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“Notre” Guerre Mondiale

« Notre » Guerre Mondiale

20 mars 2026 (17H50) – Est-il vrai qu’il « nous faut » une « Troisième Guerre mondiale » ? Ce n’est pas faux, mais encore s’agit-il de discuter de quelle « Guerre Mondiale » il s’agit. Dans un article, (repris par ‘euro-synergies.hautetfort.com‘) l’historien et philosophe brésilien Raphael Machado s’interroge sur le sens et le contenu du concept de « Guerre Mondial ». Bien qu’il n’y ait eu que deux Guerres Mondiales jusqu’ici, il montre aisément que l’on pourrait, selon des manipulations diverses de perception et de description de guerres régionales, conclure qu’il y a eu beaucoup de « Guerres Mondiales » (Guerre de Cent Ans, « guerres napoléoniennes », etc.). Le concept a connu le succès qu’on lui connaît au XXème siècle pour des raisons spécifiques, – qui, à notre sens, se trouvent rassemblées et particulièrement fécondes pour un tel concept, à cause de la puissance de la communication conduisant au besoin de conceptualisation des événements idéologiques et technologiques.

Machado ne s’attarde pas trop sur la Première Guerre Mondiale, – alors qu’il pourrait le faire, dans la mesure où ce conflit, prévu pour être régional et très rapide, s’est transformé en un énorme événement incluant effectivement nombre de pays dans le monde, n’étant pas concernés au premier chef. Pour lui, c’est surtout la Deuxième Guerre Mondiale qui est une « imposture » en sacrifiant tout au concept pour se voir transformée en substance :

« Pourquoi la « Seconde Guerre mondiale » serait-elle une imposture? Parce qu’elle a été construite dans les cabinets des historiens comme une «grande narration» destinée à lier le «nouvel ordre » occidental d’après-guerre. Que veux-je dire par là? C’est simple. Si l’on avait demandé à des historiens d’autres époques de suivre les différents théâtres et campagnes militaires entre 1936 et 1945, sans leur donner l’étiquette de «Seconde Guerre mondiale», ils auraient identifié une myriade de guerres, et non une seule (avec quatre précampagnes).

» La guerre du Pacifique est clairement une autre guerre spécifique, catégoriquement séparée du reste. Cela est plus facile à voir. Mais même la Grande Guerre patriotique fut une guerre isolée et circonscrite, distincte des autres. Même la guerre d’Europe pourrait, selon moi, être divisée en deux guerres: la première gagnée par l’Allemagne, la seconde par les États-Unis. Mais s’il existe une «Seconde Guerre mondiale» comme grande narration, alors évidemment la guerre civile espagnole, la guerre d’Hiver, la guerre d’Éthiopie et la guerre sino-japonaise devraient aussi y être incluses. »

Tout cela est développé et étudié en fonction de la tendance que nous avons aujourd’hui de voir partout et à tout moment l’approche ou le début d’une « Troisième Guerre Mondiale ». C’est effectivement un fait évident que l’expression est dégainée fort souvent, à l’occasion des diverses guerres, souvent asymétriques, étranges, provoquées, qui se succèdent sans interruption depuis 1999. (A propos , je note avec le plus grand intérêt que l’expression de « guerre-Epstein » va à ravir à la guerre actuelle contre l’Iran, à la fois guerre-proxi, guerre asymétrique, guerre pour la corruption et la pornographie pédophile. Cela situe le niveau.)

« Dès que la guerre-Epstein (ou guerre d’Iran) a commencé, beaucoup de gens ont demandé: « Est-ce que cela peut mener à la Troisième Guerre mondiale? » Mentalement, j’ai pensé: « Mener? Que manque-t-il encore pour que tout le monde comprenne où nous en sommes? » »

Là-dessus, Machado décrit le concept de « Troisième Guerre Mondiale » telle que l’imaginent le public, mais aussi les commentateurs. Sa description de cette conceptualisation mythifiée est parfaitement conforme à ce que nous lisons et entendons chaque jour, et imaginons nous-mêmes à telle ou telle occasion. Moi aussi, par exemple, j’ai inscrit dans l’esprit cette inéluctabilité du conflit nucléaire pour terminer cette mythique « Troisième Guerre Mondiale »… Mais je pondérerais tout de même ce propos depuis l’Ukraine et l’Iran, où l’on atteint tant de ‘lignes rouges’ et d’occurrences qui devraient déboucher sur cette fameuse « Troisième » nécessairement nucléaire, et qui semble pourtant l’éviter.

« Quand on parle d’une éventuelle « Troisième Guerre mondiale » à venir, on imagine presque toujours une guerre nucléaire ou une guerre totale, de mobilisation générale permanente, avec des hordes et des hordes de soldats se jetant les uns contre les autres, et les différents États se débarrassant de toutes les limitations et autocensures dans le but de massacrer le plus grand nombre d’ennemis possible. »

… Ce qui nous conduit à une évocation de ce qui sera perçu, dans un ou deux siècles par les historiens en place, comme notre « Troisième Guerre Mondiale » sans nécessairement passer par la « case nucléaire » qui ne laisserait sans doute plus aucun historien pour chercher, dans un-deux siècles, ce qui sera perçu comme notre « Troisième Guerre Mondiale ».

« Qu’est-ce que cela signifie ? Que selon l’éclatement de nouveaux conflits régionaux, plus ou moins reliés et plus ou moins durables, il se pourrait que, dans un futur situé entre 100 et 500 ans, des historiens en viennent à désigner la période débutant, peut-être, avec l’opération militaire spéciale ou la guerre du Donbass comme la « Troisième Guerre mondiale ». Et nous ne serons même plus là pour le savoir. Les historiens du futur pourraient considérer que les guerres sont menées selon les formes rendues nécessaires par les technologies militaires de leur époque, de sorte qu’une guerre à une époque de prolifération nucléaire, d’avancées balistiques et d’invention des drones ne puisse se faire que de cette manière, alternant entre guerres par procuration et frappes à distance. »

L’attente pressante de la « fin du monde »

Machado termine par une remarque nous ramenant à notre actuelle attente anxieuse et pressante de la « Troisième Guerre Mondiale ». Il observe alors un caractère très particulier qu’il ne fait que décrire sans s’y attarder. En effet, il faut remarquer qu’il ne note pas ce caractère particulier, qui différencie complètement les deux Guerres Mondiales où l’on n’attendait pas la « fin du monde », – deux guerres technologiques et idéologiques, qui devaient être « la guerre du ‘plus jamais la guerre' » et la « guerre de la démocratie »…

« Enfin, la vision populaire de ce que « devrait » être cette fameuse Troisième Guerre mondiale relève, comme je l’ai dit, d’une obsession pour la forme des Première et Seconde Guerres mondiales, mais aussi d’une attente eschatologique plus ou moins cachée. Personne n’est satisfait d’une « Troisième Guerre mondiale » qui ne va pas plus loin que le simple récit reliant le conflit russo-ukrainien au conflit israélo-iranien, et qui ne comporte pas un certain degré de massacres de masse et de risque de « fin du monde ». »

Et ainsi revenons-nous, au travers d’un essai de conceptualisation d’une perception flottant dans tous les esprits comme une obsession de toutes les analyses précédant chaque nouveau conflit régional et guerre d’agression de notre époque, à ce que nous ne cessons de développer, et que nous développions encore hier… Il s’agit de l’idée de « conscience collective », très « jungienne » ajoutai-je, qui s’applique d’autant plus à cette nécessité de « fin des temps » (traduisons : »fin du monde » de la modernité) quand « les temps » ont été emprisonnés dans l’immonde Système qui nous opprime et nous oppresse.

« Quoi qu’il en soit, il y a une explication à proposer. Je le fais sans hésiter : cette idée de l’effondrement des USA (et ce qui suit inéluctablement) nous est communiquée par un sentiment général, descendu du Plus-Haut que vous puissiez imaginer, bien au-delà de nos nuées prétentieuses de la Connaissance, au-delà du télescope James Webb qui ne cesse de nous annoncer de nouvelles découvertes stupéfiantes de l’indicible et de l’inconnaissable, au-delà des milliards de trillions d’années-lumière ; et ce « sentiment général », n’est-ce pas, comme s’il existait une conscience collective qui nous serait imposée, – puisqu’enfin l’heure est venue., « notre » heure…

» Cette idée de « conscience collective », très ‘jungienne’, est des plus séduisantes pour éclairer certains comportements illogiques et contradictoires. Je la verrais très bien figurer comme pièce centrale d’une analyse collective de la psyché de nos dirigeants dont la médiocrité et la corruption baignent dans ‘L’Enfer’ de Dante… »

Car si la « Troisième Guerre Mondiale » est un autre nom donné à la GrandeCrise, vivement la Troisième Guerre Mondiale, – et d’ailleurs, effectivement, nous y sommes déjà !