserrer son emprise sur la soci\u00e9t\u00e9. D&rsquo;abord, son organisation eccl\u00e9siale plaquait sa logique administrative sur celle de l&#8217;empire. Elle avait un caract\u00e8re universel, centralis\u00e9. De fa\u00e7on pragmatique, Constantin s&rsquo;en servit pour tenter de mettre fin aux dissensions internes g\u00e9n\u00e9ratrices de guerre civile, notamment en comblant de privil\u00e8ges la hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siastique. Un autre instrument fut utilis\u00e9 par lui, en 325, \u00e0 l&rsquo;occasion du concile de Nic\u00e9e. En ayant le dernier mot th\u00e9ologique, il manifesta la subordination de la religion \u00e0 la politique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais ce fut Th\u00e9odose qui lan\u00e7a l&rsquo;orthodoxie &laquo; comme concept et programme politique &raquo;. Constantin avait essay\u00e9 de maintenir un \u00e9quilibre, certes parfois de mauvaise foi, entre l&rsquo;ancienne religion et la nouvelle. Pour Th\u00e9odose, d\u00e9sormais, tout ce qui s&rsquo;oppose \u00e0 la foi catholique (la vera religio), h\u00e9r\u00e9sie, paganisme, juda\u00efsme, est pr\u00e9sum\u00e9 superstitio, et, de ce fait, condamn\u00e9. L&rsquo;appareil d&rsquo;&Eacute;tat est doubl\u00e9 par les \u00e9v\u00eaques (&laquo; surveillants &raquo; !), la r\u00e9pression s&rsquo;accro&icirc;t. &Agrave; partir de ce moment, toute critique religieuse devient crime de l\u00e8se-majest\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quant au code justinien, il d\u00e9fend toute discussion relative au dogme, mettant fin \u00e0 la tradition discursive de la tradition hell\u00e9nique. On \u00e9labore des dossiers de citations \u00e0 l&rsquo;occasion de joutes th\u00e9ologiques (Cyrille d&rsquo;Alexandrie, Th\u00e9odoret de Cyr, L\u00e9on de Rome, S\u00e9v\u00e8re d&rsquo;Antioche), des cha&icirc;nes d&rsquo;arguments (catenae) qui interdisent toute improvisation, mais qui sont sortis de leur contexte, d\u00e9form\u00e9s, et, en pratique, se r\u00e9duisent \u00e0 de la propagande qu&rsquo;on ass\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;adversaire comme des coups de massue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La culture devient une, l&rsquo;\u00e9lite partage des r\u00e9f\u00e9rences communes avec le peuple. Non seulement celui-ci s&rsquo;entiche de m\u00e9taphysique abstruse, mais les hautes classes se passionnent pour les floril\u00e8ges, les vies de saints et les rumeurs les plus irrationnelles. L&rsquo;humilit\u00e9 devant le dogme est la seule attitude intellectuelle possible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Rares sont ceux, comme Procope de C\u00e9sar\u00e9e, comme les tenants de l&rsquo;apophatisme (Damascius, Pseudo-Denys, &Eacute;vagre le Pontique, Psellus, Pl\u00e9thon), ou comme les asc\u00e8tes, les ermites, et les mystiques en marge, capables de r\u00e9sister \u00e0 la pression du groupe et de l&rsquo;&Eacute;tat.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Mise en perspective<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il faudrait sans doute nuancer l&rsquo;analogie, la solution de continuit\u00e9, entre l&rsquo;entreprise politico-religieuse d&rsquo;encadrement de la soci\u00e9t\u00e9 engag\u00e9e par l&rsquo;&Eacute;tat pa\u00efen et celle conduite par l&rsquo;&Eacute;tat chr\u00e9tien. Non que, dans les grandes lignes, ils ne soient le produit de la refonte de l&rsquo;&laquo; \u00e9tablissement &raquo; humain initi\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9placement axiologique engendr\u00e9 par l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;&Eacute;tat universel, p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e, \u00e0 la suite de Karl Jaspers, par Marcel Gauchet, dans son ouvrage, Le d\u00e9senchantement du monde. Le caract\u00e8re radical de l&rsquo;arraisonnement de la soci\u00e9t\u00e9 par l&rsquo;&Eacute;tat, sa mobilisation permanente en m\u00eame temps que la mise \u00e0 contribution des forces transcendantes, \u00e9taient certes contenus dans le sens pris par l&rsquo;Histoire, mais il est certain que la sp\u00e9cificit\u00e9 du christianisme, issu d&rsquo;une religion n\u00e9e dans les interstices de l&rsquo;Occident et de l&rsquo;Orient, vou\u00e9e \u00e0 une int\u00e9riorisation et \u00e0 une subjectivit\u00e9 exacerb\u00e9es, domin\u00e9e par un Dieu tout puissant, infini, dont la manifestation, incarn\u00e9e bureaucratiquement par un organisme omnipr\u00e9sent, missionnaire, agressif et aguerri, avait une dimension historique, son individualisme et son pathos d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9, la b\u00e9ance entre le tr\u00e8s-haut et l&rsquo;ici-bas, dans laquelle pouvait s&rsquo;engouffrer toutes les potentialit\u00e9s humaines, dont les pires, \u00e9tait la forme ad\u00e9quate pour que s&rsquo;install\u00e2t un appareil particuli\u00e8rement soucieux de solliciter de pr\u00e8s les corps et les \u00e2mes dans une logique totalitaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La question de savoir si un empire plus \u00e9quilibr\u00e9 e&ucirc;t \u00e9t\u00e9 possible, par exemple sous une forme n\u00e9oplatonicienne, n&rsquo;est pas vaine, en regard des empires orientaux, qui trouv\u00e8rent un \u00e9quilibre, un compromis entre les r\u00e9quisits religieux, et l&rsquo;expression politique l\u00e9gitime, entre la transcendance et l&rsquo;immanence. Le n\u00e9oplatonisme, trop intellectuel, trop ouvert \u00e0 la recherche, finalement trop aristocratique, \u00e9tait d\u00e9muni contre la fureur pl\u00e9b\u00e9ienne du christianisme. L&rsquo;intol\u00e9rance due \u00e0 l&rsquo;exclusivisme dogmatique ne pouvait qu&rsquo;engager l&rsquo;Occident dans la voie des passions id\u00e9ologiques, et dans une dynamique conflictuelle qui aboutirait \u00e0 un monde moderne pourvu d&rsquo;une puissance destructrice in\u00e9dite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faudra sans doute revenir sur ces questions. Toutefois, il n&rsquo;est pas inutile de s&rsquo;interroger sur ce que nous sommes devenus. De plus en plus, on s&rsquo;aper\u00e7oit que, loin d&rsquo;\u00eatre les fils de l&rsquo;Ath\u00e8nes du Ve si\u00e8cle avant le Christ, ou de la R\u00e9publique romaine, voire de l&rsquo;Empire august\u00e9en, nous sommes d\u00e9pendants en droite ligne de cette Antiquit\u00e9 tardive, qui nous inocula un poison dont nous ne cessons de mourir. L&rsquo;Occident se doit de plonger dans son c&oelig;ur, dans son \u00e2me, pour extirper ces habitus, ces r\u00e9flexes si ancr\u00e9s qu&rsquo;ils semblent devenus naturels, et qui l&rsquo;ont conduit \u00e0 cette expansion mortif\u00e8re qui mine la plan\u00e8te. Peut-\u00eatre retrouverons-nous la v\u00e9ritable pi\u00e9t\u00e9, la r\u00e9conciliation avec le monde et avec nous-m\u00eames, quand nous aurons extirp\u00e9 de notre \u00eatre la folie, la &laquo; mania &raquo;, d&rsquo;exhiber la v\u00e9rit\u00e9, de jeter des anath\u00e8mes, de diaboliser ce qui nous est diff\u00e9rent, de vouloir convertir, persuader ou contraindre, d&rsquo;universaliser nos croyances, d&rsquo;unifier les certitudes, de militariser la pens\u00e9e, de r\u00e9viser l&rsquo;histoire, d&rsquo;enr\u00e9gimenter les opinions par des lois, d&rsquo;imposer \u00e0 tous une &laquo; pens\u00e9e unique &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Claude Bourrine<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lisez, que diable ! 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