{"id":82089,"date":"2026-06-27T00:00:00","date_gmt":"2026-06-26T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/?p=82089"},"modified":"2026-06-27T01:47:05","modified_gmt":"2026-06-26T23:47:05","slug":"liran-et-notre-nihilisme-metaphysique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/06\/27\/liran-et-notre-nihilisme-metaphysique\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Iran et notre nihilisme m\u00e9taphysique"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>L&rsquo;Iran et notre nihilisme m\u00e9taphysique<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Ce texte superbe et d&rsquo;une densit\u00e9 extr\u00eame nous donne <strong>une conception puissante et superbe de la m\u00e9taphysique de la guerre men\u00e9e par l&rsquo;Iran depuis f\u00e9vrier<\/strong>. &bull; Par triste comparaison, il met en \u00e9vidence <strong>l&rsquo;\u00e9pouvantable nihilisme, &mdash; m\u00e9lange d&rsquo;hyst\u00e9rie technologique et d&rsquo;insondable b\u00eatise, &mdash;<\/strong> des hordes occidentales men\u00e9es par les brillantissimes conceptions am\u00e9ricasionistes, avec le soutien amical de la couardise europ\u00e9enne. &bull; <strong>Amas puant de tous les nihilismes possibles<\/strong> brandis sur un pavillon coutur\u00e9 de citations morales du plus heureux effet.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>27 juin 2026 &mdash; Notre trag\u00e9die, notre d\u00e9faite, notre impuissance et notre inf\u00e9condit\u00e9, \u00e0 nous Occidentaux tels que nous a faits ce que nous d\u00e9signons comme \u00ab\u00a0notre civilisation\u00a0\u00bb, est que nous ne pourrons jamais d\u00e9crire une de nos guerres postmodernes (Irak, Ukraine, Iran) comme le fait cet \u00e9rudit iranien de ce qu&rsquo;il nomme &laquo; <em>La guerre du Ramadan de 2026<\/em> &raquo;. Le texte est magnifique, non par son style, non par son talent m\u00eame si l&rsquo;un et l&rsquo;autre existent, mais par la densit\u00e9 de la description qu&rsquo;il nous rapporte de cette guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La premi\u00e8re partie, sorte d&rsquo;introduction d\u00e9crivant l&rsquo;objet r\u00e9duit \u00e0 sa r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;inexistence et de Rien, s&rsquo;attache \u00e0 rapporter les \u00e9v\u00e9nements guerriers du point de vue occidental (\u00ab\u00a0notre-guerre\u00a0\u00bb). On y retrouve tous les jugements que nous portons, nous les dissidents-r\u00e9sistants, sur la guerre en g\u00e9n\u00e9ral, sur nos m&oelig;urs, sur nos conceptions. Cela ne nous apprend rien dont nous ne puissions ne pas avoir grande honte puisqu&rsquo;incapables d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 notre existence biologique. Parfois un passage nous permet de reconna&icirc;tre, \u00e0 nous du \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/les-ames-de-retour\">groupe de Verdun<\/a>\u00ab\u00a0, ce que celui qui sait voir retrouve \u00e0 Verdun par contraste complet et d\u00e9chirant avec le reste de la Grande Guerre et de nos agitations en g\u00e9n\u00e9ral<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Mais ce que l&rsquo;Occident n&rsquo;a pas offert, et ne peut offrir, c&rsquo;est une m\u00e9taphysique du sacrifice. Il est incapable d&rsquo;expliquer au soldat ukrainien pourquoi sa mort a un sens, parce que l&rsquo;Occident lui-m\u00eame ne croit plus que la mort ait un sens. L&rsquo;Union europ\u00e9enne n&rsquo;est qu&rsquo;un appareil gestionnaire pour l&rsquo;administration des march\u00e9s. Elle n&rsquo;a pas de nomos, pas de fondation sacr\u00e9e, pas de destin. Elle est, au sens pr\u00e9cis d&rsquo;Oswald Spengler<\/em> [sur la mort d&rsquo;] <em>une civilisation: la phase inorganique, sans \u00e2me, post-culturelle d&rsquo;un organisme autrefois vivant<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On ne peut lire ce texte sans \u00e9prouver une intense \u00e9motion, &mdash; \u00e0 moins d&rsquo;\u00eatre absorb\u00e9 par son smartphone, &mdash; selon notre pens\u00e9e, notre souvenir, selon notre <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/de-la-nostalgie-infinie\">nostalgie<\/a> telle que <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-nostalgie-ii-ia-phg\">d\u00e9finie<\/a> dans ces pages de notre site et parcourue dans les for\u00eats et les bunkers de <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/2016-notre-verdun-et-ma-nostalgie-infinie-1\">notre-Verdun<\/a>. Ce n&rsquo;est pas cette nostalgie dont parle Ali-Mohammad Mohajer Nasser :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Il ne s&rsquo;agit pas de nostalgie. Ni de z\u00e8le religieux. Il s&rsquo;agit de la reconnaissance froide et lucide de ceci: un peuple qui oublie pourquoi il vaut la peine de mourir, oubliera bient\u00f4t pourquoi il vaut la peine de vivre<\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>C&rsquo;est qu&rsquo;il faut malheureusement s&rsquo;entendre sur les mots et bien les peser. Ils portent bien plus que ce qu&rsquo;ils semblent signifier, ils nous pr\u00e9c\u00e8dent d&rsquo;ailleurs et nous accueillent avec un certain m\u00e9pris du \u00e0 ce qu&rsquo;ils devinent de notre suffisance et de notre hubris. George Steiner le dit bien, d&rsquo;ailleurs, et nous l&rsquo;avons souvent repris <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/ma-verite-de-situation\">\u00e0 notre compte<\/a> sur ce site :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Le point de vue \u00ab\u00a0logocratique\u00a0\u00bb est beaucoup plus rare et presque par d\u00e9finition, \u00e9sot\u00e9rique. Il radicalise le postulat de la source divine, du myst\u00e8re de l&rsquo;<strong>incipit<\/strong>, dans le langage de l&rsquo;homme. Il part de l&rsquo;affirmation selon laquelle le <strong>logos<\/strong> pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;homme, que \u00ab\u00a0l&rsquo;usage\u00a0\u00bb qu&rsquo;il fait de ses pouvoirs numineux est toujours, dans une certaine mesure, une usurpation. Dans cette optique, l&rsquo;homme n&rsquo;est pas le ma&icirc;tre de la parole, mais son serviteur. Il n&rsquo;est pas propri\u00e9taire de la \u00ab\u00a0maison du langage\u00a0\u00bb (<strong>die Behausung der Sprache<\/strong>), mais un h\u00f4te mal \u00e0 l&rsquo;aise, voire un intrus&hellip;<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>\u00ab\u00a0Notre-nostalgie\u00a0\u00bb ne ressemble \u00e0 rien \u00e0 celle que ceux d&rsquo;entre nous qui ont encore un peu d&rsquo;\u00e2me doivent \u00eatre capable d&rsquo;\u00e9ptouver. Nous savons qu&rsquo;il exista, il y a peu, des circonstances terribles o&ugrave; nos autres, habitants d&rsquo;Occident, \u00e9tions encore anim\u00e9s de cette force m\u00e9taphysique pour accomplir une t\u00e2che essentielle, f&ucirc;t-elle si terrible que la guerre elle-m\u00eame mais parce qu&rsquo;elle \u00e9tait existentielle. Voil\u00e0 pourquoi nous retrouvons dans bien des passage du texte de Ali-Mohammad Mohajer Nasser bien de la nostalgie, &mdash; la n\u00f4tre, certes, &mdash; qui d\u00e9finit la puissance de son sentiment :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Face \u00e0 ce vide &ndash; ce nihilisme actif, spectateur, marchand<\/em> [de l&rsquo;Occident actuel] &ndash; <em>se dresse ce qu&rsquo;on ne peut appeler autrement qu&rsquo;une m\u00e9taphysique du combat fid\u00e8le. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9siste \u00e0 toute lecture r\u00e9ductrice. Ce n&rsquo;est pas simplement du \u00ab\u00a0fanatisme religieux\u00a0\u00bb, comme le clame la presse occidentale. Ce n&rsquo;est pas une innovation tactique \u00e0 d\u00e9cortiquer et int\u00e9grer dans le prochain manuel du Marine Corps. C&rsquo;est une relation enti\u00e8rement diff\u00e9rente \u00e0 la mort, \u00e0 la communaut\u00e9, \u00e0 la terre sur laquelle on se tient.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&Eacute;videmment, rien ne peut \u00eatre rejet\u00e9 du texte ci-dessous tant il d\u00e9finit un comportement et une \u00ab\u00a0\u00e2me po\u00e9tique\u00a0\u00bb qui justifient l&rsquo;esp\u00e8ce et son ontologie, et qui ne nous justifie plus du tout sinon l&rsquo;effacement (cancellation, &lsquo;<em>brother<\/em>&lsquo;), le rien, le terminus du nihilisme, pour ceux d&rsquo;entre nous qui sommes tomb\u00e9s dans les rets du syst\u00e8me monstrueux. Entre ces deux \u00ab\u00a0adversaires\u00a0\u00bb, dont l&rsquo;un est ce nihilisme qui nous retient prisonnier pour le cas de nous qui savons ce dont il s&rsquo;agit, l&rsquo;issue ne fait pas de doute. Ce n&rsquo;est pas un commentaire bien inform\u00e9, c&rsquo;est une \u00e9vidence qui nous emporte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est difficile, non plut\u00f4t impossible d&rsquo;envisager ce que va \u00eatre l&rsquo;expression terrestre de notre destin dans ce terrifiant <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-le-tourbillon-crisique\">tourbillon crisique<\/a>. Mais nous savons d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;il existe, face \u00e0 ces peuples qui ont \u00e9vit\u00e9 la catastrophe de la modernit\u00e9, une population occidentale, &mdash; r\u00e9duite ou pas, qu&rsquo;importe, &mdash; qui n&rsquo;a pas perdu ou qui a retrouv\u00e9 cette ontologie d\u00e9cim\u00e9e, d\u00e9figur\u00e9e, et qui se bat dans la prison du Syst\u00e8me pour la conserver. Ces deux populations doivent se reconnaitre et se retrouver, et elles ont, pour ce faire, beaucoup d&rsquo;obstacles \u00e0 franchir, de quiproquos \u00e0 \u00e9carter. Cette r\u00e9flexion qui est malgr\u00e9 tout, m\u00eame si indirectement, un commentaire du texte ci-dessous, nous est venue \u00e0 propos du mot \u00ab\u00a0nostalgie\u00a0\u00bb qui demanderait bien des \u00e9claircissements crois\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le texte d&rsquo;Ali-Mohammad Mohajer Nasser est pr\u00e9sent\u00e9 par ces trois titres et sous-titres :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; L&rsquo;Iran et la trag\u00e9die de la guerre tellurique &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Un point de vue iranien sur les \u00e9v\u00e9nements en cours &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; &#8230; sur le nihilisme occidental et la m\u00e9taphysique de la r\u00e9sistance. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il <a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2026\/06\/22\/l-iran-et-la-tragedie-de-la-guerre-tellurique-un-point-de-vue-iranien-sur-l.html\">est publi\u00e9<\/a> en fran\u00e7ais sur le site &lsquo;<em>euro-synergies.hautetfort.com<\/em>&lsquo;, qui constitue l&rsquo;un des plus remarquables, sinon le plus remarquable passeur de textes essentiels pour comprendre et mesurer la puissance et l&rsquo;ampleur de notre GrandeCrise. Gr\u00e2ce lui en soit rendue.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>L&rsquo;Iran et la trag\u00e9die de la guerre tellurique<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La guerre du Ramadan de 2026 a dur\u00e9 quarante jours. &Agrave; sa conclusion, les institutions strat\u00e9giques du monde atlantique se sont retrouv\u00e9es face \u00e0 un silence que leurs algorithmes \u00e9taient incapables de traiter. Elles avaient pr\u00e9dit l&rsquo;effondrement de l&rsquo;infrastructure iranienne en soixante-douze heures, la d\u00e9sint\u00e9gration de la cha&icirc;ne de commandement et de contr\u00f4le, la fragmentation in\u00e9vitable d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sous le poids d&rsquo;une attaque a\u00e9rienne et navale combin\u00e9e. Rien de tout cela ne s&rsquo;est produit. Les bilans habituels invoquaient des variables connues: surestimation des plateformes furtives, sous-estimation des batteries de missiles dispers\u00e9es, arrogance perp\u00e9tuelle des \u00e9tats-majors imp\u00e9riaux. Tout cela est vrai, et tout cela passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;essentiel. Ce que l&rsquo;Occident a rencontr\u00e9 en Iran, ce n&rsquo;\u00e9tait pas une doctrine militaire sup\u00e9rieure au sens technique. C&rsquo;\u00e9tait une mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre-au-monde \u00e9trang\u00e8re, pour laquelle sa propre tradition intellectuelle et spirituelle ne poss\u00e8de plus de vocabulaire. Cet essai tente de nommer ce mode d&rsquo;\u00eatre et, ce faisant, de diagnostiquer la maladie qui emp\u00eache l&rsquo;Occident de le reconna&icirc;tre.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>1. Pathologie du spectacle: la guerre occidentale comme nihilisme actif<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il faut commencer par \u00e9carter la fiction rassurante selon laquelle la guerre \u00e0 l&rsquo;occidentale serait &laquo;rationnelle&raquo;. Elle est, dans sa structure la plus profonde, fonci\u00e8rement pathologique. Martin Heidegger, dans son essai de 1954 &laquo;La question de la technique&raquo;, a identifi\u00e9 l&rsquo;essence des techniques modernes non comme un instrument neutre, mais comme un mode de d\u00e9voilement qu&rsquo;il nomme Gestell &ndash; l&rsquo;arraisonnement. Sous l&rsquo;arraisonnement, tous les \u00eatres &ndash; humains, animaux, min\u00e9raux &ndash; sont r\u00e9duits \u00e0 un Bestand, un stock: des ressources \u00e0 ordonner, optimiser, traiter et finalement \u00e9liminer. Ce que Heidegger diagnostiquait dans le barrage hydro\u00e9lectrique sur le Rhin, on peut d\u00e9sormais le diagnostiquer dans la cha&icirc;ne de destruction du bombardier am\u00e9ricain. L&rsquo;ennemi cesse d&rsquo;\u00eatre un sujet avec lequel on est engag\u00e9 dans une lutte politique; il devient un ensemble de cibles, un point de donn\u00e9e dans une \u00e9valuation des d\u00e9g\u00e2ts, un n&oelig;ud dans un r\u00e9seau logistique \u00e0 d\u00e9truire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est l\u00e0 le nihilisme, mais pas le nihilisme passif de la r\u00e9signation de Schopenhauer ou l&rsquo;\u00e9puisement m\u00e9lancolique de la classe s\u00e9natoriale romaine d\u00e9cadente. C&rsquo;est un nihilisme actif: une volont\u00e9 joyeuse et autodestructrice de n\u00e9ant, qui fait du spectacle de la destruction sa seule source affective. La guerre de 2026 l&rsquo;a rendu cr&ucirc;ment visible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Observez la conduite de la classe politique am\u00e9ricaine. Donald Trump n&rsquo;a pas seulement autoris\u00e9 les frappes a\u00e9riennes; il les a perform\u00e9es. Lorsqu&rsquo;un bombardier B-1 a d\u00e9truit un pont inachev\u00e9, Trump a publi\u00e9 la vid\u00e9o sur sa plateforme sociale avec la provocation: &laquo;Il y en aura d&rsquo;autres!&raquo;. Il a d\u00e9crit le kidnapping d&rsquo;un chef d&rsquo;&Eacute;tat \u00e9tranger comme si cela \u00e9quivalait \u00e0 &laquo;regarder une \u00e9mission t\u00e9l\u00e9&raquo;. Pete Hegseth, son secr\u00e9taire \u00e0 la guerre, a rejet\u00e9 tout l&rsquo;\u00e9difice du droit humanitaire international &ndash; le s\u00e9diment de si\u00e8cles de doctrine chr\u00e9tienne de la guerre juste, m\u00eame s\u00e9cularis\u00e9e &ndash; comme de &laquo;stupides r\u00e8gles d&rsquo;engagement&raquo;. Ce n&rsquo;est pas de la strat\u00e9gie. C&rsquo;est de la gamification. La guerre devient un produit de consommation, un film d&rsquo;action immersif o&ugrave; l&rsquo;acte de tuer est structurellement indiscernable du divertissement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne est encore plus accentu\u00e9 dans l&rsquo;entit\u00e9 sioniste, \u00e0 la fois laboratoire et avant-garde de cette forme de vie. Lors de la campagne d&rsquo;extermination \u00e0 Gaza et des frappes ult\u00e9rieures contre l&rsquo;Iran, un universitaire isra\u00e9lien \u00e9crivait publiquement: &laquo;Tuez les enfants iraniens. Bombardez leurs enfants, pas leurs infrastructures. Les parents doivent voir mourir leurs enfants.&raquo; Il ajoutait, avec une fiert\u00e9 clinique, qu&rsquo;il avait fallu deux ans pour perfectionner cette m\u00e9thode \u00e0 Gaza. Ce n&rsquo;est pas une aberration, ni un \u00e9cart de d\u00e9corum. C&rsquo;est le point d&rsquo;aboutissement logique de l&rsquo;arraisonnement. Lorsque la population ennemie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9e de toute aura sacr\u00e9e &ndash; quand elle n&rsquo;est plus que Bestand &ndash;, la mort d&rsquo;un enfant n&rsquo;est plus une trag\u00e9die mais un indicateur, une unit\u00e9 quantifiable de guerre psychologique. L&rsquo;Occident ne se soucie m\u00eame plus d&rsquo;habiller ses guerres du voile de l&rsquo;intervention humanitaire. Le masque est tomb\u00e9 car le visage dessous est pourri.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour comprendre toute l&rsquo;ampleur de cette pathologie, il faut \u00e9largir le regard au-del\u00e0 du golfe Persique jusqu&rsquo;\u00e0 la terre noire du Donbass. La guerre par procuration de l&rsquo;Occident contre la Russie en Ukraine n&rsquo;est pas un contre-mod\u00e8le du nihilisme d\u00e9crit ci-dessus; elle en est l&rsquo;expression la plus accomplie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voyez ce que l&rsquo;Occident a r\u00e9ellement offert \u00e0 l&rsquo;Ukraine: des armes, certes &ndash; HIMARS, Storm Shadows, chars Abrams, le flot ininterrompu de mat\u00e9riel pour soutenir une guerre d&rsquo;usure. Des sanctions contre la Russie, une guerre financi\u00e8re qui s&rsquo;est retourn\u00e9e spectaculairement contre ses instigateurs. Un r\u00e9cit &laquo;d&rsquo;int\u00e9gration europ\u00e9enne&raquo; qui, en pratique, est une promesse de servitude perp\u00e9tuelle envers Bruxelles et Washington. Mais ce que l&rsquo;Occident n&rsquo;a pas offert, et ne peut offrir, c&rsquo;est une m\u00e9taphysique du sacrifice. Il est incapable d&rsquo;expliquer au soldat ukrainien pourquoi sa mort a un sens, parce que l&rsquo;Occident lui-m\u00eame ne croit plus que la mort ait un sens. L&rsquo;Union europ\u00e9enne n&rsquo;est qu&rsquo;un appareil gestionnaire pour l&rsquo;administration des march\u00e9s. Elle n&rsquo;a pas de nomos, pas de fondation sacr\u00e9e, pas de destin. Elle est, au sens pr\u00e9cis d&rsquo;Oswald Spengler, une civilisation: la phase inorganique, sans \u00e2me, post-culturelle d&rsquo;un organisme autrefois vivant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce cadre, le soldat ukrainien ne meurt pas pour une patrie au sens tellurique, ni pour une histoire sacr\u00e9e ou un pacte avec les morts, mais pour un virement bancaire et un tweet d&rsquo;un fonctionnaire de Bruxelles. Les officiers de l&rsquo;OTAN voient le terrain de l&rsquo;Est de l&rsquo;Ukraine comme une grille de coordonn\u00e9es; ils parlent de &laquo;fa\u00e7onner le champ de bataille&raquo; et de &laquo;g\u00e9rer les \u00e9chelles d&rsquo;escalade&raquo; dans un langage qui n&rsquo;est pas diff\u00e9rent d&rsquo;une analyse de risque d&rsquo;entreprise. Le combattant russe, quoi qu&rsquo;on en dise, se bat sur une terre ancestrale contre une intrusion qui avance depuis trois d\u00e9cennies. Il combat, imparfaitement certes, en tant qu&rsquo;\u00eatre tellurique: enracin\u00e9 dans la terre, la m\u00e9moire, et un h\u00e9ritage civilisationnel orthodoxe sp\u00e9cifique. Le soldat ukrainien, en revanche, a \u00e9t\u00e9 enr\u00f4l\u00e9 dans une guerre qui n&rsquo;est pas la sienne, une guerre men\u00e9e pour le principe abstrait que &laquo;les fronti\u00e8res ne doivent pas changer par la force&raquo;, un principe que l&rsquo;Occident lui-m\u00eame a viol\u00e9 chaque fois que cela lui convenait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de romantiser la F\u00e9d\u00e9ration de Russie pour reconna&icirc;tre qu&rsquo;elle est devenue, dans ce conflit, ce que Carl Schmitt appelait le Katechon: le reteneur, la force qui, bien que compromise, retient la dissolution totale du monde dans un espace homog\u00e8ne r\u00e9gi par le march\u00e9. La rage de l&rsquo;Occident contre la Russie n&rsquo;est pas une r\u00e9action morale \u00e0 une violation du droit international. C&rsquo;est la rage du nihiliste qui rencontre un peuple qui croit encore \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un destin sup\u00e9rieur \u00e0 la consommation individuelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>2. M\u00e9taphysique du combat fid\u00e8le: l&rsquo;intensification ontologique de l&rsquo;Iran<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Face \u00e0 ce vide &ndash; ce nihilisme actif, spectateur, marchand &ndash; se dresse ce qu&rsquo;on ne peut appeler autrement qu&rsquo;une m\u00e9taphysique du combat fid\u00e8le. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9siste \u00e0 toute lecture r\u00e9ductrice. Ce n&rsquo;est pas simplement du &laquo;fanatisme religieux&raquo;, comme le clame la presse occidentale. Ce n&rsquo;est pas une innovation tactique \u00e0 d\u00e9cortiquer et int\u00e9grer dans le prochain manuel du Marine Corps. C&rsquo;est une relation enti\u00e8rement diff\u00e9rente \u00e0 la mort, \u00e0 la communaut\u00e9, \u00e0 la terre sur laquelle on se tient.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour l&rsquo;aborder, il faut se tourner vers une tradition que l&rsquo;Occident a syst\u00e9matiquement ignor\u00e9e: la philosophie islamique iranienne, et en particulier la doctrine de l&rsquo;al-harakat al-jawhariyya &ndash; le mouvement substantiel &ndash; d\u00e9velopp\u00e9e par le sage du XVIIe si\u00e8cle Mollah Sadra Shirazi (portrait). Le mouvement substantiel pose que la r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est pas une substance statique qui subit des changements accidentels, mais que la substance elle-m\u00eame est en mouvement. L&rsquo;existence est un flux perp\u00e9tuel, une intensification continue. Un \u00eatre n&rsquo;a pas simplement une histoire qui lui arrive; il est son histoire sous le mode du profondissement continu. Ce n&rsquo;est pas une m\u00e9taphore. C&rsquo;est une ontologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Iran, en tant que bumiyyat &ndash; un \u00eatre autochtone, enracin\u00e9, li\u00e9 \u00e0 un lieu et \u00e0 une histoire &ndash; est l&rsquo;incarnation vivante de ce principe. L&rsquo;Iran n&rsquo;a pas seulement une longue histoire. Il est cette histoire en mouvement. &Agrave; chaque moment de menace existentielle &ndash; de l&rsquo;incendie de Pers\u00e9polis par Alexandre au sac de Bagdad par les Mongols, de la guerre de huit ans contre le r\u00e9gime de Saddam Hussein soutenu par l&rsquo;Occident \u00e0 la guerre du Ramadan 2026 &ndash; l&rsquo;essence iranienne ne s&rsquo;est pas dissoute dans le traumatisme ni fragment\u00e9e en pur instinct de survie. Elle s&rsquo;est intensifi\u00e9e. Elle est retourn\u00e9e \u00e0 ses racines, non pour les r\u00e9p\u00e9ter dans un cycle nostalgique et st\u00e9rile, mais pour les recr\u00e9er \u00e0 un plus haut degr\u00e9 de densit\u00e9 existentielle. C&rsquo;est le sens de l&rsquo;ishtidad: l&rsquo;intensification.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le m\u00e9canisme de cette intensification est le tadhakkur: le souvenir. Mais il ne s&rsquo;agit pas du souvenir d&rsquo;un \u00e9colier qui apprend des dates par c&oelig;ur. Le tadhakkur est un rappel ontologique actif qui effondre le temps lin\u00e9aire et vide de l&rsquo;Occident moderne &ndash; ce que Walter Benjamin appelait le &laquo;temps homog\u00e8ne et vide&raquo; &ndash; et ouvre une porte \u00e0 une temporalit\u00e9 qualitative. Quand le combattant iranien entre sur le champ de bataille, il ne se contente pas de se souvenir de la bataille de Karbala au VIIe si\u00e8cle. Il synchronise son pr\u00e9sent avec elle. Il devient contemporain de Husayn ibn Ali. Le martyre de Karbala, d\u00e9faite militaire mais victoire cosmique, n&rsquo;est pas un \u00e9v\u00e9nement pass\u00e9 dont on tire des le\u00e7ons. C&rsquo;est une r\u00e9alit\u00e9 vivante et \u00e9ternelle \u00e0 laquelle le combattant participe par l&rsquo;acte du sacrifice.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est pourquoi les agences de renseignement occidentales, avec toutes leurs donn\u00e9es et leurs mod\u00e8les comportementaux, ont \u00e9t\u00e9 prises totalement au d\u00e9pourvu lors de la guerre de 2026. Elles s&rsquo;attendaient \u00e0 ce que la puissance des bombardements, le &laquo;choc et effroi&raquo; qui avait terrass\u00e9 d&rsquo;autres &Eacute;tats, brise la population iranienne, la retourne contre le gouvernement, produise la &laquo;r\u00e9volution de couleur&raquo; tant esp\u00e9r\u00e9e. L&rsquo;inverse s&rsquo;est produit. Le deuxi\u00e8me jour de la guerre, sans aucun ordre de l&rsquo;&Eacute;tat, sans aucun appel officiel \u00e0 la mobilisation, des dizaines de milliers d&rsquo;Iraniens ont spontan\u00e9ment envahi les rues de T\u00e9h\u00e9ran. Ils savaient que ces rues pouvaient \u00e0 tout moment devenir des zones de mort. Ils sont venus quand m\u00eame. Ils avaient d\u00e9j\u00e0, dans le langage de la tradition, \u00e9gorg\u00e9 la mort au pied de l&rsquo;Absolu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Consid\u00e9rez la derni\u00e8re note d&rsquo;un commandant iranien, mort en martyr lors des premiers jours de la guerre. Il a \u00e9crit: &laquo;Le monde est une mauvaise chose car si tu le gagnes enti\u00e8rement, tu n&rsquo;as rien gagn\u00e9. Mais c&rsquo;est aussi sa vertu: si tu le perds enti\u00e8rement, tu n&rsquo;as rien perdu.&raquo; Ce n&rsquo;est pas du fatalisme. Ce n&rsquo;est pas le &laquo;culte de la mort&raquo;, comme le qualifie la propagande occidentale. C&rsquo;est la parole d&rsquo;un sujet qui a identifi\u00e9 son existence \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 sacr\u00e9e \u00e0 un point tel que la mort biologique devient une transition tactique, non une fin. Le martyr, selon cette ontologie, ne meurt pas. Il \u00e9migre du visible \u00e0 l&rsquo;invisible, du terrestre \u00e0 la garnison c\u00e9leste, d&rsquo;o&ugrave; il continue \u00e0 combattre aux c\u00f4t\u00e9s de ses compagnons. C&rsquo;est le sens du verset coranique: &laquo;Ne dites pas de ceux qui sont tu\u00e9s dans le chemin de Dieu qu&rsquo;ils sont morts. Non, ils sont vivants, mais vous ne le percevez pas.&raquo; (2:154)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Face \u00e0 cela, qu&rsquo;a le combattant occidental? Un salaire. Un pr\u00eat de v\u00e9t\u00e9ran. Une &laquo;mission&raquo; qui change \u00e0 chaque cycle \u00e9lectoral. Sa mort, si elle survient, n&rsquo;est pas un sacrifice mais une erreur logistique, un \u00e9chec de la gestion du risque. Son ennemi n&rsquo;est pas un sujet engag\u00e9 dans une lutte politique; c&rsquo;est une &laquo;cible de grande valeur&raquo; \u00e0 traiter. Il op\u00e8re depuis un porte-avions &ndash; une &icirc;le flottante de juridiction am\u00e9ricaine, une machine st\u00e9rile, sans lieu, qui n&rsquo;appartient \u00e0 aucun nomos, \u00e0 aucune terre, \u00e0 aucune g\u00e9ographie sacr\u00e9e. Le combattant iranien op\u00e8re depuis la montagne. La cha&icirc;ne du Zagros (foto) n&rsquo;est pas pour lui un simple relief topographique: c&rsquo;est une arme, un bouclier, un sanctuaire. L&rsquo;Occident combat contre la g\u00e9ographie &ndash; il l&rsquo;aplatit, la br&ucirc;le, nie sa pertinence tactique. L&rsquo;Iran combat avec la g\u00e9ographie &ndash; il s&rsquo;enracine dans la montagne, se faufile dans les oueds cach\u00e9s, tire des missiles depuis la roche m\u00eame que les munitions de pr\u00e9cision occidentales ne peuvent atteindre.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>3. Le d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz comme th\u00e9\u00e2tre m\u00e9taphysique<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Cette fracture ontologique trouve son expression la plus condens\u00e9e dans le d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz. Le d\u00e9troit n&rsquo;est pas simplement un &laquo;point d&rsquo;\u00e9tranglement&raquo; dans le langage banal de la strat\u00e9gie navale. C&rsquo;est la ligne de front symbolique o&ugrave; deux nomoi, deux modes d&rsquo;organisation de la Terre, s&rsquo;affrontent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le nomos occidental, thalassocratique, voit la mer comme un vide \u00e0 traverser, un espace de flux \u00e0 s\u00e9curiser pour le commerce. Le d\u00e9troit est un passage, un goulet \u00e0 g\u00e9rer, un probl\u00e8me de projection de force. Le nomos iranien, tellurique, voit la mer du point de vue de la terre qui l&rsquo;enserre. Le d\u00e9troit n&rsquo;est pas un passage; c&rsquo;est le seuil d&rsquo;un foyer. Lorsque le responsable iranien d\u00e9clare \u00e0 la cha&icirc;ne Al-Mayadeen, peu avant son assassinat, que &laquo;le golfe Persique est notre maison&raquo;, il ne prononce pas un slogan de propagande. Il \u00e9nonce une revendication m\u00e9taphysique que l&rsquo;Occident est constitutionnellement incapable d&rsquo;entendre: certains espaces ne sont pas vides, ni neutres, ni des &laquo;biens communs mondiaux&raquo;, mais satur\u00e9s de la pr\u00e9sence d&rsquo;un peuple dont le pacte avec cette g\u00e9ographie remonte \u00e0 des mill\u00e9naires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est la distinction schmittienne entre terre et mer faite chair. La marine am\u00e9ricaine, instrument supr\u00eame de la thalassocratie, agit sur l&rsquo;hypoth\u00e8se que la mer est un domaine d&rsquo;acc\u00e8s universel. L&rsquo;Iran op\u00e8re sur l&rsquo;hypoth\u00e8se, ontologiquement premi\u00e8re et historiquement confirm\u00e9e, que la mer c\u00f4ti\u00e8re est une extension de son \u00eatre tellurique. Quand un destroyer am\u00e9ricain entre dans le d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz, il ne p\u00e9n\u00e8tre pas seulement dans les eaux territoriales iraniennes au sens l\u00e9gal. Il entre dans une autre spatialit\u00e9, o&ugrave; la terre est l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment dominant et la mer son espace d\u00e9pendant. Le missile qui frappe le destroyer n&rsquo;est pas un acte d&rsquo;agression dans une bataille navale sym\u00e9trique. C&rsquo;est un acte de d\u00e9fense du foyer, tir\u00e9 depuis une batterie c\u00f4ti\u00e8re cach\u00e9e, depuis la montagne qui surplombe la mer, depuis une g\u00e9ographie militaris\u00e9e par une civilisation qui n&rsquo;a jamais oubli\u00e9 comment le faire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Occident ne peut comprendre cela, car sa propre relation \u00e0 la g\u00e9ographie est purement extractive. Il occupe l&rsquo;espace, mais il n&rsquo;y habite pas. Ses porte-avions sont des merveilles technologiques, mais ils sont sans foyer. Le combattant iranien, accroch\u00e9 \u00e0 sa forteresse montagneuse, est chez lui d&rsquo;une mani\u00e8re qu&rsquo;aucune frappe de pr\u00e9cision ne peut neutraliser.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\"><strong>4. La trag\u00e9die de l&rsquo;Occident: une coda spengl\u00e9rienne<\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La guerre du Ramadan 2026 n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 une victoire finale. Ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une bataille unique, au prix exorbitant, dans une guerre qui s&rsquo;\u00e9tendra sur des g\u00e9n\u00e9rations. L&rsquo;Occident n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 vaincu. Sa base industrielle, bien qu&rsquo;affaiblie, reste redoutable. Sa capacit\u00e9 de destruction, d&rsquo;exporter son propre vide int\u00e9rieur, n&rsquo;est pas \u00e9puis\u00e9e. Il se r\u00e9armera. Il trouvera de nouveaux interm\u00e9diaires. Il affinera ses techniques d&rsquo;envo&ucirc;tement et de subversion. La guerre n&rsquo;est pas termin\u00e9e. Elle ne fait que commencer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais quelque chose a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qui ne peut plus \u00eatre ignor\u00e9. L&rsquo;Occident a d\u00e9voil\u00e9 son essence. Il continue de se battre pour le p\u00e9trole, pour les points de passage strat\u00e9giques, pour les ressorts mat\u00e9riels de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie. Les anciens int\u00e9r\u00eats imp\u00e9riaux n&rsquo;ont pas disparu. Mais ce que la guerre de 2026 a mis \u00e0 nu, c&rsquo;est que ces int\u00e9r\u00eats sont d\u00e9sormais poursuivis en l&rsquo;absence de tout horizon civilisationnel ou moral. Priv\u00e9e de toute transcendance sacr\u00e9e, la guerre ne sert plus de but politique sup\u00e9rieur; elle devient sa propre fin &ndash; un rituel spectaculaire, m\u00e9diatis\u00e9, ludifi\u00e9, qui administre la mort tout en g\u00e9n\u00e9rant du contenu viral. C&rsquo;est ce qu&rsquo;Oswald Spengler avait anticip\u00e9: une civilisation entrant dans la phase o&ugrave; l&rsquo;argent triomphe du sang, le marchand du guerrier, la causalit\u00e9 du destin. Dans une telle phase, m\u00eame le gain mat\u00e9riel cesse de porter vers un avenir signifiant. L&rsquo;Occident ne croit plus en l&rsquo;avenir qu&rsquo;il pr\u00e9tend b\u00e2tir. Il lui reste le spectacle du pr\u00e9sent, la d\u00e9charge de dopamine de la notification de frappe &ndash; et les champs de p\u00e9trole, toujours en flammes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le monde multipolaire, le monde des puissances telluriques qui reconqui\u00e8rent leur souverainet\u00e9 face \u00e0 l&#8217;empire thalassocratique, doit comprendre cela: on ne peut vaincre cette forme de nihilisme par un nihilisme sup\u00e9rieur. On ne r\u00e9pond pas au Gestell occidental par plus de smartphones, plus de r\u00e9formes n\u00e9olib\u00e9rales, plus d&rsquo;int\u00e9gration aux structures du march\u00e9 qui dissolvent toute tradition. La seule r\u00e9ponse durable est celle que l&rsquo;Iran a incarn\u00e9e, m\u00eame imparfaitement: un retour \u00e0 la bumiyyat (autochtonie), la culture de l&rsquo;ishtidad (intensification existentielle), et la discipline du tadhakkur (souvenir). Il ne s&rsquo;agit pas de nostalgie. Ni de z\u00e8le religieux. Il s&rsquo;agit de la reconnaissance froide et lucide de ceci: un peuple qui oublie pourquoi il vaut la peine de mourir, oubliera bient\u00f4t pourquoi il vaut la peine de vivre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Occident hurle dans le vide: &laquo;Nous vous enterrerons.&raquo; Mais il ne peut pas enterrer ce qu&rsquo;il ne peut voir. Et il ne peut pas voir l&rsquo;\u00e2me. Voil\u00e0 sa trag\u00e9die. Voil\u00e0 le seul espoir des assi\u00e9g\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Ali-Mohammad Mohajer Nasser<\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&bull; Ce texte superbe et d&rsquo;une densit&eacute; extr&ecirc;me nous donne <strong>une conception puissante et superbe de la m&eacute;taphysique de la guerre men&eacute;e par l&rsquo;Iran depuis f&eacute;vrier<\/strong>. &bull;&nbsp;Par triste comparaison, il met en &eacute;vidence <strong>l&rsquo;&eacute;pouvantable nihilisme, &mdash;&nbsp;m&eacute;lange d&rsquo;hyst&eacute;rie technologique et d&rsquo;insondable b&ecirc;tise,&nbsp;&mdash;<\/strong> des hordes occidentales men&eacute;es par les brillantissimes conceptions am&eacute;ricasionistes, avec le soutien amical de la couardise europ&eacute;enne. &bull;&nbsp;<strong>Amas puant de tous les nihilismes possibles<\/strong>&nbsp;pei,turlur&eacute; de citations morales<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[14],"tags":[22612,2651,2645,2773,22613,2738,9975,4360],"class_list":["post-82089","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-ali-mohammad","tag-du","tag-guerre","tag-iran","tag-mohajer","tag-nasser","tag-ormouz","tag-ramadan"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/82089","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=82089"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/82089\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":82091,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/82089\/revisions\/82091"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=82089"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=82089"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=82089"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}