{"id":81919,"date":"2026-03-12T00:00:00","date_gmt":"2026-03-11T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/03\/12\/neocon-ou-rationaliser-lirrationnel\/"},"modified":"2026-03-12T20:52:03","modified_gmt":"2026-03-12T18:52:03","slug":"neocon-ou-rationaliser-lirrationnel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/03\/12\/neocon-ou-rationaliser-lirrationnel\/","title":{"rendered":"\u2018<em>Neocon<\/em>&lsquo;, ou rationaliser\u00a0 l&rsquo;irrationnel"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>&lsquo;<em>Neocon<\/em>&lsquo;, ou rationaliser  l&rsquo;irrationnel<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Grande plong\u00e9e dans le n\u00e9oconservatisme (&lsquo;<em>neocon<\/em>&lsquo; pour les amis), <strong>ph\u00e9nom\u00e8ne essentiel de la non-politique de notre \u00e9poque, principal constituant de la \u00ab\u00a0politiqueSyst\u00e8me\u00a0\u00bb <\/strong>jusqu&rsquo;\u00e0 Donald Trump qui en fit la rencontre lors de son deuxi\u00e8me mandat pour pouvoir mieux attaquer l&rsquo;Iran. &bull; Une approche th\u00e9orique complexe et labyrinthique c\u00f4toie un jugement absolument d\u00e9pouill\u00e9 et direct de condamnation. &bull; Dans les deux cas, la conclusion est simple et sans appel : &laquo; <em>une forme historique <\/em>[et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e]<em> de survie du pouvoir &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>_________________________<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>Nous allons pr\u00e9senter un texte, que nous jugeons \u00eatre de tr\u00e8s grande qualit\u00e9 logique et rationnelle, en le faisant suivre d&rsquo;une appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale qui prend un complet contrepied. Comme on l&rsquo;a lu, ce n&rsquo;est ni une critique de forme, ni de fond, de ce texte, mais plut\u00f4t une hypoth\u00e8se qu&rsquo;il \u00e9volue dans un univers diff\u00e9rent de celui qui nous int\u00e9resse et o&ugrave; nous pensons vivre, ou dans tous les cas devoir vivre ontologiquement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une fois de plus, nous allons diverger de notre pr\u00e9sentation habituelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire pr\u00e9senter d&rsquo;abord le texte en question avant de passer \u00e0 notre propre appr\u00e9ciation. Ainsi la chronologie sera-t-elle respect\u00e9e : nous avons lu le texte, puis proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de notre commentaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le texte en question est de Tiberio Graziani (<a href=\"https:\/\/www.ariannaeditrice.it\/articoli\/neoconservatorism...\">original<\/a> et &lsquo;<em><a href=\"http:\/\/synergies.hautetfort.com\/archive\/2026\/03\/06\/neoconservatisme-et-crise-de-l-universalisme-occidental.html\">euro-synergies.hautetfort.com<\/a><\/em>&lsquo;). Le titre et le sous-titre se lisent comme ceci :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>N\u00e9oconservatisme et crise de l&rsquo;universalisme occidental<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>G\u00e9n\u00e9alogie philologique, p\u00e9riph\u00e9ries europ\u00e9ennes et adaptations de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine. &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p><em>&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><\/p>\n<p>&laquo; <strong>N\u00e9oconservatisme (&lsquo;<em>neocon<\/em>&lsquo;) et universalisme<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Cet article propose une tentative de reconstruction g\u00e9n\u00e9alogique et philologique du n\u00e9oconservatisme en tant que forme adaptative de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie occidentale dans une phase de crise de l&rsquo;universalisme lib\u00e9ral-d\u00e9mocratique. Loin d&rsquo;\u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une simple id\u00e9ologie contingente ou comme une r\u00e9gression r\u00e9actionnaire, le n\u00e9oconservatisme est ici analys\u00e9 comme un mode de r\u00e9organisation du pouvoir alors que la capacit\u00e9 de l&rsquo;Occident \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer un consensus \u00e0 travers des valeurs universalistes tend \u00e0 s&rsquo;amenuiser progressivement. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; travers l&rsquo;analyse de ses origines am\u00e9ricaines, de sa transformation en doctrine de gouvernement et de ses reformulations discursives successives, l&rsquo;essai reconstitue la s\u00e9quence qui m\u00e8ne de l&rsquo;universalisme d\u00e9cisionniste de la phase bushienne aux tentatives de restauration lib\u00e9rale-internationaliste, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de formes d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie post-universaliste. Une attention particuli\u00e8re est accord\u00e9e \u00e0 la structure centre-p\u00e9riph\u00e9rie au sein de l&rsquo;Occident dirig\u00e9 par les &Eacute;tats-Unis, montrant comment le n\u00e9oconservatisme europ\u00e9en ne constitue pas une tradition autonome, mais une d\u00e9rivation discursive et strat\u00e9gique, l\u00e9gitim\u00e9e par des r\u00e9seaux transatlantiques et des r\u00e9f\u00e9rences culturelles s\u00e9lectives. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le pr\u00e9sent texte soutient que la r\u00e9duction de l&rsquo;autonomie europ\u00e9enne ne doit pas \u00eatre comprise comme une absence de capacit\u00e9 d&rsquo;initiative politique, mais comme sa canalisation progressive dans un espace de discours politiquement l\u00e9gitime de plus en plus restreint. En conclusion, la crise de l&rsquo;Occident est interpr\u00e9t\u00e9e non pas comme une crise des valeurs en tant que telles, mais comme une crise de leur pouvoir s\u00e9mantique : lorsque l&rsquo;universalisme perd sa capacit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9gration, l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie tend \u00e0 se r\u00e9organiser \u00e0 travers des dispositifs moraux, d\u00e9cisionnels et strat\u00e9giques qui restreignent l&rsquo;espace du pluralisme politique interne.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>Le n\u00e9oconservatisme au-del\u00e0 de l&rsquo;id\u00e9ologie<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le n\u00e9oconservatisme est g\u00e9n\u00e9ralement interpr\u00e9t\u00e9 comme un courant id\u00e9ologique sp\u00e9cifique, attribuable \u00e0 certains milieux politiques am\u00e9ricains ou \u00e0 une p\u00e9riode historique circonscrite. Cette lecture ne saisit toutefois que la surface du ph\u00e9nom\u00e8ne. Le n\u00e9oconservatisme n&rsquo;est pas simplement une id\u00e9ologie parmi d&rsquo;autres, mais une forme historique adaptative de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie occidentale, apparue au moment o&ugrave; l&rsquo;universalisme lib\u00e9ral-d\u00e9mocratique a commenc\u00e9 \u00e0 perdre sa capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer un consensus.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;hypoth\u00e8se qui guide ce travail est que le n\u00e9oconservatisme ne repr\u00e9sente pas une rupture avec le lib\u00e9ralisme, mais plut\u00f4t sa transformation fonctionnelle dans des conditions de crise syst\u00e9mique. Lorsque l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie ne peut plus se fonder principalement sur l&rsquo;attrait normatif, elle se r\u00e9organise \u00e0 travers des dispositifs moraux, d\u00e9cisionnels et s\u00e9curitaires. Le n\u00e9oconservatisme est le nom de cette r\u00e9organisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous proposons donc une lecture critique du n\u00e9oconservatisme, non pas comme une id\u00e9ologie marginale, mais comme un dispositif central \u00e0 travers lequel l&rsquo;Occident r\u00e9organise son h\u00e9g\u00e9monie apr\u00e8s la crise de l&rsquo;universalisme lib\u00e9ral. La position europ\u00e9enne est ici analys\u00e9e non pas comme une simple subordination passive, mais comme un espace de capacit\u00e9 d&rsquo;initiative politique progressivement canalis\u00e9 dans des contraintes discursives et strat\u00e9giques de plus en plus strictes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour comprendre ce processus, il est n\u00e9cessaire d&rsquo;adopter une perspective philologique et g\u00e9n\u00e9alogique, capable de suivre l&rsquo;\u00e9volution des lexiques politiques, des cat\u00e9gories conceptuelles et des structures de l\u00e9gitimation du pouvoir, ainsi qu&rsquo;une perspective syst\u00e9mique, qui tienne compte des asym\u00e9tries internes \u00e0 l&rsquo;Occident dirig\u00e9 par les &Eacute;tats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>Universalit\u00e9 et h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des fins<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;universalisme lib\u00e9ral-d\u00e9mocratique qui s&rsquo;affirme apr\u00e8s la fin de la guerre froide se pr\u00e9sente comme un horizon normatif mondial. La d\u00e9mocratie, les droits de l&rsquo;homme, le march\u00e9 et l&rsquo;&Eacute;tat de droit sont consid\u00e9r\u00e9s non pas comme des produits historiquement situ\u00e9s, mais comme des normes universelles du progr\u00e8s politique. &Agrave; ce stade, le langage lib\u00e9ral joue un r\u00f4le \u00e9minemment h\u00e9g\u00e9monique : il rend l&rsquo;ordre occidental intelligible en tant qu&rsquo;ordre rationnel et d\u00e9sirable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Suivant une perspective qui tient \u00e9galement compte de l&rsquo;enseignement de Gramsci, cet universalisme fonctionne comme une direction morale et culturelle, capable de traduire l&rsquo;int\u00e9r\u00eat particulier de l&rsquo;Occident en int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Cependant, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette universalisation qui produit une profonde h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des fins. La d\u00e9mocratie cesse progressivement d&rsquo;\u00eatre une pratique d&rsquo;auto-gouvernance et se transforme en crit\u00e8re de l\u00e9gitimation; les droits deviennent des instruments s\u00e9lectifs d&rsquo;inclusion et d&rsquo;exclusion; le pluralisme n&rsquo;est tol\u00e9r\u00e9 que dans des limites compatibles avec l&rsquo;ordre existant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;universalisme ne s&rsquo;effondre pas, mais se rigidifie. Lorsqu&rsquo;il perd sa capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer un consensus, il tend \u00e0 se transformer en norme coercitive.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est dans ce passage que m&ucirc;rit la n\u00e9cessit\u00e9 historique du n\u00e9oconservatisme. Cette n\u00e9cessit\u00e9 ne doit toutefois pas \u00eatre comprise dans un sens d\u00e9terministe, mais comme le r\u00e9sultat d&rsquo;une combinaison contingente de crise s\u00e9mantique, de transformations g\u00e9opolitiques et de r\u00e9organisations du pouvoir au sein de l&rsquo;Occident.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>Origine philologique : le lib\u00e9ralisme d\u00e9senchant\u00e9<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;un point de vue g\u00e9n\u00e9alogique, le n\u00e9oconservatisme est n\u00e9 aux &Eacute;tats-Unis entre les ann\u00e9es 1960 et 1970 comme une critique interne du lib\u00e9ralisme progressiste, et non comme un retour au conservatisme traditionnel. Des personnalit\u00e9s telles qu&rsquo;Irving Kristol sont issues de milieux lib\u00e9raux anticommunistes et partagent les principes fondamentaux de la modernit\u00e9 politique: confiance dans le progr\u00e8s, centralit\u00e9 relative de l&rsquo;&Eacute;tat, rationalisation de l&rsquo;ordre social.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La rupture se produit sur le plan anthropologique et moral. Dans les textes n\u00e9oconservateurs, des concepts tels que vertu, ordre, responsabilit\u00e9, clart\u00e9 morale apparaissent. Philologiquement, ces termes ne renvoient pas \u00e0 une restauration pr\u00e9moderne, mais \u00e0 une tentative de correction normative de la modernit\u00e9. Le lib\u00e9ralisme est accus\u00e9 non pas d&rsquo;\u00eatre moderne, mais d&rsquo;\u00eatre moralement neutre et politiquement faible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; ce stade, le n\u00e9oconservatisme ne renonce pas \u00e0 l&rsquo;universalisme, mais le reformule. Il n&rsquo;est plus consid\u00e9r\u00e9 comme le r\u00e9sultat spontan\u00e9 de l&rsquo;histoire, mais comme une mission consciente. La politique doit orienter l&rsquo;histoire, et non se limiter \u00e0 l&rsquo;administrer.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>Une doctrine de gouvernement ?<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La transformation d\u00e9cisive se produit lorsque le n\u00e9oconservatisme passe de la sph\u00e8re intellectuelle \u00e0 la sph\u00e8re gouvernementale, en particulier sous les administrations de George W. Bush. &Agrave; ce stade, le langage n\u00e9oconservateur devient un principe d\u00e9cisionnel souverain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Des expressions telles que &laquo; axe du mal &raquo;, &laquo; programme de libert\u00e9 &raquo; et &laquo; guerre contre le terrorisme &raquo; marquent un passage philologique crucial : l&rsquo;universalisme n&rsquo;est plus un horizon normatif, mais une justification de l&rsquo;exception. La d\u00e9mocratie n&rsquo;est pas n\u00e9gociable, mais imposable ; le conflit g\u00e9opolitique est moralis\u00e9 ; la politique internationale prend la forme d&rsquo;une lutte entre le bien et le mal.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ici, le n\u00e9oconservatisme converge implicitement avec le d\u00e9cisionisme de Carl Schmitt. La distinction ami\/ennemi structure le champ politique, tandis que la d\u00e9cision remplace la m\u00e9diation. C&rsquo;est la phase de co\u00efncidence maximale entre universalisme et puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>Centre et p\u00e9riph\u00e9rie dans l&rsquo;Occident <em>usocentrique<\/em><\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le n\u00e9oconservatisme ne se d\u00e9veloppe pas de mani\u00e8re uniforme dans l&rsquo;espace occidental. Au contraire, il r\u00e9v\u00e8le une structure centre-p\u00e9riph\u00e9rie. Les &Eacute;tats-Unis constituent le centre de l&rsquo;\u00e9laboration conceptuelle, strat\u00e9gique et discursive; l&rsquo;Europe occupe une position structurellement subordonn\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9laboration et la diffusion de l&rsquo;orientation politique dominante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette asym\u00e9trie devient \u00e9vidente dans le r\u00f4le jou\u00e9 par les centres d&rsquo;\u00e9laboration strat\u00e9gique <em>(think tanks)<\/em> am\u00e9ricains &ndash; tels que l&rsquo;<em>American Enterprise Institute<\/em> et la <em>Heritage Foundation <\/em>&ndash; qui fonctionnent comme des usines transnationales de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie. Ils n&rsquo;influencent pas seulement la politique am\u00e9ricaine, mais l\u00e9gitiment et orientent les \u00e9lites conservatrices europ\u00e9ennes, en leur fournissant des langages, des cat\u00e9gories et des priorit\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le n\u00e9oconservatisme europ\u00e9en ne d\u00e9coule donc pas d&rsquo;une continuit\u00e9 avec le conservatisme europ\u00e9en historique, traditionnellement sceptique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;universalisme et enclin \u00e0 la m\u00e9diation institutionnelle. Il appara&icirc;t comme une d\u00e9rivation h\u00e9t\u00e9ro-dirig\u00e9e, produisant un \u00e9cart croissant entre la tradition europ\u00e9enne et le nouveau conservatisme euro-atlantique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La notion de &laquo; p\u00e9riph\u00e9rie europ\u00e9enne &raquo; ne vise pas \u00e0 nier les diff\u00e9rences nationales, mais \u00e0 indiquer une condition structurelle commune de d\u00e9pendance discursive et strat\u00e9gique vis-\u00e0-vis du centre am\u00e9ricain.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>Roger Scruton et le n\u00e9oconservatisme europ\u00e9en<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Dans le processus de diffusion du n\u00e9oconservatisme dans les p\u00e9riph\u00e9ries de l&rsquo;Occident centr\u00e9 sur les &Eacute;tats-Unis, Roger Scruton, souvent consid\u00e9r\u00e9 comme une r\u00e9f\u00e9rence th\u00e9orique par les droites europ\u00e9ennes contemporaines, joue un r\u00f4le particulier. Scruton n&rsquo;est pas un n\u00e9oconservateur au sens propre du terme et n&rsquo;appartient pas \u00e0 la g\u00e9n\u00e9alogie am\u00e9ricaine du lib\u00e9ralisme d\u00e9senchant\u00e9. Sa pens\u00e9e s&rsquo;inscrit plut\u00f4t dans la tradition du conservatisme britannique, caract\u00e9ris\u00e9e par un scepticisme envers l&rsquo;universalisme abstrait, une attention aux limites et une centralit\u00e9 des institutions historiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cependant, dans le contexte europ\u00e9en actuel, Scruton est fr\u00e9quemment extrait de son horizon th\u00e9orique et utilis\u00e9 comme source de l\u00e9gitimation culturelle d&rsquo;un conservatisme qui a progressivement rompu le lien avec ses traditions historiques. Des concepts tels que l&rsquo;<em>oikophilie<\/em>, la communaut\u00e9 morale, l&rsquo;identit\u00e9 nationale et la critique du cosmopolitisme sont isol\u00e9s de leur contexte d&rsquo;origine et int\u00e9gr\u00e9s dans un lexique euro-atlantique qui ne remet pas en question l&rsquo;ordre g\u00e9opolitique occidental dirig\u00e9 par les &Eacute;tats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En ce sens, Scruton joue un r\u00f4le paradoxal: il permet aux droites europ\u00e9ennes de prendre leurs distances avec le lib\u00e9ralisme progressiste sans remettre en cause l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie occidentale. Sa pens\u00e9e fournit une l\u00e9gitimation philosophique d\u00e9riv\u00e9e, qui remplace l&rsquo;autonomie th\u00e9orique par l&rsquo;adaptation discursive. Il en r\u00e9sulte un \u00e9cart suppl\u00e9mentaire entre le conservatisme europ\u00e9en historique &ndash; fond\u00e9 sur la limite, la m\u00e9diation et la pluralit\u00e9 des traditions &ndash; et le n\u00e9oconservatisme euro-atlantique, orient\u00e9 vers la moralisation du conflit et la subordination strat\u00e9gique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans cette perspective, l&rsquo;utilisation europ\u00e9enne de Scruton ne repr\u00e9sente pas une continuit\u00e9 avec le conservatisme britannique, mais un processus d&rsquo;appropriation fonctionnelle, qui contribue \u00e0 consolider la position p\u00e9riph\u00e9rique de l&rsquo;Europe au sein d&rsquo;un Occident centr\u00e9 sur lui-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela n&rsquo;implique pas la disparition de la capacit\u00e9 d&rsquo;initiative politique europ\u00e9enne, mais sa r\u00e9organisation progressive dans un horizon de discours politique d\u00e9fini ailleurs et de plus en plus contraignant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La fermeture du champ politique europ\u00e9en d\u00e9crite ici ne n\u00e9cessite pas une alt\u00e9rit\u00e9 externe radicale, mais se r\u00e9alise de mani\u00e8re endog\u00e8ne par la combinaison de la l\u00e9gitimation culturelle, de la d\u00e9pendance discursive et, surtout, de la subordination strat\u00e9gique.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>Obama: le dernier universalisme h\u00e9g\u00e9monique<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;administration de Barack Obama repr\u00e9sente une phase de transition. Obama tente une re-s\u00e9mantisation de l&rsquo;universalisme lib\u00e9ral \u00e0 travers un lexique fond\u00e9 sur le multilat\u00e9ralisme, l&rsquo;engagement et les valeurs partag\u00e9es. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une tentative de reconstruire le consensus apr\u00e8s l&rsquo;usure de l&rsquo;interventionnisme n\u00e9oconservateur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cependant, cet universalisme est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9flexif et d\u00e9fensif. Il fonctionne davantage comme une gestion de crise que comme un projet historique. Obama incarne le dernier moment o&ugrave; l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine tente de se pr\u00e9senter comme un ordre souhaitable, m\u00eame dans un contexte qui r\u00e9duit consid\u00e9rablement son efficacit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>Trump I: d\u00e9construction du langage universaliste<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9lection de Donald Trump (2017-2021) marque une rupture \u00e9minemment philologique. Trump I abandonne le langage universaliste et adopte un lexique transactionnel: <em>deals, interests, winners and losers.<\/em> La politique est d\u00e9pouill\u00e9e de toute justification morale universelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette phase ne produit pas encore de nouveau projet h\u00e9g\u00e9monique coh\u00e9rent, mais d\u00e9mystifie le langage pr\u00e9c\u00e9dent. La critique de l&rsquo;&Eacute;tat profond ne remet pas en cause l&rsquo;objectif h\u00e9g\u00e9monique des &Eacute;tats-Unis, mais d\u00e9nonce ses m\u00e9thodes inefficaces. L&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie demeure, mais perd son vocabulaire l\u00e9gitimant.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>Steve Bannon et le post-universalisme<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Au sein de la phase Trump I, Steve Bannon occupe une position particuli\u00e8re, dont la fonction ne peut \u00eatre comprise ni en termes de n\u00e9oconservatisme classique ni comme simple expression d&rsquo;un populisme antisyst\u00e9mique. Bannon repr\u00e9sente plut\u00f4t une tentative d&rsquo;articulation id\u00e9ologique de la crise de l&rsquo;universalisme occidental.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Contrairement aux n\u00e9oconservateurs, Bannon rejette explicitement l&rsquo;id\u00e9e que les valeurs occidentales soient universalisables. Son lexique n&rsquo;est pas celui des droits, mais celui de la d\u00e9cadence civilisationnelle, du conflit historique permanent et de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration par la rupture. En ce sens, il op\u00e8re une translation s\u00e9mantique: de la d\u00e9mocratie comme valeur universelle \u00e0 la civilisation comme sujet en lutte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cependant, cette rupture n&rsquo;implique pas l&rsquo;abandon de l&rsquo;horizon h\u00e9g\u00e9monique am\u00e9ricain. Au contraire, l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie est reformul\u00e9e en termes post-universalistes : elle n&rsquo;est plus le guide moral du monde, mais le centre d\u00e9cisionnel d&rsquo;un conflit syst\u00e9mique entre civilisations. Bannon fournit ainsi la premi\u00e8re tentative de donner une forme id\u00e9ologique \u00e0 ce que Trump I avait exprim\u00e9 de mani\u00e8re principalement pragmatique et d\u00e9structur\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est \u00e9galement significatif que Bannon joue un r\u00f4le central dans le rapprochement entre le trumpisme am\u00e9ricain et les droites europ\u00e9ennes, anticipant une circulation id\u00e9ologique alternative \u00e0 celle des<em> think tanks <\/em>n\u00e9oconservateurs traditionnels. Cette circulation ne produit toutefois pas d&rsquo;autonomie europ\u00e9enne, mais une nouvelle forme de d\u00e9pendance p\u00e9riph\u00e9rique, fond\u00e9e non plus sur l&rsquo;universalisme lib\u00e9ral, mais sur une subordination civilisationnelle au centre am\u00e9ricain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans cette perspective, Bannon ne repr\u00e9sente pas une alternative au n\u00e9oconservatisme, mais une figure de transition: il pr\u00e9pare le terrain discursif sur lequel le programme MAGA de Trump II pourra s&rsquo;imposer comme une h\u00e9g\u00e9monie explicite, d\u00e9pourvue de justification universaliste.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>Biden et la restauration inachev\u00e9e<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;administration de Joe Biden tente une restauration du langage h\u00e9g\u00e9monique classique: d\u00e9mocratie contre autocratie, ordre international fond\u00e9 sur des r\u00e8gles, d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie. Cependant, ces signifiants sont affaiblis. Ils ne produisent plus d&rsquo;int\u00e9gration, mais de d\u00e9limitation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La rupture avec Trump I est avant tout stylistique. Sur le plan strat\u00e9gique, la continuit\u00e9 demeure : centralit\u00e9 de la comp\u00e9tition syst\u00e9mique, utilisation s\u00e9lective des valeurs, subordination du pluralisme. L&rsquo;universalisme est r\u00e9introduit comme langage, mais ne retrouve pas sa fonction h\u00e9g\u00e9monique d&rsquo;origine.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>Trump II : h\u00e9g\u00e9monie post-universaliste<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est dans ce contexte que s&rsquo;inscrit Trump II et son slogan-programme MAGA <em>(Make America Great Again). <\/em>Philologiquement, MAGA est un syntagme post-universaliste: il ne promet pas des valeurs partag\u00e9es, mais la puissance; non pas l&rsquo;universalit\u00e9, mais la hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La &laquo; grandeur &raquo; \u00e9voqu\u00e9e est positionnelle, et non morale. Trump II renonce d\u00e9finitivement \u00e0 l&rsquo;universalisme comme langage l\u00e9gitimant et propose une h\u00e9g\u00e9monie explicite, comp\u00e9titive et ouvertement asym\u00e9trique. Il ne guide pas le monde: il pr\u00e9vaut sur lui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En ce sens, Trump II repr\u00e9sente l&rsquo;une des formes les plus coh\u00e9rentes et abouties du n\u00e9oconservatisme, lib\u00e9r\u00e9 de tout r\u00e9sidu universaliste.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>Le n\u00e9oconservatisme comme n\u00e9cessit\u00e9 syst\u00e9mique<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le n\u00e9oconservatisme n&rsquo;est pas une parenth\u00e8se id\u00e9ologique, mais une n\u00e9cessit\u00e9 syst\u00e9mique de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie occidentale en crise. Cette n\u00e9cessit\u00e9 ne doit toutefois pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme le r\u00e9sultat in\u00e9vitable d&rsquo;un m\u00e9canisme impersonnel, mais comme une forme historiquement r\u00e9currente d&rsquo;adaptation h\u00e9g\u00e9monique, apparue au sein d&rsquo;un ensemble fini de possibilit\u00e9s politiques et discursives.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lorsque le langage des valeurs perd de son efficacit\u00e9, il est remplac\u00e9 par les langages de la d\u00e9cision, de la s\u00e9curit\u00e9 et de la hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans les p\u00e9riph\u00e9ries de l&rsquo;Occident centr\u00e9 sur lui-m\u00eame, en particulier en Europe, ce processus entra&icirc;ne une perte d&rsquo;autonomie th\u00e9orique et politique. Le conservatisme europ\u00e9en, dans sa forme n\u00e9oconservatrice, ne conserve rien: il importe, traduit et radicalise un paradigme \u00e9labor\u00e9 ailleurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La crise de l&rsquo;Occident n&rsquo;est pas seulement une crise de puissance, mais aussi une crise de pluralit\u00e9 interne. Lorsque m\u00eame les p\u00e9riph\u00e9ries parlent le langage du centre, l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie ne se renouvelle pas: elle se rigidifie. Et c&rsquo;est dans cette rigidit\u00e9 que le n\u00e9oconservatisme r\u00e9v\u00e8le sa nature la plus profonde: non pas un choix id\u00e9ologique, mais une forme historique de survie du pouvoir. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Tiberio Graziani<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Notre appr\u00e9ciation \u00ab\u00a0diff\u00e9rente\u00a0\u00bb<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nous passons donc \u00e0 notre propre analyse, en nous r\u00e9f\u00e9rant, d&rsquo;une mani\u00e8re que nous qualifierions de \u00ab\u00a0diff\u00e9rente\u00a0\u00bb plut\u00f4t que \u00ab\u00a0critique\u00a0\u00bb, alors que le sujet est le m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour nous, ce texte constitue une appr\u00e9ciation historique et politique du \u00ab\u00a0n\u00e9oconservatisme\u00a0\u00bb am\u00e9ricain, &ndash; alors que nous parlons, nous, du mouvement &lsquo;<em>neocon<\/em>&lsquo; am\u00e9ricaniste qui, selon nous, n&rsquo;a rien d&rsquo;historique ni de politique. Il faut savoir, pour mieux comprendre notre d\u00e9marche, notre approche du &lsquo;<em>neocon<\/em>&lsquo;, auquel nous n&rsquo;avons jamais consacr\u00e9 d&rsquo;analyse sp\u00e9cifique ou de &lsquo;<em>Glossaire.dde<\/em>&lsquo;. Pour cela, on prendra un extrait, justement d&rsquo;un texte du &lsquo;<em>Glossaire.dde<\/em>&lsquo; consacr\u00e9 au ph\u00e9nom\u00e8ne qui constitue la politique am\u00e9ricaniste du Syst\u00e8me, et ce ph\u00e9nom\u00e8ne incorporant notamment le &lsquo;<em>neocon<\/em>&lsquo; comme bras op\u00e9rationnel principal : la \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-politiquesysteme-ii\">politiqueSyst\u00e8me<\/a>\u00ab\u00a0. On citera notamment cet extrait de ce texte sur la \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-politiquesysteme-ii\">&lsquo;politiqueSyst\u00e8me&rsquo;-II<\/a>\u00ab\u00a0, &ndash; un des textes (du 23 janvier 2017) les plus lus de ce site avec 32 282 entr\u00e9es. (ce chiffre d&rsquo;audience repr\u00e9sente une formidable performance du point de vue de ce site, vues sa longueur et son aridit\u00e9, ou difficult\u00e9 de lecture).<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Il faut ajouter l&rsquo;\u00e9vidence que la politiqueSyst\u00e8me, qu&rsquo;on avait identifi\u00e9e au d\u00e9part, on le verra, selon une analyse classique comme la production d&rsquo;une pens\u00e9e humaine, du courant neocon bien connu (puis nocon\/R2P en y ajoutant les progressistes-soci\u00e9taux interventionnistes), n&rsquo;a en fait rien \u00e0 voir dans sa conception avec ce processus politique en tant que tel puisque d\u00e9sormais identifi\u00e9e comme force extra- ou suprahumaine. A ce point du raisonnement qui autorise des r\u00e9visions m\u00e9tahistoriques fondamentales, nous pensons que la politiqueSyst\u00e8me a en fait toujours \u00e9t\u00e9 cela, l&rsquo;\u00e9pisode neocon puis neocon\/R2P ayant \u00e9t\u00e9 un label de convenance qui arrangeait le Syst\u00e8me pour faire croire \u00e0 la communaut\u00e9 humaine pro-Syst\u00e8me qu&rsquo;elle avait un r\u00f4le de ma&icirc;trise et de conception \u00e0 jouer. En d&rsquo;autres mots, il appara&icirc;t donc que cette \u00ab\u00a0communaut\u00e9 humaine\u00a0\u00bb, alias-neocon\/R2P, n&rsquo;a plus aucun r\u00f4le cr\u00e9atif et directeur et qu&rsquo;il est tr\u00e8s probable jusqu&rsquo;\u00e0 la certitude qu&rsquo;elle n&rsquo;en a jamais eu malgr\u00e9 les narrative produites (&lsquo;neocon&rsquo; &#038; Cie) ;  dans tous les cas, cela pour cette p\u00e9riode du d\u00e9cha&icirc;nement des forces du Syst\u00e8me (depuis la fin de la Guerre froid, depuis 9\/11) repr\u00e9sentant le paroxysme de la situation n\u00e9 du \u00ab\u00a0<\/em><a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-dechainement-de-la-matiere\"><em>d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/em><\/a><em>\u00ab\u00a0<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>Dire &lsquo;<em>neocon<\/em>&lsquo; et tout est dit<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le texte de Tiberio Graziani que nous avons pr\u00e9sent\u00e9 ci-dessus constitue pour nous un pur travail acad\u00e9mique. Ce n&rsquo;est pas une m\u00e9thode mauvaise ou bonne en elle-m\u00eame ; c&rsquo;est une m\u00e9thode parmi d&rsquo;autres que nous ne consid\u00e9rons pas comme une n\u00e9cessit\u00e9 et ce n&rsquo;est certainement pas notre fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre, de penser et d&rsquo;\u00e9crire. En un mot, nous n&rsquo;avons pas \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e2me acad\u00e9mique\u00a0\u00bb, nous avons \u00ab\u00a0l'\u00a0\u00bb\u00e2me po\u00e9tique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Du fait qu&rsquo;il s&rsquo;agit du mouvement &lsquo;<em>neocon<\/em>&lsquo;, dont nous parlons souvent et dont l&rsquo;importance est tr\u00e8s grande \u00e0 notre \u00e9poque, dans la communication bien plus que dans la politique, et de la fa\u00e7on qu&rsquo;on sait par rapport \u00e0 nos convictions, il en ressort que ce texte nous appara&icirc;t comme une explication th\u00e9orique et civilis\u00e9e du &lsquo;<em>neocon<\/em>&lsquo; . Autrement dit, il s&rsquo;agit, &ndash; involontairement pensons-nous, ou inconsciemment, &ndash;  d&rsquo;une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de survie de la coh\u00e9sion rationnelle et de la compr\u00e9hension ma&icirc;tris\u00e9e de notre \u00e9poque par le biais d&rsquo;une appr\u00e9ciation rationnelle d&rsquo;un produit du Syst\u00e8me qui la domine enti\u00e8rement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Risquons une image&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette appr\u00e9ciation, &ndash; ce texte, &ndash;  est comme une automobile roulant sur une route cribl\u00e9e de nid de poules et autres asp\u00e9rit\u00e9s catastrophiques de la route, \u00e9vitant les cahots mortels pour le v\u00e9hicule. La preuve nous est pr\u00e9sent\u00e9e est celle du fonctionnement coh\u00e9rent du v\u00e9hicule qui est de la meilleure qualit\u00e9 possible, mais la route n&rsquo;en est pas moins dans un \u00e9tat de d\u00e9gradation catastrophique. L&rsquo;attention extr\u00eame et habile port\u00e9e \u00e0 a conduite a polaris\u00e9 l&rsquo;attention du conducteur, de l&rsquo;observateur lettr\u00e9 et acharn\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper une description coh\u00e9rente du parcours, et lui a fait rater la pancarte \u00ab\u00a0Conduite interdite, route sans issue et interrompue par une fracture ouvrant sur l&rsquo;ab&icirc;me\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;issue malgr\u00e9 tout, sous forme de conclusion du texte :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Et c&rsquo;est dans cette rigidit\u00e9 que le n\u00e9oconservatisme r\u00e9v\u00e8le sa nature la plus profonde: non pas un choix id\u00e9ologique, mais une forme historique de survie du pouvoir &raquo;, <\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>que nous amenderions de la sorte, qui nous para&icirc;t d&rsquo;ailleurs implicite, m\u00eame si involontairement ou inconsciemment, dans le propos de l&rsquo;auteur :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; &#8230; <em>mais une forme historique<\/em> [d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et sans espoir]<em> de survie du pouvoir &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_d.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.05em\"><strong>\u00ab\u00a0Rigidit\u00e9\u00a0\u00bb et nihilisme<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le nihilisme est le mot brutal mais plus net que nous proposerions pour comprendre le terme susnomm\u00e9 \u00ab\u00a0rigidit\u00e9\u00a0\u00bb. Construit avec z\u00e8le par le &lsquo;<em>neocon<\/em>&lsquo; (et son commentateur), ce mot rejoint gracieusement le nihilisme naturel que la modernit\u00e9 engendre&#8230; Nous croyons que tous les termes en \u00ab\u00a0ismes\u00a0\u00bb utilis\u00e9s dans ce texte (lib\u00e9ralisme, universalisme, etc.) sont ais\u00e9ment explicit\u00e9s et compr\u00e9hensibles dans le vaste concept de \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb et par cons\u00e9quent accueillis par le nihilisme accompagnant ce mouvement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous croyons que le mouvement &lsquo;<em>neocon<\/em>&lsquo;, c&rsquo;est-\u00e0-dire le n\u00e9oconservatisme, d\u00e9velopp\u00e9 exclusivement \u00e0 l&rsquo;origine aux USA avec la pouss\u00e9e venue de trotskistes plut\u00f4t que de gramcistes (Trotski, tr\u00e8s populaire dans la gauche am\u00e9ricaniste d\u00e8s les ann\u00e9es 1930), est compl\u00e8tement un accessoire, un parasite et un \u00ab\u00a0compagnon de route\u00a0\u00bb de la <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">GrandeCrise<\/a>. Sans aucun doute, il a une certaine importance sp\u00e9cifique dans la mesure o&ugrave; il peut jouer le r\u00f4le de moteur d&rsquo;une sorte de \u00ab\u00a0Fin Derni\u00e8re\u00a0\u00bb voulue par l&rsquo;ent\u00eatement du Syst\u00e8me, jugeant insupportable qu&rsquo;on puisse songer \u00e0 une autre issue que lui-m\u00eame, en lui-m\u00eame et sous l&rsquo;inspiration de lui-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A notre sens, c&rsquo;est dans ce sch\u00e9ma m\u00e9tahistorique qu&rsquo;il faut faire entrer le &lsquo;<em>neocon<\/em>&lsquo; pour comprendre la raison de sa pr\u00e9sence, de son influence, de son activit\u00e9 d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e. Nous ne pensons pas qu&rsquo;il faille lui accorder une estime intellectuelle telle qu&rsquo;on en vienne \u00e0 l&rsquo;isoler et \u00e0 l&rsquo;analyser comme un ph\u00e9nom\u00e8ne politique sp\u00e9cifique et majeur. C&rsquo;est un produit quantitatif, &ndash; d&rsquo;o&ugrave; son influence, son poids politique, sa puissance de communication alors qu&rsquo;il ne propose rien que la course \u00e0 l&rsquo;entropisation, &ndash; de cette \u00e9poque d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e que nous vivons, nullement un produit qualitatif qui, par d\u00e9finition, \u00e9chapperait \u00e0 cette \u00e9poque. Le &lsquo;<em>neocon<\/em>&lsquo; est trop un produit de cette \u00e9poque pour \u00eatre autre chose qu&rsquo;un excr\u00e9ment de cette \u00e9poque, et il est juste de l&rsquo;analyser dans ce sens, malgr\u00e9 l&rsquo;odeur.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&bull;&nbsp;Grande plong&eacute;e dans le n&eacute;oconservatisme (&lsquo;<em>neocon<\/em>&rsquo; pour les amis), <strong>ph&eacute;nom&egrave;ne essentiel de la non-politique de notre &eacute;poque, principal constituant de la &ldquo;politiqueSyst&egrave;me&rdquo; <\/strong>jusqu&rsquo;&agrave; Donald Trump qui en fit la rencontre lors de son deuxi&egrave;me mandat pour pouvoir mieux attaquer l&rsquo;Iran. &bull;&nbsp;Une approche th&eacute;orique complexe et labyrinthique c&ocirc;toie un jugement absolument d&eacute;pouill&eacute; et direct de condamnation. &bull;&nbsp;Dans les deux cas, la conclusion est simple et sans appel&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>une forme historique <\/em>[et d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e]<em> de survie du pouvoir&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[14],"tags":[12771,2651,22472,15446,3769,7160,2639,22473],"class_list":["post-81919","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-bannon","tag-du","tag-libveralisme","tag-neconservateurs","tag-pouvoir","tag-survie","tag-trump","tag-univerrsalisme"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81919","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81919"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81919\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":81923,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81919\/revisions\/81923"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81919"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81919"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81919"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}