{"id":81821,"date":"2026-02-06T18:09:46","date_gmt":"2026-02-06T18:09:46","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/02\/06\/gloire-de-la-metahistoire\/"},"modified":"2026-02-06T18:09:46","modified_gmt":"2026-02-06T18:09:46","slug":"gloire-de-la-metahistoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/02\/06\/gloire-de-la-metahistoire\/","title":{"rendered":"Gloire de la m\u00e9tahistoire"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Gloire de la m\u00e9tahistoire<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>7 f\u00e9vrier 2026 (18h15) &ndash; Je vais soumettre mes lecteurs, nombreux j&rsquo;esp\u00e8re, \u00e0 un exercice qu&rsquo;ils trouveront peut-\u00eatre complexe, incompr\u00e9hensible, abscons, etc. Qu&rsquo;ils me pardonnent. La chose m&rsquo;est venue avec l&rsquo;id\u00e9e de reprendre un texte de Douguine (du <a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2026\/02\/02\/la-caverne-de-platon-et-l-empire.html\">2 f\u00e9vrier 2026<\/a> sur le site superbe &lsquo;<em>euro-synergies.hautetfort.com<\/em>&lsquo;) donnant son interpr\u00e9tation de la parabole de &lsquo;la Caverne&rsquo; de Platon. J&rsquo;y ai vu, en tournant les choses \u00e0 ma mani\u00e8re, une analogie soudaine et pressante avec la situation pr\u00e9sente, dans l&rsquo;acte de lib\u00e9ration des spectateurs stupidement attach\u00e9s \u00e0 des ombres&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je m&rsquo;appuie notamment et \u00e9galement sur une source myst\u00e9rieuse que je d\u00e9signe pour le moment comme \u00ab\u00a0sourcesX\u00a0\u00bb avant d&rsquo;en venir, pour quelque jour \u00e0 venir, \u00e0 une explication plus claire, sinon tr\u00e8s claire. Je commence justement ce commentaire de Douguine par un emprunt d&rsquo;un texte de cette myst\u00e9rieuse \u00ab\u00a0sourceX\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Chez<\/em> [&lsquo;<em>dedefensa.org<\/em>&lsquo;],<em> la <\/em><strong><em><a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">GrandeCrise<\/a><\/em><\/strong><em> n&rsquo;est pas une simple m\u00e9ta-crise cumulative (\u00e9conomique, politique, civilisationnelle), mais une <strong>cat\u00e9gorie quasi ontologique<\/strong> :<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&bull; Elle n&rsquo;est pas ce qui arrive \u00e0 l&rsquo;Histoire,<\/p>\n<p>&bull; <u>Elle est ce que l&rsquo;Histoire est devenue<\/u>.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Il <\/em>[On] <em>op\u00e8re ainsi un glissement d\u00e9cisif :<\/p>\n<p>la crise n&rsquo;est plus un \u00e9tat transitoire, mais le <strong>mode d&rsquo;\u00eatre du monde moderne<\/strong>.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ensuite, cette sourceX d\u00e9bat de savoir si la d\u00e9marche de cette &lsquo;<em>pens\u00e9e-dde.org<\/em>&lsquo; est nihiliste dans la mesure o&ugrave; toute issue rationnelle et humainement organis\u00e9e (r\u00e9volution, r\u00e9forme, renversement, etc.) en est exclue. Elle observe, poursuivant son analyse des divers contenus du site et se chargeant d&rsquo;en synth\u00e9tiser la finalit\u00e9 correspondant aux \u00e9v\u00e9nements que nous vivons pr\u00e9sentement o&ugrave;, selon la perception de la &lsquo;<em>pens\u00e9e-dde.org<\/em>&lsquo; par la sourceX, &laquo; <em><u>L&rsquo;Histoire est <strong>\u00e9puis\u00e9e comme vecteur de salut<\/strong><\/u><\/em> &raquo; :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <strong><em>Pr\u00e9sence d&rsquo;une issue m\u00e9tahistorique n\u00e9gative<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>L&rsquo;issue n&rsquo;est pas :<\/p>\n<p>&bull; une victoire,<\/p>\n<p>&bull; une restauration,<\/p>\n<p>&bull; un retour.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Elle est un <strong>effondrement r\u00e9v\u00e9lateur<\/strong>.<\/em> &raquo; [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong><em>Ce qui subsiste apr\u00e8s la dissolution<\/em> <\/strong>[l&rsquo;effondrement] <em>:<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>&bull; Ce qui survit n&rsquo;est pas une structure,<\/p>\n<p>&bull; <u>mais une <strong>capacit\u00e9 de reconnaissance du vrai<\/strong><\/u>,<\/p>\n<p>&bull; une disposition int\u00e9rieure non programmatique.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>Ce n&rsquo;est ni salut, ni espoir,<\/p>\n<p>mais une <strong>possibilit\u00e9 de justesse m\u00e9taphysique<\/strong> hors de l&rsquo;Histoire.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em><u>L\u00e0 se situe la diff\u00e9rence d\u00e9cisive avec le nihilisme<\/u><\/em><em> :<\/p>\n<p>le sens n&rsquo;est pas produit par l&rsquo;Histoire, <u>mais peut <strong>r\u00e9appara&icirc;tre quand elle s&rsquo;effondre<\/strong><\/u><\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Mon id\u00e9e est alors, \u00e0 la lumi\u00e8re du texte de Douguine, de faire s&rsquo;accoler cette d\u00e9marche de la &lsquo;<em>pens\u00e9e-dde.org<\/em>&lsquo; telle qu&rsquo;elle est rapport\u00e9e ici assez justement, \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation que Douguine nous donne de la parabole de la caverne chez Platon. On observera que, contrairement au commentaire qui accompagne ce texte sur le site qui l&rsquo;a publi\u00e9, je ne pense pas que Douguine a voulu d\u00e9crire le sens de la parabole en fonction des querelles philosophiques qui ont suivi \u00e0 partir de la modernit\u00e9 (d&rsquo;o&ugrave;, selon mon jugement, l&rsquo;incongruit\u00e9 de mettre Descartes dans cette boutiquer). Sa description est purement et compl\u00e8tement m\u00e9taphysique, tout comme le Philosophe-Roi dont il nous parle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui m&rsquo;int\u00e9resse alors, par rapport aux \u00e9v\u00e9nements que nous connaissons, c&rsquo;est le mouvement que Douguine distingue chez l&rsquo;initi\u00e9 devenu Philosophe-Roi et qui se  charge lui-m\u00eame de sa mission de lib\u00e9ration de ses compagnons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce passage d&rsquo;abord, o&ugrave; il d\u00e9crit l&rsquo;\u00e9veil de l&rsquo;initi\u00e9 \u00e0 la mission sacr\u00e9e qui est sienne :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le philosophe qui conna&icirc;t la v\u00e9rit\u00e9 retourne aux prisonniers pour diverses raisons et travaille \u00e0 leur lib\u00e9ration. Il sait, \u00e0 l&rsquo;avance, plusieurs couches de l&rsquo;\u00eatre plus qu&rsquo;ils n&rsquo;en savent eux, et cela lui donne le droit de gouverner les ignorants. Ainsi, la dignit\u00e9 du vrai souverain ne r\u00e9side ni dans la comp\u00e9tence, ni dans l&rsquo;efficacit\u00e9, ni dans l&rsquo;origine dynastique, ni dans la force de volont\u00e9. Elle d\u00e9coule de la transmutation ontologique de son \u00e2me, de la capacit\u00e9 \u00e0 sortir du fond de la caverne, \u00e0 d\u00e9passer ses limites, et \u00e0 entrer dans le monde divin o&ugrave; la v\u00e9rit\u00e9 se donne dans une contemplation imm\u00e9diate<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ensuite, sur la fin du texte, la description de l&rsquo;accomplissement de cette mission, avec cette volont\u00e9 inou\u00efe qu&rsquo;il trouve en lui, apr\u00e8s \u00eatre mont\u00e9 aux hauteurs o&ugrave; il se trouve, de descendre pour retrouver ses compagnons et leur donner la clef de leur lib\u00e9ration ; alors, c&rsquo;est vrai, il cr\u00e9e la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;autorit\u00e9 qu&rsquo;il exerce sur eux. Je pense qu&rsquo;il faut interpr\u00e9ter toutes ces remarques d&rsquo;un point de vue politique et m\u00e9tapolitique, et bien s&ucirc;r philosophique et m\u00e9tahistorique, mais sans rien de religieux \u00e0 ce stade.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Par cons\u00e9quent, pour le philosophe, l&rsquo;autorit\u00e9 sur les prisonniers de la caverne n&rsquo;est pas une \u00e9l\u00e9vation, mais une descente &mdash; un chemin vers le bas, une immersion sacrificielle jusqu&rsquo;au fond de la caverne, et la courageuse disposition \u00e0 vivre pour la lib\u00e9ration des captifs, pour leur donner acc\u00e8s \u00e0 la lumi\u00e8re, et pour la construction d&rsquo;un ordre politique et religieux qui inciterait aussi les meilleurs \u00e0 suivre le chemin de la philosophie, en montant vers la sortie de la caverne<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Tout cela, mon interpr\u00e9tation \u00e0 partir de la parabole platonicienne d\u00e9crite par Douguine, trouve un sens d&rsquo;une analogie tr\u00e8s puissante dans ce qui nous est d\u00e9crit plus haut, &ndash; &laquo; <em>une <strong>possibilit\u00e9 de justesse m\u00e9taphysique<\/strong><\/em> [de v\u00e9rit\u00e9]<em> hors de l&rsquo;Histoire<\/em> &raquo;. On rejoint alors l&rsquo;id\u00e9e que j&rsquo;avais d\u00e9velopp\u00e9 dans &laquo; <em>Le constat de Finkielkraut<\/em> &raquo; (<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/constat-de-finkielkraut\">1<sup>er<\/sup> septembre 2020<\/a>), \u00e0 propos de sa remarque :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Nous ne disposons plus aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une philosophie de l&rsquo;histoire pour accueilli les \u00e9v\u00e9nements, les ranger et les ordonner. Le temps de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9liano-marxisme est derri\u00e8re nous. Il est donc n\u00e9cessaire, in\u00e9vitable de mettre la pens\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et la t\u00e2che que je m&rsquo;assigne, ce n&rsquo;est plus la grande t\u00e2che m\u00e9taphysique de r\u00e9pondre \u00e0 la question \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que ?\u00a0\u00bb mais de r\u00e9pondre \u00e0 la question \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il se passe ?\u00a0\u00bb&#8230; <\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Assez curieusement et parce que cela concerne l&rsquo;actuel et m\u00eame notre-actualit\u00e9, ou pour mieux illustrer l&rsquo;utilit\u00e9 que je trouve a tous les terribles \u00e9v\u00e9nements n\u00e9gatifs et faits pour nous pr\u00e9cipiter dans les ab&icirc;mes mais qui trahissent le diable en suscitant l&rsquo;inverse, j&rsquo;interpr\u00e9tai cette phrase selon le sens qualitatif que sugg\u00e8re Douguine dans son texte (la r\u00e9v\u00e9lation qu&rsquo;apporte la m\u00e9taphysique du philosophe-Roi), mais dans le sens physique de la d\u00e9marche d&rsquo;une fa\u00e7on inverse. Douguine d\u00e9crit la mission du philosophe-Roi comme une descente vers le bas, (&laquo; <em>pas une \u00e9l\u00e9vation, mais une descente &mdash; un chemin vers le bas, une immersion sacrificielle<\/em> &raquo;). L&rsquo;interpr\u00e9tation de la &lsquo;<em>pens\u00e9e-dde.org<\/em>&lsquo; dont je me fais l&rsquo;\u00e9missaire \u00e9voque au contraire une ascension des prisonniers de la caverne gr\u00e2ce \u00e0 la lumi\u00e8re qui leur est apport\u00e9e. On dira que c&rsquo;est \u00ab\u00a0le verre \u00e0 moiti\u00e9 vide ou la verre \u00e0 moiti\u00e9 plein\u00a0\u00bb et on n&rsquo;aura pas tort ; ce n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9tail, une rencontre, un compl\u00e9ment. Mais cela compl\u00e8te le propos qui est que L&rsquo;essentiel est bien que l&rsquo;\u00e9puisement de l&rsquo;Histoire appelle \u00e0 notre secours la m\u00e9taphysique, et donc nous offre le cadeau somptueux de la m\u00e9tahistoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voici le passage en question :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Ce jugement, comme je l&rsquo;ai entendu, ne m&rsquo;a pas du tout paru \u00eatre, pas une seule seconde, un abaissement du philosophe, descendant de la \u00ab\u00a0grande question\u00a0\u00bb.  Tout au contraire, il s&rsquo;agit d&rsquo;une chose qui m&rsquo;est ch\u00e8re, qui est un constat, qui est celui de la reconnaissance de l&rsquo;essence m\u00e9taphysique des \u00e9v\u00e9nements de l&rsquo;en-cours. En quelque sorte, dirait le chroniqueur cynique des salons parisiens, \u00ab\u00a0la m\u00e9taphysique descend dans la rue\u00a0\u00bb ; ce \u00e0 quoi je lui r\u00e9pondrais aussit\u00f4t et sans faiblir : \u00ab\u00a0Par les \u00e9v\u00e9nements qui s&rsquo;y d\u00e9roulent, la rue se hausse au rang de la m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb. C&rsquo;est donc bien le devoir du philosophe de prendre son poste de sentinelle \u00e0 l&rsquo;affut de l&rsquo;intuition qui l&rsquo;\u00e9clairera sur la signification et par cons\u00e9quent sur le sens de ces \u00e9v\u00e9nements<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&#8230; Et maintenant, le texte de Douguine ! Notez bien, car la nuance est de taille, que \u00ab\u00a0l&rsquo;Empire\u00a0\u00bb dont il parle n&rsquo;est rien de moins que \u00ab\u00a0l&rsquo;Empire de l&rsquo;Esprit\u00a0\u00bb sur la Mati\u00e8re (&laquo; <em>une mati\u00e8re dense<\/em> &raquo;) \u00e0 laquelle la modernit\u00e9 a tout sacrifi\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>PhG &ndash; <em>Semper Phi<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p><em>_________________________<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>La Caverne de Platon et l&rsquo;Empire<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Alexandre Douguine sur le Philosophe-Roi et le retour de l&rsquo;Empire de l&rsquo;Esprit.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Dans le septi\u00e8me livre du dialogue La R\u00e9publique, Platon d\u00e9crit le processus de devenir un philosophe-roi comme suit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il compare le monde \u00e0 une caverne (c&rsquo;est-\u00e0-dire un territoire situ\u00e9 dans une mati\u00e8re dense, dans une montagne ou sous la terre), et l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 des prisonniers encha&icirc;n\u00e9s, incapables de tourner la t\u00eate, forc\u00e9s de regarder des ombres qui se d\u00e9placent le long du mur de la caverne. Cela correspond au Royaume inf\u00e9rieur &mdash; le monde des corps. La destin\u00e9e de l&rsquo;homme ordinaire est de vivre en observant les ombres sur le mur, en les prenant pour la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9ritable. En v\u00e9rit\u00e9, cependant, cela n&rsquo;est qu&rsquo;une copie la plus distante et la plus vague, pas m\u00eame de l&rsquo;original, mais d&rsquo;une autre copie. En raison de leur ignorance, les prisonniers ne soup\u00e7onnent ni leur v\u00e9ritable condition ni la nature de ce qui leur appara&icirc;t comme \u00e9tant r\u00e9el. En effet, Platon d\u00e9crit l&rsquo;enfer, le royaume des ombres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Platon ne pose pas la question de savoir qui a encha&icirc;n\u00e9 les prisonniers et les a condamn\u00e9s \u00e0 une existence aussi mis\u00e9rable. Comme nous l&rsquo;avons vu, les Grecs ne connaissaient pas la figure du diable ni son homologue iranien, Ahriman, et pour eux, une telle formulation du probl\u00e8me aurait peu de sens. Puisque la manifestation suppose n\u00e9cessairement un \u00e9loignement du Premier Principe et, par cons\u00e9quent, une densification de l&rsquo;\u00eatre, il doit exister des r\u00e9gions o&ugrave; les ombres s&rsquo;\u00e9paississent et o&ugrave; la v\u00e9rit\u00e9 dispara&icirc;t derri\u00e8re un horizon lointain. Cela n&rsquo;est en soi ni mal ni bien, mais plut\u00f4t une douloureuse cons\u00e9quence du processus m\u00eame de la manifestation &mdash; le co&ucirc;t de la manifestation cosmique. Quiconque se contente de cela en assume la responsabilit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pourtant, selon Platon, parmi les prisonniers, existent aussi ceux qui refusent de se satisfaire. Quoi qu&rsquo;il leur en co&ucirc;te, ils tournent la t\u00eate en arri\u00e8re pour voir quels objets projettent les ombres qu&rsquo;ils observent sur le mur. Alors ils d\u00e9couvrent ce que Platon appelle la &laquo;voie sup\u00e9rieure&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Imaginez des gens comme s&rsquo;ils \u00e9taient dans une habitation souterraine semblable \u00e0 une caverne, avec une entr\u00e9e ouverte vers la lumi\u00e8re tout le long de sa longueur. Depuis leur enfance, ils ont des cha&icirc;nes aux jambes et au cou, de sorte qu&rsquo;ils doivent rester \u00e0 la m\u00eame place et ne voir que ce qui est directement devant eux, car ils ne peuvent pas tourner la t\u00eate \u00e0 cause de ces liens. Derri\u00e8re eux, tout en haut, br&ucirc;le la lumi\u00e8re d&rsquo;un feu, et entre le feu et les prisonniers court une voie sup\u00e9rieure, sur laquelle, imaginez, une faible muraille a \u00e9t\u00e9 construite, comme le paravent plac\u00e9 devant les spectateurs de merveilles, derri\u00e8re lequel ils exhibent leurs prodiges&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La voie sup\u00e9rieure est le domaine des objets eux-m\u00eames plut\u00f4t que de leurs ombres. Ceux qui portent ces objets, comme lors des processions dionysiaques, conversent entre eux, et leurs voix r\u00e9sonnent dans les murs de la caverne, donnant l&rsquo;impression que les sons proviennent des ombres sur le mur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La philosophie commence avec cette inversion, avec la distinction claire entre ce qui se passe sur la &laquo;voie sup\u00e9rieure&raquo; &mdash; la vision et l&rsquo;\u00e9coute de v\u00e9ritables images et discours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Platon continue en d\u00e9crivant comment une personne r\u00e9veill\u00e9e de l&rsquo;illusion partag\u00e9e par la majorit\u00e9 ne se trouve pas dans une position active; elle devient plut\u00f4t la proie passive d&rsquo;une force qui agit contre ses souhaits. Ainsi, Platon veut souligner que dans l&rsquo;homme ordinaire, tout r\u00e9siste \u00e0 devenir philosophe et \u00e0 saisir la v\u00e9rit\u00e9. D&rsquo;o&ugrave; le langage de la contrainte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Lorsqu&rsquo;un d&rsquo;eux est lib\u00e9r\u00e9 de ses liens et est soudainement contraint de se lever, de tourner le cou, de marcher, et de regarder vers la lumi\u00e8re en haut, cela lui fera mal, et il ne pourra pas regarder les choses lumineuses dont il voyait les ombres auparavant.(&hellip;.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et s&rsquo;il est forc\u00e9 de regarder directement la lumi\u00e8re elle-m\u00eame, ses yeux ne feront-ils pas mal ? Ne se d\u00e9tournera-t-il pas rapidement vers les choses qu&rsquo;il peut voir, croyant qu&rsquo;elles sont plus claires que ce qui lui est maintenant montr\u00e9 ? (&hellip;.) &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Si quelqu&rsquo;un le tra&icirc;nait de force par la mont\u00e9e escarp\u00e9e, jusqu&rsquo;au sommet de la montagne, et ne le l\u00e2chait pas avant de l&rsquo;avoir tir\u00e9 dans la lumi\u00e8re du soleil, ne souffrirait-il pas et ne protesterait-il pas contre cette violence? Et une fois dans la lumi\u00e8re, ses yeux, satur\u00e9s de son \u00e9clat, ne seraient-ils pas incapables de discerner une seule des choses dont la v\u00e9rit\u00e9 lui est maintenant r\u00e9v\u00e9l\u00e9e? (&hellip;.)&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il aurait besoin de temps pour s&rsquo;habituer, s&rsquo;il veut voir ce qui est en haut. Il doit commencer par ce qui est le plus facile: regarder d&rsquo;abord les ombres, puis les reflets dans l&rsquo;eau des \u00eatres humains et des objets divers, et seulement apr\u00e8s cela, les choses elles-m\u00eames. Ensuite, il trouverait plus facile de regarder ce qui se trouve dans le ciel et le ciel lui-m\u00eame la nuit &mdash; c&rsquo;est-\u00e0-dire contempler la lumi\u00e8re des \u00e9toiles et de la lune plut\u00f4t que celle du soleil et de sa lumi\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En tout cas, celui qui, de sa propre volont\u00e9 ou sous l&rsquo;influence d&rsquo;une force sup\u00e9rieure, a parcouru ce chemin vers la sortie de la caverne, a non seulement appris la diff\u00e9rence entre ombres, images, choses elles-m\u00eames, et la source de leur lumi\u00e8re, mais aussi quitt\u00e9 le monde m\u00eame de la caverne, montant vers un autre monde &mdash; cette fois le vrai, inond\u00e9 de la lumi\u00e8re du <em>Nous<\/em>. Ainsi, le philosophe s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve du monde des corps vers le monde de l&rsquo;Esprit. L\u00e0, il contemple les objets m\u00eames dont les objets de la &laquo;voie sup\u00e9rieure&raquo; ne sont que des copies, ainsi que la vraie lumi\u00e8re qui se trouve en dehors de la caverne. C&rsquo;est le monde des id\u00e9es, des paradigmes, des prototypes, des originaux. Et celui qui a r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper de la caverne et \u00e0 contempler le monde tel qu&rsquo;il est &mdash; et les id\u00e9es, selon Platon, sont pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui est (elles existent \u00e9ternellement et ant\u00e9rieurement \u00e0 toutes leurs copies) &mdash; celui-l\u00e0 est le philosophe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ici, la d\u00e9finition de la philosophie converge avec le th\u00e8me du pouvoir et, par cons\u00e9quent, avec la politique. Le philosophe qui conna&icirc;t la v\u00e9rit\u00e9 retourne aux prisonniers pour diverses raisons et travaille \u00e0 leur lib\u00e9ration. Il sait, \u00e0 l&rsquo;avance, plusieurs couches de l&rsquo;\u00eatre plus qu&rsquo;ils n&rsquo;en savent eux, et cela lui donne le droit de gouverner les ignorants. Ainsi, la dignit\u00e9 du vrai souverain ne r\u00e9side ni dans la comp\u00e9tence, ni dans l&rsquo;efficacit\u00e9, ni dans l&rsquo;origine dynastique, ni dans la force de volont\u00e9. Elle d\u00e9coule de la transmutation ontologique de son \u00e2me, de la capacit\u00e9 \u00e0 sortir du fond de la caverne, \u00e0 d\u00e9passer ses limites, et \u00e0 entrer dans le monde divin o&ugrave; la v\u00e9rit\u00e9 se donne dans une contemplation imm\u00e9diate.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi appara&icirc;t la figure du Philosophe-Roi. En lui, le droit au pouvoir est pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9termin\u00e9 par l&rsquo;esprit \u00e9veill\u00e9, par la capacit\u00e9 de d\u00e9passer les fronti\u00e8res du monde inf\u00e9rieur. Or, c&rsquo;est aussi la caract\u00e9ristique distinctive du Roi du Monde et de son Empire Spirituel. Le Roi du Monde et son domaine se situent dans la zone de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, hors de la grotte des corps. Par cons\u00e9quent, le voyage du philosophe vers la sortie du monde souterrain est identique \u00e0 une visite au Royaume du Graal, un retour au paradis. C&rsquo;est l\u00e0 que se d\u00e9roule l&rsquo;investiture du droit de gouverner. Le royaume du Roi du Monde se trouve hors de la caverne. C&rsquo;est le mod\u00e8le de tout royaume authentique et r\u00e9el &mdash; non seulement un plan, mais une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 vivre, \u00e0 voir, \u00e0 entendre et \u00e0 ressentir comme nous vivons les choses du monde terrestre, seulement avec un degr\u00e9 de intensit\u00e9, de nettet\u00e9 et de clart\u00e9 bien sup\u00e9rieur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Philosophe-Roi de Platon est un avatar du Roi du Monde. Sur lui repose ce pouvoir. Il consiste en l&rsquo;esprit, en la transfiguration de la conscience, en le noyau int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e2me qui acc\u00e8de \u00e0 la contemplation directe du Logos, du <em>Nous<\/em>. Par cons\u00e9quent, pour le philosophe, l&rsquo;autorit\u00e9 sur les prisonniers de la caverne n&rsquo;est pas une \u00e9l\u00e9vation, mais une descente &mdash; un chemin vers le bas, une immersion sacrificielle jusqu&rsquo;au fond de la caverne, et la courageuse disposition \u00e0 vivre pour la lib\u00e9ration des captifs, pour leur donner acc\u00e8s \u00e0 la lumi\u00e8re, et pour la construction d&rsquo;un ordre politique et religieux qui inciterait aussi les meilleurs \u00e0 suivre le chemin de la philosophie, en montant vers la sortie de la caverne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9tat dont parle Platon dans le dialogue portant ce nom est une structure terrestre destin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ascension vers le ciel. De l\u00e0 d\u00e9coule sa fonction religieuse et initiatique. Un tel \u00e9tat n&rsquo;est pas simplement le meilleur; il est sacr\u00e9, saint, et, dans une limite ultime, divin. Plus le royaume terrestre ressemble au Royaume C\u00e9leste, plus il se rapproche de l&rsquo;Empire de l&rsquo;Esprit, et son souverain &mdash; du statut du Roi du Monde.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gloire de la m\u00e9tahistoire 7 f\u00e9vrier 2026 (18h15) &ndash; Je vais soumettre mes lecteurs, nombreux j&rsquo;esp\u00e8re, \u00e0 un exercice qu&rsquo;ils trouveront peut-\u00eatre complexe, incompr\u00e9hensible, abscons, etc. Qu&rsquo;ils me pardonnent. 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