{"id":82006,"date":"2026-04-25T00:00:00","date_gmt":"2026-04-24T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/04\/25\/la-force-de-la-civilisation-1\/"},"modified":"2026-04-25T00:00:00","modified_gmt":"2026-04-24T22:00:00","slug":"la-force-de-la-civilisation-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/04\/25\/la-force-de-la-civilisation-1\/","title":{"rendered":"La force de la civilisation"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>La force de la civilisation<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Le monde entier, &ndash; pas seulement le Sud Global, &ndash; s&rsquo;interroge : o&ugrave; donc les Iraniens ont-ils puis\u00e9 cette force et cette confiance ? &bull; Il suffit de regarder en arri\u00e8re, nous explique Vajay Prashad.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>La question que pose Vijay Prashad, auteur de <a href=\"https:\/\/consortiumnews.com\/2026\/04\/24\/vijay-prashad-irans-civilizational-strength\/\">l&rsquo;article ci-dessous<\/a>, m\u00eame si elle est consid\u00e9r\u00e9e d&rsquo;un point de vue marxiste par lui, est d&rsquo;abord une question purement de type civilisationnel. On reprend cette question mot pour mot, et nous arr\u00eatant au point d&rsquo;interrogation :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La mani\u00e8re dont l&rsquo;Iran a su tenir t\u00eate \u00e0 l&rsquo;Occident est devenue une source d&rsquo;admiration dans le monde anciennement colonis\u00e9. D&rsquo;o&ugrave; lui vient cette confiance ?<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Quant \u00e0 Vijay Prashad lui-m\u00eame, et pour bien situer la chose et notre attitude par rapport \u00e0 ses engagements dont l&rsquo;\u00e9tiquette nous est assez indiff\u00e9rente, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que nous trouvons \u00e0 son texte est dans la fa\u00e7on dont il d\u00e9crit l&rsquo;importance et l&rsquo;effet de la civilisation iranienne, au moins depuis Cyrus le Grand, dans sa capacit\u00e9 d&rsquo;affronter et de dompter les forces d\u00e9cha&icirc;n\u00e9es d&rsquo;Isra\u00ebl et des &Eacute;tats-Unis. Mais puisqu&rsquo;il faut faire connaissance <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Vijay_Prashad\">de Prashad<\/a>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Vijay Prashad (n\u00e9 en 1967) est un historien, journaliste, commentateur politique et \u00e9diteur marxiste indien. Il est directeur ex\u00e9cutif de l&rsquo;Institut tricontinental de recherche sociale, r\u00e9dacteur en chef de LeftWord Books, collaborateur et correspondant en chef du Globetrotter, et chercheur associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Institut Chongyang d&rsquo;\u00e9tudes financi\u00e8res de l&rsquo;Universit\u00e9 Renmin de Chine. Prashad est connu pour ses critiques du capitalisme, du n\u00e9ocolonialisme, de l&rsquo;exception am\u00e9ricaine et de l&rsquo;imp\u00e9rialisme occidental, ainsi que pour son soutien au communisme et aux pays du Sud<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Pour le reste, on lui laisse la plume, tout en admirant sa capacit\u00e9 de faire co\u00efncider le marxisme qui l&rsquo;habite, avec des notions telles que civilisation, patriotisme, traditions, qui dans notre enfance (celle de PhG, alors inculte et d\u00e9j\u00e0 na\u00eff) \u00e9tait peintes sous les traits d&rsquo;une diablerie sans retour par l&rsquo;opinion et l&rsquo;inspiration marxiste-l\u00e9niniste. Ceux-l\u00e0, comme les autres et nous-m\u00eames, ont bien chang\u00e9 depuis, et tous nous sommes capables, d&rsquo;un m\u00eame regard assur\u00e9, de reconna&icirc;tre le diable, pour ce qu&rsquo;il est et o&ugrave; il se trouve.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dde.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>La force civilisationnelle de l&rsquo;Iran<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p><em>La mani\u00e8re dont l&rsquo;Iran a su tenir t\u00eate \u00e0 l&rsquo;Occident est devenue une source d&rsquo;admiration dans le monde anciennement colonis\u00e9. D&rsquo;o&ugrave; lui vient cette confiance ?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Durant les pires jours de la guerre ill\u00e9gale men\u00e9e par les &Eacute;tats-Unis et Isra\u00ebl contre l&rsquo;Iran, je parlais avec des amis qui se trouvaient dans les zones civiles bombard\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Certains \u00e9taient des \u00e9rudits, d&rsquo;autres des po\u00e8tes et des artistes, certains travaillaient au sein du gouvernement, d&rsquo;autres dans des institutions de toutes sortes. Tous, quelles que soient leurs opinions sur le gouvernement, rest\u00e8rent in\u00e9branlables. Nul ne se sentait menac\u00e9. Ils demeur\u00e8rent fermes, leur courage puisant sa source dans une foi immense en la r\u00e9silience de la civilisation iranienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La pens\u00e9e marxiste et de lib\u00e9ration nationale entretient une relation tr\u00e8s complexe avec le concept de &laquo; civilisation &raquo;. Le marxisme classique le rejetait, car il pouvait aplanir les divisions sociales sous un voile d&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 culturelle et donc nier la n\u00e9cessit\u00e9 de la lutte des classes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais \u00e0 mesure que le marxisme s&rsquo;imposait comme un cadre essentiel des grandes luttes anticoloniales de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre  <a href=\"https:\/\/thetricontinental.org\/the-80th-anniversary-of-the-victory-in-the-world-anti-fascist-war\/\">antifasciste mondiale<\/a> , l&rsquo;id\u00e9e de civilisation revenait avec une signification diff\u00e9rente. La civilisation \u00e9tait d\u00e9sormais per\u00e7ue comme un atout pr\u00e9cieux dans la lutte culturelle contre l&rsquo;imp\u00e9rialisme. Elle pouvait devenir un instrument de continuit\u00e9 nationale et de l\u00e9gitimit\u00e9 politique, et non plus un simple masque id\u00e9ologique dissimulant la domination de classe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pourtant, cette reconqu\u00eate de la civilisation devait s&rsquo;inscrire dans le cadre d&rsquo;un projet \u00e9mancipateur pr\u00eat \u00e0 rompre avec certains h\u00e9ritages r\u00e9actionnaires au sein m\u00eame de cette civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans le cas de la Chine, par exemple, le marxisme chinois &mdash; dont Mao Zedong a assur\u00e9 la meilleure synth\u00e8se &mdash; insistait sur une rupture avec les pires h\u00e9ritages de la Chine pr\u00e9r\u00e9volutionnaire, tels que la hi\u00e9rarchie confuc\u00e9enne et le sexisme, tout en adoptant, par la lutte des classes et la transformation id\u00e9ologique, l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de &laquo;civilisation chinoise&raquo; comme rempart contre l&rsquo;imp\u00e9rialisme et pour le d\u00e9veloppement du patriotisme national.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9volution iranienne (1978-1979) a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e par un ensemble de forces politiques, dont des marxistes, dont beaucoup ont ensuite \u00e9t\u00e9 pers\u00e9cut\u00e9s et tu\u00e9s par la R\u00e9publique islamique nouvellement cr\u00e9\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Malgr\u00e9 leur assujettissement, de nombreuses id\u00e9es marxistes sont entr\u00e9es dans le cadre id\u00e9ologique de la R\u00e9publique islamique, que ce soit \u00e0 travers le travail d&rsquo;une s\u00e9rie de penseurs ayant leurs propres histoires avec le marxisme tels que Ehsan Tabari (1917-1989), Jalal Al-e Ahmad (1923-1969), Ali Shariati (1933-1977), Bijan Jazani (1938-1975) ou Khosrow Golsorkhi (1944-1974).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;aimerais pouvoir \u00e9crire davantage sur ces penseurs, mais cela exigerait un livre entier. Le plus fascinant \u00e9tait Golsorkhi, assassin\u00e9 en pleine force de l&rsquo;\u00e2ge. Lors de son proc\u00e8s, il d\u00e9clara \u00e0 un juge d\u00e9concert\u00e9 :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Je commencerai mon discours par une citation de Mowla<\/em> [Imam] <em>Hossein, grand martyr des peuples du Moyen-Orient. Moi, marxiste-l\u00e9niniste, j&rsquo;ai d&rsquo;abord cherch\u00e9 la justice sociale \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de l&rsquo;Islam, et c&rsquo;est de l\u00e0 que je suis arriv\u00e9 au socialisme<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Je ne marchanderai pas ma vie devant ce tribunal, ni m\u00eame mon esp\u00e9rance de vie. Je ne suis qu&rsquo;une goutte d&rsquo;eau dans l&rsquo;oc\u00e9an des luttes et des privations endur\u00e9es par les peuples combattants d&rsquo;Iran&hellip; Oui, je ne marchanderai pas ma vie, car je suis l&rsquo;enfant d&rsquo;un peuple courageux et combatif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai commenc\u00e9 mon discours par l&rsquo;islam. Le v\u00e9ritable islam en Iran a toujours \u00e9t\u00e9 redevable envers les mouvements de lib\u00e9ration iraniens. Les Seyyed Abdollah Behbahani et les Cheikhs Mohammad Khiyabani en sont de v\u00e9ritables figures embl\u00e9matiques. Aujourd&rsquo;hui encore, le v\u00e9ritable islam rend hommage aux mouvements de lib\u00e9ration nationale iraniens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quand Marx affirme : &laquo; Dans une soci\u00e9t\u00e9 de classes, la richesse s&rsquo;accumule d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et la pauvret\u00e9, la faim et la mis\u00e8re de l&rsquo;autre, tandis que ceux qui produisent la richesse sont eux-m\u00eames appauvris &raquo;, et que Mowla [Imam] Ali d\u00e9clare : &laquo; Aucun palais ne s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve sans que des milliers de personnes ne soient appauvries &raquo;, on observe une profonde similitude. Ainsi, on peut consid\u00e9rer Mowla [Imam] Ali comme le premier socialiste de l&rsquo;histoire, de m\u00eame que les Salman Farsi et les Abu Dharr Ghaffari.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au moment de la r\u00e9volution, la gauche iranienne &mdash; divis\u00e9e entre les gu\u00e9rilleros Fedayeen, le parti communiste Tudeh et les moudjahidines islamistes-r\u00e9volutionnaires &mdash; avait compris qu&rsquo;elle ne pouvait pas renverser le shah sans les forces religieuses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais ils ont sous-estim\u00e9 le pouvoir des religieux sur la soci\u00e9t\u00e9 iranienne, notamment sur la classe ouvri\u00e8re. C&rsquo;est cette erreur d&rsquo;appr\u00e9ciation qui a transform\u00e9 la r\u00e9volution iranienne en R\u00e9publique islamique en l&rsquo;espace d&rsquo;un an.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pourtant, plut\u00f4t que de former une th\u00e9ocratie ordinaire, l&rsquo;Iran post-r\u00e9volutionnaire s&rsquo;est appuy\u00e9 sur un h\u00e9ritage civilisationnel beaucoup plus ancien, qui remonte au r\u00e8gne de Cyrus le Grand (559-530 av. J.-C.) et \u00e0 l&rsquo;Empire ach\u00e9m\u00e9nide (vers 550-330 av. J.-C.) &mdash; environ 2 000 ans avant l&rsquo;arriv\u00e9e du chiisme comme religion d&rsquo;&Eacute;tat en Iran sous l&rsquo;Empire safavide (1501-1736).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est cet h\u00e9ritage civilisationnel ancien qui joue un r\u00f4le fondamental dans la soci\u00e9t\u00e9 iranienne, lui permettant d&rsquo;absorber les diff\u00e9rences internes et de convoquer une l\u00e9gitimit\u00e9 historique plus profonde en temps de crise terrible, comme base de la d\u00e9fense de sa souverainet\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En 1971, le shah organisa une c\u00e9r\u00e9monie grandiose \u00e0 Pers\u00e9polis pour c\u00e9l\u00e9brer 2 500 ans de civilisation continue depuis Cyrus le Grand.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Plus tard, lors de la guerre d&rsquo;agression irakienne contre l&rsquo;Iran de 1980 \u00e0 1988, lorsque Saddam Hussein a tent\u00e9 de pr\u00e9senter le conflit comme une guerre des Arabes contre les Perses, la R\u00e9publique islamique a rejet\u00e9 ce cadre et a insist\u00e9 sur le fait qu&rsquo;il s&rsquo;agissait plut\u00f4t d&rsquo;une &laquo; d\u00e9fense de la patrie &raquo;, s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une terre non conquise et non colonis\u00e9e qui devait \u00eatre d\u00e9fendue \u00e0 tout prix par son peuple.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>)Il est difficile pour ceux qui ne sont pas issus de soci\u00e9t\u00e9s colonis\u00e9es de saisir la port\u00e9e d&rsquo;expressions telles que &laquo; d\u00e9fense de la patrie &raquo; et l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;h\u00e9ritage civilisationnel. Les dommages caus\u00e9s par le colonialisme \u00e0 tant de formations sociales sont immenses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le colonialisme s&rsquo;approprie les richesses pour les r\u00e9investir ailleurs au profit du d\u00e9veloppement d&rsquo;autres peuples ; il d\u00e9nigre les cultures des peuples colonis\u00e9s et leur refuse souvent leur langue et leur identit\u00e9 historique. C&rsquo;est pourquoi tant de personnes dans les pays du Sud s&rsquo;\u00e9tonnent que l&rsquo;Iran ait pu tenir t\u00eate aux &Eacute;tats-Unis et remporter la victoire strat\u00e9gique dans le conflit actuel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour ceux qui partagent cette histoire d&rsquo;an\u00e9antissement, \u00eatre t\u00e9moin de la dignit\u00e9 affich\u00e9e par des soci\u00e9t\u00e9s comme la Chine ou l&rsquo;Iran, o&ugrave; il est moins n\u00e9cessaire de fa\u00e7onner une fiert\u00e9 culturelle \u00e0 partir d&rsquo;hallucinations (par la cr\u00e9ation de pass\u00e9s imaginaires) ou en vilipendant les autres (qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de minorit\u00e9s ou d&rsquo;\u00e9trangers), est tout simplement une source d&rsquo;inspiration.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;absence de destruction coloniale totale de la culture dans ces r\u00e9gions permet \u00e0 leurs habitants de se r\u00e9approprier et de reconstruire leur propre histoire sans \u00eatre totalement pris au pi\u00e8ge de fausses r\u00e9interpr\u00e9tations de l&rsquo;Occident (souvent un m\u00e9lange de rejet et d&rsquo;imitation). C&rsquo;est ce genre d&rsquo;assurance qui permet d&rsquo;affronter avec dignit\u00e9 le pouvoir destructeur des &Eacute;tats-Unis et d&rsquo;avoir le courage de renvoyer les m\u00e8mes Lego de Trump et de ses associ\u00e9s, non pas par pure moquerie, mais par un m\u00e9pris authentique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En d\u00e9cembre 1997, l&rsquo;Organisation de la coop\u00e9ration islamique (OCI) <a href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/20698819\">a publi\u00e9<\/a> la D\u00e9claration de T\u00e9h\u00e9ran, qui promouvait l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un &laquo; dialogue des civilisations &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une r\u00e9ponse directe \u00e0 l&rsquo;essai de Samuel Huntington paru en 1993 et \u00e0 son ouvrage de 1996, <em>Le Choc des civilisations et la refonte de l&rsquo;ordre mondial<\/em> . Dans son premier <a href=\"https:\/\/www.foreignaffairs.com\/articles\/united-states\/1993-06-01\/clash-civilizations\">essai<\/a> , publi\u00e9 dans <em>Foreign Affairs<\/em>, Huntington pr\u00e9disait que &laquo; le conflit entre les civilisations constituera la derni\u00e8re phase de l&rsquo;\u00e9volution des conflits dans le monde moderne &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour Huntington, l&rsquo;histoire \u00e9tait pass\u00e9e du choc des id\u00e9ologies (communisme contre capitalisme) au choc des civilisations (qu&rsquo;il d\u00e9finissait en termes religieux et culturels comme &laquo; civilisation occidentale, confuc\u00e9enne, japonaise, islamique, hindoue, slave-orthodoxe, latino-am\u00e9ricaine et \u00e9ventuellement africaine &raquo;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Huntington avertit que les nouvelles lignes de fracture se situeraient le long de ces axes. L&rsquo;OCI souligna que cette vision du monde risquait de provoquer le conflit m\u00eame qu&rsquo;elle pr\u00e9tendait d\u00e9crire, au lieu de l&#8217;emp\u00eacher, et qu&rsquo;il serait pr\u00e9f\u00e9rable d&rsquo;instaurer un dialogue entre les civilisations plut\u00f4t que d&rsquo;attendre l&rsquo;affrontement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La D\u00e9claration de T\u00e9h\u00e9ran a trouv\u00e9 un \u00e9cho favorable au sein des Nations Unies, mais pas dans les couloirs des capitales occidentales, o&ugrave; la rh\u00e9torique de la guerre contre le terrorisme &mdash; qui \u00e9tait ant\u00e9rieure \u00e0 2001 &mdash; est devenue incontr\u00f4lable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La peur de l&rsquo;islam s&rsquo;est banalis\u00e9e et a rapidement \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 la peur des migrants, une double peur qui continue de paralyser l&rsquo;Europe et les Am\u00e9riques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En 1998, l&rsquo;ONU a proclam\u00e9 2001 Ann\u00e9e du dialogue entre les civilisations et, lors de la 31e Conf\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;UNESCO, qui s&rsquo;est tenue \u00e0 Paris du 15 octobre au 3 novembre 2001, elle a \u00e9lu le philosophe et diplomate iranien Ahmad Jalali \u00e0 sa pr\u00e9sidence et a invit\u00e9 le pr\u00e9sident iranien, Seyyed Mohammad Khatami, \u00e0 prendre la parole devant l&rsquo;assembl\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La conf\u00e9rence s&rsquo;est tenue un peu plus d&rsquo;un mois apr\u00e8s les attentats de septembre aux &Eacute;tats-Unis et pendant l&rsquo;invasion am\u00e9ricaine de l&rsquo;Afghanistan dans le cadre de la guerre mondiale contre le terrorisme. <a href=\"https:\/\/unesdoc.unesco.org\/ark:\/48223\/pf0000124449\">Le discours<\/a> de Khatami reste percutant : il exhorte le monde \u00e0 ne pas c\u00e9der aux &laquo; fausses polarisations et divisions politiques &raquo;. Le terrorisme &laquo; est le fruit de l&rsquo;alliance sinistre entre l&rsquo;intol\u00e9rance aveugle et la force brute, visant \u00e0 servir une illusion qui, malgr\u00e9 toute sa propagande, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la projection des contenus nocifs de l&rsquo;inconscient &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lorsqu&rsquo;un attentat terroriste se produit, le pire, selon Khatami, est de r\u00e9pondre par la vengeance.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>La vengeance est comme l&rsquo;eau sal\u00e9e qui, bien qu&rsquo;elle ressemble \u00e0 de l&rsquo;eau, attise la soif au lieu de l&rsquo;apaiser, plongeant ainsi le monde dans un cycle incessant de violence, de haine et de vengeance<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Plut\u00f4t que la vengeance, insistait Khatami, le dialogue &laquo; est le principal besoin de la communaut\u00e9 internationale &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un appel au dialogue est important et n\u00e9cessaire car l&rsquo;alternative nous conduit \u00e0 l&rsquo;an\u00e9antissement &mdash; \u00e0 la fois par le syst\u00e8me capitaliste qui aggrave les in\u00e9galit\u00e9s et entra&icirc;ne la destruction de la plan\u00e8te, et par le syst\u00e8me imp\u00e9rialiste qui d\u00e9vore les soci\u00e9t\u00e9s par la guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais ni la civilisation ni le dialogue ne suffiront \u00e0 eux seuls \u00e0 mener l&rsquo;histoire vers l&rsquo;\u00e9mancipation humaine. Pour cela, il faudra, \u00e0 terme, que la lutte des classes s&rsquo;intensifie, que les besoins humains l&#8217;emportent sur les in\u00e9galit\u00e9s mat\u00e9rielles et les rapports de force, et que le syst\u00e8me mondial se transforme pour r\u00e9pondre \u00e0 la complexit\u00e9 de nos destins plut\u00f4t que de nous dresser les uns contre les autres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Carlos Guti\u00e9rrez Cruz (1897&ndash;1930) a d\u00e9velopp\u00e9 sa sensibilit\u00e9 po\u00e9tique au sein des courants litt\u00e9raires du Mexique post-r\u00e9volutionnaire, notamment le groupe patriotique Contempor&aacute;neos (Contemporains), mais a rompu avec eux plus tard en devenant plus radical.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En 1923, il publie &laquo; C&oacute;mo piensa la plebe, folleto de propaganda libertaria en haikais &raquo; (&laquo; Comment pense la pl\u00e8be : un pamphlet de propagande de lib\u00e9ration en ha\u00efkais &raquo;), qui transforme la forme ha\u00efkai associ\u00e9e au Mexique avec Jos\u00e9 Juan Tablada (1871-1945) en un v\u00e9hicule de po\u00e9sie communiste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Guti\u00e9rrez Cruz avait compris qu&rsquo;il \u00e9tait vain de d\u00e9fendre la nation si les masses laborieuses n&rsquo;en retiraient rien. Il convient de le rappeler : une civilisation ne peut \u00eatre d\u00e9fendue comme une abstraction. Pour avoir un sens, elle doit \u00eatre d\u00e9fendue comme le t\u00e9moignage vivant de ceux qui font l&rsquo;histoire. Comme il l&rsquo;exprimait dans l&rsquo;un de ses ha\u00efka\u00efs :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Labriego, la terre du si\u00e8cle pour un et tu as un pour le si\u00e8cle.<\/em>  &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>ou&hellip; &laquo; <em>Paysan, la terre produit cent choses \u00e0 partir d&rsquo;une seule,<\/em><em> <\/em><em>et tu n&rsquo;en gagnes qu&rsquo;une sur cent.<\/em><em> &raquo;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h4>Vijay Prashad<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/thetricontinental.org\/newsletterissue\/iran-dialogue-across-civilisations\/\"><em>Tricontinental : Institut de<\/em>  recherche sociale<\/a><\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&bull; Le monde entier, &ndash; pas seulement le Sud Global, &ndash; s&rsquo;interroge&nbsp;: o&ugrave; donc les Iraniens ont-ils puis&eacute; cette force et cette confiance&nbsp;? &bull;&nbsp;Il suffit de regarder en arri&egrave;re, disons jusqu&#39;&agrave; Cyrus le Grand, , nous explique Vajay Prashad.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[22526,2957,2773,2711,20490,22525,22524],"class_list":["post-82006","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-cyrus","tag-grand","tag-iran","tag-le","tag-marxisme-leninisme","tag-prashad","tag-vijay"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/82006","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=82006"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/82006\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=82006"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=82006"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=82006"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}