Du JSF au F-35 : ‘Apocalypse Fast‘
• Du neuf avec le F-35 ? • Le vrai est que l’on ne s’ennuie jamais avec le F-35, anciennement et fameusement JSF. • Le pire n’est pas ses étranges exploits contre l’Iran, où il lui faut d’abord vaincre la chaleur avant de songer à la guerre, ni le dernier rapport du GAO qui continue à l’accabler de boulets rouges, mais l’entêtement étrange mis à en poursuivre la production. • Le fait est que le F-35 est pour le Pentagone, comme l’Iran pour le Pentagone. • Sparadrap misérable et collant entraînant le technologisme dans sa chute, sous les ricanements de l’IA.
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« Du JSF au F-35 », c’est Lincoln (— le « choix néo-pascalien si souvent répété d’Abraham Lincoln ») appliqué au technologisme et à tout ce qui l’accompagne, donc appliquée à la modernité. (Remplacer « nation » par « modernité ») :
« En tant que nation [modernité] d’hommes libres, nous devons éternellement survivre, ou mourir en nous suicidant. »
Cette vérité-de-situation apparaît dans une rencontre catastrophique : • d’une part, la mise en évidence des faiblesses mortelles du F-35, notamment avec l’attaque parfaitement documentée du 10 juin sur la base US d’ d’Al-Azraq (Jordanie) ;
• d’autre part, la parution du rapport annuel du GAO (Cour des Comptes US) qui poursuit son inlassable travail de documentation des avatars du JSF/F-35.
Une analyse ‘Short‘ de ‘Hindustan Times‘ du 14 juin met cette collision en évidence, en mettant l’accent sur la question de la capacité opérationnelle en, concurrence avec le chasseur chinois furtif J-35 (quel hasard heureux dans le choix de la numérotation, — même si les Chinois auraient dû pousser l’ironie jusqu’à numéroter le leur J-36…).
On cite le ‘Short‘ de ‘Hindustan Times‘ :
« Le chasseur F-35 de Trump, à un trillion de dollars, incapable d’opérations de combat alors que la Chine entame le développement du J-35 de 6e génération ? »
« Le programme d’avions de combat le plus perfectionné et le plus coûteux des États-Unis fait l’objet d’un nouvel examen critique après qu’un rapport du gouvernement américain a révélé une chute marquée des taux de disponibilité opérationnelle du F-35. Selon ces conclusions, seul un F-35 sur quatre est actuellement en mesure d’accomplir toutes les missions qui lui sont assignées, tandis que le taux global de capacité opérationnelle a considérablement baissé ces dernières années. Le Pentagone a lancé un plan de redressement de 13,7 milliards de dollars visant à améliorer la disponibilité, la maintenance et les chaînes d’approvisionnement, mais les responsables avertissent que la situation pourrait encore se dégrader avant de s’améliorer. Alors que la Chine développe rapidement sa flotte de J-20, des interrogations grandissent quant à la supériorité aérienne des États-Unis. »
Plus il avance plus il recule
Plus le programme F-35 avance, jusqu’à l’opérationnalité, plus il recule. En 2020, sa disponibilité pour toutes les missions qui lui sont assignées était de 35%; aujoird’hui, elle est de 25%.Le Pentagone entre dans une situation d »Apocalypse Fast‘ où le programme du F-35 deviendra, en plus d’être un artefact symbolique de tous les aspects de la modernité (technologisme, néo-impérialisme, communication & ‘simulacronisme’) une sorte de paiement imposé (x-$milliards/an en constante augmentation), comme le paiement d’une pension contractuelle et somptueuse financée par un RIEN financier (lorsque la « musique » des imprimerie d’impression du dollar s’arrêtera, comme l’arrêt de la « musique » annonçant le crash financier de septembre 2008),
— et tout cela pour :
• obtenir un RIEN en matière de capacités de combat ;
• ce RIEN frappant aussi bien les forces US que celles des très nombreux pays/alliés qui choisirent le F-35 sous la pression du simulacre qui est le père du programme JSF ;
• bloquer toute possibilité de développer de programmes sérieux et une production en nombre (y compris F-15, F-16 et F-18 améliorés) pour maintenir une alternative minimale dans les capacités aériennes de combat, ce qui serait reconnaître l’échec apocalyptique du JSF/F-35, — alors que… ;
• nécessité est de maintenir en vie, ou en survie artificielle, le simulacre des capacités sans rivales du F-35, ce simulacre étant le géniteur du JSF/F-35 (lancé en 1993 [oups !], et pur produit de l’immense sottise de l’ère Clinton) ;
• accélérer la chute du technologisme dans l’inversion absolue du RIEN d’utilitaire et d’utilisable, et réduit à une fonction de symbole faussaire entraînant l’accélération de la chute.
Avec 800 exemplaires déjà produits, cela fait beaucoup de F-35 d’ores et déjà disponibles pour les différents musées consacrées à l’histoire agitée du développement de l’industrie aérospatiale.
L’IA ricanante au chevet du technologisme
Là-dessus, et pour nous offrir une considérable cerise sur le gâteau…
Le JSF/F-35 est la réalité la plus évidente, financière et opérationnelle, de la chute catastrophique du technologisme et de la modernité en général. L’AI est une source très dangereuse capable de mettre en évidence la réalité du simulacre, ou « la réalité de l’irréalité ». On se trouve alors, dans ces cas pris comme symboles incontestables dans la crise du technologisme, à cette terrible collision entraînant une mortelle contradiction :
• L’IA comme achèvement au potentiel inconnu et en principe sans limite du technologisme ;
• devenant, par simple capacité de ses énormes moyens de communication et d’information, l’arme absolue de destruction, par mise en évidence de la vérité-de-situation contre le simulacre ultime que représente la catastrophe du JSF/F-35.
En bref et symboliquement, comme on l’a vu comme accomplissement de la prophétie de Lincoln par le simple changement par équivalence d’un mot pour mieux mesurer l’ampleur de la catastrophe apocalyptique :
« En tant que nation [modernité] d’hommes libres, nous devons éternellement survivre, ou mourir en nous suicidant. »
Enfin, on peut mieux comprendre pourquoi si bon accueil est généralement fait à l’IA, dans le labyrinthe des prises de position de ‘dedefensa.org‘, ‘Semper Phi‘ y compris. On donne ici la réponse de l’IA-Google sur l’analyse du GAIO, accompagné et références d’articles (ici, ici et ici), avant de proposer une course-poursuite d’analyse et de commentaire sur divers aspects du texte du GAO. Une publicité cruelle et sans égale, hors des ciseaux trop lents d’Anastasia, pour le Système, pour le technologisme et pour le JSF/F-35.
« Des rapports récents du Government Accountability Office (GAO) révèlent que seule une fraction de 25 % de la flotte de F-35 est pleinement opérationnelle. Le programme est lourdement pénalisé par la baisse des taux de disponibilité, une augmentation de 13,7 milliards de dollars des coûts de maintien en condition opérationnelle, des retards considérables dans la modernisation matérielle et logicielle (standard « Block 4 ») ainsi que par des mécanismes d’incitation contractuelle inadaptés.
Disponibilité et maintien en condition opérationnelle de la flotte
• Baisse des capacités : Un rapport du GAO a établi que le taux de pleine capacité opérationnelle de la flotte (appareils capables d’accomplir toutes les missions assignées) est tombé à 25 %. Le taux de capacité opérationnelle au sens large (appareils capables d’accomplir au moins une mission assignée) a chuté à seulement 44%.
• Dépassements de coûts : Pour remédier aux pénuries persistantes de pièces détachées et à une forte dépendance vis-à-vis des prestataires privés, le Pentagone sollicite une rallonge de 13,7 milliards de dollars pour son plan de maintien en condition opérationnelle.
Modernisation et équipements
• Retards du standard « Block 4 » : Les coûts de modernisation matérielle et logicielle (Block 4) ont explosé, augmentant de plus de 6 milliards de dollars, et le programme accuse un retard d’au moins cinq ans par rapport au calendrier initial.
• TR-3 et pénuries de pièces : Le programme continue de subir des retards de livraison, principalement dus aux difficultés liées à la mise à jour technologique « Technology Refresh 3 » (TR-3) et à un important arriéré de non-conformités qualité.
Gestion des prestataires et mécanismes d’incitation
• Mécanismes d’incitation défaillants : Une analyse des conclusions effectuée par *Military Times* a révélé que le bureau du programme conjoint (JPO) du F-35 a calculé de manière incohérente les primes de performance versées à Lockheed Martin ; par ailleurs, les contrats les plus récents ne prévoient pas d’incitations liées aux taux de disponibilité opérationnelle. »
Un salut à Norman Augustine
Cette escale catastrophique dans le récit d’ ‘Apocalypse Fast‘ nous invite à rappeler l’un ou l’autre article déjà publiés sur l’histoire catastrophique du JSF devenu F-35. Nous repasserons en complément un article à ce propos, qui reprenait lui-même un article de 1997 à l’occasion du départ à la retraite de Norman Augustine, qui fut l’architecte principal de la restructuration de l’industrie aérospatiale US après la fin de la Guerre Froide. Augustine était alors CEO de Martin-Marietta et il opéra directement l’intégration de Lockheed dans sa compagnie, devenant Lockheed-Martin.
Augustine était, dans sa profession et ses observations, un type épatant, un géant de la gestion de l’industrie aérospatiale qui avait effectué un « stage » bureaucratique au Pentagone comme Secrétaire à l’US Army dans l’administration Carter (1977-1981), pour pouvoir en tirer quelques anecdotes caricaturales qui pourraient faire rire le JSF/F-35 dans un instant d’abandon.
« …[Voici] un texte présentant dans nos colonnes [‘dd&e‘-papier, le 10 décembre 1997] le départ et les adieux à la fois ironiques et amers d’un des plus grands dirigeants de l’aéronautique militaire, et artisan civil et privée de l’énorme concentration de l’industrie aérospatiale US dans les années 1990. Norman Augustine dirigeait Martin-Marietta et c’est lui qui conduisit la fusion avec Lockheed sur impulsion du Pentagone, tandis que Boeing, l’autre grand géant, absorbait notamment McDonnell Douglas. Ce qu’il y a d’étonnant sinon de fascinant chez Augustine, c’est qu’il accomplit parfaitement cette tâche, qui constituait une véritable mission de « globalisation » (même si cantonnée à une seule nation), avec une exceptionnelle maestria tout en prenant de plus en plus conscience, et en le disant de plus en plus haut, qu’il s’agissait d’une orientation absolument catastrophique.
» … L’esprit de la catastrophe qui s’annonce est partout présent [dans ce texte], parfois d’une manière prophétique. Ainsi, lorsqu’il [Augustine] pose, très inquiet, dans un discours de juillet 1997, cette question qui est d’une actualité brûlante au regard de ce que la guerre en Ukraine a mis en évidence, à laquelle personne n’a jamais répondu, à laquelle personne n’a jamais songé qu’elle pouvait être posée et qu’elle nécessitait une réponse depuis qu’il l’a posée, – il est vrai qu’Augustine ne s’appuyait pas sur la « pensée magique » qui anime la perception que nous avons de la puissance US :
« Qui doit avoir la responsabilité de maintenir une forte base industrielle nationale de défense [aux USA, bien sûr] ? »
» Augustine appliquait la recette de la globalisation alors qu’il était en essence un pur nationaliste (ou disons un pur patriote), croyant dans les vertus d’une nation et dans la nécessaire autonomie d’un gouvernement libre de ses décisions. Il créait des géants mais réclamait du gouvernement qu’il veillât à maîtriser constamment ces géants, à les orienter, à les dominer. C’est le contraire qui a eu lieu : les géants ont investi le gouvernement, ils sont devenus le gouvernement. Bien plus que d’être un scandale de corruption et une trahison du devoir, cette évolution est surtout et d’abord la voie tracée, droite comme une autoroute ultra-moderne et invertie comme la modernité vers la catastrophe et l’effondrement.
» Augustine a 89 ans [90 ans aujourd’hui]. Il a quitté l’industrie aéronautique d’une manière assez abrupte alors qu’il était le premier CEO de Lockheed-Martin, alors qu’il pouvait espérer jouir des postes les plus prestigieux de l’industrie aérospatiale. Son départ, s’il ne fut jamais présenté ainsi, et même éventuellement s’il ne fut jamais compris de la sorte par lui-même, doit être compris comme une façon de jeter l’éponge devant l’inéluctabilité de la catastrophe, – c’est-à-dire une acceptation de la tragédie comme issue du destin, sinon destin elle-même. »
Tout cela se trouvait déjà esquissé dans un article du jour précédent (12 juin 2024) traitant du sort de tous les nouveaux armements dans la crise du technologisme qui est bien entendu, dans l’ampleur que nous décrivons, — what else ? — une activité strictement occidentaliste-américaniste. Le JSF/F-35 y tenait une place importante, quasiment en majesté. La fin de l’article faisait une belle chute, aujourd’hui confirmée au cœur de cette absurde et suicidaire guerre contre l’Iran.
« Ces diverses remarques, du particulier au général, pointent toutes vers la même tendance qui est l’accélération de la crise du technologisme. Les conséquences commencent désormais à prendre un caractère monstrueux, notamment pour ce qui concerne la puissance et l’efficacité de la force de frappe stratégique nucléaire des USA. Encore n’est-il pas inclus dans ce schéma général l’impasse où se trouvent actuellement les USA dans le développement des armes hypersoniques dont le rôle stratégique ne peut que s’amplifier.
» Cette chute du technologisme accompagne et rythme les divers aspects de la décadence et de la dégénérescence de la civilisation américaniste-occidentaliste. L’ensemble fonctionne parfaitement dans le sens de la chute. »
Ainsi soit-il et reposons-nous en paix. Nous avons fait le travail du Diable et nul n’a manqué à l’appel, surtout pas les plus grandes fortunes du casino et les plus grands esprits du temps, cette chose que l’on nomme dans notre jargon élitesSystème… Une telle chute, Dieu nous l’a confié, nul ne peut faire mieux.
Mis en ligne le 15 juin 2026 à 15H30