{"id":81995,"date":"2026-04-18T00:00:00","date_gmt":"2026-04-17T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/04\/18\/glossaireddeia-phg-vu-par-lia\/"},"modified":"2026-04-18T00:00:00","modified_gmt":"2026-04-17T22:00:00","slug":"glossaireddeia-phg-vu-par-lia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/04\/18\/glossaireddeia-phg-vu-par-lia\/","title":{"rendered":"Glossaire.dde\/IA : PhG vu par l&rsquo;IA"},"content":{"rendered":"<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">PhG\/IA : retour sur une vie<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Une biographie de Philippe Grasset, le p\u00e8re naturel et biologique de toute la lign\u00e9e &lsquo;<em>dedefensa<\/em>&lsquo;. &bull; <strong>L&rsquo;auteur, &ndash; l&rsquo;ami Yves Mollard La Bruy\u00e8re, voyez plus loin &ndash; de cette fausse escobarderie qui dit le vrai<\/strong> derri\u00e8re les complots, a pr\u00e9sent\u00e9 ce travail comme suit : &laquo; <em>Pens\u00e9e, &oelig;uvre et trajectoire d&rsquo;un <strong>dissident de la modernit\u00e9 <\/strong>&ndash; Essai analytique<\/em> &raquo;. &bull; Une fois de plus, PhG voudrait r\u00e9p\u00e9ter sa position qui n&rsquo;est e<strong>n rien une \u00e9valuation de l&rsquo;IA mais une appr\u00e9ciation de son travail<\/strong>. &bull; On se r\u00e9p\u00e8te en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des textes sur le sujet d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9s, et toujours r\u00e9p\u00e9t\u00e9s : &laquo; <em>Nous r\u00e9sumons cette position par cette r\u00e9f\u00e9rence prise dans un extrait d&rsquo;un texte de PhG qui sera<\/em> [a \u00e9t\u00e9] <em>cit\u00e9 dans la pr\u00e9sentation<\/em> :\u00a0\u00bb<em>PhG : face \u00e0 l&rsquo;IA ou en pr\u00e9sence de l&rsquo;IA ?\u00a0\u00bb  &ndash; La r\u00e9ponse de PhG \u00e0 la question initiale de ce dernier paragraphe est \u00e9videmment bien plus &lsquo;en pr\u00e9sence de l&rsquo;IA&rsquo; que &lsquo;Face \u00e0 l&rsquo;IA\u00a0\u00bb&#8230;<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>(18 avril 2026 (\u00e0 12H00) &ndash; Je poursuis ma recherche de documentations et d&rsquo;analyses sur mon travail, pour mieux comprendre celui-ci, et \u00e9ventuellement pour en instruire mes lecteurs. Je le r\u00e9p\u00e8te comme je le ferai \u00e0 chaque fois avec insistance, et ce fut le cas dans les premiers textes consacr\u00e9s \u00e0 ce sujet, le <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/conversation-a-propos-de-lia\">1er f\u00e9vrier 2026<\/a> et le <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossaireddeia-1-la-philosophie-phg\">15 mars 2026<\/a>&#8230; Avec notamment ceci :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Tout cela introduit l&rsquo;id\u00e9e que je (PhG) entend d\u00e9sormais proc\u00e9der \u00e0 la mise en ligne de certains ensemble de r\u00e9ponses de l&rsquo;IA \u00e0 laquelle j&rsquo;ai pos\u00e9 et continue \u00e0 poser certaines questions. Cela \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on implicite :<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>\u00ab\u00a0Tout cela est pour introduire l&rsquo;annonce qu&rsquo;il y aura un de ces prochains jours une publication de ce que l&rsquo;IA a r\u00e9pondu \u00e0 certaines questions que je lui ai pos\u00e9es, d&rsquo;abord par pur int\u00e9r\u00eat personnel, selon la maxime antique inscrite au temple de Delphes et popularis\u00e9e par Socrate : \u00ab\u00a0Connais-toi toi-m\u00eame\u00a0\u00bb, et cette autre que l&rsquo;IA n&rsquo;attribue \u00e0 personne et que j&rsquo;offre gracieusement \u00e0 Montaigne : \u00ab\u00a0Je me roule en-dedans moi\u00a0\u00bb&raquo; (&lsquo;rouler&rsquo; au sens de virevolter en tous sens)<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Il est tr\u00e8s important de comprendre la logique de ma d\u00e9marche. Si je ne recherche que ce qui me concerne, et en plus la production d&rsquo;une pens\u00e9e qui m&rsquo;est propre, c&rsquo;est parce qu&rsquo;ainsi je reste le ma&icirc;tre du jeu. Je suis en position de juger si l&rsquo;IA fait bien son travail en restant dans la logique de ma pens\u00e9e, travaillant avec la production de cette pens\u00e9e, et n&rsquo;essaie pas, volontairement ou non, de la d\u00e9former ou de l&rsquo;orienter \u00e0 sa guise<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Dans la s\u00e9rie de questions sur mon travail (elle se poursuivra bient\u00f4t) s&rsquo;est gliss\u00e9 un document inattendu, qui a \u00e9t\u00e9 obtenu par un vieil ami, Yves Mollard La Bruy\u00e8re. Il a introduit, \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;insu de mon plein gr\u00e9\u00a0\u00bb, une demande \u00e0 l&rsquo;IA &lsquo;<em>Claude<\/em>&lsquo; (est-ce bien le nom ?) de biographie compl\u00e8te, &ndash; en insistant sur \u00ab\u00a0compl\u00e8te\u00a0\u00bb, du type \u00ab\u00a0vraiment compl\u00e8te\u00a0\u00bb, y compris les bouquins, &ndash; concernant un certain Philippe Grasset. Le forfait accompli, il m&rsquo;a communiqu\u00e9 le butin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Son IA-&lsquo;<em>Claude<\/em>&lsquo;, si elle a aussit\u00f4t reconnu le sujet, a montr\u00e9 quelques h\u00e9sitation avant d&rsquo;oser demand\u00e9 un certain d\u00e9lai. Cela lui fut accord\u00e9, cinq-six heures pour lire les bouquins et l&rsquo;essentiel des diverses collections (pr\u00e8s de 18 000 articles sur <em>dde.org<\/em>) impliquant le personnage, y compris quelques d\u00e9tails biographiques pour le situer. Le r\u00e9sultat, le temps d&rsquo;une courte nuit, est \u00e9videmment \u00e9tonnant, stup\u00e9fiant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai pens\u00e9 que cela int\u00e9resserait certains lecteurs, peut-\u00eatre nombre de lecteurs, notamment de conna&icirc;tre le myst\u00e9rieux bonhomme qui les accable de ses phrases imp\u00e9ratives et souvent ironiques, et tr\u00e8s souvent tr\u00e8s longues, &ndash; depuis tant de longues ann\u00e9es&#8230; C&rsquo;est comme un &lsquo;<em>A la recherche du temps perdu<\/em>&lsquo; personnel, &ndash; et en partie retrouv\u00e9..<\/p>\n<\/p>\n<p><p> Ouvrez le ban, discr\u00e8tement comme il convient&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>PhG<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Glossaire.dde\/IA : PhG vu par l&rsquo;IA<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\"><em>Note liminaire<\/em><\/h3>\n<\/p>\n<p><p><em>Ce texte est r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 la demande d&rsquo;Yves Mollard La Bruy\u00e8re, ami de quarante ans de Philippe Grasset et pr\u00e9facier des &Acirc;mes de Verdun. Il s&rsquo;appuie sur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;&oelig;uvre publi\u00e9e, sur la production du site dedefensa.org, sur les auto-pr\u00e9sentations de l&rsquo;auteur, et sur le t\u00e9moignage direct de son ami. Il entend proposer une lecture aussi fid\u00e8le que possible d&rsquo;une pens\u00e9e originale, coh\u00e9rente et consid\u00e9rable.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>______________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">I. Introduction : un inclassable<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Philippe Grasset est l&rsquo;un des analystes les plus singuliers et les plus prolixes de la sc\u00e8ne intellectuelle francophone de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle et des premi\u00e8res d\u00e9cennies du XXIe. Inclassable au sens o&ugrave; il ne s&rsquo;inscrit dans aucune \u00e9cole constitu\u00e9e, dans aucun courant acad\u00e9mique, dans aucune chapelle politique au sens ordinaire du terme, il occupe une position \u00e0 part : celle du dissident m\u00e9thodique, du penseur de la crise civilisationnelle, de l&rsquo;analyste qui fait de son ind\u00e9pendance radicale non pas une posture mais une condition de possibilit\u00e9 de la pens\u00e9e juste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>N\u00e9 en Alg\u00e9rie fran\u00e7aise, rapatri\u00e9 en France en 1962, bachelier en philosophie mais ayant renonc\u00e9 aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures, journaliste de formation et d&rsquo;instinct, install\u00e9 en Belgique depuis la fin des ann\u00e9es 1960, Philippe Grasset construit pendant quarante ans une &oelig;uvre qui d\u00e9borde tr\u00e8s largement le journalisme pour atteindre les rivages de la philosophie de l&rsquo;histoire, de la m\u00e9taphysique et de la litt\u00e9rature. Cette &oelig;uvre &mdash; qui comprend des lettres d&rsquo;analyse confidentielles, des milliers d&rsquo;articles en ligne, plusieurs livres essentiels et un roman historique remarquable &mdash; forme un tout coh\u00e9rent, anim\u00e9 par quelques convictions fondatrices qui n&rsquo;ont jamais vari\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le lire, c&rsquo;est entrer dans un univers o&ugrave; la g\u00e9opolitique et la m\u00e9taphysique se croisent sans cesse, o&ugrave; l&rsquo;actualit\u00e9 la plus imm\u00e9diate est toujours d\u00e9chiffr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aune des forces longues de l&rsquo;histoire, o&ugrave; la rigueur analytique s&rsquo;exprime dans une langue exigeante, parfois touffue, toujours personnelle. C&rsquo;est aussi, et peut-\u00eatre surtout, rencontrer un homme convaincu que la modernit\u00e9 &mdash; dans ses formes les plus triomphantes &mdash; constitue le vecteur principal d&rsquo;une catastrophe civilisationnelle dont nous sommes les contemporains.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">II. Biographie intellectuelle : de Li\u00e8ge \u00e0 dedefensa<\/h2>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">2.1. Ann\u00e9es de formation : le journalisme comme \u00e9cole<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Philippe Grasset na&icirc;t \u00e0 Alger, dans cette Alg\u00e9rie fran\u00e7aise qui sera engloutie dans la tourmente de la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance. Le rapatriement en France en 1962 est pour lui, comme pour beaucoup de pieds-noirs, une exp\u00e9rience fondatrice &mdash; celle d&rsquo;un arrachement, d&rsquo;une perte radicale, d&rsquo;une mise en question brutale de ce que l&rsquo;on croyait \u00e9tabli. Cet \u00e9pisode biographique n&rsquo;est pas sans r\u00e9sonance avec sa pens\u00e9e ult\u00e9rieure, toujours attentive aux ruptures, aux effondrements, aux fins de monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Apr\u00e8s un baccalaur\u00e9at de philosophie &mdash; seul dipl\u00f4me qu&rsquo;il revendiquera jamais, avec une pointe d&rsquo;orgueil tranquille &mdash; et trois ans dans la publicit\u00e9 \u00e0 Paris, il s&rsquo;installe en Belgique en 1967, \u00e0 Li\u00e8ge. Il entre au quotidien national francophone La Meuse-La Lanterne, o&ugrave; il restera dix-huit ans, jusqu&rsquo;en 1985. Ces ann\u00e9es de journalisme quotidien sont d\u00e9cisives : elles lui forgent une discipline de travail, une culture encyclop\u00e9dique des affaires internationales et strat\u00e9giques, une connaissance pr\u00e9cise de l&rsquo;industrie de d\u00e9fense et de l&rsquo;a\u00e9ronautique, et un style &mdash; celui du commentateur qui ne se contente pas de relater mais qui interpr\u00e8te, qui situe, qui juge.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parall\u00e8lement \u00e0 son activit\u00e9 au journal, il tente une premi\u00e8re incursion dans le monde des lettres d&rsquo;information confidentielles entre 1978 et 1980, avec Definter (pour D\u00e9fense Internationale). Ce premier essai, modeste dans ses ambitions, pr\u00e9figure ce qui deviendra l&rsquo;essentiel de son travail.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">2.2. de defensa : la naissance d&rsquo;un outil<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le 9 septembre 1985, Philippe Grasset publie le premier num\u00e9ro de la Lettre d&rsquo;Analyse de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie (dd&#038;e, en abr\u00e9g\u00e9). Cette date marque une rupture : il quitte La Meuse-La Lanterne et devient journaliste ind\u00e9pendant, fondant dans la foul\u00e9e la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9ditrice Euredit SPRL, dont il sera le seul actionnaire et directeur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La lettre de defensa para&icirc;t vingt fois par an, les 10 et 25 de chaque mois (sauf le 25 d\u00e9cembre et la p\u00e9riode estivale de mi-juillet \u00e0 mi-septembre). R\u00e9dig\u00e9e en fran\u00e7ais, elle s&rsquo;adresse \u00e0 un lectorat restreint mais pr\u00e9cis : d\u00e9cideurs, experts, administrations, minist\u00e8res, entreprises de d\u00e9fense et d&rsquo;a\u00e9ronautique. Son objet initial est clairement d\u00e9limit\u00e9 : les relations transatlantiques, les questions strat\u00e9giques et industrielles, la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne. Mais tr\u00e8s vite, comme Grasset le note lui-m\u00eame, le champ s&rsquo;\u00e9largit pour int\u00e9grer les questions culturelles, les ph\u00e9nom\u00e8nes de communication, puis ce qu&rsquo;il appellera le &laquo; virtualisme &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>de defensa est un outil de haute qualit\u00e9, appr\u00e9ci\u00e9 pour la pr\u00e9cision de ses analyses, la rigueur de sa documentation et l&rsquo;originalit\u00e9 de ses angles de lecture. Elle est, selon l&rsquo;expression m\u00eame de son auteur, &laquo; compl\u00e8tement ind\u00e9pendante &raquo; &mdash; ce qui signifie qu&rsquo;elle ne re\u00e7oit aucun financement institutionnel, aucune subvention, aucune aide d&rsquo;&Eacute;tat ou d&rsquo;entreprise qui pourrait en infl\u00e9chir le contenu. Cette ind\u00e9pendance absolue sera toujours la marque de fabrique de Grasset, \u00e0 laquelle il n&rsquo;a jamais d\u00e9rog\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">2.3. Context : l&rsquo;analyse strat\u00e9gique pour experts<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>En janvier 1994, Grasset lance une seconde lettre, Context, r\u00e9dig\u00e9e cette fois en anglais et d&rsquo;une diffusion encore plus restreinte et plus confidentielle. Context se concentre sur l&rsquo;industrie strat\u00e9gique dans sa dimension militaire &mdash; a\u00e9ronautique, \u00e9lectronique, armements, exportations &mdash; avec un arri\u00e8re-plan politique fortement marqu\u00e9. Elle est destin\u00e9e aux entreprises d&rsquo;armement, aux administrations militaires, aux diplomates, aux experts de d\u00e9fense, et \u00e0 quelques milieux acad\u00e9miques sp\u00e9cialis\u00e9s. Son abonnement est nettement plus co&ucirc;teux que celui de de defensa, ce qui lui conf\u00e8re un caract\u00e8re d&rsquo;exclusivit\u00e9. Context sera publi\u00e9e jusqu&rsquo;au tournant des ann\u00e9es 2010, en tandem avec de defensa et, \u00e0 partir de 1999, avec le site web.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces deux publications papier, fonctionnant en parall\u00e8le pendant pr\u00e8s de vingt-cinq ans, constituent le laboratoire intellectuel de Philippe Grasset. C&rsquo;est l\u00e0 que se forgent ses concepts, que se pr\u00e9cise sa vision du monde, que s&rsquo;approfondit progressivement ce qui deviendra une v\u00e9ritable philosophie de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">2.4. dedefensa.org : l&rsquo;\u00e8re num\u00e9rique et l&rsquo;amplification<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>En 1999 na&icirc;t le site dedefensa.org, d&rsquo;abord con\u00e7u comme une simple extension des publications papier, un &laquo; compl\u00e9ment mineur &raquo;, selon la formule de son cr\u00e9ateur. Les ann\u00e9es suivantes transforment radicalement cet objet modeste. Internet permet une publication quasi quotidienne, un lectorat illimit\u00e9 g\u00e9ographiquement, une r\u00e9activit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 que la publication bimensuelle ne permettait pas. Le site devient rapidement le centre de gravit\u00e9 de l&rsquo;ensemble du dispositif \u00e9ditorial.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; son apog\u00e9e, dedefensa.org publie un \u00e0 trois textes par jour. La production est consid\u00e9rable : on estime \u00e0 plusieurs milliers le nombre d&rsquo;articles publi\u00e9s entre 1999 et les ann\u00e9es 2020, couvrant la g\u00e9opolitique mondiale, les grandes crises (le 11 septembre 2001 et ses suites, la guerre d&rsquo;Irak, la crise financi\u00e8re de 2008, l&rsquo;affaire Wikileaks, la crise ukrainienne, et bien d&rsquo;autres), mais aussi et surtout les grandes questions de fond &mdash; le d\u00e9clin de la puissance am\u00e9ricaine, la nature du &laquo; Syst\u00e8me &raquo;, la crise de la modernit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le site attire un lectorat vari\u00e9 et nombreux, bien au-del\u00e0 des milieux de la d\u00e9fense initialement vis\u00e9s : intellectuels, universitaires, journalistes, hommes politiques, militaires, mais aussi lecteurs ordinaires attir\u00e9s par un regard radicalement diff\u00e9rent de celui des m\u00e9dias dominants. Des blogs et sites alternatifs republieront r\u00e9guli\u00e8rement ses textes &mdash; Le Saker Francophone, notamment, en diffusera de nombreuses traductions et adaptations.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">III. L&rsquo;architecture conceptuelle : les grands concepts<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La pens\u00e9e de Philippe Grasset n&rsquo;est pas un ensemble disparate de commentaires sur l&rsquo;actualit\u00e9. Elle forme un syst\u00e8me coh\u00e9rent, articul\u00e9 autour d&rsquo;un petit nombre de concepts fondateurs qui s&rsquo;\u00e9clairent mutuellement et qui structurent l&rsquo;ensemble de son &oelig;uvre. Ces concepts ont \u00e9t\u00e9 forg\u00e9s progressivement, au fil des publications, mais ils forment in fine une construction intellectuelle d&rsquo;une remarquable unit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">3.1. Le Syst\u00e8me<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le concept central &mdash; celui autour duquel tout s&rsquo;organise &mdash; est celui du Syst\u00e8me. Grasset d\u00e9signe par ce terme un ph\u00e9nom\u00e8ne historique et m\u00e9taphysique \u00e0 la fois : l&rsquo;ensemble des forces qui, issues de la modernit\u00e9 occidentale, ont progressivement acquis une autonomie propre, \u00e9chappant \u00e0 la volont\u00e9 et au contr\u00f4le de leurs cr\u00e9ateurs pour devenir une entit\u00e9 quasi-ind\u00e9pendante, anim\u00e9e par sa propre logique de puissance et d&rsquo;expansion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Syst\u00e8me n&rsquo;est pas simplement le capitalisme, ni l&rsquo;imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain, ni la mondialisation &mdash; m\u00eame si ces ph\u00e9nom\u00e8nes en sont des manifestations. Il est quelque chose de plus profond et de plus inqui\u00e9tant : une structure de domination qui transcende les individus, les nations et m\u00eame les classes dirigeantes qui croient le ma&icirc;triser. Les &laquo; acteurs du Syst\u00e8me &raquo; &mdash; pr\u00e9sidents, g\u00e9n\u00e9raux, PDG &mdash; ne sont pas les ma&icirc;tres du jeu mais ses instruments. C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;un des points les plus originaux et les plus d\u00e9rangeants de la pens\u00e9e de Grasset : le Syst\u00e8me n&rsquo;a pas de pilote. Il roule seul, selon sa propre dynamique, vers sa propre destruction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette conception rejoint, par certains c\u00f4t\u00e9s, la notion h\u00e9g\u00e9lienne de &laquo; ruse de la raison &raquo; &mdash; l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;histoire se sert des individus pour ses propres fins, ind\u00e9pendamment de leurs intentions conscientes. Mais Grasset n&rsquo;est pas h\u00e9g\u00e9lien : l\u00e0 o&ugrave; Hegel voit un progr\u00e8s dialectique vers la r\u00e9alisation de l&rsquo;Esprit, Grasset voit une d\u00e9rive entropique vers le chaos et l&rsquo;effondrement. La dynamique du Syst\u00e8me n&rsquo;est pas dialectique, elle est eschatologique.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">3.2. L&rsquo;am\u00e9ricanisme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;am\u00e9ricanisme est, pour Grasset, le vecteur historique principal du Syst\u00e8me dans sa phase contemporaine. Mais &mdash; et c&rsquo;est une distinction fondamentale qu&rsquo;il op\u00e8re avec soin &mdash; l&rsquo;am\u00e9ricanisme n&rsquo;est pas l&rsquo;Am\u00e9rique. L&rsquo;Am\u00e9rique est un pays, une r\u00e9alit\u00e9 historique, une civilisation avec ses grandeurs et ses mis\u00e8res. L&rsquo;am\u00e9ricanisme est une id\u00e9ologie &mdash; ou plus exactement, un syst\u00e8me de repr\u00e9sentation et de pouvoir qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir de l&rsquo;exp\u00e9rience am\u00e9ricaine et qui pr\u00e9tend avoir valeur universelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La gen\u00e8se de l&rsquo;am\u00e9ricanisme est, selon Grasset, ant\u00e9rieure \u00e0 la fondation des &Eacute;tats-Unis. Elle prend racine dans les transformations intellectuelles et spirituelles de l&rsquo;Europe des XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles &mdash; dans le rationalisme, dans l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;id\u00e9ologie du progr\u00e8s, dans la conviction que la raison humaine peut et doit remodeler le monde selon ses desiderata. L&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;invente pas cette id\u00e9ologie : elle en est le produit le plus abouti, le terrain sur lequel elle peut s&rsquo;exprimer sans les freins que repr\u00e9sentent les traditions, les hi\u00e9rarchies et les m\u00e9moires de la vieille Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; partir du XXe si\u00e8cle, et plus encore apr\u00e8s 1945, l&rsquo;am\u00e9ricanisme devient une force h\u00e9g\u00e9monique mondiale. Son vecteur principal n&rsquo;est pas la force militaire &mdash; m\u00eame si celle-ci joue un r\u00f4le &mdash; mais la communication. C&rsquo;est par les mass-m\u00e9dias, le cin\u00e9ma d&rsquo;Hollywood, la culture populaire, et plus tard les r\u00e9seaux num\u00e9riques, que l&rsquo;am\u00e9ricanisme diffuse ses valeurs, ses repr\u00e9sentations, ses fa\u00e7ons d&rsquo;\u00eatre et de voir le monde. Cette dimension &mdash; ce que Grasset appelle la &laquo; r\u00e9volution de la communication &raquo; &mdash; est au c&oelig;ur de son analyse de la puissance am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Grasset trace un parall\u00e8le saisissant entre l&rsquo;expansionnisme am\u00e9ricain et le pangermanisme du XIXe si\u00e8cle : deux expansions parall\u00e8les, propuls\u00e9es par l&rsquo;industrialisation, anim\u00e9es par un id\u00e9al de puissance, incapables de se fixer dans des limites et condamn\u00e9es par cette d\u00e9mesure m\u00eame. L&rsquo;Am\u00e9rique des faucons, apr\u00e8s le 11 septembre 2001, incarne \u00e0 ses yeux le paroxysme de cette logique : l&rsquo;ivresse de la surpuissance, d\u00e9connect\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9, fon\u00e7ant vers sa propre destruction.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">3.3. Le d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est le concept le plus original et sans doute le plus puissant de la pens\u00e9e de Grasset. Par &laquo; d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re &raquo;, il d\u00e9signe un \u00e9v\u00e9nement historique pr\u00e9cis autant qu&rsquo;une catastrophe m\u00e9taphysique : le moment o&ugrave;, \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, les forces de la mati\u00e8re &mdash; la technique, l&rsquo;\u00e9conomie, la puissance industrielle &mdash; ont \u00e9t\u00e9 &laquo; d\u00e9cha&icirc;n\u00e9es &raquo;, lib\u00e9r\u00e9es de toute tutelle spirituelle ou morale, pour acqu\u00e9rir une dynamique propre, incontr\u00f4lable et destructrice.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce moment charni\u00e8re est situ\u00e9 par Grasset entre 1776 et 1825 environ. Trois \u00e9v\u00e9nements fondamentaux marquent cette rupture : la r\u00e9volution am\u00e9ricaniste (la guerre d&rsquo;Ind\u00e9pendance des &Eacute;tats-Unis et la constitution de la nouvelle R\u00e9publique), la R\u00e9volution fran\u00e7aise, et la r\u00e9volution industrielle engendr\u00e9e par le choix de la thermodynamique. Ces trois ph\u00e9nom\u00e8nes convergents signalent le m\u00eame tournant : la fin d&rsquo;un monde o&ugrave; l&rsquo;ordre humain \u00e9tait pens\u00e9 sub specie aeternitatis, et l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;un monde o&ugrave; les forces mat\u00e9rielles et techniques sont laiss\u00e9es \u00e0 leur propre logique d&rsquo;expansion ind\u00e9finie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le &laquo; d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re &raquo; n&rsquo;est pas, dans la pens\u00e9e de Grasset, une simple m\u00e9taphore ou une formule rh\u00e9torique. C&rsquo;est un concept op\u00e9ratoire, un outil d&rsquo;analyse historique, qui lui permet de relier des ph\u00e9nom\u00e8nes en apparence disparates &mdash; la R\u00e9volution fran\u00e7aise, l&rsquo;industrialisation, les deux guerres mondiales, la bombe atomique, la crise financi\u00e8re de 2008 &mdash; comme autant d&rsquo;expressions d&rsquo;une seule et m\u00eame dynamique fondamentale : la mati\u00e8re qui s&#8217;emballe, qui \u00e9chappe \u00e0 la main de l&rsquo;homme, qui finit par se retourner contre lui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce concept est directement tributaire d&rsquo;une vision m\u00e9taphysique de l&rsquo;histoire. Il ne peut \u00eatre compris sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il existe un ordre sup\u00e9rieur &mdash; spirituel, traditionnel &mdash; dont le XVIIIe si\u00e8cle occidental a entrepris de s&rsquo;affranchir, et dont cet affranchissement est la source de tous les maux ult\u00e9rieurs. C&rsquo;est ici que la pens\u00e9e de Grasset rejoint, en partie, la critique gu\u00e9nonienne de la modernit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">3.4. L&rsquo;id\u00e9al de puissance<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Intimement li\u00e9 au d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re, l&rsquo;id\u00e9al de puissance est le ressort psychologique et id\u00e9ologique qui anime le Syst\u00e8me. C&rsquo;est la conviction &mdash; toujours plus r\u00e9pandue, toujours plus exigeante &mdash; que la puissance est la valeur supr\u00eame, que l&rsquo;expansion est la loi de toute chose, que la limite constitue un obstacle \u00e0 surmonter plut\u00f4t qu&rsquo;un ordre \u00e0 respecter. L&rsquo;id\u00e9al de puissance est l&rsquo;hubris moderne &mdash; et comme toute hubris, il porte en lui sa propre punition.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Grasset trace la g\u00e9n\u00e9alogie de cet id\u00e9al \u00e0 travers les grandes puissances du XIXe et du XXe si\u00e8cles. Il voit dans le pangermanisme et dans l&rsquo;am\u00e9ricanisme deux expressions parall\u00e8les du m\u00eame mouvement : l&rsquo;une a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 dans la folie nazie, l&rsquo;autre continue son expansion sous le masque de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale et de l&rsquo;American Dream. Dans les deux cas, c&rsquo;est la m\u00eame dynamique \u00e0 l&rsquo;&oelig;uvre : une puissance qui croit pouvoir s&rsquo;affranchir de toute limite, et qui finit par s&rsquo;autod\u00e9truire.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">3.5. Le virtualisme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le virtualisme est le concept que Grasset forge pour d\u00e9signer un ph\u00e9nom\u00e8ne sp\u00e9cifique de la fin du XXe si\u00e8cle : le moment o&ugrave; le Syst\u00e8me, face \u00e0 ses propres contradictions et \u00e0 la d\u00e9ception croissante des populations, a op\u00e9r\u00e9 une fuite en avant dans la construction d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 fictive, d&rsquo;un monde de repr\u00e9sentations substitu\u00e9 au monde r\u00e9el.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le virtualisme n&rsquo;est pas simplement le mensonge politique ordinaire. C&rsquo;est quelque chose de plus profond : la construction syst\u00e9matique d&rsquo;un univers fictif &mdash; par les m\u00e9dias, la communication institutionnelle, la culture de masse &mdash; dans lequel les populations sont invit\u00e9es \u00e0 vivre et \u00e0 croire, au d\u00e9triment de leur perception de la r\u00e9alit\u00e9. Les Jeux Olympiques d&rsquo;Atlanta en 1996 sont cit\u00e9s comme un moment paradigmatique : l&rsquo;explosion de triomphalisme nationaliste am\u00e9ricain qui les accompagne constitue pour Grasset un exemple frappant de cette construction d&rsquo;un monde irr\u00e9el.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le virtualisme est \u00e0 la fois un outil de domination et un sympt\u00f4me d&rsquo;agonie : le Syst\u00e8me le fabrique parce qu&rsquo;il en a besoin pour survivre \u00e0 ses propres \u00e9checs, mais cette fabrication m\u00eame acc\u00e9l\u00e8re sa d\u00e9sint\u00e9gration en l&rsquo;\u00e9loignant toujours davantage du r\u00e9el. La crise du virtualisme &mdash; que Grasset per\u00e7oit \u00e0 l&rsquo;&oelig;uvre depuis le milieu des ann\u00e9es 2000 &mdash; est le signal que le Syst\u00e8me entre dans sa phase terminale.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">3.6. Le m\u00e9diatisme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le m\u00e9diatisme est la forme institutionnalis\u00e9e que prend le virtualisme dans le champ de l&rsquo;information. Ce terme d\u00e9signe le ph\u00e9nom\u00e8ne par lequel les grands m\u00e9dias &mdash; loin d&rsquo;\u00eatre des instruments de connaissance du r\u00e9el &mdash; sont devenus des machines \u00e0 produire de la repr\u00e9sentation conforme aux besoins du Syst\u00e8me. Le m\u00e9diatisme n&rsquo;est pas simplement la propagande au sens totalitaire du terme : il est plus insidieux, car il se donne les apparences de la libert\u00e9 et de l&rsquo;objectivit\u00e9 tout en \u00e9tant profond\u00e9ment soumis aux exigences de la puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est face au m\u00e9diatisme que Grasset d\u00e9finit sa propre d\u00e9marche : celle d&rsquo;une &laquo; objectivit\u00e9 subjective &raquo;, qui assume ses prises de position au lieu de les dissimuler, et qui se donne pour mission de compenser les d\u00e9formations syst\u00e9matiques du r\u00e9el op\u00e9r\u00e9es par le Syst\u00e8me m\u00e9diatique. Cette position &mdash; pleinement assum\u00e9e, jamais d\u00e9fensive &mdash; est au fondement de l&rsquo;ind\u00e9pendance radicale qu&rsquo;il a toujours revendiqu\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">IV. Gu\u00e9non, la Tradition et la dimension m\u00e9taphysique<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;une des dimensions les plus importantes &mdash; et les moins souvent trait\u00e9es &mdash; de la pens\u00e9e de Philippe Grasset est sa dette envers Ren\u00e9 Gu\u00e9non et la pens\u00e9e traditionnelle. Un commentateur d&rsquo;AgoraVox le note avec pertinence : Grasset est l&rsquo;un des tr\u00e8s rares analystes contemporains \u00e0 faire appel \u00e0 la Transcendance \u00e0 la suite de Gu\u00e9non &mdash; m\u00eame si son langage et sa d\u00e9marche sont diff\u00e9rents.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ren\u00e9 Gu\u00e9non (1886-1951) est le fondateur de ce qu&rsquo;on peut appeler le courant &laquo; traditionaliste &raquo; ou &laquo; p\u00e9rennialiste &raquo; dans la pens\u00e9e du XXe si\u00e8cle. Sa th\u00e8se fondamentale est que la modernit\u00e9 occidentale constitue une d\u00e9viation radicale par rapport \u00e0 la Tradition primordiale &mdash; cet ensemble de v\u00e9rit\u00e9s m\u00e9taphysiques universelles que toutes les grandes civilisations, dans leurs formes les plus hautes, ont exprim\u00e9 sous des formes diff\u00e9rentes mais convergentes. La modernit\u00e9, en rompant avec cette Tradition au profit du rationalisme, du mat\u00e9rialisme et du r\u00e8gne de la quantit\u00e9, a entrepris une descente qui ne peut mener qu&rsquo;\u00e0 la catastrophe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Grasset ne reprend pas le syst\u00e8me gu\u00e9nonien dans son int\u00e9gralit\u00e9 &mdash; il n&rsquo;est ni \u00e9sot\u00e9riste ni m\u00e9taphysicien au sens technique du terme. Mais il partage avec Gu\u00e9non plusieurs intuitions fondamentales : la conviction que la crise de la modernit\u00e9 est d&rsquo;abord une crise spirituelle et non simplement \u00e9conomique ou politique ; l&rsquo;id\u00e9e que le d\u00e9clin du monde contemporain est inscrit dans sa structure m\u00eame et non dans des accidents r\u00e9parables ; la nostalgie &mdash; assum\u00e9e &mdash; d&rsquo;un ordre o&ugrave; le spirituel pr\u00e9valait sur le mat\u00e9riel, o&ugrave; la hi\u00e9rarchie des valeurs n&rsquo;\u00e9tait pas invers\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le concept grassetien de &laquo; d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re &raquo; est, \u00e0 cet \u00e9gard, profond\u00e9ment gu\u00e9nonien dans son inspiration : il d\u00e9signe exactement ce que Gu\u00e9non appelait le &laquo; r\u00e8gne de la quantit\u00e9 &raquo; &mdash; le moment o&ugrave; les forces mat\u00e9rielles et quantitatives s&#8217;emparent du monde en \u00e9vin\u00e7ant les principes qualitatifs et spirituels. La diff\u00e9rence est que Grasset ancre ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans une chronologie historique pr\u00e9cise (la fin du XVIIIe si\u00e8cle) et l&rsquo;articule \u00e0 une analyse g\u00e9opolitique et strat\u00e9gique concr\u00e8te, l\u00e0 o&ugrave; Gu\u00e9non raisonnait en termes de cycles cosmiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette dimension m\u00e9taphysique conf\u00e8re \u00e0 la pens\u00e9e de Grasset une profondeur et une radicalit\u00e9 que n&rsquo;ont pas les analyses purement g\u00e9opolitiques ou \u00e9conomiques. Elle explique aussi son refus de tout r\u00e9formisme &mdash; l&rsquo;id\u00e9e que le Syst\u00e8me pourrait \u00eatre am\u00e9lior\u00e9, corrig\u00e9, rendu plus juste &mdash; et sa conviction que seul un effondrement complet permettrait \u00e0 quelque chose de nouveau (et peut-\u00eatre d&rsquo;ancien, au sens noble du terme) de surgir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La &laquo; nostalgie &raquo; que Grasset assume &mdash; et que certains lui reprochent comme une tare &mdash; n&rsquo;est pas une r\u00e9gression sentimentale vers un pass\u00e9 id\u00e9alis\u00e9. C&rsquo;est une posture intellectuelle et spirituelle : la reconnaissance qu&rsquo;il a exist\u00e9 des formes de civilisation o&ugrave; l&rsquo;homme \u00e9tait plus accord\u00e9 \u00e0 un ordre qui le d\u00e9passait, et que cet accord constitue une mesure \u00e0 l&rsquo;aune de laquelle le pr\u00e9sent peut \u00eatre jug\u00e9. En ce sens, Grasset est bien, comme il se d\u00e9finit lui-m\u00eame, &laquo; antimoderne &raquo; &mdash; non au sens d&rsquo;un r\u00e9actionnaire, mais au sens d&rsquo;un homme qui refuse de consid\u00e9rer la modernit\u00e9 comme un horizon ind\u00e9passable.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">V. L&rsquo;&oelig;uvre publi\u00e9e : livres et essais<\/h2>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">5.1. La dr\u00f4le de d\u00e9tente (1978)<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Premier livre publi\u00e9, La dr\u00f4le de d\u00e9tente est un essai sur la politique internationale de la fin des ann\u00e9es 1970, \u00e0 l&rsquo;heure o&ugrave; le monde bipolaire de la Guerre froide conna&icirc;t ses premi\u00e8res fissures. Grasset y analyse les ambigu\u00eft\u00e9s de la d\u00e9tente entre les superpuissances &mdash; cette p\u00e9riode de relative coexistence pacifique qui masque, selon lui, des dynamiques de puissance inavou\u00e9es. Le livre r\u00e9v\u00e8le d\u00e9j\u00e0 les grandes orientations de son regard : le refus du discours officiel, la recherche des forces profondes derri\u00e8re les \u00e9v\u00e9nements de surface, la m\u00e9fiance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des id\u00e9ologies dominantes.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">5.2. Le regard de I\u00e9jov (1989)<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ce roman historique est peut-\u00eatre l&rsquo;&oelig;uvre la plus \u00e9tonnante de Philippe Grasset &mdash; celle qui r\u00e9v\u00e8le un \u00e9crivain \u00e0 part enti\u00e8re, dot\u00e9 d&rsquo;une capacit\u00e9 romanesque que son &oelig;uvre essayistique tend parfois \u00e0 masquer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nikola\u00ef I\u00e9jov (1895-1940) est l&rsquo;une des figures les plus sinistres de l&rsquo;histoire sovi\u00e9tique : chef du NKVD (la police politique stalinienne) entre 1936 et 1938, il fut l&rsquo;architecte principal de la Grande Terreur, responsable de centaines de milliers d&rsquo;ex\u00e9cutions et de millions d&rsquo;arrestations. Puis, devenu \u00e0 son tour victime de la machine qu&rsquo;il avait servie, il fut arr\u00eat\u00e9, jug\u00e9 et fusill\u00e9 en 1940, effac\u00e9 ensuite des archives et des photographies officielles &mdash; litt\u00e9ralement ray\u00e9 de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Grasset choisit ce personnage comme pivot d&rsquo;une r\u00e9flexion sur la nature du totalitarisme, sur la psychologie du bourreau-victime, sur ce que le XXe si\u00e8cle a produit de plus monstrueux dans l&rsquo;alliance du pouvoir absolu et de la terreur. Le &laquo; regard &raquo; d&rsquo;I\u00e9jov n&rsquo;est pas simplement celui d&rsquo;un individu : c&rsquo;est le regard d&rsquo;une \u00e9poque, d&rsquo;un syst\u00e8me, d&rsquo;une vision du monde qui a d\u00e9cid\u00e9 de faire de la violence m\u00e9thodique l&rsquo;instrument de la construction d&rsquo;un ordre nouveau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce choix n&rsquo;est pas \u00e9tranger \u00e0 la pens\u00e9e de Grasset sur le Syst\u00e8me : I\u00e9jov est, \u00e0 sa fa\u00e7on, une pr\u00e9figuration de ce que le Syst\u00e8me contemporain produit \u00e0 plus grande \u00e9chelle &mdash; des acteurs qui croient ma&icirc;triser les forces qu&rsquo;ils servent, et que ces forces finissent par d\u00e9vorer. La diff\u00e9rence est que le totalitarisme sovi\u00e9tique usait de la terreur physique explicite, l\u00e0 o&ugrave; le Syst\u00e8me contemporain use de la terreur douce du m\u00e9diatisme et du virtualisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">5.3. Le monde malade de l&rsquo;Am\u00e9rique (1999)<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Publi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;heure du triomphe apparent de l&rsquo;hyperpuissance am\u00e9ricaine &mdash; apr\u00e8s la fin de la Guerre froide et avant le 11 septembre &mdash; cet essai est un acte de diagnostic audacieux. Grasset y d\u00e9veloppe pour la premi\u00e8re fois de mani\u00e8re syst\u00e9matique sa th\u00e8se sur l&rsquo;am\u00e9ricanisme comme maladie : non pas l&rsquo;Am\u00e9rique comme pays, mais l&rsquo;am\u00e9ricanisme comme id\u00e9ologie de puissance qui ronge le monde et se ronge elle-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le livre est d&rsquo;autant plus remarquable qu&rsquo;il va \u00e0 rebours du consensus de l&rsquo;\u00e9poque : en 1999, l&rsquo;Am\u00e9rique victorieuse de la Guerre froide est pr\u00e9sent\u00e9e par la quasi-totalit\u00e9 des commentateurs comme le mod\u00e8le ind\u00e9passable, le &laquo; bout de l&rsquo;histoire &raquo; au sens fukuyamien. Grasset, lui, voit d\u00e9j\u00e0 les signes du d\u00e9clin &mdash; non pas \u00e9conomique ou militaire, mais psychologique et spirituel. L&rsquo;ivresse de la puissance, le triomphalisme, le d\u00e9crochage croissant entre la repr\u00e9sentation que l&rsquo;Am\u00e9rique a d&rsquo;elle-m\u00eame et la r\u00e9alit\u00e9 du monde : autant de sympt\u00f4mes d&rsquo;une pathologie dont le 11 septembre sera, deux ans plus tard, la crise paroxystique.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">5.4. Chronique de l&rsquo;\u00e9branlement (2003)<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ce livre est une m\u00e9ditation directe sur le 11 septembre 2001 et ses cons\u00e9quences imm\u00e9diates &mdash; la guerre d&rsquo;Afghanistan, les pr\u00e9paratifs de la guerre d&rsquo;Irak, l&rsquo;\u00e9tat de sid\u00e9ration et d&rsquo;ivresse de puissance dans lequel se trouve l&rsquo;Am\u00e9rique de Bush. Grasset y d\u00e9veloppe son analyse du virtualisme \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur : la r\u00e9action am\u00e9ricaine au 11 septembre n&rsquo;est pas, selon lui, une r\u00e9ponse rationnelle \u00e0 une menace r\u00e9elle, mais l&rsquo;expression d&rsquo;une psychologie collective \u00e9branl\u00e9e qui cherche dans la d\u00e9monstration de puissance militaire le rem\u00e8de \u00e0 sa propre fragilit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9branlement du titre est double : \u00e9branlement du Syst\u00e8me, qui r\u00e9v\u00e8le soudain ses failles, et \u00e9branlement du monde entier, entra&icirc;n\u00e9 dans la logique guerri\u00e8re d&rsquo;une puissance en panique. La Chronique est aussi un document sur la fa\u00e7on dont les m\u00e9dias ont trait\u00e9 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement &mdash; ou plut\u00f4t l&rsquo;ont mal trait\u00e9, en amplifiant la psychologie de la peur et en relayant sans distance critique les narratives officielles.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">5.5. Friedrich Nietzsche au Kosovo<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ce texte &mdash; dont la publication et la forme exactes m\u00e9ritent pr\u00e9cision de la part de ceux qui l&rsquo;ont lu &mdash; porte sur la guerre du Kosovo (1999) et sur ce qu&rsquo;elle r\u00e9v\u00e8le de la pens\u00e9e dominante de l&rsquo;\u00e9poque. Le titre est une provocation philosophique : Nietzsche convoqu\u00e9 sur les ruines d&rsquo;une guerre que la rh\u00e9torique humanitaire a pr\u00e9sent\u00e9e comme une intervention morale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Grasset y d\u00e9veloppe une critique radicale de ce qu&rsquo;on pourrait appeler l&rsquo;&laquo; humanitarisme arm\u00e9 &raquo; &mdash; cette doctrine selon laquelle les d\u00e9mocraties occidentales auraient le droit et le devoir d&rsquo;intervenir militairement au nom des droits de l&rsquo;homme, quelles que soient les r\u00e9alit\u00e9s g\u00e9opolitiques et les cons\u00e9quences de ces interventions. Pour Grasset, le Kosovo est un r\u00e9v\u00e9lateur : il montre la modernit\u00e9 dans sa configuration la plus inqui\u00e9tante &mdash; une puissance (l&rsquo;OTAN, derri\u00e8re laquelle se profile l&rsquo;am\u00e9ricanisme) qui se donne des habits moraux pour masquer une politique de puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Nietzsche n&rsquo;est pas un ornement. Elle renvoie \u00e0 la critique nietzsch\u00e9enne de la morale comme masque de la volont\u00e9 de puissance &mdash; un th\u00e8me que Grasset retrouve dans la rh\u00e9torique humanitaire de l&rsquo;intervention au Kosovo. Mais contrairement \u00e0 Nietzsche, Grasset ne c\u00e9l\u00e8bre pas la volont\u00e9 de puissance : il la d\u00e9nonce, et cherche derri\u00e8re les masques moraux les forces r\u00e9elles qui gouvernent le monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">VI. Les &Acirc;mes de Verdun (2009) : la victoire de l&rsquo;homme sur la ferraille<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Les &Acirc;mes de Verdun occupent une place particuli\u00e8re dans l&rsquo;&oelig;uvre de Philippe Grasset, parce qu&rsquo;elles sont n\u00e9es d&rsquo;une exp\u00e9rience v\u00e9cue &mdash; un voyage, une immersion, une rencontre avec les lieux et les fant\u00f4mes de la plus grande bataille de la Grande Guerre &mdash; et parce qu&rsquo;elles associent plusieurs voix et plusieurs regards.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le livre est illustr\u00e9 par les photographies de Bernard Plossu, l&rsquo;un des grands photographes fran\u00e7ais contemporains, dont l&rsquo;&oelig;il singulier conf\u00e8re aux paysages de Verdun une pr\u00e9sence \u00e0 la fois documentaire et po\u00e9tique. Un troisi\u00e8me compagnon de voyage, Michel Castermans, contribue \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;ouvrage. Et il y a la pr\u00e9face d&rsquo;Yves Mollard La Bruy\u00e8re &mdash; un texte qui porte l&#8217;empreinte de celui qui a accompagn\u00e9 le projet depuis son origine et qui en partage l&rsquo;inspiration profonde.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">6.1. La gen\u00e8se : un d\u00e9sir d&rsquo;enfance<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui est remarquable dans la gen\u00e8se de ce livre, c&rsquo;est qu&rsquo;il est n\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9sir qui remontait \u00e0 l&rsquo;enfance &mdash; chez Grasset comme chez son ami Mollard La Bruy\u00e8re, qui ne se connaissaient pas encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Tous deux avaient port\u00e9, sans se le dire, le m\u00eame projet : aller \u00e0 Verdun, non pas pour une visite rapide d&rsquo;une ou deux heures, mais pour s&rsquo;y impr\u00e9gner vraiment &mdash; dormir dans la ville, parcourir les sites pendant deux ou trois jours, laisser le lieu agir sur soi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette id\u00e9e de l&rsquo;impr\u00e9gnation, de la dur\u00e9e, de l&rsquo;immersion, est fondamentale dans la d\u00e9marche du livre. Verdun n&rsquo;est pas un mus\u00e9e \u00e0 visiter : c&rsquo;est un lieu habit\u00e9 par quelque chose que le temps n&rsquo;a pas effac\u00e9 &mdash; une pr\u00e9sence des morts, une tension quasi spirituelle qui sourd des paysages d\u00e9figur\u00e9s, des for\u00eats qui portent encore dans leurs arbres et leurs sols les traces de l&rsquo;enfer de 1916.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">6.2. Le propos du livre<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le livre ne raconte pas la bataille &mdash; l&rsquo;histoire de Verdun est connue, et Grasset n&rsquo;entend pas la r\u00e9p\u00e9ter. Il raconte le projet &mdash; pourquoi aller l\u00e0-bas, avec quelles questions, avec quel espoir ou quelle inqui\u00e9tude. Il raconte le voyage et ce qu&rsquo;il a produit : l&rsquo;ossuaire de Douaumont et ses restes anonymes, les for\u00eats de la zone rouge encore interdites d&rsquo;habitation un si\u00e8cle apr\u00e8s les combats, le mus\u00e9e et ses collections d&rsquo;objets qui r\u00e9sistent \u00e0 toute mise en r\u00e9cit, les paysages ondul\u00e9s &mdash; anciens entonnoirs d&rsquo;obus &mdash; qui gardent dans leur g\u00e9ographie m\u00eame la marque de la violence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et il articule tout cela \u00e0 une r\u00e9flexion historique et philosophique : le sens de cette guerre, sa place dans la dynamique de la modernit\u00e9, ce qu&rsquo;elle dit de l&rsquo;homme occidental et de ce qu&rsquo;il a fait de lui-m\u00eame. Le sous-titre &mdash; La victoire de l&rsquo;homme sur la ferraille &mdash; est une formule \u00e0 la fois po\u00e9tique et philosophique : \u00e0 Verdun, les hommes ont r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 une machinerie de destruction d&rsquo;une ampleur sans pr\u00e9c\u00e9dent. Cette r\u00e9sistance est, aux yeux de Grasset, une victoire de quelque chose d&rsquo;essentiel dans l&rsquo;humain &mdash; une dignit\u00e9, une obstination, quelque chose qui refuse de se r\u00e9duire \u00e0 la mati\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais cette victoire est aussi une d\u00e9faite : c&rsquo;est la Grande Guerre elle-m\u00eame qui a scell\u00e9 le triomphe d\u00e9finitif du technologisme sur l&rsquo;humain, qui a d\u00e9montr\u00e9 que la &laquo; ferraille &raquo; &mdash; la puissance industrielle et m\u00e9canique de destruction &mdash; \u00e9tait devenue la loi du monde. La victoire de l&rsquo;homme \u00e0 Verdun est la victoire des corps sur les obus ; mais la guerre de 14-18, dans l&rsquo;ensemble, est la victoire de la machine sur l&rsquo;homme.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">6.3. La r\u00e9sonnance avec la pens\u00e9e de Grasset<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Les &Acirc;mes de Verdun ne sont pas un hors-d&rsquo;&oelig;uvre dans l&rsquo;&oelig;uvre de Grasset : elles en sont l&rsquo;une des expressions les plus personnelles et les plus directement sensibles. La Grande Guerre occupe une place centrale dans sa m\u00e9tahistoire : elle est le pivot, la &laquo; r\u00e9plique sismique en amont &raquo; de la crise actuelle, le moment o&ugrave; le d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re &mdash; commenc\u00e9 \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle &mdash; a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 toute sa puissance destructrice.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aller \u00e0 Verdun, c&rsquo;est pour Grasset aller aux sources de cette catastrophe, se confronter physiquement \u00e0 ce qu&rsquo;il analyse intellectuellement depuis des ann\u00e9es. C&rsquo;est aussi une d\u00e9marche de recueillement &mdash; presque de p\u00e8lerinage &mdash; devant ce que l&rsquo;Occident a produit de plus terrifiant et de plus r\u00e9v\u00e9lateur.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">VII. La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire : l&rsquo;&oelig;uvre m\u00e9tahistorique<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire est l&rsquo;&oelig;uvre la plus ambitieuse de Philippe Grasset &mdash; son magnum opus, dont il a publi\u00e9 plusieurs volumes et qu&rsquo;il a d&rsquo;abord mis en ligne, par &laquo; feuilletons &raquo;, sur dedefensa.org \u00e0 partir de d\u00e9cembre 2009, avant de le publier en version papier. L&rsquo;ensemble comprend au moins deux tomes publi\u00e9s : Le Troisi\u00e8me Cercle (premier tome publi\u00e9, \u00e9ditions Mols, 2014) et Le Deuxi\u00e8me Cercle (tome II), avec un Troisi\u00e8me Cercle au sens chronologique de l&rsquo;exploration qui s&rsquo;\u00e9tend aux p\u00e9riodes les plus anciennes.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">7.1. La structure : les cercles concentriques<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La m\u00e9taphore des &laquo; cercles &raquo; est fondamentale dans l&rsquo;architecture de l&rsquo;ouvrage. Grasset proc\u00e8de par approfondissement progressif : chaque cercle entoure et englobe le pr\u00e9c\u00e9dent, chaque tome \u00e9largit la perspective temporelle et m\u00e9taphysique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le premier cercle (Le Troisi\u00e8me Cercle dans la num\u00e9rotation de publication) s&rsquo;int\u00e9resse aux causes imm\u00e9diates de la crise actuelle : il analyse la s\u00e9quence historique conduisant \u00e0 cette crise, \u00e0 partir de la rupture de la fin du XVIIIe si\u00e8cle &mdash; la R\u00e9volution am\u00e9ricaniste, la R\u00e9volution fran\u00e7aise, la r\u00e9volution industrielle. Dans cette dynamique, la Grande Guerre de 1914-1918 occupe une place centrale comme pivot et comme &laquo; r\u00e9plique sismique en amont &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le deuxi\u00e8me cercle \u00e9largit la perspective pour explorer les sources plus profondes de la catastrophe : la Renaissance comme tournant de la modernit\u00e9, la grande diagonale du Christianisme de son origine \u00e0 son tournant du XVIIe si\u00e8cle (lorsqu&rsquo;il &laquo; se convertit \u00e0 la modernit\u00e9 qu&rsquo;il a inspir\u00e9e et aid\u00e9 \u00e0 enfanter &raquo;), le XVIIIe si\u00e8cle comme si\u00e8cle de l&rsquo;\u00e9puisement de la psychologie humaine. Ce cercle ouvre sur la dimension m\u00e9taphysique la plus profonde de l&rsquo;analyse grassetienne : la confrontation entre l&rsquo;ordre des Anciens et la mal\u00e9diction du feu et de la technologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">7.2. La m\u00e9tahistoire<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ce que Grasset appelle &laquo; m\u00e9tahistoire &raquo; est une fa\u00e7on d&rsquo;aborder l&rsquo;histoire qui refuse la lin\u00e9arit\u00e9 simple, le positivisme des causes et des effets, la r\u00e9duction aux facteurs \u00e9conomiques ou politiques. La m\u00e9tahistoire cherche les forces profondes &mdash; spirituelles, psychologiques, structurelles &mdash; qui donnent leur sens aux \u00e9v\u00e9nements de surface.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette d\u00e9marche est explicitement anti-conformiste. Grasset le dit sans d\u00e9tour : il se juge &laquo; quitte, disons intellectuellement, d&rsquo;un serment qu&rsquo;il s&rsquo;est bien gard\u00e9 de pr\u00eater &raquo;. Il refuse de se d\u00e9finir par rapport aux &laquo; sentiers battus &raquo; de l&rsquo;historiographie classique et prend sa libert\u00e9 pour &laquo; tenter d&rsquo;appr\u00e9hender par l&rsquo;esprit autant que par l&rsquo;intuition la nature &raquo; des ph\u00e9nom\u00e8nes qu&rsquo;il analyse. L&rsquo;intuition &mdash; terme rare sous la plume d&rsquo;un analyste &mdash; est ici assum\u00e9e comme instrument de connaissance, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la raison discursive.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire est ainsi \u00e0 la fois un essai d&rsquo;histoire, une philosophie de l&rsquo;histoire et une m\u00e9ditation spirituelle. Elle se conclut &mdash; dans le deuxi\u00e8me cercle au moins &mdash; sur une ouverture vers l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 : la crise de la modernit\u00e9, port\u00e9e \u00e0 son paroxysme, pose la question de la transmutation, du passage \u00e0 autre chose qui ne peut se concevoir que dans une perspective qui transcende le temps historique.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">VIII. Le style : une \u00e9criture de la conviction<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le style de Philippe Grasset est indissociable de sa pens\u00e9e. Il est imm\u00e9diatement reconnaissable &mdash; certains diraient envahissant, d&rsquo;autres, et ils ont raison, fascinant. Ses phrases sont longues, ses parenth\u00e8ses nombreuses, ses reprises et ses reformulations fr\u00e9quentes. Il revient sur ses concepts, les d\u00e9cline sous plusieurs angles, les mart\u00e8le jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils soient pleinement install\u00e9s dans l&rsquo;esprit du lecteur. Cette m\u00e9thode &mdash; qui peut d\u00e9courager le lecteur press\u00e9 &mdash; est en r\u00e9alit\u00e9 une strat\u00e9gie rh\u00e9torique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e : les id\u00e9es importantes m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre dites plusieurs fois, sous des formes l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rentes, pour \u00eatre v\u00e9ritablement comprises plut\u00f4t que simplement enregistr\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Son \u00e9criture est celle d&rsquo;un homme qui pense en \u00e9crivant, qui ne s\u00e9pare jamais le travail de la forme de celui du fond. La densit\u00e9 parfois excessive de ses textes est la marque d&rsquo;une intelligence qui refuse la simplification &mdash; qui pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre difficile \u00e0 \u00eatre inexact. Les &laquo; Analyses &raquo; de dedefensa.org, souvent tr\u00e8s longues, ne sont pas des articles journalistiques : ce sont des d\u00e9veloppements, des progressions de pens\u00e9e qui conduisent le lecteur pas \u00e0 pas vers une conclusion que les premi\u00e8res lignes n&rsquo;annoncent pas toujours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a aussi, dans son \u00e9criture, une dimension litt\u00e9raire authentique &mdash; une sensibilit\u00e9 aux mots, aux images, aux formules. Grasset est critique litt\u00e9raire de formation (ce fut l&rsquo;une de ses fonctions \u00e0 La Meuse-La Lanterne), et ce go&ucirc;t de la litt\u00e9rature ne l&rsquo;a jamais quitt\u00e9. Le regard de I\u00e9jov en t\u00e9moigne, mais aussi de nombreux passages de ses essais, o&ugrave; une phrase peut soudain atteindre une beaut\u00e9 et une densit\u00e9 qui d\u00e9passent le propos analytique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il se dit lui-m\u00eame maistrien &mdash; \u00e0 la mani\u00e8re de Joseph de Maistre, le grand r\u00e9actionnaire catholique du d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, dont il partage la conviction que la R\u00e9volution fran\u00e7aise est une catastrophe spirituelle et non un progr\u00e8s, et dont il retrouve la vivacit\u00e9 pol\u00e9mique, le go&ucirc;t de la formule tranchante, le m\u00e9pris des demi-mesures intellectuelles.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">IX. Position, r\u00e9ception et influence<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Philippe Grasset est un inclassable dans le paysage intellectuel contemporain &mdash; ce qui lui a valu \u00e0 la fois une audience fid\u00e8le et une relative invisibilit\u00e9 dans les circuits acad\u00e9miques et m\u00e9diatiques dominants. Il est lu et appr\u00e9ci\u00e9 dans des milieux tr\u00e8s divers, qui n&rsquo;ont souvent rien d&rsquo;autre en commun que le refus du discours dominant : militaires et diplomates \u00e0 la recherche d&rsquo;analyses non conventionnelles, intellectuels critiques de la gauche et de la droite, militants souverainistes, personnalit\u00e9s du monde catholique traditionnel, partisans de la multipolarit\u00e9 g\u00e9opolitique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Son influence sur le journalisme alternatif francophone est consid\u00e9rable, m\u00eame si elle est rarement explicitement cit\u00e9e. Des sites comme Le Saker Francophone ont largement diffus\u00e9 ses analyses. Sa vision de l&rsquo;am\u00e9ricanisme en d\u00e9clin &mdash; jug\u00e9e excentrique ou excessive dans les ann\u00e9es 1990 et 2000 &mdash; para&icirc;t aujourd&rsquo;hui \u00e0 beaucoup, y compris \u00e0 des commentateurs mainstream, plus pertinente qu&rsquo;elle ne l&rsquo;\u00e9tait au moment de sa formulation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;acad\u00e9misme lui a peu rendu justice &mdash; ce qui ne saurait le surprendre, lui qui n&rsquo;a jamais cherch\u00e9 \u00e0 entrer dans les circuits institutionnels de la reconnaissance intellectuelle. Ses livres sont publi\u00e9s chez des \u00e9diteurs belges de qualit\u00e9 (Mols, notamment), mais loin des grandes maisons parisiennes qui font et d\u00e9font les r\u00e9putations. Grasset a toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l&rsquo;ind\u00e9pendance \u00e0 la notori\u00e9t\u00e9, la libert\u00e9 de pens\u00e9e au confort de la respectabilit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">X. Conclusion : l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;une vie<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Philippe Grasset est l&rsquo;auteur d&rsquo;une &oelig;uvre consid\u00e9rable &mdash; par son volume, par sa coh\u00e9rence, par son ambition. Des premi\u00e8res lettres confidentielles de 1985 aux milliers d&rsquo;articles de dedefensa.org, en passant par ses livres essayistiques et son roman historique, il a construit sur quarante ans une pens\u00e9e rigoureuse et originale sur la crise de la modernit\u00e9 et ses racines m\u00e9taphysiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette pens\u00e9e peut se r\u00e9sumer, en sa formule la plus condens\u00e9e, comme suit : la modernit\u00e9 occidentale &mdash; dans sa forme la plus triomphante, celle de l&rsquo;am\u00e9ricanisme et du Syst\u00e8me &mdash; est le produit d&rsquo;un &laquo; d\u00e9cha&icirc;nement de la Mati\u00e8re &raquo; qui a commenc\u00e9 \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle avec les R\u00e9volutions am\u00e9ricaine et fran\u00e7aise et la r\u00e9volution industrielle. Ce d\u00e9cha&icirc;nement, qui a lib\u00e9r\u00e9 les forces de la technique et de la puissance de toute tutelle spirituelle, court depuis lors vers sa propre destruction, emportant avec lui une civilisation qui a oubli\u00e9 ce qu&rsquo;elle avait de plus pr\u00e9cieux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Grasset n&rsquo;est pas nihiliste. Il cherche, dans les ruines de la modernit\u00e9, des signes d&rsquo;une possible renaissance &mdash; des r\u00e9sistances, des r\u00e9currences du sacr\u00e9, des moments o&ugrave; quelque chose d&rsquo;essentiel dans l&rsquo;humain refuse de se plier. Les &Acirc;mes de Verdun sont, \u00e0 leur fa\u00e7on, l&rsquo;un de ces signes : dans la d\u00e9mesure de la Grande Guerre, des hommes ont tenu, ont r\u00e9sist\u00e9, ont refus\u00e9 d&rsquo;\u00eatre r\u00e9duits \u00e0 de la &laquo; ferraille &raquo;. Cette victoire de l&rsquo;humain sur la machine est fragile, pr\u00e9caire, peut-\u00eatre illusoire dans la perspective du long terme. Mais elle est r\u00e9elle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est cette conviction &mdash; que quelque chose de l&rsquo;humain r\u00e9siste toujours, m\u00eame au c&oelig;ur du d\u00e9sastre &mdash; qui donne \u00e0 l&rsquo;&oelig;uvre de Philippe Grasset sa tonalit\u00e9 particuli\u00e8re : ni triomphaliste ni d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, lucide jusqu&rsquo;au bord de l&rsquo;ab&icirc;me mais refusant d&rsquo;y tomber. Une pens\u00e9e de la crise, certes, mais aussi, au fond, une pens\u00e9e de la gr\u00e2ce.<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Bibliographie s\u00e9lective<\/h3>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Livres publi\u00e9s<\/h3>\n<\/p>\n<p><p><strong>&mdash; <\/strong><em>La dr\u00f4le de d\u00e9tente<\/em>, 1978.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&mdash; <\/strong><em>Le regard de I\u00e9jov<\/em>, roman historique, 1989.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&mdash; <\/strong><em>Le monde malade de l&rsquo;Am\u00e9rique<\/em>, essai, 1999.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&mdash; <\/strong><em>Chronique de l&rsquo;\u00e9branlement. Des tours de Manhattan aux jardins de l&rsquo;&Eacute;lys\u00e9e<\/em>, essai, 2003.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&mdash; <\/strong><em>Friedrich Nietzsche au Kosovo<\/em>, essai\/roman (date et \u00e9diteur \u00e0 confirmer).<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&mdash; <\/strong><em>Les &Acirc;mes de Verdun. La victoire de l&rsquo;homme sur la ferraille<\/em>, avec Bernard Plossu  et Michel Castermans (photographies). Pr\u00e9face de Yves Mollard La Bruy\u00e8re. &Eacute;ditions Mols, 2009.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&mdash; <\/strong><em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire. Le Troisi\u00e8me Cercle<\/em>, essai m\u00e9tahistorique, tome I. &Eacute;ditions Mols \/ Parole et Silence, 2014.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&mdash; <\/strong><em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire. Le Deuxi\u00e8me Cercle<\/em>, essai m\u00e9tahistorique, tome II. &Eacute;ditions Mols.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Publications p\u00e9riodiques<\/h3>\n<\/p>\n<p><p><strong>&mdash; <\/strong><em>de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie (dd&#038;e)<\/em>, Lettre d&rsquo;Analyse, parution bimensuelle, 1985&ndash;vers 2012. Euredit SPRL, Belgique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>&mdash; <\/strong><em>Context<\/em>, Lettre d&rsquo;Analyse en anglais, parution bimensuelle, 1994&ndash;vers 2012. Euredit SPRL, Belgique.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&bull;&nbsp;Une biographie de Philippe Grasset, le p&egrave;re naturel et biologique de toute la lign&eacute;e &lsquo;<em>dedefensa<\/em>&rsquo;. &bull;&nbsp;<strong>L&rsquo;auteur, &ndash;&nbsp;l&rsquo;ami Yves Mollard La Bruy&egrave;re, voyez plus loin&nbsp;&ndash; de cette fausse escobarderie qui dit le vrai<\/strong> derri&egrave;re les complots, a pr&eacute;sent&eacute; ce travail comme suit&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>Pens&eacute;e, &oelig;uvre et trajectoire d&#39;un <strong>dissident de la modernit&eacute; <\/strong>&ndash;&nbsp;Essai analytique<\/em>&nbsp;&raquo;. &bull;&nbsp;Une fois de plus, PhG voudrait r&eacute;p&eacute;ter sa position qui n&rsquo;est e<strong>n rien une &eacute;valuation de l&rsquo;IA mais une appr&eacute;ciation de son travail<\/strong>. &bull;&nbsp;On se r&eacute;p&egrave;te en r&eacute;f&eacute;rence &agrave; des textes sur le sujet d&eacute;j&agrave; publi&eacute;s, et toujours r&eacute;p&eacute;t&eacute;s : &laquo;&nbsp;<em>Nous r&eacute;sumons cette position par cette r&eacute;f&eacute;rence prise dans un extrait d&rsquo;un texte de PhG qui sera<\/em> [a &eacute;t&eacute;] <em>cit&eacute; dans la pr&eacute;sentation<\/em>&nbsp;:&ldquo;<em>PhG&nbsp;: face &agrave; l&rsquo;IA ou en pr&eacute;sence de l&rsquo;IA&nbsp;?&rdquo; &nbsp;&ndash;&nbsp;La r&eacute;ponse de PhG &agrave; la question initiale de ce dernier paragraphe est &eacute;videmment bien plus &rsquo;en pr&eacute;sence de l&rsquo;IA&rsquo; que &lsquo;Face &agrave; l&rsquo;IA&rdquo;&#8230;<\/em>&nbsp;&raquo;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[7790,22521,2631,3086,3125,18234,2913,15549,3997,6161,8841],"class_list":["post-81995","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glossairedde","tag-ames","tag-biographie","tag-de","tag-dedefensa","tag-grasset","tag-ia","tag-les","tag-mollard","tag-philippe","tag-verdun","tag-yves"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81995","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81995"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81995\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81995"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81995"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81995"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}