{"id":81994,"date":"2026-04-17T00:00:00","date_gmt":"2026-04-16T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/04\/17\/quo-vadis-homo-europeus\/"},"modified":"2026-04-17T00:00:00","modified_gmt":"2026-04-16T22:00:00","slug":"quo-vadis-homo-europeus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/04\/17\/quo-vadis-homo-europeus\/","title":{"rendered":"<em>Quo vadis<\/em>, <em>homo europeus\u00a0?<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong><em>Quo vadis<\/em>, <em>homo europeus ?<\/em><\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; En miroir de notre \u00e9poque, <strong>les \u00e9chos de la d\u00e9cadence<\/strong>. &bull; Depuis le d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle et l&rsquo;identification par Sabina Spielrein, proche de Freud et de Jung, <strong>de la \u00ab\u00a0pulsion de mort\u00a0\u00bb existant dans l&rsquo;instinct sexuel sous le nom de masochisme<\/strong>. &bull; L&rsquo;auteur de cet essai, A. Moncada, estime que ce caract\u00e8re psychologique a conduit l&rsquo;Europe et l&rsquo;<em> homo europeus<\/em> vers <strong>la d\u00e9cadence et l&rsquo;autodestruction telles qu&rsquo;on les observe  aujourd&rsquo;hui<\/strong>. &bull; Arnold Spengler est cit\u00e9 en r\u00e9f\u00e9rence comme proph\u00e9tique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>________________&deg;_________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>17 avril 2026 (16H50) &ndash; Voil\u00e0 <a href=\"https:\/\/socialismomultipolaridad.blogspot.com\/2026\/04\/ens...\">un sujet<\/a> de A. Moncada qui nous passionnera, sur le site espagnol de &lsquo;<em>socialismomultipolaridad.blogspot.com<\/em>&lsquo; (<a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2026\/04\/10\/essai-sur-le-masochisme-la-decadence-de-l-europe-et-la-volonte-d-autodestru.html\">traduction fran\u00e7aise<\/a> sur &lsquo;<em>euro-synergies.hautetfort.com<\/em>&lsquo;). Le titre nous donne l&rsquo;essentiel du propos : :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Essai sur le masochisme, la d\u00e9cadence de l&rsquo;Europe et la volont\u00e9 d&rsquo;autodestruction<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il y est question d&rsquo;une visite \u00e0 la psychanalyse avec Sabina Spielrein, \u00e9l\u00e8ve de Freud et coll\u00e8gue (et peut-\u00eatre ma&icirc;tresse) de Carl Gustav Jung. Il y est question de la \u00ab\u00a0pulsion de mort\u00a0\u00bb que Spielrein estime log\u00e9e au fond de l&rsquo;inconscient humain, une face cach\u00e9e de l&rsquo;instinct sexuel :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Pour comprendre le panorama vaste et sombre qui s&rsquo;\u00e9tend devant nous, il faut partir d&rsquo;une d\u00e9couverte qui a \u00e9branl\u00e9 les fondements m\u00eames de la jeune science psychanalytique: la notion, formul\u00e9e par Sabina Spielrein, selon laquelle au plus profond de l&rsquo;instinct sexuel humain se niche une pulsion paradoxale, un d\u00e9sir de souffrance qui n&rsquo;est pas une simple pathologie individuelle mais une composante structurelle de la vie psychique<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>L&rsquo;auteur parle de cette d\u00e9couverte au sens biologique du terme pour expliquer la naissance et le d\u00e9veloppement collectif de cette \u00ab\u00a0pulsion de mort\u00a0\u00bb, comme cause centrale et fondamentale de la d\u00e9cadence sinon de l&rsquo;effondrement de la civilisation occidentale. Deux d\u00e9veloppement majeurs sont cit\u00e9s :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; La \u00ab\u00a0guerre civile europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, selon l&rsquo;expression employ\u00e9e par Ernst Nolte dans son essai de 1987 (&lsquo;<em><a href=\"https:\/\/www.google.com\/search?client=safari&#038;rls=en&#038;q=La+Guerre+civile+europ%C3%A9enne+%281917-1945%29&#038;ie=UTF-8&#038;oe=UTF-8&#038;mstk=AUtExfBmwmEQ7AolhRk0aWFr_49AcSx0KltEzTxzRzqTOBO1P_6AHnsXHvVJ_39E3Cw89jFZVTKFq4GDE14nmd9hw4bQWsrxBMfZw8yuXRi4h_6kCY9BSAnx9TVuKopkuajfNHyevlp1KKzV74-BkQVsmsRbueyJlJUItbUhcetHg2PxLhE&#038;csui=3&#038;ved=2ahUKEwjjocKQ4_STAxWGFhAIHW--HIwQgK4QegQIARAB\">La Guerre civile europ\u00e9enne (1917-1945)<\/a><\/em>&lsquo;), avec une diff\u00e9rence de la datation de d\u00e9part. Nolte qui entend faire une analogie entre le communisme et le nazisme pour d\u00e9finir ce bouleversement, ouvre sa \u00ab\u00a0guerre civile\u00a0\u00bb en 1917, ann\u00e9e de la prise de pouvoir par les bolch\u00e9viques. Manifestement, Moncada a une autre id\u00e9e en t\u00eate, qui n&rsquo;est plus du temps des querelles id\u00e9ologiques assez morbides (d\u00e9compte des millions de morts) sur le communisme par rapport au nazisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L&rsquo;immigration massive qui touche l&rsquo;Europe depuis bient\u00f4t quarante ans. On conna&icirc;t aussi bien cette th\u00e8se qui fait de cette \u00e9v\u00e9nement une sorte d'\u00a0\u00bbinvasion\u00a0\u00bb favoris\u00e9e par le \u00ab\u00a0Capital\u00a0\u00bb pour faire entrer du \u00ab\u00a0sang frais\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0travailleurs \u00e0 tr\u00e8s bon march\u00e9\u00a0\u00bb et faiseurs d&rsquo;enfants. dans une Europe en \u00e9tat d&rsquo;effondrement d\u00e9mographique. C&rsquo;est une autre forme de d\u00e9cadence et d&rsquo;effondrement, nous dit Moncada.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le tout est couronn\u00e9 par une r\u00e9f\u00e9rence \u00e9vidente \u00e0 Oswald Spengler et son &lsquo;<em>Declin de l&rsquo;Occident<\/em>&lsquo; per\u00e7u comme une &oelig;uvre visionnaire et proph\u00e9tique. On ne discutera pas ce jugement.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Et c&rsquo;est ici, \u00e0 ce point de densit\u00e9 conceptuelle maximale, que la voix d&rsquo;Oswald Spengler r\u00e9sonne avec une force presque proph\u00e9tique. Car Spengler, d\u00e8s les ann\u00e9es 1920, avait compris quelque chose que la plupart de ses contemporains pr\u00e9f\u00e9raient ignorer: que les cultures, \u00e0 l&rsquo;instar des organismes vivants, naissent, grandissent, s&rsquo;\u00e9panouissent, d\u00e9clinent et meurent, et que la civilisation occidentale, cette prodigieuse culture faustienne qui avait \u00e9tendu sa domination \u00e0 l&rsquo;ensemble de la plan\u00e8te, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9e dans sa phase finale, dans son hiver<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Accepter la d\u00e9cadence<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;on sait \u00e9galement, comme le rappelle Moncada, que Spengler qui pr\u00e9voyait toutes ces choses terribles, apr\u00e8s tout ne passait pas ces chapitres principaux \u00e0 geindre \u00e0 ce propos. Spengler est, comme d&rsquo;autres, un homme \u00ab\u00a0de cycle\u00a0\u00bb, qui n&rsquo;accepte pas la vision lin\u00e9aire et progressiste de l&rsquo;histoire, il s&rsquo;en faut de beaucoup. Pour lui, la d\u00e9cadence est un fait irr\u00e9fragable, l&rsquo;ach\u00e8vement n\u00e9cessaire d&rsquo;une civilisation. La chose n&rsquo;est pas \u00e9loign\u00e9e du <em>Kali Yuga <\/em>qu&rsquo;on trouve en bonne place dans la pens\u00e9e de Gu\u00e9non, ou \u00e9ventuellement de notre <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">GrandeCrise<\/a> dans la mesure o&ugrave; elle repr\u00e9sente bien l&rsquo;actuel destin de notre civilisation (et du monde si l&rsquo;on veut bien, puisque la modernit\u00e9 occidentale est une infection, &ndash; un COVID si l&rsquo;on veut bien, &ndash; qui a touch\u00e9 le monde entier).<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le masochisme de l&rsquo;Europ\u00e9en, cette volont\u00e9 de dissolution que nous avons d\u00e9crite en suivant Spielrein, n&rsquo;est que le corollaire psychologique de cette d\u00e9cadence objective: lorsqu&rsquo;une culture ne croit plus en elle-m\u00eame, lorsqu&rsquo;elle a perdu la foi en ses propres dieux et en ses propres lois, elle commence \u00e0 d\u00e9sirer sa propre mort, \u00e0 chercher chez l&rsquo;autre, chez l&rsquo;\u00e9tranger, chez le barbare, la force qu&rsquo;elle-m\u00eame ne poss\u00e8de plus. Spengler nous a \u00e9galement enseign\u00e9 que la d\u00e9cadence n&rsquo;est pas, \u00e0 proprement parler, quelque chose qu&rsquo;il faille d\u00e9plorer ou c\u00e9l\u00e9brer; c&rsquo;est simplement un fait, une phase du cycle vital qu&rsquo;aucune culture ne peut \u00e9luder<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Cela bien admis, il nous reste quelques remarques qu&rsquo;attirent, \u00e0 notre sens, l&rsquo;analogie de Moncada, avec la participation de Spengler et du marxisme. Elles le transforment, si affinit\u00e9s, autant dans la forme que dans le fond et dans la chronologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>&Eacute;chos des ann\u00e9es 1920<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nous d\u00e9taillons, tout en les r\u00e9sumant avec ce que nous esp\u00e9rons \u00eatre une souplesse remarquable, toutes ces remarques qui n&rsquo;annulent pas l&rsquo;analogie mais qui la nuancent diablement et lui donnent une dimension diff\u00e9rente, m\u00e9taphysique sans nul doute.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Il y a un passage de l&rsquo;individualisme (la psychologie de la \u00ab\u00a0pulsion de mort\u00a0\u00bb clairement rattach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole freudienne) au collectivisme jungien (extension collective d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne psychologique qui le transforme <em>de facto <\/em>et par transmutation<em> <\/em>en un \u00e9v\u00e9nement m\u00e9taphysique). Nous entrons alors dans le domaine de la cosmologie \u00ab\u00a0cyclique\u00a0\u00bb qui donne une autre vision, moins spengl\u00e9rienne, de notre actuelle phase de d\u00e9cadence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L&rsquo;intrusion de la &laquo; <em>lecture marxiste<\/em> &raquo; (du Capital) pr\u00e9sentant cette id\u00e9ologie comme un parasite finalement utile au capitalisme est une id\u00e9e certes r\u00e9pandue, mais que l&rsquo;on pourrait juger mise \u00e0 mal par d&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements que la seule immigration, durant les derni\u00e8res d\u00e9cennies. Cette immigration a tendance, de plus en plus nettement, \u00e0 se diviser en deux branches, dont aucune ne nous para&icirc;t satisfaisante pour le \u00ab\u00a0Capital\u00a0\u00bb :<\/p>\n<p>1). Une branche int\u00e9grationniste, tr\u00e8s minoritaire, qui recherche l&rsquo;assimilation des populations migr\u00e9es aux cultures occidentales, ce qui ne facilite gu\u00e8re la liquidation des populations autochtones ;<\/p>\n<p>2). Une branche communautariste tr\u00e8s majoritaire, qui renforce la notion tribale de groupe, et conserve sinon accentue avec fermet\u00e9 certains aspects culturels des migrants aux d\u00e9pens des normes lib\u00e9rales et capitalistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Nous ne voyons pas l\u00e0-dedans une mati\u00e8re humaine apte \u00e0 faire des \u00ab\u00a0esclaves\u00a0\u00bb ob\u00e9issant aux normes de nos \u00e9lites qui favorisent l&rsquo;immigration. Par ailleurs, s&rsquo;il y a du d\u00e9sarroi et de la confusion, c&rsquo;est bien au sein de ces \u00e9lites qu&rsquo;on les trouve, \u00e9galement chez les milliardaires et les privil\u00e9gi\u00e9s qui les peuples. Au contraire, les autochtones (\u00ab\u00a0Nous, <em>homo europeus<\/em>\u00ab\u00a0), qui devions devenir \u00ab\u00a0esclaves\u00a0\u00bb d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre, devenons des r\u00e9volt\u00e9s  \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie de plus en plus difficiles \u00e0 brider, des \u00e9meutiers ayant compris qu&rsquo;une cha&icirc;ne internet vaut tous les pav\u00e9s du monde&#8230; Nous finirions par croire, &ndash; et c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs l&rsquo;\u00e9vidence, &ndash; que ces \u00e9lites sont bien les masochistes de la pi\u00e8ce, psychologiquement selon les individus et collectivement en tant que caste avec ses Epstein et ses Trump.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Mais nous sommes des ann\u00e9es 2020&#8230;<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Certes, Spengler avait raison, mais il avait raison en son temps, et d&rsquo;une tout autre mani\u00e8re que celle qu&rsquo;il aurait \u00e0 trouver s&rsquo;il vivait parmi nous, dans les ann\u00e9es 2020. Ce qu&rsquo;il avait observ\u00e9 et qui reste absolument actuel, c&rsquo;est la dimension tragique de l&rsquo;histoire qui fait de la d\u00e9cadence et de l&rsquo;effondrement une fatalit\u00e9. Quant aux \u00e9lites-\u00ab\u00a0esclaves\u00a0\u00bb, leur pr\u00e9sence nous a permis de faire un bon mot : \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-tragedie-bouffe\">trag\u00e9die-bouffe<\/a>\u00ab\u00a0, l&rsquo;un des legs les plus marquants de la s\u00e9quence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Gr\u00e2ce \u00e0 eux, le masochisme conduit \u00e0 l&rsquo;autodestruction, et nous avons notre compte, notre &lsquo;<em>Global Reset<\/em>&lsquo; \u00e0 nous, comploteurs b\u00e9nis. Contrat rempli, &ndash; vous autres, politicailles, journaleux, maquereaux en super-jet vers l&rsquo;&icirc;le de l&rsquo;Atlantide blottie <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Little_Saint_James\">dans les Cara\u00efbes<\/a>, et milliardaires puant le maquereau faisand\u00e9 !<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Essai sur le masochisme et l&rsquo;autodestruction<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>I. Les fondements biologiques du masochisme selon Sabina Spielrein<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Pour comprendre le panorama vaste et sombre qui s&rsquo;\u00e9tend devant nous, il faut partir d&rsquo;une d\u00e9couverte qui a \u00e9branl\u00e9 les fondements m\u00eames de la jeune science psychanalytique: la notion, formul\u00e9e par Sabina Spielrein, selon laquelle au plus profond de l&rsquo;instinct sexuel humain se niche une pulsion paradoxale, un d\u00e9sir de souffrance qui n&rsquo;est pas une simple pathologie individuelle mais une composante structurelle de la vie psychique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Spielrein, d&rsquo;abord disciple puis coll\u00e8gue et \u00e9galement ma&icirc;tresse pr\u00e9sum\u00e9e de Carl Gustav Jung, ainsi que collaboratrice de Sigmund Freud, a d\u00e9velopp\u00e9 dans son ouvrage fondamental, La destruction comme cause du devenir, une th\u00e8se aussi audacieuse que troublante: aux c\u00f4t\u00e9s des pulsions d&rsquo;autoconservation et de reproduction, il existe une pulsion de mort qui ne recherche pas l&rsquo;an\u00e9antissement pur et simple, mais une sorte de plaisir dans la douleur, une jouissance dans l&rsquo;autodestruction qu&rsquo;elle a appel\u00e9e, au grand dam de la terminologie ult\u00e9rieure, &laquo;masochisme&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le biologique, dans sa conception, ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la simple tendance \u00e0 la vie; la cellule ne cherche pas seulement \u00e0 se perp\u00e9tuer, mais elle contient aussi en elle-m\u00eame le germe de sa propre dissolution, et de cette tension entre le vouloir vivre et le vouloir mourir na&icirc;t, selon Spielrein, la possibilit\u00e9 m\u00eame du changement, de l&rsquo;\u00e9volution, de la transformation. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une simple perversion, mais d&rsquo;un fait biologique fondamental: l&rsquo;organisme doit, en un certain sens, d\u00e9sirer son propre an\u00e9antissement pour pouvoir rena&icirc;tre sous une forme nouvelle, plus complexe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le plaisir, dans ce cadre, n&rsquo;est pas seulement la satisfaction d&rsquo;un besoin, mais aussi le soulagement qui accompagne la lib\u00e9ration de la tension accumul\u00e9e, et la tension ultime, la plus radicale, est celle qui s\u00e9pare l&rsquo;individu de sa propre mort.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi, le masochisme ne serait que le nom que nous donnons \u00e0 la capacit\u00e9, inscrite dans notre chair, de trouver un plaisir ambigu dans la douleur, de chercher dans l&rsquo;humiliation une forme \u00e9gar\u00e9e de lib\u00e9ration, et d&#8217;embrasser l&rsquo;esclavage comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait, paradoxalement, d&rsquo;une expression de la volont\u00e9 la plus intime.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>II. L&rsquo;autodestruction de 1914 \u00e0 1945<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Si nous appliquons cette perspective spielreinienne \u00e0 l&rsquo;histoire de l&rsquo;Europe au cours des premi\u00e8res d\u00e9cennies du 20\u00e8me si\u00e8cle, le spectacle qui se d\u00e9ploie sous nos yeux est celui d&rsquo;un continent tout entier se livrant \u00e0 une fr\u00e9n\u00e9sie d&rsquo;autodestruction qui d\u00e9fie toute explication purement rationnelle ou \u00e9conomique. Qu&rsquo;\u00e9taient les deux guerres mondiales, sinon un immense acte de masochisme collectif, une gigantesque mise en sc\u00e8ne de cette pulsion de mort que Spielrein croyait avoir identifi\u00e9e au plus profond de l&rsquo;\u00e2me humaine? L&rsquo;homo europaeus, qui pendant des si\u00e8cles avait domin\u00e9 le monde gr\u00e2ce \u00e0 sa technique, sa science et sa foi dans le progr\u00e8s, s&rsquo;est lanc\u00e9 entre 1914 et 1945 dans une orgie de violence sans pr\u00e9c\u00e9dent, tuant des dizaines de millions de ses semblables, rasant ses villes, d\u00e9truisant son art et sa m\u00e9moire, et s&rsquo;exposant finalement aux humiliations les plus atroces.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas seulement la lutte entre nations ou id\u00e9ologies; c&rsquo;\u00e9tait, \u00e0 un niveau plus profond, le triomphe d&rsquo;une volont\u00e9 d&rsquo;an\u00e9antissement qui semblait jaillir des entrailles m\u00eames de la civilisation europ\u00e9enne. Les soldats qui couraient joyeusement vers les mitrailleuses en 1914, les peuples qui acclamaient des dictateurs leur promettant souffrance et grandeur, des soci\u00e9t\u00e9s enti\u00e8res qui acceptaient la faim, le froid et la mort comme le prix de leur loyaut\u00e9 envers des symboles vides: tout cela t\u00e9moigne d&rsquo;un profond masochisme culturel, d&rsquo;un besoin de punition et d&rsquo;expiation qui ne peut s&rsquo;expliquer que comme la manifestation historique de ce fait biologique dont parlait Spielrein.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Europe a voulu se d\u00e9truire elle-m\u00eame, et elle l&rsquo;a fait avec une efficacit\u00e9 et un enthousiasme qui nous laissent encore aujourd&rsquo;hui stup\u00e9faits. Bien que ce soit l&rsquo;anglosph\u00e8re qui ait caus\u00e9 la mort et l&rsquo;humiliation de l&rsquo;Europe, et le capitalisme qui en ait \u00e9t\u00e9 le poison mortel, ce d\u00e9sir &ndash; aliment\u00e9 par ses ennemis et utilisant le mode de production comme instrument &ndash; \u00e9tait un d\u00e9sir intime. L&rsquo;homo europaeus a d\u00e9montr\u00e9, au cours de ces trente ann\u00e9es de folie, qu&rsquo;il portait en lui non seulement le conqu\u00e9rant et le civilisateur, mais aussi, et de mani\u00e8re pr\u00e9pond\u00e9rante, le masochiste qui trouve dans son propre an\u00e9antissement la forme la plus \u00e9lev\u00e9e de plaisir.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>III. L&rsquo;\u00e9migration massive et notre masochisme collectif<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Et voici qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, cette pulsion autodestructrice n&rsquo;a pas disparu, mais a trouv\u00e9 de nouvelles formes d&rsquo;expression, plus subtiles, mais peut-\u00eatre plus d\u00e9finitives. L&rsquo;Europ\u00e9en contemporain, celui-l\u00e0 m\u00eame qui a surv\u00e9cu aux guerres et aux totalitarismes, semble avoir d\u00e9cid\u00e9 de mener \u00e0 bien son &oelig;uvre s\u00e9culaire, non plus par la violence active des champs de bataille, mais par une sorte de suicide d\u00e9mographique et culturel passif, une dissolution volontaire dans le flot de l&rsquo;\u00e9migration massive qui, venue d&rsquo;Afrique, d&rsquo;Asie et du Proche-Orient, inonde ses terres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et c&rsquo;est l\u00e0 que nous devons poser la question la plus d\u00e9rangeante, celle qu&rsquo;aucun politicien, baignant dans le politiquement correct, n&rsquo;ose formuler : si l&rsquo;homo europaeus accepte, voire encourage, l&rsquo;arriv\u00e9e massive de populations qui ne partagent ni son histoire, ni sa langue, ni sa religion, ni ses coutumes; s&rsquo;il permet que ses villes se transforment en mosa\u00efques de cultures en conflit; s&rsquo;il utilise son propre &Eacute;tat de droit pour d\u00e9manteler les fronti\u00e8res qui le prot\u00e9geaient; s&rsquo;il est, en somme, dispos\u00e9 \u00e0 se diluer, \u00e0 dispara&icirc;tre en tant que sujet historique, ne serait-il pas en train de r\u00e9v\u00e9ler ainsi son d\u00e9sir le plus intime, celui que Spielrein a identifi\u00e9 au fond de toute vie? Ne chercherait-il pas, au fond, \u00e0 \u00eatre lui-m\u00eame l&rsquo;esclave et l&rsquo;\u00e9talon qu&rsquo;il croit faire venir de l&rsquo;ext\u00e9rieur? Car l&rsquo;Europ\u00e9en qui regarde les immigr\u00e9s avec une condescendance bienveillante, qui parle de leur &laquo;diversit\u00e9&raquo; comme d&rsquo;un bel ornement exotique, qui se compla&icirc;t dans la culpabilit\u00e9 post-colonialiste et l&rsquo;autocritique perp\u00e9tuelle, n&rsquo;est qu&rsquo;un masochiste qui a trouv\u00e9 dans l&rsquo;immigration le fouet avec lequel il peut enfin se flageller. Il veut \u00eatre domin\u00e9 parce qu&rsquo;au fond, il ne croit plus en son droit de dominer; il veut \u00eatre envahi parce qu&rsquo;il ne fait plus confiance \u00e0 ses propres fronti\u00e8res ni \u00e0 sa propre identit\u00e9; il veut que d&rsquo;autres prennent sa place parce qu&rsquo;il a perdu la volont\u00e9 de l&rsquo;occuper lui-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et si l&rsquo;on parle cr&ucirc;ment d&rsquo;&laquo;esclaves et de reproducteurs&raquo;, ce n&rsquo;est pas par grossi\u00e8ret\u00e9 mais par fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9: l&rsquo;\u00e9conomie europ\u00e9enne a besoin de corps pour le travail servile et de corps pour la reproduction biologique, et l&rsquo;Europ\u00e9en, dans son masochisme, non seulement l&rsquo;accepte mais le d\u00e9sire, car ainsi se confirme son r\u00f4le de ma&icirc;tre d\u00e9cadent qui a besoin du barbare pour se sentir encore civilis\u00e9, et de l&rsquo;esclave pour se sentir encore libre. Mais cette libert\u00e9 et cette civilisation ne sont plus que des fant\u00f4mes: ce qui reste, c&rsquo;est la pure pulsion de mort, la jouissance dans la dissolution, le plaisir amer de savoir que l&rsquo;histoire que l&rsquo;on incarne touche \u00e0 sa fin et que rien de ce qui viendra apr\u00e8s ne portera plus son nom.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>IV. Le Capital et le masochisme: une lecture marxiste<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Cette situation ne serait toutefois pas possible sans la complicit\u00e9 active de cette force qui, depuis deux si\u00e8cles, a fa\u00e7onn\u00e9 l&rsquo;Europe plus que toute autre: le Capital. D&rsquo;un point de vue marxiste, le masochisme collectif de l&rsquo;Europ\u00e9en n&rsquo;est pas un simple accident psychologique ou culturel, mais une n\u00e9cessit\u00e9 fonctionnelle du syst\u00e8me. Le Capital a besoin de corps, il a besoin de travailleurs, il a besoin de consommateurs, et il en a besoin qui soient dociles, d\u00e9pouill\u00e9s de leur histoire et de leur identit\u00e9, r\u00e9duits \u00e0 de la pure force de travail et \u00e0 un pur d\u00e9sir de marchandises. L&rsquo;\u00e9migration massive, loin d&rsquo;\u00eatre une menace pour le Capital, est son alli\u00e9 le plus pr\u00e9cieux: elle fournit une arm\u00e9e industrielle de r\u00e9serve permanente, maintient les salaires \u00e0 un niveau bas, fragmente la classe ouvri\u00e8re en rivalit\u00e9s ethniques et religieuses, et surtout, d\u00e9mant\u00e8le toute possibilit\u00e9 de communaut\u00e9 politique solide qui pourrait s&rsquo;opposer \u00e0 la logique implacable de l&rsquo;accumulation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Capital veut le masochisme de l&rsquo;Europ\u00e9en car un Europ\u00e9en masochiste est un Europ\u00e9en qui a renonc\u00e9 \u00e0 sa souverainet\u00e9, \u00e0 son identit\u00e9, \u00e0 son avenir; c&rsquo;est un Europ\u00e9en qui accepte d&rsquo;\u00eatre gouvern\u00e9 par des technocrates anonymes, qui se contente de la consommation et du divertissement, qui c\u00e8de ses fronti\u00e8res et ses lois \u00e0 des organismes internationaux qu&rsquo;il ne contr\u00f4le pas, et qui regarde, impassible, son monde s&rsquo;effondrer parce qu&rsquo;au fond, c&rsquo;est ce qu&rsquo;il souhaite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais ici, nous devons aller encore plus loin et relier cette lecture marxiste aux faits biologiques mis en exergue par Spielrein. Car le Capital n&rsquo;est pas seulement une structure \u00e9conomique externe qui nous opprime; c&rsquo;est aussi, comme l&rsquo;a bien compris le marxisme critique de l&rsquo;&Eacute;cole de Francfort, un mode de vie, une culture, une subjectivit\u00e9. Le Capital a su inoculer dans l&rsquo;\u00e2me europ\u00e9enne cette pulsion de mort dont parlait Spielrein, il a su transformer le d\u00e9sir de vivre en d\u00e9sir de consommer, et le d\u00e9sir de consommer en d\u00e9sir de s&rsquo;an\u00e9antir par la consommation. L&rsquo;Europ\u00e9en qui se dissout dans l&rsquo;\u00e9migration massive n&rsquo;est pas seulement victime du Capital; il en est aussi le complice le plus enthousiaste, car il a int\u00e9rioris\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la moelle la logique de la marchandise, qui ne conna&icirc;t que le pr\u00e9sent perp\u00e9tuel et la destruction de tout lien durable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Capital, dans sa phase tardive, n&rsquo;a plus besoin de soldats ni de citoyens ; il a besoin de consommateurs et d&rsquo;esclaves, et il les trouve chez cet Europ\u00e9en masochiste qui pr\u00e9f\u00e8re l&rsquo;esclavage confortable de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation \u00e0 la libert\u00e9 exigeante d&rsquo;une communaut\u00e9 politique vivante.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>V. Spengler et la th\u00e9orie de la d\u00e9cadence<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Et c&rsquo;est ici, \u00e0 ce point de densit\u00e9 conceptuelle maximale, que la voix d&rsquo;Oswald Spengler r\u00e9sonne avec une force presque proph\u00e9tique. Car Spengler, d\u00e8s les ann\u00e9es 1920, avait compris quelque chose que la plupart de ses contemporains pr\u00e9f\u00e9raient ignorer: que les cultures, \u00e0 l&rsquo;instar des organismes vivants, naissent, grandissent, s&rsquo;\u00e9panouissent, d\u00e9clinent et meurent, et que la civilisation occidentale, cette prodigieuse culture faustienne qui avait \u00e9tendu sa domination \u00e0 l&rsquo;ensemble de la plan\u00e8te, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9e dans sa phase finale, dans son hiver.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Spengler a appel\u00e9 &laquo; civilisation &raquo; cet \u00e9tat terminal d&rsquo;une culture, celui o&ugrave; les formes spirituelles originelles se p\u00e9trifient, o&ugrave; la grande ville cosmopolite succ\u00e8de \u00e0 la campagne et \u00e0 la petite ville de province, o&ugrave; la technique devient une fin en soi et non un moyen d&rsquo;expression de l&rsquo;\u00e2me, o&ugrave; l&rsquo;argent, cette pure abstraction, domine toutes les sph\u00e8res de la vie jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il soit finalement renvers\u00e9 par la force brute de C\u00e9sar, du dictateur qui impose l&rsquo;ordre par le sang et le feu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Spengler, qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 un national-socialiste mais qui a su voir clairement la direction que prenait l&rsquo;histoire, nous a avertis que la d\u00e9cadence n&rsquo;est pas une catastrophe venant de l&rsquo;ext\u00e9rieur, mais un processus interne, organique, in\u00e9vitable, dans lequel la culture elle-m\u00eame perd sa capacit\u00e9 \u00e0 engendrer de nouvelles formes et se replie sur elle-m\u00eame, s&rsquo;adonnant \u00e0 une r\u00e9p\u00e9tition st\u00e9rile, au culte du succ\u00e8s imm\u00e9diat, \u00e0 l&rsquo;idol\u00e2trie du pouvoir nu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le masochisme de l&rsquo;Europ\u00e9en, cette volont\u00e9 de dissolution que nous avons d\u00e9crite en suivant Spielrein, n&rsquo;est que le corollaire psychologique de cette d\u00e9cadence objective: lorsqu&rsquo;une culture ne croit plus en elle-m\u00eame, lorsqu&rsquo;elle a perdu la foi en ses propres dieux et en ses propres lois, elle commence \u00e0 d\u00e9sirer sa propre mort, \u00e0 chercher chez l&rsquo;autre, chez l&rsquo;\u00e9tranger, chez le barbare, la force qu&rsquo;elle-m\u00eame ne poss\u00e8de plus. Spengler nous a \u00e9galement enseign\u00e9 que la d\u00e9cadence n&rsquo;est pas, \u00e0 proprement parler, quelque chose qu&rsquo;il faille d\u00e9plorer ou c\u00e9l\u00e9brer; c&rsquo;est simplement un fait, une phase du cycle vital qu&rsquo;aucune culture ne peut \u00e9luder.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce que nous appelons &laquo;l&rsquo;Europe&raquo; n&rsquo;est plus une culture vivante, mais une civilisation moribonde, un ensemble de techniques et de formes vides qui survivent \u00e0 son esprit, et qui ne peuvent prolonger leur existence qu&rsquo;au prix de la n\u00e9gation de leur propre nature.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9migration massive, la dissolution d\u00e9mographique, le masochisme collectif ne sont pas, dans cette perspective spenglerienne, des anomalies pouvant \u00eatre corrig\u00e9es par de meilleures politiques; ce sont les sympt\u00f4mes d&rsquo;une agonie qui dure depuis d\u00e9j\u00e0 un si\u00e8cle et qui, probablement, se prolongera encore quelque temps avant que, finalement, sur les ruines de la civilisation faustienne, ne surgissent de nouvelles cultures que nous, les habitants du cr\u00e9puscule, ne pouvons m\u00eame pas imaginer.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le masochisme n&rsquo;est donc ni une perversion mineure ni une raret\u00e9 clinique; c&rsquo;est le nom que nous donnons \u00e0 la pulsion de mort que toute vie porte en elle, et qui, dans le cas de l&rsquo;homo europaeus, s&rsquo;est manifest\u00e9e avec une intensit\u00e9 et une clart\u00e9 exemplaires tout au long du si\u00e8cle dernier. Des tranch\u00e9es de la Grande Guerre aux vastes rivages de l&rsquo;\u00e9migration massive, en passant par les totalitarismes et les camps d&rsquo;extermination, l&rsquo;Europ\u00e9en a d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 maintes reprises que sa volont\u00e9 de vivre est plus faible que sa volont\u00e9 de mourir, que son d\u00e9sir de s&rsquo;affirmer est moins puissant que son d\u00e9sir de se dissoudre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et le Capital, cette forme supr\u00eame de la civilisation d\u00e9cadente, a su tirer parti de cette pulsion autodestructrice, en la canalisant vers des formes qui perp\u00e9tuent sa domination et emp\u00eachent toute v\u00e9ritable renaissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Spengler, en annon\u00e7ant la d\u00e9cadence de l&rsquo;Occident, ne faisait que d\u00e9crire le cadre objectif dans lequel ce masochisme collectif d\u00e9ploie ses effets; et Spielrein, en identifiant la destruction comme cause du devenir, nous donnait la cl\u00e9 biologique pour comprendre pourquoi l&rsquo;\u00eatre humain, et en particulier l&rsquo;Europ\u00e9en de notre temps, semble si enclin \u00e0 chercher dans son propre an\u00e9antissement la forme la plus \u00e9lev\u00e9e de son plaisir. Nous ne savons pas si cette pulsion peut \u00eatre invers\u00e9e ou si, au contraire, nous assistons aux derniers soubresauts d&rsquo;une culture qui a d\u00e9j\u00e0 accompli son cycle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce que nous savons, c&rsquo;est que tant que l&rsquo;Europ\u00e9en continuera \u00e0 d\u00e9sirer sa propre dissolution, aucun politicien, aucun parti, aucune id\u00e9ologie ne pourra le sauver de lui-m\u00eame. Car le salut, s&rsquo;il est encore possible, ne viendra pas de l&rsquo;ext\u00e9rieur, mais d&rsquo;un regain de cette volont\u00e9 de vivre que le masochisme a r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9touffer, et qui ne pourra rena&icirc;tre que si l&rsquo;homo europaeus recommence \u00e0 croire en sa propre histoire, en sa propre identit\u00e9, en son propre avenir. Et cette croyance, \u00e0 ce stade du cr\u00e9puscule, semble \u00eatre la plus improbable de toutes les utopies.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>A. Moncada<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&bull;&nbsp;En miroir de notre &eacute;poque, <strong>les &eacute;chos de la d&eacute;cadence<\/strong>. &bull;&nbsp;Depuis le d&eacute;but du XX&egrave;me si&egrave;cle et l&rsquo;identification par Sabina Spielrein, proche de Freud et de Jung, <strong>de la &ldquo;pulsion de mort&rdquo; existant dans l&rsquo;instinct sexuel sous le nom de masochisme<\/strong>. &bull;&nbsp;L&rsquo;auteur de cet essai, A. Moncada, estime que ce caract&egrave;re psychologique a conduit l&rsquo;Europe et l&rsquo;<em> homo europeus<\/em> vers <strong>la d&eacute;cadence et l&rsquo;autodestruction telles qu&rsquo;on les observe &nbsp;aujourd&rsquo;hui<\/strong>. &bull;&nbsp;Arnold Spengler et son &#39;<em>D&eacute;clin de l&#39;Occident<\/em>&#39; sont cit&eacute;s en r&eacute;f&eacute;rence comme proph&eacute;tique et visionnaire.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[831,2631,5185,22520,22518,2650,3033,12989,4351,22519],"class_list":["post-81994","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-a","tag-de","tag-decadence","tag-masochisme","tag-moncada","tag-mort","tag-psychanalyse","tag-pulsion","tag-spengler","tag-spielrein"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81994","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81994"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81994\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81994"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81994"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81994"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}