{"id":82223,"date":"2026-10-13T00:00:00","date_gmt":"2026-10-12T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/10\/13\/puissance-metahistorique-de-la-these-cyclique\/"},"modified":"2026-10-13T00:00:00","modified_gmt":"2026-10-12T22:00:00","slug":"puissance-metahistorique-de-la-these-cyclique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2026\/10\/13\/puissance-metahistorique-de-la-these-cyclique\/","title":{"rendered":"Puissance m\u00e9tahistorique de la th\u00e8se cyclique"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Puissance m\u00e9tahistorique de la th\u00e8se cyclique<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>&bull; Nous suivons un historique, ou plut\u00f4t une m\u00e9tahistoire de la th\u00e8se cyclique de l&rsquo;histoire (de la m\u00e9tahistoire). &bull; Pour constater que nous sommes \u00e9videmment \u00e0 un moment-clef de notre cycle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui est remarquable, \u00e0 la fois \u00e9trange et naturel, c&rsquo;est la diff\u00e9rence de l&rsquo;intensit\u00e9 du discours entre l&rsquo;\u00e9vocation souvent furieuse et apocalyptique des probl\u00e8mes imm\u00e9diats et courant dans une situation de <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">GrandeCrise<\/a>, et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et le calme qui accompagnent les grandes \u00e9tudes des diff\u00e9rentes conceptions sur la philosophie de l&rsquo;histoire cyclique, &mdash; m\u00e9tahistoire pour nous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour aujourd&rsquo;hui o&ugrave; ce contraste est tr\u00e8s marquant, on parlerait de l&rsquo;extr\u00eame fureur pour d\u00e9battre des probl\u00e8mes historiques en cours qui sont emprisonn\u00e9s dans le concept d\u00e9pass\u00e9 du d\u00e9veloppement lin\u00e9aire de l&rsquo;histoire, et de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 accompagnant la vision n\u00e9cessairement cyclique de la m\u00e9tahistoire. Il ne s&rsquo;agit rien moins que d&rsquo;un argument irr\u00e9sistible pour la m\u00e9tahistoire en tant qu&rsquo;enseignement de l&rsquo;apaisement et de la mesure pour l&rsquo;esprit, c&rsquo;est-\u00e0-dire la sauvegarde de l&rsquo;esprit auquel sont donn\u00e9s les choix par la libert\u00e9 de choix.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Face \u00e0 la d\u00e9vastation suscit\u00e9e par la <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">GrandeCrise<\/a>, absolument n\u00e9cessaire lorsqu&rsquo;on a correctement identifi\u00e9 ce qu&rsquo;elle d\u00e9vaste qui est l&rsquo;univers corrompu et catastrophique du Syst\u00e8me, &mdash; la r\u00e9flexion m\u00e9tahistorique appara&icirc;t comme une sauvegarde de l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique, de l&rsquo;art de l&rsquo;intuition et de la p\u00e9rennit\u00e9 dans le changement que nous offre la tradition. (Pour sourire : \u00ab\u00a0p\u00e9rennit\u00e9 dans le changement\u00a0\u00bb comme une sorte d'\u00a0\u00bbind\u00e9pendance dans l&rsquo;interd\u00e9pendance\u00a0\u00bb selon la formule du s\u00e9millant Edgar Faure pour rendre en 1955 son ind\u00e9pendance \u00e0 la Tunisie.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 des possibilit\u00e9s de l&rsquo;histoire cyclique, une fois \u00e9cart\u00e9 l&rsquo;utopie de la vision lin\u00e9aire intimement li\u00e9e \u00e0 des crit\u00e8res religieux ou id\u00e9ologiques imp\u00e9ratifs enfermant l&rsquo;esprit dans les choix qui les accompagnent, permet par contraste une tr\u00e8s grande libert\u00e9 \u00e0 l&rsquo;esprit, et par cons\u00e9quent l&rsquo;enrichissement de l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique et de l&rsquo;art de l&rsquo;intuition. Il est extr\u00eamement significatif de constater combien cette m\u00e9thodologie m\u00e9tahistorique n&rsquo;a jamais quitt\u00e9 le devant de la sc\u00e8ne de l&rsquo;esprit depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9, &mdash; ce qui lui donne une r\u00e9elle l\u00e9gitimit\u00e9 en chassant l&rsquo;histoire prisonni\u00e8re des \u00e9v\u00e9nements au profit de la m\u00e9tahistoire cr\u00e9atrice des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le texte ci-dessous, \u00e9crit par l&rsquo;excellent Markku Siira d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 dans nos analyses, montre une acc\u00e9l\u00e9ration significative des hypoth\u00e8ses d&rsquo;histoire cyclique depuis le XX\u00e8me si\u00e8cle, correspondant \u00e0 la maturation de la <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">GrandeCrise<\/a>. Cette situation implique une dynamique qui n&rsquo;existe pas dans la monotonie de la th\u00e8se lin\u00e9aire, d&rsquo;o&ugrave; l&#8217;emploi (signal\u00e9 en caract\u00e8re gras par l&rsquo;auteur) d&rsquo;un constat imp\u00e9ratif du mouvement impliqu\u00e9 par les soul\u00e8vements de la <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">GrandeCrise<\/a> dont nul ne sait sur quoi elle d\u00e9bouchera : &laquo; <strong>la stabilit\u00e9 n&rsquo;est pas permanente <\/strong>&raquo; et &laquo;<strong> aucun ordre ne reste inchang\u00e9 <\/strong>&raquo;&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Ces penseurs ont en commun une m\u00eame observation fondamentale: <strong>la stabilit\u00e9 n&rsquo;est pas permanente<\/strong>. Un ordre \u00e9tabli accumule en son sein des tensions qu&rsquo;il est incapable de r\u00e9sorber. La richesse se concentre, les institutions se rigidifient afin de d\u00e9fendre ceux qui b\u00e9n\u00e9ficient de la situation existante, et une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration &mdash; d\u00e9pourvue de tout souvenir personnel de la crise pr\u00e9c\u00e9dente &mdash; consid\u00e8re l&rsquo;ordre en vigueur comme allant de soi. Lorsque le syst\u00e8me subit un choc suffisamment puissant, il ne plie pas: il se brise.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>Les diff\u00e9rences entre ces th\u00e9ories restent n\u00e9anmoins consid\u00e9rables. Polybe et Vico parlaient d&rsquo;un cycle revenant au point de d\u00e9part. Spengler et Toynbee d\u00e9crivaient la mort et la renaissance. Strauss et Howe s&rsquo;appuient sur des arch\u00e9types g\u00e9n\u00e9rationnels, Turchin sur des cycles statistiques et Dalio sur les march\u00e9s de la dette. Les m\u00e9thodes varient fortement, mais l&rsquo;observation essentielle demeure la m\u00eame: <strong>aucun ordre ne reste inchang\u00e9<\/strong><\/em>. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La question en suspens est de savoir si ces constats constituent des donn\u00e9es intangibles ou s&rsquo;ils surgissent aujourd&rsquo;hui dans leur \u00e9tat implicite de puissance \u00e0 cause de notre situation crisologique si extr\u00eame. Un facteur essentiel et sans pr\u00e9c\u00e9dent caract\u00e9risant notre actuelle situation justifient ou expliquent ces deux constats et les questions qui les accompagnent : la puissance extraordinaire du syst\u00e8me de la communication. Est-elle susceptible de modifier, non pas l&rsquo;aspect cyclique de la m\u00e9tahistoire, mais bien son orientation, son issue finale, sa forme d\u00e9cisive, sa capacit\u00e9 de donner au cycle une impulsion qui le fasse quitter les diff\u00e9rents mod\u00e8les envisag\u00e9s par les chercheurs pour cr\u00e9er quelque chose de tout \u00e0 fait diff\u00e9rent. De ce point de vue, la <a href=\"https:\/\/www.dedefensa.org\/article\/glossairedde-la-gces\">GrandeCrise<\/a> est, elle aussi, absolument sans pr\u00e9c\u00e9dent. Il faut voir que Markku Siira a pris une voie d&rsquo;analyse inverse, partant de la cons\u00e9quence (&laquo; <em>L&rsquo;ordre se brise<\/em> &raquo;) qu&rsquo;il pr\u00e9sente comme absolue, pour s&rsquo;interroger sur les mod\u00e8les qui en sont la cause.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Texte de Markku Siira. Original de &laquo; <em>Quand l&rsquo;ordre se brise: les cycles du pouvoir et des g\u00e9n\u00e9rations<\/em> &raquo; sur &lsquo;<a href=\"https:\/\/markkusiira.substack.com\/p\/kun-jarjestys-murtuu-v...\">markkusiira.substrack.com<\/a>&lsquo; et traduction sur &lsquo;<a href=\"http:\/\/euro-synergies.hautetfort.com\/archive\/2026\/10\/11\/quand-l-ordre-se-brise-les-cycles-du-pouvoir-et-des-generations.html\">synergies.heutetfort.com<\/a>&lsquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dde.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><strong>Quand l&rsquo;ordre se brise&#8230;<\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;id\u00e9e selon laquelle l&rsquo;histoire ne suit pas un cours lin\u00e9aire, mais \u00e9volue par cycles, est plus ancienne que la plupart des sciences sociales contemporaines. Dans la Gr\u00e8ce antique d\u00e9j\u00e0, Polybe soutenait que les formes de gouvernement se succ\u00e8dent selon un cycle r\u00e9gulier: la monarchie d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en tyrannie, la tyrannie est remplac\u00e9e par l&rsquo;aristocratie, l&rsquo;aristocratie par l&rsquo;oligarchie, l&rsquo;oligarchie par la d\u00e9mocratie et, finalement, la d\u00e9mocratie par une nouvelle tyrannie. Selon lui, ce processus n&rsquo;\u00e9tait pas le fruit du hasard, mais r\u00e9sultait de la dynamique de la r\u00e9partition du pouvoir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au XIVe si\u00e8cle, Ibn Khaldoun d\u00e9veloppa davantage cette id\u00e9e. Selon lui, les dynasties naissent gr\u00e2ce \u00e0 la force de coh\u00e9sion du groupe, l&rsquo;asabiyya, connaissent plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de prosp\u00e9rit\u00e9, puis d\u00e9clinent lorsque la coh\u00e9sion originelle c\u00e8de la place au luxe et aux rivalit\u00e9s internes. Il distinguait trois phases: la g\u00e9n\u00e9ration des fondateurs, qui pr\u00e9serve la coh\u00e9sion; celle des successeurs, qui commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 s&rsquo;orienter vers le luxe; et les g\u00e9n\u00e9rations suivantes, au cours desquelles la solidit\u00e9 originelle finit par se briser. &Agrave; ses yeux, le cycle de vie d&rsquo;une dynastie durait g\u00e9n\u00e9ralement de trois \u00e0 quatre g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au XVIIIe si\u00e8cle, Giambattista Vico avan\u00e7a que les nations traversent trois \u00e2ges &mdash; l&rsquo;\u00e2ge des dieux, celui des h\u00e9ros et celui des hommes &mdash; avant de revenir \u00e0 leur point de d\u00e9part (corsi e ricorsi). Pour lui, ce retour n&rsquo;\u00e9tait pas une simple r\u00e9p\u00e9tition, mais un retour id\u00e9alis\u00e9 \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur : l&rsquo;humanit\u00e9 revient \u00e0 un \u00e9tat semblable \u00e0 son \u00e9tat originel, mais jamais tout \u00e0 fait identique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, Oswald Spengler affirma que les cultures sont des organismes vivants qui naissent, s&rsquo;\u00e9panouissent et meurent. Son &oelig;uvre majeure, Le D\u00e9clin de l&rsquo;Occident (1918-1922), divisait le cycle de vie d&rsquo;une culture en phases rappelant la croissance d&rsquo;une plante: naissance, jeunesse, maturation et, enfin, p\u00e9trification.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Selon lui, la distinction d\u00e9cisive \u00e9tait celle qui s\u00e9parait la culture de la civilisation. La culture est cr\u00e9atrice, g\u00e9n\u00e9ratrice de formes et vivante; la civilisation, au contraire, constitue la derni\u00e8re phase de la culture, celle o&ugrave; la cr\u00e9ativit\u00e9 est \u00e9puis\u00e9e et o&ugrave; ne subsistent plus que la p\u00e9trification des formes, l&rsquo;expansion et la ma&icirc;trise technique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Spengler pr\u00e9dit que la culture occidentale \u00e9tait entr\u00e9e dans la phase de civilisation et que sa fin \u00e9tait in\u00e9vitable. Selon lui, les cultures n&rsquo;apprennent pas les unes des autres, mais suivent le m\u00eame sch\u00e9ma ind\u00e9pendamment de ce qui se passe \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur d&rsquo;elles-m\u00eames.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Arnold Toynbee poursuivit dans la m\u00eame voie avec son ouvrage en douze volumes, A Study of History (1934-1961), dans lequel il expliquait l&rsquo;essor et la disparition des civilisations par le m\u00e9canisme du d\u00e9fi et de la r\u00e9ponse. Selon lui, une civilisation na&icirc;t lorsqu&rsquo;une communaut\u00e9 est confront\u00e9e \u00e0 un d\u00e9fi &mdash; par exemple une s\u00e9cheresse, une inondation, une guerre ou un nouveau mouvement religieux &mdash; et y r\u00e9pond d&rsquo;une mani\u00e8re exigeant cr\u00e9ativit\u00e9 et sacrifices.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une &laquo;minorit\u00e9 cr\u00e9atrice&raquo;, capable de relever le d\u00e9fi et d&rsquo;entra&icirc;ner les autres avec elle, joue un r\u00f4le d\u00e9terminant. Lorsque cette minorit\u00e9 perd sa cr\u00e9ativit\u00e9, elle devient une minorit\u00e9 dominante qui recourt \u00e0 la contrainte et \u00e0 l&rsquo;imitation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La civilisation commence alors \u00e0 se disloquer: le prol\u00e9tariat int\u00e9rieur se d\u00e9tache d&rsquo;elle, le prol\u00e9tariat ext\u00e9rieur exerce une pression \u00e0 ses fronti\u00e8res et, finalement, une nouvelle grande culture ou religion appara&icirc;t et remplace l&rsquo;ancienne. Toynbee soulignait que les civilisations ne meurent pas de chocs ext\u00e9rieurs, mais se suicident: elles perdent leur capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre aux d\u00e9fis qu&rsquo;elles ont elles-m\u00eames engendr\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans les ann\u00e9es 1990, William Strauss et Neil Howe rapproch\u00e8rent cette id\u00e9e de l&rsquo;\u00e9poque contemporaine. Selon leur th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rationnelle, l&rsquo;histoire des &Eacute;tats-Unis se divise en cycles d&rsquo;environ quatre-vingts ans, dont chacun s&rsquo;ach\u00e8ve par un quatri\u00e8me tournant &mdash; une crise qui transforme en profondeur la structure de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Peter Turchin a mod\u00e9lis\u00e9 quantitativement les cycles s\u00e9culaires et reli\u00e9 l&rsquo;instabilit\u00e9 politique \u00e0 la surproduction des \u00e9lites ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;appauvrissement de la population.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ray Dalio, pour sa part, a avanc\u00e9 que les grands cycles d&rsquo;endettement et de puissance se r\u00e9p\u00e8tent environ tous les soixante-quinze ans et s&rsquo;ach\u00e8vent par une refonte de l&rsquo;ordre \u00e9tabli.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces penseurs ont en commun une m\u00eame observation fondamentale: <strong>la stabilit\u00e9 n&rsquo;est pas permanente<\/strong>. Un ordre \u00e9tabli accumule en son sein des tensions qu&rsquo;il est incapable de r\u00e9sorber. La richesse se concentre, les institutions se rigidifient afin de d\u00e9fendre ceux qui b\u00e9n\u00e9ficient de la situation existante, et une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration &mdash; d\u00e9pourvue de tout souvenir personnel de la crise pr\u00e9c\u00e9dente &mdash; consid\u00e8re l&rsquo;ordre en vigueur comme allant de soi. Lorsque le syst\u00e8me subit un choc suffisamment puissant, il ne plie pas: il se brise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les diff\u00e9rences entre ces th\u00e9ories restent n\u00e9anmoins consid\u00e9rables. Polybe et Vico parlaient d&rsquo;un cycle revenant au point de d\u00e9part. Spengler et Toynbee d\u00e9crivaient la mort et la renaissance. Strauss et Howe s&rsquo;appuient sur des arch\u00e9types g\u00e9n\u00e9rationnels, Turchin sur des cycles statistiques et Dalio sur les march\u00e9s de la dette. Les m\u00e9thodes varient fortement, mais l&rsquo;observation essentielle demeure la m\u00eame: <strong>aucun ordre ne reste inchang\u00e9<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;un point de vue critique, on peut objecter qu&rsquo;il est facile de discerner des cycles apr\u00e8s coup. Lorsque l&rsquo;on regarde en arri\u00e8re, on finit toujours par trouver une forme de sch\u00e9ma. Cela ne suffit toutefois pas \u00e0 en faire une loi pr\u00e9dictive. Les th\u00e9ories cycliques n&rsquo;indiquent ni le moment exact ni le r\u00e9sultat final. Elles montrent que certaines tensions structurelles produisent certains types de cons\u00e9quences et, en ce sens, elles servent davantage de cadres d&rsquo;interpr\u00e9tation que de pr\u00e9visions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La situation actuelle s&rsquo;inscrit dans ce sch\u00e9ma. La polarisation politique s&rsquo;est accrue, la l\u00e9gitimit\u00e9 des institutions s&rsquo;est affaiblie et les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques ont retrouv\u00e9 des niveaux qui n&rsquo;avaient plus \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s depuis les ann\u00e9es 1920. La rupture technologique transforme les structures du travail, du savoir et du pouvoir, tandis que les tensions entre les grandes puissances s&rsquo;accentuent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les th\u00e9ories cycliques montrent que le m\u00eame sch\u00e9ma s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9p\u00e9t\u00e9 : l&rsquo;ordre dominant finit par s&rsquo;effondrer sous le poids de ses propres contradictions et, apr\u00e8s une p\u00e9riode de transition instable, un nouvel ordre prend sa place.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Agrave; quoi ce nouvel ordre pourrait-il ressembler? Apr\u00e8s les crises, le r\u00f4le de l&rsquo;&Eacute;tat s&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement accru. &Agrave; la suite de la guerre de S\u00e9cession, le pouvoir f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain s&rsquo;est consid\u00e9rablement \u00e9tendu. Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale sont apparus l&rsquo;&Eacute;tat-providence, les Nations unies et le syst\u00e8me \u00e9conomique de Bretton Woods. Si ce sch\u00e9ma se r\u00e9p\u00e8te, il faut probablement s&rsquo;attendre \u00e0 un pouvoir central plus fort, \u00e0 une r\u00e9glementation plus stricte ainsi qu&rsquo;\u00e0 un nouveau type d&rsquo;ordre \u00e9conomique et s\u00e9curitaire. Au d\u00e9but, cet ordre sera rigoureux, parce qu&rsquo;il na&icirc;tra d&rsquo;une rupture; il s&rsquo;assouplira ensuite \u00e0 mesure qu&rsquo;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration grandira en son sein.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une pr\u00e9vision pr\u00e9cise, mais d&rsquo;une possibilit\u00e9 d\u00e9coulant de ce que nous savons du pass\u00e9. Personne ne sait quand la transition se produira ni quelle forme le nouvel ordre prendra finalement. Nous savons toutefois que les g\u00e9n\u00e9rations actuelles devront vivre dans l&rsquo;entre-deux instable s\u00e9parant l&rsquo;ancien ordre du nouveau. La question n&rsquo;est pas seulement de savoir quand le nouvel ordre verra le jour, mais aussi o&ugrave; il \u00e9mergera.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il convient de noter que la conception cyclique de l&rsquo;histoire n&rsquo;est pas exclusivement occidentale. La phrase d&rsquo;ouverture du r\u00e9cit chinois des Trois Royaumes (Sanguo yanyi) est la suivante: &laquo;La grande tendance du monde veut qu&rsquo;apr\u00e8s une longue division vienne l&rsquo;unification, et qu&rsquo;apr\u00e8s une longue unification vienne la division&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette formule fait \u00e9cho au cycle des formes de gouvernement de Polybe et au d\u00e9clin des dynasties d\u00e9crit par Ibn Khaldoun, mais elle s&rsquo;en distingue sur un point: dans la tradition chinoise, l&rsquo;unit\u00e9 n&rsquo;est pas seulement une phase du cycle, mais l&rsquo;\u00e9tat normal de l&rsquo;ordre, vers lequel le cours de l&rsquo;histoire revient. Alors que l&rsquo;ordre dirig\u00e9 par l&rsquo;Occident perd sa capacit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server l&rsquo;unit\u00e9, le renforcement de la position de la Chine et, plus largement, de l&rsquo;Eurasie laisse penser que le centre du prochain cycle ne se trouvera peut-\u00eatre plus de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Atlantique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Markku Siira<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&bull; Nous suivons un historique, ou plut&ocirc;t une m&eacute;tahistoire de la th&egrave;se cyclique de l&rsquo;histoire (de la m&eacute;tahistoire). &bull;&nbsp;Pour constater que nous sommes &agrave; un moment-clef de notre cycle.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[14],"tags":[3015,14013,2631,5528,2622,13860,13891,14544],"class_list":["post-82223","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-communication","tag-cycles","tag-de","tag-historiques","tag-la","tag-markku","tag-siira","tag-systme"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/82223","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=82223"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/82223\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=82223"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=82223"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=82223"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}