{"id":81795,"date":"2026-01-08T16:39:18","date_gmt":"2026-01-08T16:39:18","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/01\/08\/le-diable-et-son-train\/"},"modified":"2026-01-08T16:39:18","modified_gmt":"2026-01-08T16:39:18","slug":"le-diable-et-son-train","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/01\/08\/le-diable-et-son-train\/","title":{"rendered":"Le diable et son train"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Le diable et son train<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; On nous parle, avec juste raison et les meilleures intentions possibles, <strong>du Diable et des calamit\u00e9s dont il nous accable pour nous faire sombrer dans les ab&icirc;mes du <em>Mordor<\/em><\/strong><em>.<\/em> &bull; Tous les tracas cit\u00e9s ici sont d\u00e9testables et \u00e9videmment ha\u00efssables. &bull; Mais <strong>ils ne sont pas la clef g\u00e9n\u00e9rale qui nous permet d&rsquo;\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9nigme<\/strong> de cette \u00e9poque unique que nous vivons. &bull; On oublie la vitesse du syst\u00e8me de la communication, <strong>cr\u00e9atrice de r\u00e9alit\u00e9s m\u00e9taphysiques nouvelles<\/strong>. &bull; En s&rsquo;en servant, le Diable fabrique le moyen qui l&rsquo;abattra, <strong>et c&rsquo;est \u00e0 nous de le saisir et d&rsquo;en user<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>8 janvier 2026 (16h45) &ndash; Nous reprenons ci-dessous un texte sur le Diable dont la pr\u00e9sence est aujourd&rsquo;hui omnipr\u00e9sente, &ndash; nul n&rsquo;en peut plus douter, &ndash; car comme dit l&rsquo;auteur :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le Diable n&rsquo;existe pas, mais tout se passe comme s&rsquo;il existait<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p> L&rsquo;auteur nous d\u00e9crit ses manifestations, aujourd&rsquo;hui si visibles, si contraignantes et si bruyantes (ce dernier mot importe beaucoup). Il nous a semble que c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;occasion d&rsquo;aborder un probl\u00e8me \u00e9videmment fondamental, sur les composants de l&rsquo;&oelig;uvre du Diable, et \u00e9ventuellement les moyens de lutter contre lui. L&rsquo;auteur <a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2026\/01\/07\/le-diable-se-porte-bien-dieu-merci.html\">de ce texte<\/a>, Claude Bourrinet, dans &lsquo;<em>euro-synergies-hautefort.com<\/em>&lsquo;, s&rsquo;attarde surtout, parmi ses \u00e9vocations des temps pass\u00e9s et des sagesses  perdues, sur la manifestation universelle du bruit, et du bruit d&rsquo;une \u00e9pouvantable laideur, comme la marque principale du Diable. Sans aucun doute, il n&rsquo;a pas tort sur la marque \u00e9vidente du Diable, mais il nous semble propice d&rsquo;aller plus loin que lui pour explorer les voies et moyens de ces actions diaboliques en relevant plusieurs d\u00e9tails pour les contester sans pour autant mettre le texte en cause.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; D&rsquo;abord, Bourrinet met en cause les affirmations courantes selon lesquelles notre \u00e9poque est exceptionnellement mauvaise (diabolique).<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>On serait donc aventureux de pr\u00e9tendre que le Mal soit plus pr\u00e9sent maintenant que jadis. R\u00e9p\u00e9tons-le : la marche de l&rsquo;humanit\u00e9 s&rsquo;est effectu\u00e9e dans une sorte de cauchemar, o&ugrave; les paysages sont comme les images anticip\u00e9es des Enfers<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&bull; Ensuite, c&rsquo;est l&rsquo;adaptabilit\u00e9 du Diable au progr\u00e8s qui est mise en avant. Cela ne fait aucun doute : le Diable sait se servir du progr\u00e8s, pour la raisoin, \u00e9vidente d&rsquo;ailleurs, que c&rsquo;est lui qui l&rsquo;a invent\u00e9. Il n&rsquo;y a nulle vicissitude pour le Diable dans le progr\u00e8s, mais que des avantages.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Et, bien que constant, invariable dans son dessein de nuire, il s&rsquo;adapte tr\u00e8s bien aux vicissitudes du progr\u00e8s<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&bull; Enfin, voulant r\u00e9sumer son propos, Bourrinet met en \u00e9vidence l&rsquo;une des mal\u00e9dictions les plus catastrophiques que le Diable impose au genre humain, qui entra&icirc;ne l&rsquo;abrutissement, l&rsquo;oubli, la fermeture de l&rsquo;esprit&#8230; Rien \u00e0 redire, d&rsquo;ailleurs le bruit lui-m\u00eame \u00e9toufferait notre propos.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Vous me direz que ces inventions font beaucoup de bruit. Eh bien voil\u00e0, nous y sommes presque ! Car s&rsquo;il est un sympt\u00f4me imparable de Mal, c&rsquo;est bien l&rsquo;ass\u00e8chement progressif et irr\u00e9m\u00e9diable du silence, comme un source tarie par la construction voisine d&rsquo;une immense retenue d&rsquo;eau. On pourrait ajouter \u00e0 ce cas clinique l&rsquo;action fr\u00e9n\u00e9tique. Notre \u00e9poque bougiste, et de plus en plus agit\u00e9e comme diable en bo&icirc;te, a compl\u00e8tement oubli\u00e9 ce qu&rsquo;\u00e9tait la qui\u00e9tude de l&rsquo;immobilit\u00e9. Pascal disait juste, quand il avan\u00e7ait que tout le malheur de l&rsquo;homme vient de ce qu&rsquo;il est incapable de se tenir tranquille dans sa chambre. On peut risquer l&rsquo;hypoth\u00e8se que, de ce c\u00f4t\u00e9, les choses se sont g\u00e2t\u00e9es, quand Aristote a valoris\u00e9 l&rsquo;action<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Pour autant, c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il m&rsquo;importe d&rsquo;intervenir pour tenter de montrer, voire de d\u00e9montrer, que cette archipuissance (surpuissance, disons) du Mal que le Diable produit est aussi sa recette directe pour engendrer son autodestruction. On a vu hier l&rsquo;exemple de l&rsquo;Am\u00e9rique, principale production du Diable et l&rsquo;on conserve pr\u00e9cieusement la formule de notre destin \u00ab\u00a0surpuissance = autodestruction\u00a0\u00bb. Tout ce qui est dit dans le texte ci-dessous est juste mais rien n&rsquo;est d\u00e9cisif pour d\u00e9finir notre \u00e9poque. Or, nous pensons :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; que notre \u00e9poque est \u00ab\u00a0exceptionnellement mauvaise (diabolique)\u00a0\u00bb ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; que le progr\u00e8s est effectivement l&rsquo;arme favorite diu Diable ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; et que si le bruit est diabolique, il n&rsquo;est certainement pasd la principale production du Diable.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>\u00ab\u00a0Syst\u00e8me de la communication\u00a0\u00bb&#8230;<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nous en revenons \u00e0 un sujet souvent abord\u00e9 qui a le pouvoir de r\u00e9unir d&rsquo;une fa\u00e7on positive (pour le Diable) les trois caract\u00e8res essentiels de son action et de son ontologie : l&rsquo;exceptionnalit\u00e9 diabolique de cette p\u00e9riode, le progr\u00e8s comme production principale du Diable et le bruit n&rsquo;\u00e9tant qu&rsquo;un effet parmi d&rsquo;autres de cette production principale. Ce que nous voulons proposer comme \u00ab\u00a0production principale du Diable\u00a0\u00bb dont tout le reste d\u00e9coule, mais pas seulement, et pas seulement dans un sens diabolique, c&rsquo;est le ph\u00e9nom\u00e8ne du \u00ab\u00a0syst\u00e8me de la communication\u00a0\u00bb. C&rsquo;est lui qui rend notre p\u00e9riode exceptionnelle, lui qui est \u00e0 la pointe du progr\u00e8s, lui qui produit le bruit (notamment, mais aussi la vitesse, l&rsquo;acte aristot\u00e9licien, etc.).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour cette raison, enti\u00e8rement suscit\u00e9e par nous, nous nous attachons une fois de plus \u00e0 pr\u00e9senter le concept du \u00ab\u00a0syst\u00e8me de la communication\u00a0\u00bb (pas \u00ab\u00a0syst\u00e8me de communication\u00a0\u00bb), d\u00e9j\u00e0 <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/le-mensonge-proclame-createur-de-lhistoire\">tr\u00e8s souvent abord\u00e9<\/a> et rafra&icirc;chi par quelques pr\u00e9cisions et nouveaut\u00e9s. On comprendra ais\u00e9ment que cette principale production du Diable contaient \u00e9galement tout ce qu&rsquo;il faut pour le d\u00e9truire.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>&#8230;pas \u00ab\u00a0&#8230;de communication\u00a0\u00bb<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p> Le syst\u00e8me de la communication se diff\u00e9rencie d\u00e9cisivement du concept classique de \u00ab\u00a0syst\u00e8me de communication\u00a0\u00bb par l&rsquo;apparition d&rsquo;une dimension cr\u00e9atrice en lui-m\u00eame&#8230; Le \u00ab\u00a0syst\u00e8me de communication\u00a0\u00bb \u00e9tant un simple transmetteur de l&rsquo;information sans aucune pr\u00e9tention \u00e0 l&rsquo;organisation et \u00e0 la structuration de la connaissance tandis que le \u00ab\u00a0syst\u00e8me de la communication\u00a0\u00bb est un transmutateur<strong> <\/strong>qui organise l&rsquo;information de fa\u00e7on \u00e0 susciter par cette activit\u00e9 la connaissance \u00e9labor\u00e9e \u00e0 quoi peuvent \u00eatre utilis\u00e9es ces informations ; c&rsquo;est ce que nous nommons par ailleurs &lsquo;l&rsquo;effet-Janus&rsquo; car cette particularit\u00e9 que nous mettons en \u00e9vidence laisse ouverte la libert\u00e9 du choix de la communication, bienveillante ou malveillante, vis-\u00e0-vis du Syst\u00e8me ou vis-\u00e0-vis de ses adversaires<em>.<\/em> Notre responsabilit\u00e9 humaine, la seule chose importante dont nous soyons charg\u00e9s est bien entendu de faire un choix \u00e0 la fois bon et judicieux, et n\u00e9cessairement esth\u00e9tiquement beau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce passage est largement inspir\u00e9, avec quelques d\u00e9veloppements, d&rsquo;un passage emprunt au texte du <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/les-grands-espaces-metaphysiques\">2 septembre 2020<\/a>. Pour la suite, nous ajoutons, entre guillemets, un passage du texte du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/limperieuse-puissance-de-la-communication\">2 juillet 2018<\/a>, largement modifi\u00e9 par des passages qui sont en caract\u00e8res normaux par rapport \u00e0 l&rsquo;italique de la citation&#8230; Comme l&rsquo;on voit, PhG intervient directement mais cela lui sera pardonn\u00e9 sans nul doute :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Ainsi se trouve, je pense, sugg\u00e9r\u00e9e la v\u00e9ritable d\u00e9finition du syst\u00e8me de la communication (et la raison, jusqu&rsquo;ici assez intuitive, pour laquelle j&rsquo;ai tenu depuis <\/em>[de nombreuses]<em> ann\u00e9es \u00e0 \u00e9crire \u00ab\u00a0syst\u00e8me de la communication\u00a0\u00bb et non \u00ab\u00a0syst\u00e8me de communication\u00a0\u00bb). La \u00ab\u00a0communication\u00a0\u00bb dans ce cas n&rsquo;est pas un simple outil, elle est une<strong> <\/strong>matrice f\u00e9conde <\/em>[dont nul ne peut pr\u00e9juger, dans la communaut\u00e9 si assur\u00e9e d&rsquo;elle-m\u00eame des  humains, de la source ni de ses intentions, au contraire du sens (le bien et le beau) qui l&rsquo;anime, qui doit appara&icirc;tre \u00e0 tous comme un don divin]<em>. Le syst\u00e8me de la communication n&rsquo;est pas seulement un transmetteur, il est aussi et d&rsquo;abord un transmutateur ; il ne fait pas que transmettre, il transmute ce qu&rsquo;il transmet et, pour revenir \u00e0 <\/em>[un propos que nous r\u00e9p\u00e9tons souvent tout en assurant de notre manque total de certitude sur ses sources et ses intentions]<em>, il transmute en m\u00eame temps qu&rsquo;il les transmet les informations en<\/em>[\u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb]<em>  par la fa\u00e7on qu&rsquo;il les transmet, par la dynamique qu&rsquo;il y met, par la forme m\u00eame qu&rsquo;il donne au tout<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; [Comme je l&rsquo;ai laiss\u00e9 entendre en citant sa nature de &lsquo;matrice f\u00e9conde&rsquo;]<em>, je ne crois pas, bien entendu, que cette action soit simplement m\u00e9canique et dynamique. Je crois, <\/em>[&ndash; et je parle ici d&rsquo;une croyance relevant d&rsquo;une foi surnaturelle mais hors de tout pr\u00e9jug\u00e9 d&rsquo;une institution religieuse &ndash;]<em> qu&rsquo;\u00e0 consid\u00e9rer cette situation sans pr\u00e9c\u00e9dent possible d&rsquo;aucune sorte, cette action de transmutation exerc\u00e9e par le syst\u00e8me de la communication r\u00e9pond \u00e0 un sens fondamental, dont l&rsquo;inspiration \u00e9chappe \u00e0 tout contr\u00f4le humain <\/em>[mais dont la tension g\u00e9n\u00e9rale est de choisir le bon c\u00f4t\u00e9 de Janus et de donner des moyens de lutter contre les tendances mauvaises dont la charge de les identifier revient \u00e0 l&rsquo;esprit humain, trouvant ici sa justification ontologique]<em>. Bien entendu je ne parle \u00e9videmment pas du contenu des nouvelles (\u00ab\u00a0Allez jouer avec vos FakeNews\u00a0\u00bb, comme Montherlant disait &laquo; Va jouer avec cette poussi\u00e8re &raquo;), mais bien de l&rsquo;essence m\u00eame de cette forme absolument in\u00e9dite<strong> <\/strong>d&rsquo;un syst\u00e8me agissant directement sur la manufacture de la m\u00e9tahistoire en ignorant superbement, comme l&rsquo;on m\u00e9prise, l&rsquo;histoire \u00e9v\u00e9nementielle \u00e0 laquelle nous sommes habitu\u00e9s et dont le Syst\u00e8me a si habilement abus\u00e9, <\/em>[mais qui doit \u00eatre d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9e comme inf\u00e9conde, dess\u00e9ch\u00e9e, r\u00e9duite \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;ossement d&rsquo;un autre temps br&ucirc;l\u00e9s par le soleil des si\u00e8cles de mensonges et de manipulations]. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Le Diable se porte bien, Dieu merci!<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Pour ceux qui font les difficiles, et que l&rsquo;imagerie populaire de Satan g\u00eane, parce qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 reprise par un christianisme qui, comme le juda\u00efsme, doit sa mythologie \u00e0 tout un legs pa\u00efen, oriental, \u00e9gyptien, iranien, manich\u00e9en, voire indien, il n&rsquo;est pas interdit d&rsquo;invoquer l&rsquo;instinct de mort, l&rsquo;amour du n\u00e9ant, la jouissance dans la souffrance inflig\u00e9e, et parfois subie (et on se demande parfois si la deuxi\u00e8me ne l&#8217;emporte pas sur la premi\u00e8re). Certes, Satan est le ma&icirc;tre du monde (ou Thanatos, si vous voulez, qui se le partage avec &Eacute;ros, lesquels sont li\u00e9s comme un couple maudit). L&rsquo;Histoire est brod\u00e9e de plus de massacres, de ruines, d&rsquo;incendies, de cruaut\u00e9, de f\u00e9rocit\u00e9, que de bonheurs, de plaisirs, de beaut\u00e9s (\u00e0 moins qu&rsquo;on ne trouve ces jouissances dans les lueurs dor\u00e9s des flammes, dans les concerts de hurlements, ou dans les gigantesques constructions humaines nourries de la sueur et de la peine des hommes).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On serait donc aventureux de pr\u00e9tendre que le Mal soit plus pr\u00e9sent maintenant que jadis. R\u00e9p\u00e9tons-le : la marche de l&rsquo;humanit\u00e9 s&rsquo;est effectu\u00e9e dans une sorte de cauchemar, o&ugrave; les paysages sont comme les images anticip\u00e9es des Enfers. On a dit que la supr\u00eame ruse du Diable est de faire croire qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas. Le mat\u00e9rialisme, l&rsquo;ath\u00e9isme, les th\u00e9ories psychanalytiques, sociologiques, anthropologiques etc. l&rsquo;ont appel\u00e9 d&rsquo;autres noms, mais ses effets n&rsquo;ont pas chang\u00e9. Qu&rsquo;importe au fond quelle r\u00e9alit\u00e9 on lui donne, ce n&rsquo;est qu&rsquo;une question d&rsquo;interpr\u00e9tation, \u00e0 \u00e9chelle humaine. Et, bien que constant, invariable dans son dessein de nuire, il s&rsquo;adapte tr\u00e8s bien aux vicissitudes du progr\u00e8s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est pourquoi on ne fera pas l&rsquo;honneur \u00e0 un temps quelconque de le penser plus touch\u00e9 par son trident que toute autre \u00e9poque. Les r\u00e9alit\u00e9s de ce monde \u00e9tant relatives. Pourtant, ce qui passait pour une apocalypse jadis, par exemple l&rsquo;extermination compl\u00e8te, par les Mongols, des habitants de Bagdad, et la mise en coupe m\u00e9thodique de l&#8217;empire musulman par les beaux cavaliers f\u00e9roces venus des steppes, qu&rsquo;est-ce en regard des g\u00e9nocides contemporains, perp\u00e9tr\u00e9s de mani\u00e8re organis\u00e9e, industrielle, donc rationnelle, avec la m\u00e9ticulosit\u00e9 de peuples raffin\u00e9s par plusieurs si\u00e8cles de savoir technique et scientifique ? Mais tout est une question de proportions, et le g\u00e2teau satanique est bien plus gros quand la terre porte sept milliards de mis\u00e9rables, que quand elle n&rsquo;en \u00e9l\u00e8ve, comme des poux, que quelques centaines de millions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien heureusement, nous avons \u00e9volu\u00e9 avec un surcro&icirc;t de puissance que les primitifs nous envieraient s&rsquo;ils pouvaient contempler nos \u00e9crans, nos machines \u00e0 laver, nos engins roulant et volant, et notre bombe atomique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Vous me direz que ces inventions font beaucoup de bruit. Eh bien voil\u00e0, nous y sommes presque ! Car s&rsquo;il est un sympt\u00f4me imparable de Mal, c&rsquo;est bien l&rsquo;ass\u00e8chement progressif et irr\u00e9m\u00e9diable du silence, comme un source tarie par la construction voisine d&rsquo;une immense retenue d&rsquo;eau. On pourrait ajouter \u00e0 ce cas clinique l&rsquo;action fr\u00e9n\u00e9tique. Notre \u00e9poque bougiste, et de plus en plus agit\u00e9e comme diable en bo&icirc;te, a compl\u00e8tement oubli\u00e9 ce qu&rsquo;\u00e9tait la qui\u00e9tude de l&rsquo;immobilit\u00e9. Pascal disait juste, quand il avan\u00e7ait que tout le malheur de l&rsquo;homme vient de ce qu&rsquo;il est incapable de se tenir tranquille dans sa chambre. On peut risquer l&rsquo;hypoth\u00e8se que, de ce c\u00f4t\u00e9, les choses se sont g\u00e2t\u00e9es, quand Aristote a valoris\u00e9 l&rsquo;action. Agir est d\u00e9j\u00e0 un engrenage sans limites, et qui, bien souvent, tourne \u00e0 vide, ou aboutit \u00e0 des catastrophes. Mais, surtout, ce tintamarre volontariste, et ce remue-m\u00e9nage de bonnes volont\u00e9s, voilent d&rsquo;opacit\u00e9 brouillardeuse l&rsquo;urgente n\u00e9cessit\u00e9 de penser \u00e0 soi, \u00e0 l&rsquo;\u00e2me (ce gros mot), au salut. On s&rsquo;enivre d&rsquo;action en croyant &laquo; faire quelque chose &raquo;. Il ne s&rsquo;agit pas, bien entendu, de ne rien faire, ce qui est impossible, si l&rsquo;on veut subsister. Mais l&rsquo;action, et ses r\u00e9ussites, ont recul\u00e9 les limites de l&rsquo;oubli, et l&rsquo;on se noie maintenant dans un grand vide d&rsquo;agitation, comme des cosmonautes perdus dans les immensit\u00e9s intersid\u00e9rales.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Revenons-en au bruit, qui, d&rsquo;ailleurs, comme la lumi\u00e8re artificielle, a envahi toute notre existence. Et m\u00eame si toutes choses \u00e9tant \u00e9gales dans la nature humaine (l&rsquo;homme est lourd) par-del\u00e0 les temps, n\u00e9anmoins une diff\u00e9rence, d&rsquo;ordre quantitatif, rend notre \u00e9poque singuli\u00e8re : jamais pouvoir de nuisance, de destruction, n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 mis dans les mains d&rsquo;irresponsables, de fous furieux, et de poss\u00e9d\u00e9s. Et le plus inqui\u00e9tant en l&rsquo;affaire est que nous nous y habituons. &laquo; L&rsquo;homme est un animal qui s&rsquo;habitue \u00e0 tout &raquo;, dit Dosto\u00efevski dans Souvenir de la maison des morts, titre g\u00e9nialement inspir\u00e9, r\u00e9cit de sa d\u00e9portation dans un bagne de Sib\u00e9rie qui, \u00e0 distance, para&icirc;t bien peu f\u00e9roce en regard d&rsquo;autres sortes d&rsquo;enfermements futurs, dans cette m\u00eame Sib\u00e9rie, ou dans les mornes plaines de Pologne ou d&rsquo;Allemagne. C&rsquo;est comme si, pour ainsi dire, on voulait mettre sur le m\u00eame plan l&rsquo;abattage de bovins par des bouchers parisiens du XIXe si\u00e8cle, et les abattoirs modernes, gigantesques et efficaces, qui \u00e9gorgent et \u00e9tripent actuellement des millions de b\u00eates en un temps record.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais le bruit ? Il est omnipr\u00e9sent, omnipuissant, omnipotent, comme Dieu. On le trouve chez soi, dans les bagnoles, dans des bo&icirc;tes de nuit, dans la rue, dans les magasins, dans les chiottes&#8230; Quel malaise existentiel insupportable, lorsqu&rsquo;il cesse ! Tout \u00e0 coup, on se trouve seul avec soi-m\u00eame, avec sa mis\u00e8re, sa m\u00e9diocrit\u00e9. &laquo; Enivrez-vous ! &raquo;, clame Baudelaire, ironiquement. Il avait en t\u00eate, il faut bien le dire, la po\u00e9sie, la musique (peut-\u00eatre celle de Wagner, qui suscite des effets semblables \u00e0 ceux du haschisch ou de l&rsquo;opium), d&rsquo;art, de beaut\u00e9, de souffrance (laquelle occupe beaucoup, finalement)&#8230; Pour oublier que l&rsquo;on va mourir. Baudelaire le pascalien, le jans\u00e9niste&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Car ce qui compte par-dessus tout, et c&rsquo;est l\u00e0 que le Diable intervient, c&rsquo;est d&rsquo;oublier. Il n&rsquo;est rien de plus irritant, pour le Malin, qu&rsquo;on retourne \u00e0 soi, et qu&rsquo;on s&rsquo;aper\u00e7oive que l&rsquo;on n&rsquo;est rien. Il veut absolument qu&rsquo;on ait le sentiment d&rsquo;\u00eatre tout. Que notre moi non seulement se satisfasse d&rsquo;\u00eatre empli de bruit et de fureur, comme une baudruche d&rsquo;air, mais qu&rsquo;on l&rsquo;\u00e9tende aux limites illimit\u00e9s de l&rsquo;univers, si tant est que ce soit possible. Mais la mesure n&rsquo;est plus de ce monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout semble comme si Satan pr\u00e9levait r\u00e9guli\u00e8rement sa portion de vies fra&icirc;ches, surtout parmi les jeunes gens. Ce sont eux qui s&rsquo;\u00e9crasent en voiture, en fin de semaine, pris de boisson, de drogue et de vitesse. Beaucoup se suicident. Et on court aux concerts ou aux rave-parties vampirisantes, comme des papillons dans la flamme du foyer. L\u00e0 aussi, il y a progr\u00e8s : les danses des temps anciens \u00e9taient des rituels \u00e9rotiques imitant l&rsquo;ordre du cosmos. La ronde en \u00e9tait la fleur. Il faut lire \u00e0 ce sujet l&rsquo;un des passages les plus fascinants de Sylvie, de Nerval, intitul\u00e9 Adrienne. Mais G\u00e9rard raconte aussi ses rencontres avec des rondes d&rsquo;enfants, dans la rue, chantant des chansons de leurs grands-m\u00e8res. La valse elle-m\u00eame proc\u00e8de de l&rsquo;ivresse tournoyante des toupies stellaires. Jusqu&rsquo;\u00e0 la polka, jusqu&rsquo;au tango canaille, on est encore dans l&rsquo;&Eacute;ros ritualis\u00e9 des racines du monde. Et vint le rock, la pop, les bo&icirc;tes de nuit, qui ont \u00e9t\u00e9 le roundup de notre culture musicale populaire et de nos traditions festives.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est difficile de faire entendre raison dans cet ordre des choses, car le Diable n&rsquo;usant pas du vinaigre pour app\u00e2ter, les violents plaisirs des sens les plus grossiers nous invitent \u00e0 aimer ce qui nous perd. Le jerk (qui signifie &laquo; secousse &raquo;, &laquo; saccade &raquo;) a \u00e9t\u00e9 une &laquo; dance &raquo;, ou plut\u00f4t une fr\u00e9n\u00e9sie physiologique, qui a ent\u00e9rin\u00e9 l&rsquo;isolement des corps et d\u00e9truit l&rsquo;harmonie des couples, qui \u00e9taient auparavant emport\u00e9s dans une extase \u00e9rotique. La violence de l&rsquo;instinct sexuel s&rsquo;est donn\u00e9 libre cours. Encore les concerts de plein air donnaient-ils encore quelque illusion d&rsquo;ouverture au ciel. Mais le confinement dans les bien nomm\u00e9es &laquo; bo&icirc;te de nuit &raquo; a pr\u00e9cipit\u00e9 les corps et les c&oelig;urs dans une sorte de fusion assourdissante, o&ugrave; l&rsquo;\u00e9change verbal (ce qui fait la sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;homme) et toutes les finesses de la s\u00e9duction sont interdits [et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9, saisi, quand j&rsquo;ai appris que le groupe de Metal qui animait le Bataclan, lors de l&rsquo;irruption de l&rsquo;horreur, \u00e9tait un groupe de rock sataniste]. Reste l&rsquo;\u00e9ructation, l&rsquo;explosion de la conscience, son annihilation dans le brouhaha totalitaire, accompagn\u00e9s parfois d&rsquo;approches animales penchant vers le rut. Mais il y avait pis ! Les rave-parties ne visent ni plus ni moins qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;abolition de toute conscience de soi et du monde, de cette conscience qui fait la dignit\u00e9 de l&rsquo;homme.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>Ainsi la Prairie<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; l&rsquo;oubli livr\u00e9e,<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Grandie, et fleurie<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;encens et d&rsquo;ivraies,<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au bourdon farouche<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De cent sales mouches.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h4>Claude Bourrinet<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le diable et son train &bull; On nous parle, avec juste raison et les meilleures intentions possibles, du Diable et des calamit\u00e9s dont il nous accable pour nous faire sombrer dans les ab&icirc;mes du Mordor. &bull; Tous les tracas cit\u00e9s ici sont d\u00e9testables et \u00e9videmment ha\u00efssables. &bull; Mais ils ne sont pas la clef g\u00e9n\u00e9rale&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[22422,5932,12651,7215,10274,2711,3041],"class_list":["post-81795","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-bourrinet","tag-diable","tag-diabolique","tag-epoque","tag-janus","tag-le","tag-mal"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81795","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81795"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81795\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81795"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81795"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81795"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}