{"id":81648,"date":"2025-08-24T22:06:38","date_gmt":"2025-08-24T22:06:38","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/08\/24\/glossairedde-notre-nietzsche\/"},"modified":"2025-08-24T22:06:38","modified_gmt":"2025-08-24T22:06:38","slug":"glossairedde-notre-nietzsche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2025\/08\/24\/glossairedde-notre-nietzsche\/","title":{"rendered":"<em>Glossaire.dde<\/em>\u00a0: notre-Nietzsche"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\"><em>Glossaire.dde<\/em> : notre-Nietzsche<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p><em>&bull; <\/em>&#8230; Le philosophe Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche est mort le 25 ao&ucirc;t 1900 et nous avions \u00e9crit un texte en son honneur le <a href=\"applewebdata:\/\/3AF845F8-476F-44DB-97EF-862EAD976006\/%E2%80%A2%20...%20Le%20philosophe%20Fr%C3%A9d%C3%A9ric%20Nietzsche%20est%20mort%20le%2025%20ao%C3%BBt%201900%20et%20nous%20avions%20%C3%A9crit%20un%20texte%20en%20son%20honneur%20le%2010%20septembre%202000.%20Le%20stratag%C3%A8me%20du%20journaliste%20si%20on%20l%E2%80%99est%20toujours,%20%E2%80%93%20question%20%C3%A0%20PhG,%20%E2%80%93%20est%20de%20justifier%20une%20reprise%20modifi%C3%A9e%20du%20texte%20du%20100%C3%A8me%20pour%20en%20faire%20un%20texte%20du%20125%C3%A8me%20anniversaire%20de%20sa%20mort.%20%E2%80%A2%20Ainsi,%20%C2%AB%20L%E2%80%99homme%20du%20si%C3%A8cle%20%C2%BB%20devient-il%20%C2%AB%20L%E2%80%99homme%20des%20si%C3%A8cles%20%C2%BB%20et%20nous%20%C3%A9levions%20notre%20vision%20de%20Nietzsche%20%C3%A0%20la%20hauteur%20de%20bien%20plus%20qu%E2%80%99un%20philosophe%20,%20comme%20d%C3%A9j%C3%A0%20dit%20en%202000.%20%E2%80%A2%20%C2%AB%20Plus%20qu'un%20philosophe,%20un%20visionnaire,%20une%20r%C3%A9f%C3%A9rence,%20un%20symbole%20et%20un%20myst%C3%A8re.%20Son%20%C5%93uvre,%20%C3%A9crite%20dans%20la%20douleur%20et%20la%20solitude,%20est%20assez%20fulgurante%20pour%20%C3%A9clairer%20cr%C3%BBment%20notre%20%C3%A9trange%20d%C3%A9cadence.%20%C2%BB%20%E2%80%A2%20Perspectives%20%C3%A0%20l'ombre%20numineuse%20de%20celui%20que%20le%20po%C3%A8te-chanteur%20Dirk%20Annegan%20baptisa%20%E2%80%9Cl'homme%20de%20l'aube%E2%80%9D.%20%C2%BB\">10 septembre 2000<\/a>. &bull; Le stratag\u00e8me du journaliste est de justifier une reprise modifi\u00e9e du texte du 100<sup>\u00e8me<\/sup> pour en faire un texte du 125<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de sa mort ; dans notre cas, PhG \u00e9tant devenu un  journaliste improbable, c&rsquo;est de le classer &bull; Le stratag\u00e8me du journaliste est de justifier une reprise modifi\u00e9e du texte du 100<sup>\u00e8me<\/sup>pour en faire un texte du 125<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de sa mort : dans notre cas, PhG \u00e9tant un  journaliste douteux, c&rsquo;est tr\u00e8s simplement de le classer en rubrique &lsquo;<em>Glossaire.dde<\/em>&lsquo;, &ndash; avec un titre plus \u00ab\u00a0globaliste\u00a0\u00bb, voyez? &ndash; &bull; Ainsi, &laquo;<em> L&rsquo;homme du si\u00e8cle <\/em>&raquo; devient-il &laquo;<em> L&rsquo;homme des si\u00e8cles <\/em>&raquo; et nous \u00e9levons notre vision de Nietzsche \u00e0 la hauteur de bien plus qu&rsquo;un philosophe , comme d\u00e9j\u00e0 dit en 2000<em>. &bull; &laquo; Plus qu&rsquo;un philosophe, un visionnaire, une r\u00e9f\u00e9rence, un symbole et un myst\u00e8re. Son &oelig;uvre, \u00e9crite dans la douleur et la solitude, est assez fulgurante pour \u00e9clairer cr&ucirc;ment notre \u00e9trange d\u00e9cadence.<\/em> &raquo;<em> &bull; <\/em>Perspectives \u00e0 l&rsquo;ombre <strong><u>numineuse<\/u><\/strong> de celui que le po\u00e8te-chanteur Dirk Annegan baptisa<em> \u00ab\u00a0l&rsquo;homme de l&rsquo;aube\u00a0\u00bb.&raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>_________________________<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>25 ao&ucirc;t 2025 (00H10) &ndash; Pour mieux justifier ce passage du 100<sup>\u00e8me<\/sup> au 125<sup>\u00e8me<\/sup>, j&rsquo;utilise <a href=\"https:\/\/troysouthgate.substack.com\/p\/milan-kunderas-juxta...\">un texte<\/a> de Troy Southgate, et encore plus, de Milan Kundera pour mieux d\u00e9corer le sujet de sa gloire justifi\u00e9e :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La juxtaposition de Hegel et de Nietzsche chez Milan Kundera et Troy Southgate<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Je suis tomb\u00e9 par une succession de rebonds intempestifs sur une distinction int\u00e9ressante que l&rsquo;\u00e9crivain tch\u00e8que Milan Kundera fait entre Hegel et Nietzsche et qui concerne la tendance du premier \u00e0 tout syst\u00e9matiser pour satisfaire aux rigueurs exigeantes de son programme dialectique-conceptuel. Comme le souligne Kundera: <\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Dans son d\u00e9sir de compl\u00e9ter son syst\u00e8me, Hegel d\u00e9crit chaque d\u00e9tail, carr\u00e9 par carr\u00e9, centim\u00e8tre par centim\u00e8tre, de sorte que son Esth\u00e9tique appara&icirc;t comme une collaboration entre un aigle et des centaines d&rsquo;araign\u00e9es h\u00e9ro\u00efques qui tissent des toiles pour couvrir tous les recoins<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&Agrave; l&rsquo;inverse, le style de Nietzsche est r\u00e9solument non syst\u00e9mique et ses aphorismes sont c\u00e9l\u00e8bres pour r\u00e9v\u00e9ler les soudaines bouff\u00e9es d&rsquo;inspiration qui lui permettaient de &laquo; <em>philosopher avec un marteau<\/em> &raquo;. Kundera dit de Nietzsche que <\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>son refus de la pens\u00e9e syst\u00e9matique a une autre cons\u00e9quence : un immense \u00e9largissement du th\u00e8me ; les barri\u00e8res entre les diff\u00e9rentes disciplines philosophiques, qui ont emp\u00each\u00e9 de voir le monde r\u00e9el dans toute son \u00e9tendue, tombent, et d\u00e8s lors tout ce qui est humain peut devenir l&rsquo;objet de la pens\u00e9e d&rsquo;un philosophe. Cela aussi rapproche la philosophie du roman : pour la premi\u00e8re fois, la philosophie r\u00e9fl\u00e9chit non pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie, non pas \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9thique, \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nologie de l&rsquo;esprit ou \u00e0 la critique de la raison, etc. mais \u00e0 tout ce qui est humain<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le cloisonnement dont parle Kundera a permis \u00e0 diff\u00e9rents penseurs de contenir leur discours philosophique \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de certains param\u00e8tres. Ce faisant, les \u00e9tudiants comme les critiques sont cens\u00e9s observer les panneaux de signalisation soigneusement plac\u00e9s qui guident le voyageur intellectuel le long d&rsquo;un ensemble d&rsquo;autoroutes c\u00e9r\u00e9brales \u00e9tablies et veillent \u00e0 ce qu&rsquo;il ne s&rsquo;\u00e9gare pas hors des sentiers battus. Le cas de Hegel, comme nous l&rsquo;avons vu, implique l&rsquo;accumulation d&rsquo;autant de concepts que possible au sein d&rsquo;un credo analytique unique. Bien que le lien entre l&rsquo;absolutisme et le royaume des araign\u00e9es reste \u00e0 explorer, revendiquer c&rsquo;est contr\u00f4ler.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ici s&rsquo;arr\u00eate ce texte court mais \u00f4 combien \u00e9clairant, montrant qu&rsquo;en 2025, le myst\u00e8re-Nietzsche s&rsquo;est encore \u00e9paissi depuis 2000. Il est vrai que ce premier quart du XXI\u00e8me si\u00e8cle, qui nous \u00e9loigne encore plus de Nietzsche, fait paradoxalement de lui un po\u00e8te-penseur, m\u00e9decin des \u00e2mes, encore plus actuel qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait jusqu&rsquo;alors&#8230; salut donc \u00e0 &laquo; <em>L&rsquo;homme de l&rsquo;aube<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;exercice se poursuit en reprenant le texte du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/lhomme-du-siecle\">25 ao&ucirc;t 2000<\/a>, apr\u00e8s avoir constat\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait nullement d\u00e9plac\u00e9 aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;en est au point que nous d\u00e9cidons d&rsquo;inscrire ce texte dans la rubrique &lsquo;<em>Glossaire.dde<\/em>&lsquo; pour marquer la consid\u00e9ration o&ugrave; nous tenons notre homme. Le titre de 2000 est repris, mais qu&rsquo;on ne s&rsquo;y trompe pas car celui qui importe vraiment est bien celui qui est charg\u00e9 du pluriel des Temps.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">L&rsquo;homme des si\u00e8cles<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; &#8230; &laquo;<em> L&rsquo;homme du si\u00e8cle <\/em>&raquo;, <em>avions-nous \u00e9crit comme titre..<\/em>. <em>Cette fois, ce sont \u00ab\u00a0les si\u00e8cles\u00a0\u00bb&#8230; Mais lesquels? Le XIX\u00e8me ? Le XX\u00e8me ? Le XXI\u00e8me ? Eh bien, de tous, naturellement ! Le philosophe Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche est mort le 25 ao&ucirc;t 1900 et nous venions de comm\u00e9morer le centenaire de sa disparition, &ndash; et nous remettons cela, pour 25 ans plus tard, 125<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire. Perspectives \u00e0 l&rsquo;ombre <strong><u>numineuse<\/u><\/strong> de celui que le po\u00e8te-chanteur Dirk Annegan baptisa &laquo;l&rsquo;homme de l&rsquo;aube&raquo;.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>25 ao&ucirc;t 2025 (00H10) &ndash; On a tellement dit sur Nietzsche qu&rsquo;on croirait que tout est dit, &ndash; mais tout n&rsquo;est jamais dit pour autant. Tout cela \u00e9tant fa\u00e7on de parler, nous ne nous en priverons pas \u00e0 notre tour.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche est le philosophe qui a diagnostiqu\u00e9 le nihilisme comme caract\u00e9ristique fondamentale du modernisme qu&rsquo;il a per\u00e7u comme une d\u00e9cadence et une maladie de l&rsquo;esprit, voire de l&rsquo;humeur. Ainsi \u00e9tait-il m\u00e9decin et psychologue plus que philosophe (d&rsquo;ailleurs, en est-il un ? Beaucoup lui d\u00e9nient ce titre alors que d&rsquo;autres l&rsquo;affirment au contraire avec une vigueur extr\u00eame, pour justifier leur int\u00e9r\u00eat pour Nietzsche ; rien entre ces deux attitudes extr\u00eames). Nietzsche a appel\u00e9 \u00e0 opposer un autre nihilisme \u00e0 ce qu&rsquo;il percevait comme le nihilisme g\u00e9n\u00e9ral de notre soci\u00e9t\u00e9 et de la perversion de la modernit\u00e9 pour mieux le combattre, comme on arr\u00eate le feu avec un contre-feu. M\u00e9decin, mais \u00e9galement musicien (il interpr\u00e9tait magnifiquement et il a compos\u00e9 assez joliment), Nietzsche se r\u00e9f\u00e9rait \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique comme \u00e0 une arme individuelle pour combattre cette peste du modernisme qu&rsquo;est l&rsquo;individualisme social. II sous-entendait qu&rsquo;il fallait devenir individualiste <em>per se<\/em>, tactiquement dirait-on, pour prendre les armes contre la peste-individualisme que r\u00e9pand la soci\u00e9t\u00e9 nihiliste et totalitaire. Feu contre feu, &ndash; et, en m\u00eame temps, il d\u00e9finissait parfaitement ce qui nous mena\u00e7ait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche annon\u00e7a le r\u00e8gne du &laquo;<em>dernier homme<\/em>&raquo;, celui qui porte le nihilisme \u00e0 son terme entropiquement absurde, \u00e0 son Rien qui se pr\u00e9cipite dans le Vide pour c\u00e9l\u00e9brer une sorte de r\u00e9demption diabolique qui ram\u00e8nerait l&rsquo;&Eacute;ternit\u00e9 dans cet espace \u00e9trange o&ugrave; le Rien s&rsquo;\u00e9broue dans le Vide. On pourrait avancer que nous y sommes, je veux dire \u00e0 l&rsquo;heure de cette tentative ultime o&ugrave;, je le crois, l&rsquo;absurde projet diabolique \u00e9chouera en se dissipant en une poussi\u00e8re inf\u00e2me. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a aujourd&rsquo;hui une attitude dans ce sens du non-sens pas loin d&rsquo;\u00eatre universelle, ou globalis\u00e9e selon le terme \u00e0 la mode, et que nous d\u00e9signerions comme l&rsquo;ach\u00e8vement catastrophique du d\u00e9senchantement du monde. Pour aller jusqu&rsquo;au plus menu des fretins, il y a en g\u00e9n\u00e9ral chez nos hommes politiques et chez nos intellectuels, et chez nos marchands-capitalistes derri\u00e8re eux, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qui forme notre \u00ab\u00a0\u00e9lite\u00a0\u00bb constitu\u00e9e en \u00ab\u00a0idiocratie\u00a0\u00bb fonctionnant au rythme de <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/la-doctrine-les-cons-ca-ose-tout\">l&rsquo;&laquo; <em>effet Dunning-Kruger<\/em> &raquo;<\/a> institu\u00e9e en 1999, comme pour annoncer la mort de notre Friedrich un an plus tard, &ndash; il y a chez eux, en g\u00e9n\u00e9ral, une tension extr\u00eame pour se r\u00e9aliser totalement dans ce dernier homme, pour sy \u00e9brouer et s&rsquo;y perdre avec d\u00e9lice en proclamant que c&rsquo;est la meilleure chose du monde Les uns et les autres ne parlent que de la fin des choses qui ont structur\u00e9 la civilisation : la &laquo;<em>fin de l&rsquo;histoire<\/em>&raquo;, la \u00ab\u00a0fin de la politique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la fin de la V\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, etc. Les critiques de cette \u00e9volution retrouvent le pr\u00e9cepte de Nietzsche (nihilisme contre nihilisme) sans y songer pr\u00e9cis\u00e9ment sinon par d\u00e9marche de nature ; ils parlent, eux, de \u00ab\u00a0la fin du progr\u00e8s\u00a0\u00bb, ou la fin de l&rsquo;humanisme si l&rsquo;on se veut d\u00e9constructeur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le &laquo;<em>dernier homme<\/em>&raquo; de Nietzsche, c&rsquo;est celui qui a remplac\u00e9 d\u00e9finitivement la substance par la forme devenue in-forme, <\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>&laquo; &#8230;<\/em><em>ce qui est non-mesure par rapport \u00e0 la mesure, sans limite par rapport \u00e0 la limite, absence de forme par rapport \u00e0 ce qui produit la forme et d\u00e9ficience permanente par rapport \u00e0 ce qui est suffisant en soi, toujours ind\u00e9termin\u00e9, stable en aucune fa\u00e7on, affect\u00e9 de toutes mani\u00e8res, insatiable, indigence totale. <\/em><em>&raquo; (Plotin)<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&#8230; Le dernier homme, celui qui coupe les ponts avec le pass\u00e9 pour r\u00e9duire l&rsquo;avenir \u00e0 l&rsquo;instant pr\u00e9sent, celui qui installe une r\u00e9alit\u00e9 totalitaire virtualistemement bidouill\u00e9e \u00e0 la place de la r\u00e9alit\u00e9, simulacre immonde, monstre du monstre de nos cauchemars ; celui qui saccage toutes les structures qui tiennent la soci\u00e9t\u00e9 ; celui qui dit avoir dompt\u00e9 la nature comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un ennemi et rompt les liens de l&rsquo;homme avec la nature ; celui qui, enfin, installe la totalit\u00e9 de l&rsquo;intol\u00e9rance sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une id\u00e9e ou \u00e0 un projet politique ext\u00e9rieur, en la baptisant \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb, sous-entendant <em>de facto<\/em> et comme par inadvertance une consigne \u00e9trange, g\u00e9nitrice de la terreur ultime, et qu&rsquo;on \u00e9noncerait comme ceci : \u00ab\u00a0pas de tol\u00e9rance pour les ennemis de l&rsquo;intol\u00e9rance\u00a0\u00bb, &ndash; ce qui est bien plus grave et d\u00e9cisif que le \u00ab\u00a0pas de libert\u00e9 pour les ennemis de la libert\u00e9\u00a0\u00bb enseign\u00e9 \u00e0 des <em>sapiens <\/em>qui ignorent quoi faire de la libert\u00e9..<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Pourquoi cet homme est dangereux<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche, dit-on, est \u00e9tonnamment actuel. Ce que ce lieu commun a d&rsquo;\u00e9trange, c&rsquo;est-\u00e0-dire de paradoxalement exceptionnel et in\u00e9dit, est qu&rsquo;il vaut \u00e0 peu pr\u00e8s pour toutes les \u00e9poques depuis sa mort du 25 ao&ucirc;t 1900 (et m\u00eame avant), et \u00e0 peu pr\u00e8s pour toutes les tendances, toutes les id\u00e9ologies, toutes les d\u00e9viances, des plus ang\u00e9liques aux plus monstrueuses, des doux <em>beatniks<\/em> \u00e0 la Kerouac aux id\u00e9ologues du nazisme et \u00e0 la haine jusqu&rsquo;au Rien du monde des <em>neocon <\/em>et des ultralib\u00e9raux-<em>woke<\/em>. Nietzsche est aujourd&rsquo;hui une r\u00e9f\u00e9rence oblig\u00e9e comme il l&rsquo;est depuis un si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;explication possible est que l&rsquo;homme (en tant que tel, pas le psdeudo-philosophe) est profond, visionnaire et universel parce qu&rsquo;habit\u00e9 par une sorte de gr\u00e2ce, et nullement rattach\u00e9 \u00e0 une \u00e9cole de pens\u00e9e m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;attache \u00e0 longuement analyser certaines d&rsquo;entre elles,  &ndash; pour les pulv\u00e9riser en g\u00e9n\u00e9ral, et m\u00eame si son apport \u00e0 permis \u00e0 certaines autres de progresser tr\u00e8s s\u00e9rieusement mais souvent subrepticement, sans trop le citer parce qu&rsquo;il \u00ab\u00a0sent le souffre\u00a0\u00bb. II d\u00e9crit un monde commun \u00e0 tous avec une forme (aphorisme) qui laisse sa libert\u00e9 \u00e0 chacun. II pourrait servir de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un Indien et \u00e0 un Sud-Am\u00e9ricain comme \u00e0 un Europ\u00e9en occidental. II est \u00e9galement \u00ab\u00a0\u00e0 la mode\u00a0\u00bb parce que la mode, dans ces temps d&rsquo;apparence o&ugrave; la libert\u00e9 comme slogan porte beau, est de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 un homme qui est la libert\u00e9 m\u00eame, avec sa d\u00e9mesure et ses limites. Nietzsche est donc \u00e9galement dangereux, non parce qu&rsquo;il \u00ab\u00a0sent le souffre\u00a0\u00bb comme on disait parfois aux jeunes gens bourgeois des diverses \u00e9poques du XXe si\u00e8cle qui se d\u00e9couvraient fascin\u00e9s par ce nom myst\u00e9rieux et ce visage extraordinaire (PhG peut en t\u00e9moigner), mais parce que les imb\u00e9ciles s&rsquo;y r\u00e9f\u00e8rent \u00e9galement. Prenez carde aux imb\u00e9ciles, ils font d&rsquo;immenses d\u00e9g\u00e2ts dans les cahots de l&rsquo;Histoire o&ugrave; ils tiennent un r\u00f4le consid\u00e9rable, &ndash; on parlerait bien de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efque connerie de certains, car il faut tant d&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme pour se supporter !.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche est une auberge espagnole o&ugrave; il faut savoir poser les pieds. Dans cette appr\u00e9ciation foisonnante, nous devrions parler de la culpabilit\u00e9 ou de l&rsquo;innocence de ceux qui se disent adeptes de Nietzsche plut\u00f4t que de la culpabilit\u00e9 ou de l&rsquo;innocence de la pens\u00e9e nietzsch\u00e9enne. Nietzsche nous interdit vis-\u00e0-vis de lui-m\u00eame cette sorte de d\u00e9marche qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une morale et pr\u00e9tendrait par cons\u00e9quent nous faire croire qu&rsquo;il existe encore un ordre du monde. Nietzsche nous rappelle qu&rsquo;il n&rsquo;y a nulle pens\u00e9e qui soit fondamentalement coupable ou innocente (sinon, pour certains dans l&rsquo;\u00e8re de la modernit\u00e9, celles qui se croient innocentes et voient les autres coupables par cons\u00e9quent), que toute pens\u00e9e est innocente et coupable \u00e0 la fois, que d&rsquo;ailleurs ce n&rsquo;est pas le probl\u00e8me et que lui-m\u00eame &mdash; cela devrait tout r\u00e9gler pour ce domaine du proc\u00e8s qu&rsquo;on fait parfois \u00e0 Nietzsche &mdash; a \u00e9crit <em>Par-del\u00e0 le Bien et le Mal<\/em> et s&rsquo;est tenu \u00e0 cette maxime. En attaquant la morale, Nietzsche ne fait que nous signaler par avance ce que nous ne cessons de constater de toutes les fa\u00e7ons aux jours d&rsquo;aujourd&rsquo;hui : la morale devenue un faux-semblant, un masque si l&rsquo;on veut. La morale est destin\u00e9e \u00e0 tomber dans l&rsquo;escarcelle des m\u00e9diocres pour remplacer par la vertu le bon sens qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas et pour donner ce caract\u00e8re irresponsable si caract\u00e9ristique \u00e0 leur go&ucirc;t du pouvoir absolu derri\u00e8re les c\u00e9r\u00e9monies de la d\u00e9magogie d\u00e9mocratique d&rsquo;une d\u00e9mocratie qui ne peut exister que dans la corruption de la d\u00e9magogie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche commente, parfois avec exaltation parfois avec ironie, un monde de d\u00e9sordre qui se pare de l&rsquo;apparence de l&rsquo;organisation, le monde du d\u00e9sordre install\u00e9 par une \u00e9volution subversive de la pens\u00e9e humaine et peinturlur\u00e9 des apparences d&rsquo;un ordre d\u00e9crit comme moralement vertueux. Nietzsche attaque donc une m\u00e9thode, un penchant, une faiblesse g\u00e9n\u00e9rale de la pens\u00e9e, une d\u00e9cadence technique et camoufl\u00e9e, et nullement un parti ou un courant de pens\u00e9e. II refuse d&rsquo;\u00eatre partisan dans ce cas universel qui est le n\u00f4tre, o&ugrave; il y a une autre urgence que celle de faire triompher un parti ou de renforcer une tendance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais tout le monde ne lit pas cela lorsque tous, ou \u00e0 peu pr\u00e8s, nous lisons Nietzsche. Rien de plus normal, apr\u00e8s ce qu&rsquo;on vient de dire de lui (Nietzsche-auberge espagnole). Nietzsche est \u00e9galement une caution, un parapluie. Nietzsche est un argument pour les partisans de tous bords, et, par cons\u00e9quent, un diable pour ceux qui se situent \u00e0 l&rsquo;autre bord. On s&rsquo;y perd. La complexit\u00e9 de la perception qu&rsquo;on a de Nietzsche r\u00e9pond \u00e0 la complexit\u00e9 de Nietzsche. Cette complexit\u00e9 m\u00e9rite qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate un peu : qui est cet homme qui a passionn\u00e9 tout un si\u00e8cle et qui reste para&icirc;t-il, aujourd&rsquo;hui encore, un myst\u00e8re et plus encoire, toujours d\u00e9battu, et qui, demain, le restera pour beaucoup en \u00e9tant encore plus un myst\u00e8re ? Qui, aujourd&rsquo;hui m\u00eame o&ugrave; nous jurons enfin tout savoir pour d\u00e9cider de notre sort  ultime, pourrait pr\u00e9tendre d\u00e9battre et d\u00e9faire ce myst\u00e8re de Nietzsche sans rougir,  sans m\u00eame mesurer cette rougeur, de cette pr\u00e9tention proprement extraordinaire de s&rsquo;attaquer \u00e0 l&rsquo;\u00e9nigme nietzsch\u00e9enne ? (&laquo;<em>Derniers masques de Nietzsche <\/em>[&hellip;] <em>l&rsquo;\u00e9nigmatique cr\u00e9ateur de Zarathoustra<\/em>&raquo;, &mdash; titre d&rsquo;un article du <em>Monde<\/em> du 28 mai 1999.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La pens\u00e9e-Nietzsche : un d\u00e9sordre plein de tout<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche a ceci de particulier qu&rsquo;il est un des rares philosophes de cette dimension, le seul m\u00eame se permettrait-on d&rsquo;avancer, \u00e0 passionner \u00e0 la fois les philosophes (les \u00ab\u00a0techniciens de la philosophie\u00a0\u00bb), les penseurs, les historiens, les \u00e9crivains et les artistes, les po\u00e8tes bien s&ucirc;r, les hommes d&rsquo;action pour leur conf\u00e9rence \u00e0 $100 000 la soir\u00e9e, et m\u00eame, dans les cat\u00e9gories inf\u00e9rieures, les journalistes et les \u00e9chotiers du temps pr\u00e9sent. II fait \u00e0 la fois partie de l&rsquo;histoire de la philosophie et de l&rsquo;actualit\u00e9 la plus br&ucirc;lante, de la r\u00e9flexion inspir\u00e9e et de \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9cume des jours\u00a0\u00bb. II est &laquo;<em>l&rsquo;\u00e9nigmatique cr\u00e9ateur de Zarathoustra<\/em>&raquo; pour cela aussi, et m\u00eame pour cela d&rsquo;abord.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Effectivement, l&rsquo;homme et ses activit\u00e9s sont \u00e9videmment la cause de cette prog\u00e9niture si vari\u00e9e, &mdash; d&rsquo;o&ugrave; la difficult\u00e9 de la d\u00e9finir: Nietzsche est-il un moraliste de combat (l&rsquo;adversaire de Wagner et du <em>kulturkampf<\/em> allemand, l&rsquo;adversaire de &laquo;<em>la morale des esclaves<\/em>&raquo; chr\u00e9tienne), un po\u00e8te philosophique et \u00e9pique (<em>Ainsi Parlait Zarathoustra<\/em>), un philosophe fondateur et\/ou promoteur de diverses th\u00e8ses (l&rsquo;\u00e9ternel retour, le mythe du Surhumain, la &laquo; <em>volont\u00e9 de puissance<\/em> &raquo;), un visionnaire (\u00ab\u00a0Dieu est mort\u00a0\u00bb) ? Vous comprenez, \u00e0 la fin, combien Nietzsche est un homme de notre-temps puisque notre-temps h\u00e9site entre tout cela comme entre tant d&rsquo;esp\u00e9rances \u00e9gar\u00e9es. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les concepts nietzsch\u00e9ens (l&rsquo;\u00e9ternel retour, le surhumain, la volont\u00e9 de puissance, le d\u00e9passement de soi) sont c\u00e9l\u00e8bres. Ils sont le fond de commerce de Nietzsche-auberge espagnole. Chacun s&rsquo;y r\u00e9f\u00e8re en les jugeant exceptionnels &mdash; c&rsquo;est-\u00e0-dire: en jugeant exceptionnelle sa propre interpr\u00e9tation et en d\u00e9non\u00e7ant les autres interpr\u00e9tations. C&rsquo;est l\u00e0 un grave et persistant probl\u00e8me. Tant d&rsquo;interpr\u00e8tes des concepts nietzsch\u00e9ens ne font, en consid\u00e9rant Nietzsche, que projeter sur lui leur propre image. Il en r\u00e9sulte que les concepts nietzsch\u00e9ens charrient \u00e0 la fois le pire et le meilleur. La cause de ce d\u00e9sordre en est qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de concepts \u00e9labor\u00e9s mais de concepts visionnaires (l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9ternel retour est venue \u00e0 Nietzsche devant le rocher de Sils-Maria, en Engadine, \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1881 &ndash; et l&rsquo;on pourrait alors \u00e9crire: &laquo;<em>Le probl\u00e8me, c&rsquo;est que Nietzsche affirme plus qu&rsquo;il ne d\u00e9montre<\/em>&raquo; [Roger Pol Droit])?&#8230; Mais non, justement ! \u00ab\u00a0Affirmer plus que d\u00e9montrer\u00a0\u00bb, ce n&rsquo;est pas le probl\u00e8me nietzsch\u00e9en mais bien la solution du probl\u00e8me nietzsch\u00e9en.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il ne s&rsquo;agit pas de concepts compliqu\u00e9s et pr\u00e9cis\u00e9ment expliqu\u00e9s mais de concepts g\u00e9n\u00e9raux qui empruntent souvent \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence de l&rsquo;\u00e9lan vital et sont d\u00e9crits par une langue lyrique plus que par un langage philosophique abstrait. Chaque chapelle adapte le concept nietzsch\u00e9en \u00e0 son cat\u00e9chisme et la signification du concept en est fondamentalement brouill\u00e9e. II est difficile de prononcer l&rsquo;expression \u00ab\u00a0volont\u00e9 de puissance\u00a0\u00bb sans provoquer aussit\u00f4t, et avec autant de bonnes raisons parait-il, un froncement de sourcil d&rsquo;horreur et un hochement de t\u00eate approbateur de l&rsquo;\u00e9vidence. L&rsquo;homme d\u00e9vor\u00e9 par la c\u00e9phal\u00e9e, impitoyable maladie, d\u00e9j\u00e0 rong\u00e9 par la syphilis, Nietzsche pourrait figurer par sa diversit\u00e9 admirable dans une publicit\u00e9 de la forme dont nous avons le secret, sur \u00ab\u00a0comment tenir la forme 24 heures sur 24\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La philosophie de Nietzsche est essentiellement une philosophie de pol\u00e9mique dont il est difficile de retirer des enseignements pr\u00e9cis. Si Nietzsche n&rsquo;\u00e9tait que philosophe, son enseignement ne serait que confusion et pol\u00e9mique et certains seraient fond\u00e9s de le juger comme un semeur de d\u00e9sordre de l&rsquo;esprit plus que comme un philosophe. Mais Nietzsche n&rsquo;est pas que philosophe et c&rsquo;est alors qu&rsquo;il devient passionnant, voire essentiel parce qu&rsquo;il est philosophe et qu&rsquo;en plus il est bien d&rsquo;autres choses, &ndash; et d&rsquo;abord po\u00e8te incomparable et peut-\u00eatre inconsolable des temps o&ugrave; il vit et des temples o&ugrave; il prie, o&ugrave; triomphe l&rsquo;esprit antipo\u00e9tique du bourgeois et du comptable&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La vie de Nietzsche, les \u00e9preuves qu&rsquo;il a subies, jouent un r\u00f4le fondamental dans sa d\u00e9marche intellectuelle. Promis \u00e0 une gloire conformiste dans les ann\u00e9es 1860 lorsqu&rsquo;il \u00e9tait \u00e9l\u00e8ve spirituel de Wagner et l&rsquo;une des grandes promesses de l&rsquo;universit\u00e9 allemande, il se d\u00e9tacha insensiblement mais irr\u00e9sistiblement de ce destin. Il abandonna son \u00ab\u00a0plan de carri\u00e8re\u00a0\u00bb. II choisit la solitude, c&rsquo;est-\u00e0-dire la marginalit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire la dissidence <em>de facto<\/em>. En m\u00eame temps, il \u00e9tait de plus en plus touch\u00e9 par ses maux chroniques, notamment des migraines \u00e9pouvantables. Son &oelig;uvre ressemble \u00e0 des \u00e9clairs presque aveuglants \u00e0 force d&rsquo;\u00eatre lumineux, n\u00e9s de rares moments d&rsquo;apaisement et d&rsquo;une disposition intellectuelle totalement retrouv\u00e9e. La vie de Nietzsche est un calvaire. A l&rsquo;heure de sombrer dans la folie, fin 1888, il signait ses lettres \u00ab\u00a0Le Crucifi\u00e9\u00a0\u00bb. Pour autant, il d\u00e9daigna de fonder une religion, &ndash; Respect !<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Nietzsche est-il un &laquo;<strong><em>g\u00e9nie de la critique<\/em><\/strong>&raquo;?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Parmi les destinataires de ses lettres justement, un homme qui doit nous int\u00e9resser, son ami Franz Overbeck qui fut souvent \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, qui l&rsquo;aida, le soutint, qui vint \u00e0 son secours lorsqu&rsquo;il s&rsquo;effondra \u00e0 Turin \u00e0 la fin de 1888. Overbeck est l&rsquo;ami fid\u00e8le mais nullement l&rsquo;ami aveugle. C&rsquo;est \u00e0 lui qu&rsquo;on s&rsquo;arr\u00eate, et \u00e0 ses <em>Souvenirs sur Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche<\/em>. (1) Lus aujourd&rsquo;hui, je veux dire dans chaque aujourd&rsquo;hui depuis la mort de l&rsquo;ami, les <em>Souvenirs<\/em> d&rsquo;Overbeck apparaissent tr\u00e8s actuels, comme s&rsquo;ils permettaient par avance d&rsquo;\u00f4ter les &laquo;<em>derniers masques<\/em>&raquo; de Nietzsche dont se plaignent encore les intellectuels et chroniqueurs pseudo-nietzsch\u00e9ens. <\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>Si l&rsquo;on regarde en arri\u00e8re ou si l&rsquo;on consid\u00e8re les choses sous un angle historique, aucune des pens\u00e9es qui sont apparues chez Nietzsche n&rsquo;est totalement nouvelle ni in\u00e9dite<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>nous dit Overbeck assez justement, bouclant si on l&rsquo;en croit toutes les interrogations \u00e0 propos de la philosophie nietzsch\u00e9enne. Quant \u00e0 la solitude de notre philosophe, Overbeck tord le cou \u00e0 sa signification ontologique de fa\u00e7on aussi convaincante, pour lui assigner un r\u00f4le tactique et conscient : <\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>Nietzsche lui-m\u00eame \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre aussi seul qu&rsquo;il le pensait <\/em>[NDLR : peut-\u00eatre Overbeck, en \u00e9crivant cela, pense-t-il notamment \u00e0 lui-m\u00eame?] ; <em>il ne fut pas v\u00e9ritablement un solitaire, mais il affectait la solitude ou s&rsquo;y complaisait et voulait \u00eatre un solitaire.<\/em>&raquo; <\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Overbeck semble r\u00e9duire son ami Nietzsche si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la vision conformiste qu&rsquo;on en a. Peut-\u00eatre en r\u00e9alit\u00e9 le grandit-il en d\u00e9finissant sa r\u00e9alit\u00e9. Nietzsche n&rsquo;est pas un cr\u00e9ateur, il est un critique dot\u00e9 d&rsquo;une vision divine ; et ainsi, avec lui, la critique est pure et divine cr\u00e9ation. Tout cela est r\u00e9alis\u00e9 dans une forme po\u00e9tique sans la moindre limitation, ouverte \u00e0 toutes les inspirations.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dispers\u00e9e, l&rsquo;image du Nietzsche solitaire \u00e9grenant les v\u00e9rit\u00e9s du monde pour un monde hostile avec lequel il n&rsquo;a pas le moindre contact. (La r\u00e9alit\u00e9 historique va dans le sens de l&rsquo;interpr\u00e9tation d&rsquo;Overbeck. Dr\u00f4le de solitaire que cet homme qui a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment choisi la solitude en se plaignant d&rsquo;\u00eatre un incompris, et qui, malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9norme handicap de ses maux terribles trouve toujours dans ses amis de fid\u00e8les secr\u00e9taires pour transcrire ses &oelig;uvres, voire pour les coucher sur papier quand lui-m\u00eame ne peut le faire ; qui, malgr\u00e9 cet \u00e9norme handicap \u00ab\u00a0de communication\u00a0\u00bb, comme on dit aujourd&rsquo;hui, qu&rsquo;est sa solitude, est tenu par nombre de ses contemporains, notamment et surtout \u00e0 Paris \u00e0 partir des ann\u00e9es 1880, comme un des grands esprits du si\u00e8cle, un philosophe fondamental, et dont la gloire ne cessera plus jusqu&rsquo;\u00e0 nous. C&rsquo;est un des grands myst\u00e8res du philosophe, et un des grands miracles de notre culture, que malgr\u00e9 des donn\u00e9es objectives catastrophiques, &mdash; solitude, tirages confidentiels de ses &oelig;uvres, etc, &mdash; Nietzsche est reconnu en Europe, avant m\u00eame qu&rsquo;il ne devienne fou, comme un des grands esprits de l&rsquo;histoire de la pens\u00e9e occidentale.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Overbeck va plus loin : dispers\u00e9e \u00e9galement, l&rsquo;image de la pens\u00e9e nietzsch\u00e9enne qui bouleverse le monde. (Et, dans ce cas, esprit n&rsquo;est pas pens\u00e9e.) Pour Overbeck, Nietzsche est un g\u00e9nie d&rsquo;une forme tr\u00e8s particuli\u00e8re. &laquo;<em>Nietzsche \u00e9tait un g\u00e9nie mais son g\u00e9nie r\u00e9sidait dans son talent de critique.<\/em>&raquo; Cette interpr\u00e9tation appara&icirc;t \u00e0 la r\u00e9flexion comme extr\u00eamement enrichissante. Surtout, elle devrait nous \u00e9clairer lorsqu&rsquo;elle est prolong\u00e9e d&rsquo;une autre r\u00e9flexion d&rsquo;Overbeck sur ce qu&rsquo;est r\u00e9ellement Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche, en tous les cas selon son point de vue, Overbeck signale combien Nietzsche n&rsquo;h\u00e9sita pas \u00e0 porter sa vision critique qui fait son g\u00e9nie d&rsquo;abord contre lui-m\u00eame, et ainsi donnant une explication acceptable psychologiquement du d\u00e9s\u00e9quilibre nietzsch\u00e9en qui conduisit, ou acc\u00e9l\u00e9ra la chute vers la folie.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>L&rsquo;usage qu&rsquo;il a fait de ce talent critique, \u00e0 savoir l&rsquo;appliquer \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e9tait le plus dangereux qui fut ; c&rsquo;\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 un usage fatal. Celui qui de mani\u00e8re exclusive mit autant d&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 se faire lui-m\u00eame objet d&rsquo;un talent critique aussi g\u00e9nial \u00e9tait n\u00e9cessairement vou\u00e9 \u00e0 la folie et \u00e0 l&rsquo;autodestruction.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Cette id\u00e9e se retrouve chez certains, en plus \u00e9labor\u00e9e. Estimant la folie de Nietzsche comme l&rsquo;ach\u00e8vement logique plus que tragique, et donc voulu, d&rsquo;un parcours de la pens\u00e9e que le philosophe a lui-m\u00eame ordonn\u00e9, Pierre Klossowski sugg\u00e8re que cette folie aura \u00e9t\u00e9<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>une d\u00e9cision ultime, l&rsquo;accomplissement d&rsquo;un projet existentiel, consistant \u00e0 faire exploser l&rsquo;identit\u00e9 du sujet, \u00e0 assumer une pluralit\u00e9, une discontinuit\u00e9 nouvelle<\/em>&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>A la lumi\u00e8re de ces appr\u00e9ciations, on pourrait dire que Nietzsche paya comptant, par le traitement qu&rsquo;il s&rsquo;appliqua \u00e0 lui-m\u00eame (et, accessoirement, par l&rsquo;existence qu&rsquo;il se m\u00e9nagea), le droit d&rsquo;observer le monde avec son g\u00e9nie de critique sans restriction, sans retenue. A cet \u00e9gard, sans le moindre doute, Nietzsche est un esprit h\u00e9ro\u00efque, et d&rsquo;un po\u00e8te h\u00e9ro\u00efque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche fut donc le g\u00e9nie-critique, l&rsquo;homme de la &laquo;<em>philosophie au marteau<\/em>&raquo;, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la critique ass\u00e9n\u00e9e \u00e0 coups de marteau. On a l&rsquo;explication de sa modernit\u00e9 qui serait ainsi celle d&rsquo;un \u00ab\u00a0antimoderne\u00a0\u00bb \u00e9vident, &ndash; la plus ardente des modernit\u00e9s, &ndash; et m\u00eame, plus encore, de sa compl\u00e8te actualit\u00e9. Nietzsche s&rsquo;attaque \u00e0 l&rsquo;essentiel et au plus urgent: la critique syst\u00e9matique d&rsquo;une \u00e9poque dont la subversion, amplement d\u00e9montr\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements du XXe si\u00e8cle et par le couronnement subversif qu&rsquo;est ce premier quart de si\u00e8cle que nous achevons, m\u00e9rite d&rsquo;abord d&rsquo;\u00eatre soumise \u00e0 ce feu. Avant de songer \u00e0 construire une belle architecture, il importe de d\u00e9truire l&rsquo;horrible construction bancale mise en place. Celle-ci d\u00e9truite, on devra tout repenser en fonction du nouveau paysage apparu ; celle-ci d\u00e9truite, peut-\u00eatre le monde nouveau nous sugg\u00e9rera la voie de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme&#8230; Cela se nomme \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/deconstructuration-du-deconstructeur\">d\u00e9constructuration<\/a>\u00ab\u00a0, &ndash; Le Corbusier en maison psychiatrique de repos intensif.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le paradoxal optimisme de Nietzsche<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Du coup, l&rsquo;image qu&rsquo;on peut avoir de Nietzsche devient tr\u00e8s diff\u00e9rente. Il s&rsquo;agit moins d&rsquo;un philosophe s&rsquo;inscrivant dans la continuit\u00e9 de la pens\u00e9e et de la philosophie elle-m\u00eame que d&rsquo;un destructeur, un homme-rupture. Certes, tout philosophe est un peu une rupture par la nouveaut\u00e9 qu&rsquo;il pr\u00e9tend apporter par sa philosophie, mais Nietzsche l&rsquo;est de fa\u00e7on substantielle et ontologique avec une minutie qui vous laisse stup\u00e9fait&#8230; II est homme-rupture avant d&rsquo;\u00eatre philosophe et il l&rsquo;est par la forme autant que par le fond. Nietzsche affectionnait de dire qu&rsquo;il philosophait au marteau, entendant par l\u00e0 qu&rsquo;il ass\u00e9nait ses v\u00e9rit\u00e9s simples comme avec un marteau et qu&rsquo;il ne cessait de taper sur le clou pour mieux l&rsquo;enfoncer. Effectivement, sa litt\u00e9rature et sa r\u00e9flexion sont faites \u00e0 coups de marteau, et l&rsquo;on peut aussi bien appr\u00e9cier que l&rsquo;instrument lui sert d&rsquo;abord \u00e0 frapper sur les murs vermoulus de l&rsquo;architecture en place.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le fond de son attitude est le d\u00e9sespoir. C&rsquo;est un d\u00e9sespoir tr\u00e8s particulier, un d\u00e9sespoir utilis\u00e9 de fa\u00e7on offensive, pour animer le marteau. Le paradoxe est que cet aspect de d\u00e9sespoir qu&rsquo;on trouve chez Nietzsche engendre un optimisme conqu\u00e9rant dans l&rsquo;activit\u00e9 du philosophe, dans son lyrisme, dans la puissance de son verbe, et surtout, enfin, dans la conviction extraordinaire qui anime ses \u00e9crits. Overbeck note effectivement cela: <\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>L&rsquo;optimisme de Nietzsche est bel et bien celui d&rsquo;un desperado. Il se pr\u00e9vaut des ressources illimit\u00e9es de son imagination pour lutter contre le d\u00e9sespoir et il s&rsquo;appuie sur l&rsquo;infinit\u00e9 du d\u00e9sespoir pour \u00e9touffer l&rsquo;imagination.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Rendez-vous compte : cet Allemand qui se d\u00e9fait des teutons avait compris un si\u00e8cle avant, que l&rsquo;imagination est la symphonie du d\u00e9sespoir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L\u00e0 aussi, comme dans le cas du nihilisme qu&rsquo;on a pr\u00e9sent\u00e9 au d\u00e9but, Nietzsche appara&icirc;t comme un manipulateur des sentiments et des caract\u00e9ristiques psychologiques les plus profonds. Il s&rsquo;en sert comme on se sert d&rsquo;outils pour appuyer une (sa) philosophie qui est d&rsquo;abord une exhortation, et dans laquelle, par cons\u00e9quent (et l&rsquo;on retrouve les remarques d\u00e9j\u00e0 faites sur le contenu), l&rsquo;\u00e9lan compte plus que le contenant. La force de Nietzsche semble \u00eatre effectivement que les sentiments et les \u00e9tats d&rsquo;esprit les plus fondamentaux, ceux dont on juge qu&rsquo;ils peuvent orienter ou d\u00e9s-orienter une soci\u00e9t\u00e9 et une civilisation, ne sont chez lui que des outils dont il use tactiquement. Nietzsche est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 (on serait tent\u00e9 d&rsquo;ajouter : \u00e9videmment), mais son comportement, son jugement, son analyse ne sont fondamentalement zn rien affect\u00e9s par cet \u00e9tat d&rsquo;esprit. Il ne joue pas (dans le sens d&rsquo;interpr\u00e9ter) son d\u00e9sespoir qui est bien r\u00e9el mais il en joue sans aucun doute. Nietzsche s&rsquo;est sorti de la dimension humaine o&ugrave; le d\u00e9sespoir semble l&rsquo;ultime sanction du sentiment qu&rsquo;on peut avoir de l&rsquo;existence, pour se placer en-dehors et au-del\u00e0, et en jouer selon les n\u00e9cessit\u00e9s. Ce musicien est un virtuose. .Le d\u00e9sespoir n&rsquo;est plus, avec Nietzsche, la description d&rsquo;une situation sans issue mais un \u00e9l\u00e9ment du jeu qui permet de faire avancer sa description philosophique de la situation terrestre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De m\u00eame qu&rsquo;il est par-del\u00e0 le Bien et le Mal, et notamment \u00e0 cause de cela du reste, il est par-del\u00e0 l&rsquo;espoir et le d\u00e9sespoir. Le jugement d&rsquo;Overbeck selon lequel la d\u00e9marche critique de Nietzsche, n\u00e9cessairement une autocritique, \u00e9tait \u00e9videmment &laquo;<em>auto-destructrice<\/em>&raquo;, nous para&icirc;t particuli\u00e8rement justifi\u00e9e, et plus simplement, &mdash; tout simplement juste. L&rsquo;admirable chez Nietzsche, dans cette utilisation de ses traits de caract\u00e8re fondamentaux pour l&rsquo;usage de son sujet d&rsquo;analyse qui n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la destin\u00e9e du genre humain autant que de lui-m\u00eame, c&rsquo;est que cette utilisation impliquait son d\u00e9s\u00e9quilibre et sa chute.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;autocritique implicite de Nietzsche \u00e9tait n\u00e9cessairement &laquo;<em>auto-destruction<\/em>&raquo;. C&rsquo;est le sacrifice ultime, accompli en toute conscience de son utilit\u00e9 fondamentale pour la destin\u00e9e du genre humain.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Nietzsche et la France : une rencontre significative<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>N\u00e9 en Allemagne (il aimait insister sur ses origines polonaises), pr\u00e9sent\u00e9 aussi bien et contradictoirement comme l&rsquo;arch\u00e9type de l&rsquo;Allemand et comme le contraire du \u00ab\u00a0philosophe allemand\u00a0\u00bb \u00e0-la-Kant, Nietzsche n&rsquo;est pleinement devenu lui-m\u00eame que \u00ab\u00a0francis\u00e9\u00a0\u00bb. Il l&rsquo;est tellement qu&rsquo;on parle aujourd&rsquo;hui d&rsquo;un \u00ab\u00a0Nietzsche fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, tandis que le Nietzsche originel, le \u00ab\u00a0Nietzsche allemand\u00a0\u00bb, est plut\u00f4t laiss\u00e9 au purgatoire par des Allemands qui s&rsquo;effraient de toute pens\u00e9e un peu ferme et un peu haute parce qu&rsquo;elle semblerait devoir menacer leur r\u00e9cente vertu d\u00e9mocratique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La gloire fran\u00e7aise de Nietzsche fut aussit\u00f4t tr\u00e8s haute et ne se d\u00e9mentit jamais, au travers de plusieurs \u00e9poques qui la relanc\u00e8rent (trois pr\u00e9cis\u00e9ment, d\u00e9sign\u00e9s comme les &laquo;<em>Moments fran\u00e7ais de Nietzsche<\/em>&raquo; : 1889-1914, les ann\u00e9es 1930 et \u00e0 partir de 1960). Il n&rsquo;y a aucune gloire litt\u00e9raire (insistons sur le qualificatif) \u00e9trang\u00e8re qui re\u00e7ut un tel accueil en France, sinon, momentan\u00e9ment, les grands \u00e9crivains russes (Tolsto\u00ef et Dosto\u00efevski) au XIXe si\u00e8cle, et, peut-\u00eatre, de fa\u00e7on plus diffuse mais bien \u00e9tablie, les \u00e9crivains am\u00e9ricains en tant que groupe culturel ainsi que divers \u00e9crivains \u00e9trangers francophones. Surtout, Nietzsche fut parfaitement compris, d\u00e8s l&rsquo;origine, parce qu&rsquo;il toucha encore plus les artistes que les philosophes, et qu&rsquo;il les toucha comme il convient (cette remarque vaut moins pour la p\u00e9riode depuis 1960, o&ugrave; la philosophie et surtout l&rsquo;Universit\u00e9 fran\u00e7aises se sont empar\u00e9es de Nietzsche ; ce n&rsquo;est peut-\u00eatre pas la meilleure chose du monde).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sa proximit\u00e9 avec Stendhal, avec Flaubert, avec Baudelaire, est connue. Gide \u00e9crivait en 1898 ceci qui correspond si bien \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation artistique et litt\u00e9raire de Nietzsche :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>L&rsquo;influence de Nietzsche a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 chez nous l&rsquo;apparition de son &oelig;uvre <\/em>[&#8230;] <em>Je l&rsquo;attendais avant de le conna&icirc;tre &mdash; de le conna&icirc;tre f&ucirc;t-ce de nom<\/em>&#8230; [&#8230;] <em>Et pas \u00e0 pas ensuite, le lisant, il me semblait qu&rsquo;il excitait mes pens\u00e9es.<\/em>&raquo; <\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Cette approche de Nietzsche, intuitive, artistique et litt\u00e9raire tout ensemble, se retrouve chez nombre d&rsquo;\u00e9crivains fran\u00e7ais de cette \u00e9poque. Paul Valery, ami de Gide, \u00e9crivait (mi-captiv\u00e9 mi-inquiet) que &laquo;<em>Nietzsche n&rsquo;est pas une nourriture &mdash; c&rsquo;est un stimulant. <\/em>[&#8230;] <em>Nietzsche ne repr\u00e9sente pas la \u00ab\u00a0philosophie\u00a0\u00bb (heureusement pour lui) &mdash; mais un compositeur, un \u00ab\u00a0po\u00e8te\u00a0\u00bb du syst\u00e8me nerveux<\/em>&raquo; ; pour Charles Du Bos, Nietzsche \u00e9tait &laquo;<em>un climat et un tonique de l&rsquo;\u00e2me<\/em>&raquo; ; pour Romain Rolland, &laquo;<em>la Solitude libre<\/em>&raquo;. Ainsi 1&prime;\u00a0\u00bbesprit de Nietzsche\u00a0\u00bb pr\u00e9c\u00e8de Nietzsche, et m\u00eame, peut-\u00eatre, a-t-il toujours \u00ab\u00a0\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb le v\u00e9ritable Nietzsche \u00e0 la place du Nietzsche-philosophe, ou du Nietzsche-proph\u00e8te, ou du Nietzsche-scandaleux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On est conduit \u00e0 interpr\u00e9ter cet \u00e9v\u00e9nement d&rsquo;un Nietzsche francis\u00e9 au-del\u00e0 de l&rsquo;histoire de la litt\u00e9rature ou de la philosophie. La francisation de Nietzsche, si durable et si constante et profonde, c&rsquo;est la rencontre d&rsquo;un \u00eatre exceptionnel par sa vision qui le sort du commun de ses confr\u00e8res, avec une nation qui s&rsquo;affirma constamment et qui est aujourd&rsquo;hui plus que jamais, par les caract\u00e8res tragiques et h\u00e9ro\u00efques qui forment sa sp\u00e9cificit\u00e9, une exception (l&rsquo; \u00ab\u00a0exception fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, comprise de fa\u00e7on sensible et intelligente mais \u00e9galement dans l&rsquo;abject, comme aujourd&rsquo;hui) repr\u00e9sentant une des rares possibilit\u00e9s restantes, &ndash; aujourd&rsquo;hui compl\u00e8tement brid\u00e9e et tenue \u00e0 distance par le simulacre et la peur d&rsquo;\u00eatre victime d&rsquo;un simulacre, &ndash; d&rsquo;attaquer la d\u00e9cadence l\u00e0 o&ugrave; il importe de le faire. Nous parlons ici d&rsquo;\u00e9tats d&rsquo;esprit g\u00e9n\u00e9raux plus que de faits pr\u00e9cis, d&rsquo;images et de perceptions plus que d&rsquo;une philosophie pr\u00e9cise ou d&rsquo;une attitude politique sp\u00e9cifique. Nous parlons d'\u00a0\u00bb\u00e9tat d&rsquo;esprit\u00a0\u00bb plus que du contenu d&rsquo;un esprit. Enfin, nous parlons de la perception qu&rsquo;on a de Nietzsche et de la perception qu&rsquo;on a de l&rsquo;exception fran\u00e7aise, &ndash; et effectivement tout d\u00e9pend de ces perceptions, et si ces perceptions s&rsquo;av\u00e8rent fauss\u00e9es les deux exceptions sombrent dans la radicalisation, dans la p\u00e9danterie ou dans le malentendu.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Nietzsche, ou le devoir de critique<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi Nietzsche appara&icirc;t-il aujourd&rsquo;hui dans la perception qu&rsquo;on en a bien plus fran\u00e7ais que nombre de Fran\u00e7ais qui rejette le contenu oppositionnel et dissident de l&rsquo;exception fran\u00e7aise. Cette rencontre entre Nietzsche et l&rsquo;exception fran\u00e7aise est des plus actuelles en ce sens qu&rsquo;elle implique les plumes dissidentes et les r\u00e9sistants ; en ce sens qu&rsquo;elle s&rsquo;inscrit dans le contexte d&rsquo;une critique radicale de la situation moderniste (fran\u00e7aise et le reste) et dans la perspective d&rsquo;une r\u00e9sistance d\u00e9termin\u00e9e aux courants de d\u00e9sagr\u00e9gation subversive que charrient les th\u00e8ses anti-identitaires de la globalisation. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une rencontre totale, avec ses bons et ses mauvais aspects (Nietzsche interpr\u00e9t\u00e9 comme exemple d&rsquo;\u00e9nergie, comme po\u00e8te, comme philosophe, etc.). C&rsquo;est une rencontre si puissante qu&rsquo;on est amen\u00e9 \u00e0 constater que c&rsquo;est l&rsquo;analyse fran\u00e7aise de Nietzsche qui, dans les ann\u00e9es 1970, relan\u00e7a l&rsquo;\u00e9tude de Nietzsche aux &Eacute;tats-Unis ; qu&rsquo;on est amen\u00e9 \u00e0 constater \u00e9galement que Nietzsche existe plus aujourd&rsquo;hui en France qu&rsquo;en Allemagne, et que, pour r\u00e9introduire Nietzsche en Allemagne, comme le sugg\u00e8re ironiquement Jacques Le Rider (2), &laquo; [i]<em>l faudrait en somme retraduire Nietzsche en allemand<\/em>&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche g\u00e9nie critique, Nietzsche francis\u00e9, Nietzsche-philosophe dont on ignore s&rsquo;il n&rsquo;est pas d&rsquo;abord po\u00e8te &#8230; Il y a, dans cette confusion comme dans la persistance de la pr\u00e9sence de Nietzsche sans qu&rsquo;on parvienne \u00e0 d\u00e9terminer ce que cette pr\u00e9sence apporte exactement, un signe de sa n\u00e9cessit\u00e9 autant que de la profondeur de la crise que nous traversons, &ndash; et les deux \u00e9videmment se confondant, fusionnant absolument. On parle tant et publie autant en France sur Nietzsche, notamment depuis 2017, que je me demande si nous ne sommes pas dans un nouveau &lsquo;Moment fran\u00e7ais&rsquo; de Friedrich Nietzsche.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><strong><em>Note de PhGBis<\/em><\/strong><em> : &laquo; Sur ce point, il y a peut-\u00eatre plus \u00e0 dire, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il y aurait quelque chose de sp\u00e9cifique \u00e0 relever, \u00e0 mettre en \u00e9vidence. On dirait alors qu&rsquo;il y a en France, essentiellement depuis Macron-2017 qui constitue le vomitif politique le plus efficace jamais produit sur le march\u00e9, le politicien le plus \u00e9m\u00e9tique (ce mot qui fait un bel ornement : \u00ab\u00a0vient du mot latin emeticus, qui vient lui-m\u00eame du grec ancien emetikos, d\u00e9riv\u00e9 de \u00e9metos, signifiant &lsquo;vomissement&rsquo;. Litt\u00e9ralement, il signifie &lsquo;ce qui provoque le vomissement&rsquo;.) ; c&rsquo;est alors, en France, au-del\u00e0 du trou noir o&ugrave; s&rsquo;est ab&icirc;m\u00e9 ce pays, une sorte de \u00ab\u00a0contre-Moment\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0Moment-Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb de d\u00e9go&ucirc;t, compl\u00e8tement paradoxal puisque toutes les \u00e9litesSyst\u00e8me fran\u00e7aises, le monde <\/em>[l'\u00a0\u00bbim-monde\u00a0\u00bb]<em> intellectuel fran\u00e7ais officiel est totalement anti-nietzsch\u00e9en. Je ne parle m\u00eame pas de l&rsquo;opinion mais plus simplement et ontologiquement de l&rsquo;essence de la chose, qui serait alors, objectivement observ\u00e9, une contre-essence&#8230; Ce nouveau \u00ab\u00a0Moment-fran\u00e7ais\u00a0\u00bb de Nietzsche serait alors totalement un moment de r\u00e9sistance, totalement antiSyst\u00e8me, peut-\u00eatre \u00e0 la fois le plus compl\u00e8tement nietzsch\u00e9en que la France ait connu, et \u00e0 la fois le plus totalement oppositionnel, quasiment insurrectionnel, &ndash; effectivement, les deux choses se confondant, fusionnant. Alors, je dirais que c&rsquo;est un moment paradoxal de la gloire fran\u00e7aise, d&rsquo;une France qui n&rsquo;existe plus, mais aussi \u00e0 la gloire d&rsquo;une renaissance fran\u00e7aise&#8230; J&rsquo;avoue que cela est dit comme on se laisse aller \u00e0 une promesse, &ndash; comme disait l&rsquo;\u00e9crivain, une \u00ab\u00a0promesse de l&rsquo;aube\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0l&rsquo;homme de l&rsquo;aube\u00a0\u00bb. Ce serait une belle ironie comme l&rsquo;on dit d&rsquo;une belle journ\u00e9e ensoleill\u00e9e, une ironie nietzsch\u00e9enne, et Nietzsche serait fier de sa France \u00e0 lui. Dans ce sens, on peut conclure que nous sommes de la partie. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Salut \u00e0 Nietzsche<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ce que nous lisons chez Nietzsche depuis un si\u00e8cle, c&rsquo;est une mise au point permanente sur la m\u00e9fiance n\u00e9cessaire et grandissantes \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;\u00e9tat du monde. Nietzsche est donc absolument actuel, il p\u00e8se sur nous et nos pauvres consciences impuissantes d&rsquo;un poids absolument impitoyable. Il le sera de plus en plus \u00e0 mesure que le monde s&rsquo;ab&icirc;mera dans l&rsquo;\u00e9tat du d\u00e9sordre postmoderne qu&rsquo;on lui conna&icirc;t d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nietzsche nous oblige et nous rend cr\u00e9diteur, c&rsquo;est-\u00e0-dire responsable. Il est une part de nous-m\u00eame, cette part qui nous emp\u00eache de sombrer compl\u00e8tement dans le monde orwellien d&rsquo;un 1984 postmoderne. Il est celui qui nous impose la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre critique, et surtout qui nous impose la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;existence de la \u00ab\u00a0critique au marteau\u00a0\u00bb, dans un monde dont la d\u00e9cadence, si \u00e9vidente qu&rsquo;on n&rsquo;en discute plus que la forme et la vitesse, s&rsquo;ach\u00e8vera le jour o&ugrave; il sera proclam\u00e9 que la critique a d\u00e9sormais une place essentiellement, n\u00e9cessairement constructive, po\u00e9tique et touch\u00e9e par la gr\u00e2ce. Nietzsche, c&rsquo;est par cons\u00e9quent la libert\u00e9 bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, et la libert\u00e9 non parce qu&rsquo;il en use et en proclame, comme aujourd&rsquo;hui o&ugrave; la libert\u00e9 est partout proclam\u00e9e alors que nous n&rsquo;avons jamais \u00e9t\u00e9 moins libre, mais \u00e0 cause de ce qu&rsquo;il met dans cette libert\u00e9, qui est la critique \u00e0 coups de marteau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous, nous suivons Nietzsche \u00e0 la trace, dans son sillage constell\u00e9 d&rsquo;\u00e9toiles sombres, ces lumi\u00e8res qui, en son temps, \u00e9clair\u00e8rent d&rsquo;une lueur lugubre cet esprit d&rsquo;un g\u00e9nie dont on rencontre difficilement l&rsquo;\u00e9quivalent dans notre aventure humaine. Nous suivons Nietzsche, nous publions des textes dont nous ne comprenons pas pr\u00e9cis\u00e9ment le sens mais dont nous savons bien qu&rsquo;ils heurtent le Syst\u00e8me, et comme l&rsquo;on dit fort peu gracieusement, &ndash; \u00ab\u00a0l\u00e0 o&ugrave; \u00e7a fait vraiment mal\u00a0\u00bb. Boum, boum ! disent nos coups de marteau, \u00e0 l&rsquo;exemple de Nietzsche, sans nous int\u00e9resser, comme lui encore, \u00e0 la forme et au mod\u00e8le du clou sur lequel il frappe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pourquoi lui (pourquoi moi ?) ? Parce que \u00ab\u00a0Dieu le veut\u00a0\u00bb \u00e0 coups de marteau, <em>Inch Allah<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Notre \u00e9poque a besoin de coups de marteau, sans piti\u00e9 !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bon anniversaire, Fr\u00e9d\u00e9ric&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Notes<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>(1) Souvenirs sur Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche, \u00e9ditions Allia, Paris, 1999.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(2) Nietzsche en France, PUF,1999.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">&#8230;Et consid\u00e9ration finale<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Pour clore cette lecture et comprendre combien Nietzsche, et surtout Nietzsche-en-France, est d&rsquo;une importance et d&rsquo;un poids surhumain, &ndash; d&rsquo;o&ugrave; son \u00ab\u00a0surhomme\u00a0\u00bb, citoyens ! &ndash; pour notre \u00e9poque pr\u00e9cis\u00e9ment et l&rsquo;extr\u00eame de la capacit\u00e9 de la France \u00e0 survivre et rena&icirc;tre, je ne vous propose certainement pas une r\u00e9flexion, au contraire de ce texte, mais simplement un roman qui est plein de mes faux-d\u00e9mons et de mes anges cach\u00e9s.  Il s&rsquo;agit de &laquo; <em><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/dp\/1521794618?psc=1&#038;smid=A1X6FK5RDHNB96&#038;ref_=chk_typ_imgToDp\">Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche au Kosovo<\/a><\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Glossaire.dde : notre-Nietzsche &bull; &#8230; Le philosophe Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche est mort le 25 ao&ucirc;t 1900 et nous avions \u00e9crit un texte en son honneur le 10 septembre 2000. &bull; Le stratag\u00e8me du journaliste est de justifier une reprise modifi\u00e9e du texte du 100\u00e8me pour en faire un texte du 125\u00e8me anniversaire de sa mort ;&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[14471,2631,14469,14472,14466,14468,5729,14473,3073,14470,8225,14467],"class_list":["post-81648","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glossairedde","tag-andre","tag-de","tag-franz","tag-gide","tag-kundera","tag-leternel","tag-milan","tag-moments-francais","tag-nietzsche","tag-overbeck","tag-retour","tag-surhomme"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81648","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81648"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81648\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81648"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81648"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81648"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}