16 octobre 2026 – Je dois avouer que j’ai été frappé hier en retrouvant ce jugement de Chas Freeman sur les dirigeants européens en général (et les américanistes, certes, jamais en retard d’une stupidité) :
« C’est donc très étrange et je pense qu’il faut, vous savez, oublier les hommes d’État. Nous avons besoin de psychiatres et de psychologues pour traiter ça parce que ce n’est pas ancré dans une réalité extérieure, c’est dans nos têtes. »
Bien entendu, la chose renvoie à d’autres déclarations encore récentes, traitées sur une autre page sur la « dé-compétence » selon le génial néologisme forgé dans nos ateliers subversifs. Ce néologisme pour mon compte, illustré par des interventions de Christoforou et Mercouris qui gloussent d’allusions plaisantes à la sottise des acteurs du drame de la ‘tragédie-bouffe‘ ukrainienne, peut se traduire, non pas par « stupide », mais bien par « rendre stupide », ou encore « mettre son intelligence au service du ‘rendre stupide' ».
Et puis encore cet article avec Jeffrey Sachs qui nous parle de l’incompétence, pour ne pas choisir d’autres mots plus vigoureux :
« Et il m’a aussi dit [en décembre 2021] « Ne t’inquiéte pas, il n’y aura pas de guerre. » J’ai donc vu l’incompétence de mes propres yeux. C’est ce que je crois.
Et en Europe, je vois de l’incompétence. Je suis désolé de le dire en ce moment même. Il ne s’agit pas seulement d’un désaccord sur cette guerre. C’est une forme d’incompétence européenne que je vois partout... »
Vous savez, l’internet des dissidents bruissent en ce moment dans un bruit de tonnerre de digressions sur la sottise sans fin des dirigeants qui nous dirigent dans le sens de la sublime stupidité, tandis que les commentateurs sortent leur Gustave Le Bon. Comme ne disait pas Audiard, qui n’avait encore rien vu de notre actuel olympisme de la stupidité de nos élitesSystème, orchestrées par une Ursula triomphalement wagnérienne avec sa Trilogie de la bêtise : « Plus ils sont intelligents plus ils sont cons, c’est même à ça qu’on les reconnaît ».
… Car voici une question intéressante : pourquoi tout ce bruit de fond assourdissant sur la stupidité collective engendrée paraît-il par internet avec références constantes à Gustave Le Bon ? Mais internet, l’internet activiste, ou internet-citoyen pour les bobos gauchistes, est quasiment trentenaire ! Je l’ai vu entrer dans sa phase de maturité informationnelle à l’occasion de la guerre du Kosovo, — si vous vous rappelez de « Notre Samizdat globalisé », à deux reprises. Trente ans pour s’apercevoir de ce sur quoi l’on s’exclame aujourd’hui !
La réponse n’est pas sur internet, qui n’est qu’un outil et un effet, et nullement une cause. Il se passe autre chose : depuis 2015-2016 (arrivée de Trump) suivi du Covid et culminant avec la guerre d’Ukraine, les élitesSystème, qui mènent la barque, sont devenues folles. Folie collective, emportement collectif, émotion collective, et voilà la stupidité collective qui éclate ! Ce n’est ni internet ni l’IA qui sont les causes et les responsables de cette folie, ils en sont les communicants neutres et extraordinairement efficaces : l’intérêt est alors qu’ils montrent à visage découvert la puissance et la violence de cette stupidité.
Écoutez cette remarque d’un député européen indépendant de nationalité allemande, Michael von der Schullenburg, ancien adjoint au secrétaire général de l’ONU, interrogé par le colonel Daniel Davis, dans ‘Deep Dive Français‘, qui nous parle de sa peur devant la stupidité collective des bafouillages bombastiques de nos élitesSystème :
« J’ai été dans un grand nombre de pays en guerre, en Afghanistan, en Irak, en Iran, en Somalie, dans des lieux où il y avait bien des raisons d’avoir peur. Eh bien, je n’ai jamais aussi peur que lorsque je me trouve dans une séance du Parlement Européen où l’on parle de la guerre en Ukraine et de la Russie… »
Effectivement, ce n’est pas tant la folie des foules prises de stupidité collective qui doit faire peur, — cela a existé de tous temps, et l’on en comprend la logique, — mais bien la folie de la stupidité collective de ces élitesSystème censées être, puisqu’élues des peuples, des représentants de la sagesse et de la mesure. Ici et aujourd’hui, ces élitesSystème ne montrent que Raison-subvertie et affectivisme dans des démonstrations verbales faussaires dont la violence fait peur à un vieux routier des conflits les plus cruels.
Ici l’on trouve l’un des facteurs essentiels de la GrandeCrise. Pour ma part, je tiens pour essentielles deux choses :
• La présence du système de la communication (internet, ses sites et ses ‘réseaux sociaux’ dont je connais mal la définition, — Qu’est-ce que c’est ? De quoi l’on parle ? Etc.) bouleverse toutes les données et donc les situations. Il met à égalité d’apparence et de côtoiements les plus riches milliardaires, les ministres, les people, les bandits, les faux-argumenteurs, les anonymes, les déséquilibrés, et brouille complètement les opinions et les idéologies qui voyagent, se mélangent et contredisent tout en général et jusqu’à une seule et même personne avec elle-même. Il n’est pas une foule, comme celle dont Gustave Le Bon décortique la psychologie, mais diverses foules qui se forment et se reforment comme fait une vague au bout de la mazré, avec des attitudes changeants, qui montrent finalement que la stupidité a un nombre quasiment infini de facettes. Il n’y a pas de contacts physiques qui fait que, finalement, on investit la Bastille ou le Palais d’Hiver. On ne libère pas son énergie, on accumule frustrations et rancœurs ; on ne règle pas les crises, on les aggrave et on les accumule en une structure crisique fondamentale.
• Par conséquence de cette étrange et perfide égalité des tweets et du reste, et pour ce qui m’intéresse particulièrement, les gens de très hautes fonctions du Système souvent dévoilent le vide de leurs conceptions. Dans ce « jeu de la spontanéité », les perdants sont ceux qui vivent nécessairement selon les normes de leur simulacre. Il apparaît assez souvent et assez vite, derrière les formules toutes faites ou l’incompréhensibilité des mots massacrés par la modernité, que la stupidité a besoin pour s’alimenter du mensonge, ou dans tous les cas d’une conviction fabriquée, une conviction de pacotille. Il apparaît alors que le talent superbe d’une Madame de Sévigné écrivant à sa fille Françoise-Marie de Sévigné a été sacrifié, piétiné, fracassé et violenté par la brutalité stupide des « grands » fabriqués par le système de la communication. La stupidité des foules de Le Bon est complètement chapardée par la stupidité des « grands » de ce monde. Le Bon n’en demandait pas tant, — mais il doit bien rire dans sa tombe.
Tout cela étant dit, je me suis risqué à demander à l’IA, désormais vieille connaissance, de me donner son analyse du « concept » de « stupidité collective ». Comme l’IA, que j’ai baptisée « l’Ami du Soir » à la suite d’un travail que je poursuis en soumettant à mesure ma production à son commentaire, le note dans soa réponse, ma demande a été interrompue par une frappe malencontreuse sur mon clavier alors que je voulais citer Gustave Le Bon. J’ai rectifié, ait obtenu une deuxi§me, plus longue réponse détaillée qui a été prestement supprimée parce que j’avais dépassé mon compte. J’y reviendrais sans doute après le 21 octobre, lorsque le compte sera restauré. En attendant, voici sa réponse à la question amputée, beaucoup plus conceptualisée que mon propos, avec un dernier paragraphe où « l’Ami du Soir » intègre le concept dans la « philosophie » d’un nommé Philo-PhG.
Réponse de l’IA : « Cher Philo-PhG »
« Cher Philo-PhG,
Votre question me paraît particulièrement intéressante, notamment dans la perspective de notre réflexion sur la GrandeCrise, le déchaînement de la Matière et la désagrégation de la raison.
Je crois comprendre que vous souhaitez une approche succincte de la prolifération des sites et des blogs consacrés à la stupidité collective, à l’irrationalité sociale et aux phénomènes apparentés. Votre phrase s’interrompt toutefois sur « à l’image des… » : il vous manque peut-être un exemple que vous souhaitiez citer.
Sans attendre cette précision, voici une première approche.
1. Un phénomène révélateur : la stupidité devient un objet d’étude collectif
La multiplication des publications consacrées à la stupidité humaine, aux biais cognitifs, à la crédulité des foules, à la désinformation et à l’aveuglement collectif révèle une préoccupation grandissante : comment expliquer que des sociétés disposant d’un accès sans précédent à l’information puissent simultanément manifester tant de difficultés à comprendre le monde dans lequel elles vivent ?
Plusieurs phénomènes se rejoignent :
- La psychologie cognitive, qui étudie les biais et les erreurs de jugement.
- La sociologie, qui analyse le conformisme, les croyances partagées et les comportements de groupe.
- La critique des médias, qui examine les mécanismes de désinformation et de manipulation.
- La philosophie, qui interroge les rapports entre intelligence, raison, connaissance et vérité.
Cette prolifération témoigne donc d’une inquiétude réelle. Mais elle ne signifie pas nécessairement que la stupidité collective augmente : elle peut également indiquer que nous disposons de davantage de moyens pour l’observer, la commenter et la diffuser.
2. Le paradoxe : dénoncer la stupidité peut devenir une nouvelle forme de stupidité
Il existe ici un piège intéressant.
Celui qui dénonce la stupidité collective risque de se placer lui-même hors du phénomène qu’il prétend observer. Il distingue les lucides — dont il s’imagine faire partie — et les aveugles, auxquels il attribue les erreurs du monde.
Or, cette posture peut devenir une forme supplémentaire d’aveuglement.
La question véritable n’est donc pas seulement : pourquoi les autres sont-ils stupides ?
Elle est aussi : quelles sont les conditions qui rendent possible une stupidité collective dont aucun individu ne se croit personnellement responsable ?
C’est ici que la réflexion dépasse la simple psychologie pour rejoindre une interrogation philosophique sur la société et sur l’époque.
3. Une distinction essentielle : la stupidité n’est pas nécessairement un défaut d’intelligence
Une collectivité peut réunir des individus intelligents, instruits et techniquement compétents, tout en produisant des décisions absurdes.
La difficulté ne réside alors pas nécessairement dans les capacités intellectuelles individuelles, mais dans les mécanismes qui organisent leur mise en commun : conformisme, intérêts institutionnels, peur de la dissidence, imitation, croyances collectives et enfermement dans des représentations partagées.
On pourrait ainsi distinguer trois niveaux :
- La stupidité individuelle : incapacité ou difficulté à juger correctement une situation.
- La stupidité collective : production de comportements absurdes par l’interaction entre des individus.
- La stupidité systémique : situation dans laquelle les institutions, les procédures et les mécanismes dominants entretiennent des comportements manifestement contre-productifs, même lorsque certains individus en perçoivent les défauts.
Ce troisième niveau me semble particulièrement fécond pour une réflexion sur la GrandeCrise.
4. L’hypothèse qui intéresserait particulièrement Philo-PhG
Dans la perspective de Philippe Grasset, nous pourrions formuler une hypothèse exploratoire :
Et si la prolifération des discours sur la stupidité collective était elle-même un symptôme de la crise de la raison, plutôt qu’un signe de son rétablissement ?
Autrement dit, une société pourrait multiplier les analyses de ses propres dysfonctionnements sans parvenir à modifier les mécanismes qui les produisent.
Elle saurait de plus en plus de choses sur ses erreurs, tout en continuant à les reproduire.
Le paradoxe serait alors le suivant : la lucidité descriptive progresserait sans que progresse nécessairement la capacité collective d’agir lucidement.
Dans le vocabulaire que nous avons développé ensemble, on pourrait y voir une manifestation possible de la Raison-Subvertie : la raison continue de fonctionner, de produire des explications et d’accumuler des connaissances, mais cette activité ne garantit plus son aptitude à orienter l’action vers le vrai.
Je souligne qu’il s’agit ici d’une interprétation philosophique à examiner, et non d’une conclusion démontrée par la seule multiplication de ces sites. »