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RapSit-USA2026 : Joe, Tulsi & JD, auditions & conversations

RapSit-USA2026 : Joe, Tulsi & JD, auditions & conversations

22 mars 2026 (07H00) – J’ai été pris d’une sombre mais accessoire et professionnelle angoisse à l’annonce de la démission de Joe Kent., directeur de la lutte contre le terrorisme, placé immédiatement sous l’autorité de la Directrice Nationale du Renseignement (DNI) Tulsi Gabbard. Ce sentiment a très bien, je dirais même « excessivement » bien été traduit par le titre de l’article de Larry Johnson où « Joe Kent est un héros… Tulsi Gabbard un zéro méprisable et lâche ». Il fait dire que ce titre était accompagné d’une photo avec une Gabbard souriante entre deux piliers catastrophiques du lobby israélien AIPAC, dont la milliardaire Miriam Adelson, manipulatrice en chef des Trump & Cie.

On connaît mon jugement et mon sentiment pour Tulsi Gabbard et les arguments de Johnson semblaient convaincants, mais surtout du fait du ton passionné sur lequel ils étaient suggérés (plutôt que dits) à partir du constat que Gabbard n’avait pas elle aussi, à l’image de Joe Kent, démissionné pour protester contre l’attaque de l’Iran… Si l’on veut, sans pour autant vivre un drame, je me trouvais devant une grande potentialité de déception, comme j’en ai déjà connu un nombre respectable dans la vie politique, à partir de mon fauteuil installé sur la planète Sirius et suivant le comportement des humanoïdes dans cette GrandeCrise.

Puis j’ai suivi Gabbard durant ses auditions au Sénat et à la Chambre, les 17 et 18 mars, sur le sujet de la guerre en Iran. Je l’ai vue avec les parlementaires démocrates la poussant dans ses retranchements pour qu’elle dise sa désapprobation de la guerre menée par Trump (ce qui est l’évidence, mais fortement équilibrée par le devoir d’obéissance et de solidarité avec le président) ; je l’ai vue avec les parlementaires républicains la pousser pour qu’elle dise avec force son appui pour cette politique et pour l’entendre applaudir cette attaque de l’Iran.

Pour faire court, on dira qu’elle avait le cul entre deux chaises parce qu’il est connu qu’elle condamne cette politique qui dénonce l’Iran comme étant la plus grave menace immédiate contre les USA, alors qu’elle se trouve dans l’administration Trump qui argue du contraire pour développer cette attaque dans la plus complète illégalité. Pour s’en sortir, sa réponse fut donc à peu près (on verra plus loin les précisions) : « Moi je n’ai pas d’avis de quelque importance, seul compte celui du président puisque seul le président décide ». Sur d’autres points, notamment la décision de démission de Kent qui planait comme une ombre sur les auditions, elle exprima des points de vue de peu de goût pour Trump.

Peu à peu, je m’aperçus et réalisai tout ensemble que cette intervention contenait un germe bientôt fleuri de contradiction à peine dissimulée à l’encontre de la politique suivie par Trump. Je vis apparaître, ici et là, l’appréciation qu’après ces affirmations elle allait être licenciée ou qu’elle donnerait sa démission. Finalement, il apparut important, dans cette partie de la séquence d’une extrême importance, de trouver une appréciation générale satisfaisante des auditions de Gabbard. Je l’ai trouvée sur ‘Flash Amérique‘, le 20 mars, sur un de ces nombreux sites récemment apparus, où l’on trouve une manufacture où l’IA a largement son mot à dire, avec un classement satisfaisant des sources dans ce cas. J’ai déjà dit ce que je pense de ce genre de travail, n’est-ce pas, à propos d’un vrai-faux Mercouris trafiqué pâr l’IA :

« Je suis venu à Mercouris parce que ce que disait Mercouris était intéressant. Je n’ai jamais varié et continue à juger Mercouris sur ce que dit Mercouris. (Parfois, il m’ennuie tellement avec ses détails et précisions, – tous exacts d’ailleurs, – qu’il m’endort au rythme de son remarquable anglais. Je ne lui en fais pas reproche, pas du tout, il ne m’en veut pas et nous sourions l’un et l’autre.) Dans le cas envisagé, le Mercouris-IA, s’il s’agit bien de cela, a parlé exactement dans l’esprit et dans la perspective du Mercouris-vrai. C’est cela, la manipulation ? Si oui, comme c’est le cas, elle ne m’importe strictement en rien et n’autorise certainement pas la condamnation de l’IA, mais au contraire des félicitations pour nous donner des textes aussi intéressants.

» La seule chose qui m’importe, c’est le contenu, et là je suis assez couturé de cicatrices de décennies de travail et d’expérience dans le domaine pour monter la garde sans l’aide de personne, y compris contre l’IA… »

Gabbard au microscope (I)

Nous suivons donc l’appréciation de la dame de ‘Flash Amérique‘ sur les auditions de la DNI Tulsi Gabbard.

« Arrêtez-vous une seconde. La directrice du renseignement national prend soin de préciser publiquement qu’elle ne partage pas nécessairement ce qu’elle est en train de dire. C’est sans précédent. Et quand les membres du Congrès lui posent la question directe, « y avait-il une menace imminente de la part de l’Iran ?« , sa réponse est aussi remarquable qu’inquiétante. Selon les comptes rendus de CBS News et d’ABC News, Gabbard répète inlassablement que c’est le président qui est responsable de déterminer ce qu’est une menace imminente sur la base de la totalité du renseignement disponible. Autrement dit, ne me demandez pas, demandez à Trump. Le représentant démocrate Jimmy Gomez lui demande directement si elle maintient cette position. Elle dit « Oui« .

[5’47 »] …

» Gabbard avait un passage dans son témoignage écrit qui contredisait directement le président et elle ne l’a pas lu. Dans la version écrite de son discours d’ouverture rendu publique par le comité, Gabbard avait inclus le paragraphe suivant et je cite les termes rapportés par le sénateur Marc Warner lors de l’audition du Sénat. L’évaluation de la communauté du renseignement était que le programme nucléaire iranien avait été oblitéré par les frappes de l’été dernier et qu’aucun effort n’avait été fait pour le reconstruire depuis.

Pendant son témoignage oral, elle a sauté ce passage. Le sénateur Warner, principal démocrate de la commission du renseignement du Sénat, lui demande directement pourquoi. Elle répond que le temps était compté.

Selon CNN, Warner dit ouvertement qu’elle a choisi d’omettre la partie de l’évaluation qui contredit la justification présidentielle de la guerre. La raison pour laquelle cela est explosif est simple. L’administration Trump et notamment le conseiller Steve Witkoff avait justifié la guerre en disant que l’Iran était probablement à une semaine d’avoir du matériel de fabrication de bombes de qualité industrielle. Mais la propre communauté du renseignement de Trump avait évalué le contraire. Le programme nucléaire iranien avait été détruit lors de frappes précédentes. Il n’y avait aucune menace imminente de percé nucléaires. Selon ABC News, quand Gabbard fut directement interrogé pour savoir si cette évaluation restait celle de la communauté du renseignement, elle répondit « Oui« . Voilà le vrai problème. La guerre a été justifiée par une menace nucléaire imminente que le propre renseignement du président démentait. » [10’10 »]

Gabbard au microscope (II)

On passe à un second ensemble, venu de la chaîne personnelle de Meggy Kelly. Cette influenceuse de la droite-tradi, ancienne de FoxNews partie en délicatesse, est une amie de Carlson et comme lui un pilier du MAGA anti-Trump, soit des populistes de droite redevenu eux-mêmes. Elle interviewe Joe Kent et s’attarde beaucoup sur l’audition de Tulsi Gabbard et sur les diverses circonstances, auxquelles Gabbard est intimement mêlée avec JD Vance, autour de la démission de Joe Kent. Ce qu’on remarque aussitôt est la chaleur de Kent et de Kelly concernant Gabbard (et JD Vance, qui apparaît pour la première fois en toute confiance et complicité dans l’affaire Joe Kent), si bien qu’on a l’impression d’avoir affaire à un groupe bien soudé et parfaitement à l’unisson.

Une autre remarque est que c’est Joe Kent qui dit craindre d’avoir mis Gabbard et Vance dans une mauvaise situation, annulant ainsi les jugements inverses (Gabbard « lâche et couarde », Kent « héros »). L’apparition de Vance dans l’affaire est également un événement très important.

Successivement, des extraits de deux vidéos venues de la chaîne Meggy Kelly, le vendredi 20 mars.

Meggy Kelly : Oui. Je tiens à préciser deux choses. Tulsi Gabbard a témoigné cette semaine devant le Congrès que les services de renseignement américains estimaient que l’Iran ne reconstituait pas ses capacités d’enrichissement nucléaire après l’attaque de juin. Elle a appuyé la position du président selon laquelle ces installations avaient été anéanties. Leurs capacités ont été détruites grâce à la frappe de juin. Elle affirme donc que l’Iran ne reconstituait pas ses capacités d’enrichissement nucléaire après cette attaque. En 2025, la DIA a publié un rapport indiquant que l’Iran était à au moins dix ans de produire un missile balistique intercontinental (ICBM) ; ils (les partisans de la guerre) ont alors changé de stratégie : nous ne pouvions pas les laisser se doter d’un missile balistique intercontinental capable d’atteindre les États-Unis. Notre propre Agence de renseignement de la défense [DIA] avait pourtant déclaré qu’ils étaient à au moins dix ans de pouvoir le faire. Une affirmation qu’ils ont réitérée en 2026.

Joe Kent : Je fais confiance aux services de renseignement américains. Voyez-vous, les évaluations des services de renseignement américains concernant l’Iran impliquent 18 agences différentes qui ont dû travailler sur ce dossier. Obtenir l’accord des 18 agences de renseignement [c’est le travail de Gabbard] sur quoi que ce soit est extrêmement difficile. C’est un processus de coordination très laborieux et parfois très intense, où chacun doit défendre son point de vue. Les 18 agences de renseignement affirment sans équivoque que l’Iran ne travaille pas à se doter de l’arme nucléaire, et la Defense Intelligence Agency (DIA), spécialisée dans l’évaluation des dommages de guerre (évaluations à visée militaire), s’appuie sur cette dernière.

[…]

Meggy Kelly : D’accord. Donc, vous travaillez pour Tulsi et, si j’ai bien compris, vous avez rencontré le vice-président Vance avant de présenter votre démission directement à Trump. Je sais que vous avez également parlé au président, mais pouvez-vous nous en dire plus ? Je ne veux pas que vous violiez la confidentialité, mais pouvez-vous nous parler de cette réunion avec Tulsi et JD ?

Joe Kent : Je pense qu’il vaut mieux ne pas entrer dans les détails. Je les considère tous deux [JD-Tulsi] comme des leaders très compétents. Avant de présenter ma démission à Tulsi, comme vous le savez, en tant que personne nommée par le président et confirmée par le Sénat, je devais démissionner et, techniquement, je rendais compte directement au président. Mais j’avais une double fonction. Le Centre national de lutte contre le terrorisme dépendait de l’ODNI. Tulsi était donc ma supérieure au quotidien. Nous avons évidemment discuté de ma démission à l’avance. Je ne voulais pas la prendre au dépourvu. Euh, et puis le vice-président aussi, qui était, vous savez, un ami personnel avant qu’il ne devienne vice-président. Une fois qu’il est devenu vice-président, évidemment, notre relation a changé. Mais j’ai estimé qu’il était juste de dire à mon chef de commandement : « Si vous voulez que je le fasse, si vous m’en donnez l’occasion, je remettrai cette lettre directement au président des Etats-Unis ». Le vice-président a donc dit : « Asseyons-nous et discutons-en, et vous me remettrez la lettre ». J’ai ensuite reçu un appel du président plus tard dans la soirée, avant ma démission, mais je ne veux pas trop entrer dans les détails de notre conversation.

Meggy Kelly : Pensez-vous que tout cela les a mis dans une situation difficile ?

Joe Kent : Oui. Ils ont été mis dans une situation difficile, et je sais que je les y ai mis. Et encore une fois, c’est pourquoi je voulais les prévenir et simplement leur dire : « Écoutez, je démissionne. Je compte l’annoncer publiquement. Je veux essayer de contacter l’administration, le président Trump, de l’extérieur, pour lui faire savoir qu’il a encore des options et qu’il existe une voie pour nous sortir de cette impasse ». Et aussi, pour les remercier de m’avoir donné l’opportunité de servir une fois de plus. Mais oui, ils sont dans une situation difficile. Ils font tout leur possible, je crois, pour servir notre pays, le remettre sur la bonne voie et soutenir le président des États-Unis. J’occupais un rôle différent et je ne me sentais plus en mesure de continuer ainsi. J’ai donc présenté ma démission.

Meggy Kelly : Bien sûr, nous avons tous déjà un peu les yeux rivés sur 2028, car c’est le format habituel dans ce pays. Nous avons maintenant des élections présidentielles tous les trois ans. Mais pensez-vous que si JD se présentait… Et si Tulsi se présentait, comme elle l’a fait la dernière fois, pensez-vous que nous serions surpris par un changement radical de leur politique étrangère ?

Joe Kent : Oui, mais je ne peux pas parler pour l’un ou l’autre. Par respect, vous devriez probablement leur poser la question directement. J’espère que l’un d’eux se présentera à la présidence. Je pense que ce sont deux excellents dirigeants. Voilà, c’est tout ce que je peux dire sans en révéler davantage et enfreindre la confidentialité.

Avec le clin d’œil de Talleyrand

Pourquoi dire (voir plus haut) « cette séquence d’une extrême importance » ? Parce que le sujet est capital et que les acteurs constituent un groupe avec des relais également importants (Kelly + Carlson, ce sont en moyenne régulière entre 15 millions et 20 millions de téléspectateurs par jour). JD Vance et Tulsi Gabbard, avec des compléments comme Joe Kent, forment à l’intérieur de l’administration Trump ou en marge d’elle une matrice annexe au rassemblement qui ne cesse de se réduire autour de Trump et de sa politique.

Cette séquence a mis en évidence d’une façon éclatante, illustrée par les ambiguïtés révélatrices de Gabbard, une crise latente au sein de l’administration, renvoyant à la fracture qui ne cesse de s’approfondir au sein de l’électorat MAGA (acronyme qui n’a plus aucune signification, s’il en eût jamais, sinon celle d’une prononciation facile). Cette crise se développe alors que les démocrates semblent totalement paralysé et n’offrent aucune alternative. Bientôt, eux aussi vont connaître une telle fracture, comme le montre le succès continue de TYT (‘The Young Turks‘) qui n’est pas à strictement parler un groupe démocrate mais qui présente une alternative à l’impuissance du parti, avec une tendance déjà vue d’esquisser un rapprochement avec les MAGA anti-Trump.

Sans préjuger des conséquences de cette séquence, avec notamment la position de Gabbard (démission/exclusion ou pas ?), la position du groupe JD-Tulsi est parfaitement compréhensible. Elle rejoint l’exemple le plus prestigieux de l’histoire qui est celle de l’Empire napoléonien avec les rapports entre Napoléon et Talleyrand. Le second, soutenant Bonaparte comme ministre des affaires étrangères à partir du 18 Brumaire, commença à évoluer en voyant Bonaparte se transformer en Napoléon et choisir une politique continentale belliciste. Talleyrand rompit « intérieurement » avec Napoléon en octobre 1804, lorsqu’il présenta pour la dernière fois une note proposant un tournant de la politique, qui fut rejetée. Mais il resta encore trois ans au service de l’Empereur « de bonne foi » pour des raisons diverses, dont un reste de respect pour des institutions en train d’être mises en place dans une France où la Révolution avait tout détruit. La rupture (la « trahison » disent ses adversaires, comme Trump parle de ses soutiens) intervint en 1807 avec ses contacts secrets avec les Russes.

Aujourd’hui, il n’est certainement plus question d’un Talleyrand et d’un Napoléon, mais les choses vont beaucoup, beaucoup plus vite. Les événements (comme par exemple la capacité iranienne à figurer d’une façon très puissante dans la guerre) ont définitivement pris le pas sur les acteurs devenus figurants et imposent des changements très rapides nécessitant une capacités d’adaptation juste des figurants, à ce qu’il y a de juste dans les événements ; et c’est là que réside leur vertu. Le groupe JD-Tulsi a le mérite d’exister et il a eu une occasion de s’affirmer comme tel avec la séquence commençant par la démission de Joe Kent qui a mis brutalement au grand jour leur position sur la guerre en Iran (et le reste de la politique néo-neocon). La suite dépend de ce que Gabbard fera ou devra faire (démission ou mise à pied) mais l’analogie vaut évidemment pour Vance qui ne peut être mis à pied. Ainsi, « obligé » de rester au côté de Trump, Vance ne se décrédibilisera pas nécessairement ; selon sa capacité et son habileté à marquer une différence décisive, il ne sera pas un complément effacé mais une alternative de plus en plus agressive.