La littérature, l’IA et la « douce France »
• Extraordinaire, gigantesque querelle en France : Thélyson Orélien, bien placé pour le Goncourt, a-t-il balancé son œuvre avec un coup de main de l’IA ? • En plus, c’est un migrant ! • Alerte nucléaire lancée par le sautillant Micron.
_______________________
9 octobre 2026 – La France aujourd’hui résonne des bruits de tonnerre d’une affaire qui semble presqu’une révolution en paroles et écrits. Il s’agit, sur fond de révolte lycéenne (comme en Belgique, vous savez), de la polémique autour du livre de Thélyson Orélien, poète et écrivain venu d’Haïti, et qui se trouvait dans la liste prestigieuse (?) des favoris pour le Goncourt.
• L’auteur et son bouquin ont été mis en cause pour avoir usé immodérément de l’IA pour la rédaction de la chose ;
• et n’oubliez surtout pas que Thélyson Orélien est un migrant, qui raconte une histoire de migrant, ou plusieurs histoires de migrant, — fait essentiel pour fonder cette « révolution en paroles et écrits ».
Il n’y a rien de plus important en France aujourd’hui que cette « révolution » puisque, comme vous le savez, rien d’autre de quelque importance que ce soit ne se passe aujourd’hui dans le monde.
Que faut-il, que pouvons-nous en dire ? Rien, pour notre compte. Sur l’IA, nous en avons suffisamment parlé sur ce site pour qu’il soit utile d’y revenir. Pour le reste, nous jugeons utile de reprendre une interview de Xavier Eman, rédacteur-en-chef de la publication ‘éléments‘ dont nous disons en général grand bien. Lui aussi ne s’arrête guère au débat sur l’IA, mais plutôt sur les batailles terrifiantes engagées autour du fait que Orélien est un migrant, en pleine crise cataclysmique extrêmement française de l’émigration qui dure depuis trois ou quatre décennies.
Qu’est-ce que tout cela dit de l’état de la littérature en France. ? Doit-elle être « protégée » de l’IA ? Écoutez cette interview d’un critique littéraire indépendant sur la chaîne de ‘Front Populaire‘ (Michel Onfray et compagnie), qui vous parle des restes épars et informes de la littérature française, qui éclate de rire lorsqu’on lui demande s’il lit les livres ayant reçu des Prix. Elle vous éclairera et vous fera vous demander : n’aurait-il pas été préférable de confier à l’IA la correction de certains de ces chefs d’œuvre du temps présent plutôt que de laisser faire les « auteurs » sans autre intervention ? Mais non, bien sûr, si nous voulons conserver la pureté du genre humain dans ses productions venues d’un sous-sol des catacombes (voir ‘Carnets du sous-sol‘, de Dostoïevski).
A part toutes ces choses révolutionnaires, il est question de la France. C’est une des rares fois, sinon unique selon PhG, où nous vîmes Alexandre Mercouris ému d’une tristesse sans fin au cours d’une conversation (il y a deux jours) avec son compère Christoforou, où il ne fut question ni d’Orélien, ni de l’IA, mais de la France. Ce sont deux passages très émouvants, de la part d’un homme qui n’a pas l’habitude de laisser paraître jamais ses sentiments. Ici, il le fait, à deux reprises, et c’est bien une tristesse infinie qui devrait toucher tous ceux qui sont sensibles à ce qu’il reste de civilisation dans notre pauvre et triste époque.
Autour de la dixième minute :
Christoforou : « Nous avons vu ce scénario se dérouler en Grèce, par exemple : ce qui arrive lorsqu’une économie échappe à tout contrôle de cette manière. Mais la France est trop importante pour faire faillite. Elle est trop vaste pour être sauvée par un plan de sauvetage. »
Mercouris : « Oui. Un autre phénomène touche la France — je l’ai constaté lors de deux séjours effectués il y a quelques années : elle se vide de sa substance de l’intérieur. Encore une fois, je répète que je connaissais très bien la France. J’y ai séjourné et vécu, et je me souviens de la culture si riche et singulière qu’elle possédait. En France, cette forme d’uniformisation culturelle européenne est allée plus loin que n’importe où en Europe.
C’est une chose extraordinairement triste à dire pour quiconque a connu l’ancienne France et l’aime autant que moi. Vous savez, j’étais imprégné de culture française — je le suis toujours, d’ailleurs. Tout cela est donc très difficile et très pénible pour moi. »
… Puis, à la fin, autour de la quinzième minute :
Christoforou : Le scénario le plus probable, à mon avis, Alexander, est le premier que vous avez esquissé. On se retrouve avec une Le Pen qui finit par ressembler à une Meloni. Lagarde, Macron et tous ces gens-là s’emploient à consolider la position et la solidité de l’euro. Tout est à court terme, tout est provisoire ; on essaie de tenir le coup encore quelques années et, qui sait, peut-être finira-t-on par déclencher une forme de conflit avec la Russie. »
Mercouris : « Je suis d’accord. Franchement, je suis d’accord. Ils ne franchiront jamais le pas décisif. Non, exactement. Oui… Et puisqu’on parle de la France, je ne saurais dire à quel point cela me désole. »
Nous pensons bien que, dans cette tristesse de Mercouris, on trouve l’essentiel de ce qu’il faut dire de cette affaire. C’est aussi un peu le cas de Xavier Eman, qui ne parle guère volontiers de la question de l’IA sinon pour rappeler certaines choses déjà dites comme « l’extinction de l’espèce humaine », — ou plutôt, de ce qu’il en reste et qu’il sera difficile de regretter, — qui parle surtout de ce cancer extraordinaire du conformisme et du politiquement correct qui dévorent à belles dents aiguisés ce qu’il reste de la France, et qui fait si poignante la tristesse de Mercouris. L’interview a été réalisée par le site de réinformation ‘Breizh-info.com‘ (Propos recueillis par Audrey D’Aguanno) et repris par ‘L’information nationaliste‘ sous le titre :
« Il suffit désormais qu’un ouvrage coche toutes les cases du politiquement correct pour qu’il soit immédiatement encensé par le grand chœur du milieu littéraire »
dde.org
_________________________
Puisqu’il « coche toutes les cases » …
Breizh-info.com : « Si la question est encore débattue, il semblerait bien que le « roman phare de la rentrée littéraire » du poète et romancier Thélyson Orélien ait été généré, en partie ou dans son intégralité, par l’intelligence artificielle, des passages paraphrasés laissant peu de place au doute. Vous qui connaissez bien ce milieu, qu’est-ce que cela vous inspire ? »
Xavier Eman : « Je ne connais ce « milieu » qu’en tant qu’observateur attentif, étant assez éloigné des salons littéraires et des médias centraux et très à l’écart de cet entre-soi germanopratin bien pensant et très satisfait de lui-même. C’est d’ailleurs, à mon sens, ce que révèle en premier lieu cette « affaire », la déconnexion croissante de ce milieu non seulement avec le reste de la population mais avec la littérature elle-même, totalement grand-remplacée par l’idéologie, puisque tous ces braves gens si doctes et suffisants – éditeurs, auteurs, journalistes – ne sont même plus capables de distinguer un texte produit, apparemment assez grossièrement, par une machine d’un texte écrit par un être humain, un écrivain en chair et en os. Il suffit désormais qu’un ouvrage coche toutes les cases du « politiquement correct » (auteur -ou supposé auteur – racisé, victimisation, antiracisme, pleurnicherie féminsito-wokiste…) pour qu’il soit immédiatement encensé par le grand chœur du « milieu littéraire » qui n’est en réalité plus qu’un cénacle de libéraux-libertaires défendant leurs prébendes et leurs situations grassement rémunérées tout en se prenant pour d’éternels résistants à la bête immonde.»
Breizh-info.com : « À supposer qu’il ait véritablement utilisé l’IA, ne faut-il pas du talent pour parvenir à élaborer un texte et se hisser en tête des récompenses et prix de l’élite littéraire francophone, comme le prétend, par exemple, Virginie Despentes ? »
Xavier Eman : « Je n’ai pas lu le livre en question donc il est difficile de me prononcer même si les divers extraits que j’ai pu apercevoir ne m’ont pas semblé particulièrement convaincants. Évidemment, n’importe qui produisant un livre par l’IA ne va pas se retrouver immédiatement aux portes du Goncourt, encensé quasi unanimement par la critique. Mais cet enthousiasme est-il dû à la qualité réelle du texte ou au fait que l’auteur et l’histoire du livre sont paroxystiquement dans l’air du temps et représentent une énième magnifique occasion, à quelques mois de l’élection présidentielle, de sanctifier le « migrant », cette figure iconique de notre temps, et de culpabiliser une nouvelle fois les méchants et les sans-cœur qui auraient l’ignoble outrecuidance de na pas voir dans l’accueil illimité des migrations l’horizon indépassable de l’humanité et la condition nécessaire du bonheur terrestre ? Suivez mon regard…»
Breizh-info.com : « Libération jubile : l’auteur de la publication ayant dévoilé la supercherie présumée n’est autre que Samuel Fitoussi, « auteur d’un essai contre le wokisme ». Xavier Eman, tout est-il politique ? »
Xavier Eman : « Je le crains. Ce qui est avant tout un scandale littéraire et une escroquerie médiatico-commerciale s’est presque immédiatement transformé en drama politico-idéologique, offrant un nouveau terrain de pugilat entre « wokistes » et « réacs », nouvelle querelle des modernes et des anciens version TikTok. Si l’on ajoute à cela l’obsession raciale de notre temps (un « racisé » étant forcément innocent pour les uns et nécessairement coupable pour les autres..), et l’on obtient une grande empoignade généralisée, une sorte de néo-hooliganisme numérico-médiatique où les supporters de chaque camp s’écharpent furieusement dans le seul espoir de « marquer des points » contre l’ennemi.
C’est à mes yeux évidemment déplorable, très fatigant et surtout contre-productif, plus aucun événement, d’un fait divers sordide à une rencontre sportive en passant par une publicité pour des paris sportifs, n’échappant au passage par cette grille de lecture binaire et manichéenne et ouvrant des débats totalement hors de propos et de proportion. L’instantanéité, l’immédiateté des réseaux sociaux, leur fonctionnement viral, le désir effréné de virtuelle célébrité, la course aux « followers », empêchent désormais tout débat de fond, toute prise de distance et toute réflexion collective apaisée.
Facebook et Tweeter ont tué la nuance et l’objectivité.»
Breizh-info.com : « À force de considérer l’IA comme un logiciel de plagiat de la créativité humaine, n’était-ce pas prévisible ? Au-delà de ce cas précis, en quoi l’utilisation de l’IA représente-t-elle un danger pour la littérature et pour l’art en général ? »
Xavier Eman : « Non seulement c’était prévisible, mais cela a été prévu. J’invite notamment vos lecteurs à lire l’excellent roman d’Alexis Legayet, paru en 2024 aux éditions la Mouette de Minerve, « les Obsolètes » qui se penche sur les conséquences du développement de l’IA dans les domaines artistiques et qui met en scène un éditeur qui reçoit un manuscrit exceptionnel, présenté comme l’œuvre d’un génie. Il le publie, c’est succès commercial retentissant mais le problème est que le texte a en réalité été entièrement généré par une IA, ce qui provoque un énorme scandale… Tout y était.
Pour ma part, je pense que l’IA représente un danger pour l’humanité toute entière, elle annonce un monde post-humain qui me semble absolument cauchemardesque. Mais pour s’en tenir uniquement à l’art, il est évident que l’usage de l’IA pose un abîme de questionnements, ne serait-ce que celui de sa définition. Peut-il exister un art non-humain ? Quel statut donner aux productions de l’IA voire aux futurs « artistes numériques » ? La création artificielle peut-elle surpasser l’art humain ? Nous ne sommes évidemment qu’au début de toutes ces interrogations…»
Breizh-info.com : « Certains avancent pourtant que créer ne signifie pas tout exécuter soi-même, et que bien des grands artistes ont eu recours à des collaborateurs ou à des outils. Ne peut-on pas considérer l’IA comme l’un de ces outils ? Les artistes devraient-ils renoncer à l’utiliser ? »
Xavier Eman : « Ce n’est pas faux. Le développement de l’IA pose, nous l’avons dit, d’innombrables questions et cette affaire devrait être l’occasion d’ouvrir des débats importants, fondamentaux même, sur le rapport à la création. Malheureusement, comme toujours aujourd’hui, on se contente de « politiser » et « racialiser » le problème, chaque « camp » vociférant contre l’autre dans un brouhaha hystérique dont il ne peut rien sortir d’utile ni de constructif pour l’avenir. La société est aujourd’hui tellement « clivée » qu’il semble impossible d’avoir des échanges apaisées et sereins sur quelque sujet que ce soit, alors que celui-ci, en plus, est l’un des enjeux cruciaux des années à venir.
Ce que l’on peut dire c’est que l’on arrêtera pas l’IA par décret, l’IA va continuer à se développer et à être de plus en plus massivement employée. Sa seule limite sera, à mon avis, les limites physiques et écologiques de la planète, une fois qu’il n’y aura plus d’eau pour refroidir les data center et plus de matières premières pour fabriquer des micro-processeurs…
Face à ce développement, pour le moment inexorable, ne reste donc que des choix individuels, personnels. A chacun d’interroger son rapport à l’IA et d’agir en cohérence avec sa vision des choses.
Par ailleurs, il est évident qu’il y a plusieurs façon d’utiliser l’IA. S’en servir comme d’un super dictionnaire ou d’un super correcteur, ce n’est pas la même chose que lui faire rédiger l’intégralité d’un texte. En fait, le plus important est sans doute de ne pas mentir sur la réalité de « l’œuvre » ou du « produit » final, ne pas tricher sur la marchandise. C’est pourquoi il semble indispensable de mettre en place des labels de « certifiés humains » comme il y a des labels d’origine contrôlée pour certains produits alimentaires. Il y aura certainement demain deux types de littérature, l’une largement produite ou « aidée » par l’IA, et une « 100% bio », 100 % humaine, comme il y a aujourd’hui des plats surgelés industriels et des plats artisanaux. Ce sera donc au lecteur-consommateur de choisir. »
Breizh-info.com : « S’il y a une crise de la création, elle est doublée d’une autre crise, tout aussi alarmante : l’effondrement de la lecture, en particulier chez les plus jeunes. Accaparés par les écrans, ces derniers ont une capacité de concentration qui dépasse désormais rarement les formats courts. Quelles seront, selon vous, les conséquences concrètes de ce déclin de la lecture sur la société de demain ? »
Xavier Eman : « Les dégâts sont déjà constatables au quotidien : l’effondrement du niveau culturel, de la capacité d’attention, de l’expression orale, de la maîtrise de l’écriture, de la syntaxe, de la grammaire, de la conjugaison, l’appauvrissement accablant du langage… Bref un abrutissement général de grande envergure. Par ailleurs, ces phénomènes favorisent également l’isolement social, l’obésité, l’instabilité sentimentale… C’est pour moi une catastrophe anthropologique sans précédent.
Tout cela va aboutir à un société toujours plus atomisée, composée d’individus toujours plus dépendants de la technologie et donc des oligarchies qui les détiennent et les contrôlent, toujours plus manipulables du fait de la faiblesse de leur bagage culturel et intellectuel… Dépouillez aujourd’hui un homme de son « smartphone », il devient immédiatement une sorte de gros bébé perdu et hagard, en état de « manque » quasi immédiat, incapable de s’orienter, de se diriger, de communiquer et même de se divertir.
On est loin des chimères transhumanistes d’un « homme augmenté » !»
Breizh-info.com : « Ceux qui nous lisent et s’adonnent encore à la lecture connaissent sûrement vos Chroniques d’une fin de monde sans importance. Ils savent bien que vous demandez si vous restez optimiste quant à l’avenir de la littérature serait purement rhétorique. Nous préférons donc vous poser cette question : que pouvons-nous encore faire pour essayer d’endiguer ce triste phénomène ? »
Xavier Eman : Instinctivement, je répondrais : rien. Mais ce n’est pas tout à fait vrai, des choses sont possibles mais réclameraient une énergie et une volonté dont je ne suis pas certain que les générations actuelles et à venir soient encore capables. Il s’agirait sans doute, en premier lieu, aux parents d’interdire totalement l’accès précoce aux smartphones, et ce au moins jusqu’à la fin du collège (folle utopie n’est -ce pas?), de limiter drastiquement l’exposition aux autres écrans, et d’inciter, même de façon coercitive (horreur!), leurs enfants à la lecture tout en leur donnant l’exemple d’un environnement où le livre est omniprésent et la lecture une activité importante, à la fois culturelle et ludique. Dans un monde où plus personne ne lève la tête de son Iphone, du lit conjugal au restaurant en passant par les transports et le cinéma, et où les parents ont du mal à faire dire « bonjour » et « merci » à leur progéniture HPI, j’ai hélas de sérieux doutes quand à la possibilité de réalisation d’un tel scénario.»