Aller au contenu

L’attente paralysée

L’attente paralysée

• Description de la situation à Washington D.C. en fonction de la guerre en Iran et de la proximité des élections de novembre. • Les difficultés pour Trump de se débarrasser de ce terrible handicap font augurer de grandes difficultés pour lui et ses partisans. • Une défaite républicaine majeure, signifiant la paralysie de la présidence, est désormais possible sinon probable. • Même dans ce cas subsiste la question de savoir comment terminer la guerre sans une totale humiliation ?

_________________________

Pour savoir ce qui se passe à Washington D.C., capitale actuelle du président D.J. Trump, on peut par exemple lire le texte de Philippe Giraldi, dont le titre nous dit déjà beaucoup de chose :

« Encore une semaine étrange dans le monde de Trump »,

poursuivi par ce premier paragraphe qui entame la chronique courante de l' »étrange semaine » qui suit et précède autant d' »étranges semaines » animées par les agitations extraordinaires du personnage bouffe et central :

« Certaines semaines, il est difficile de repérer les histoires les plus choquantes, symptomatiques du déclin et de la perte d’intégrité du gouvernement américain, tant à Washington qu’au niveau des États. La Maison-Blanche et le Congrès sont souvent pointés du doigt, compte tenu de l’abandon total, par le gouvernement des États-Unis, de toute tentative d’adapter ses politiques et sa législation aux véritables intérêts nationaux. Des guerres sont menées sans raison valable et la politique intérieure est dictée par les « suggestions » du président Donald Trump au réveil. Il en résulte un chaos lorsque ces politiques sont élaborées et mises en œuvre. »

Le spectacle extrêmement agité de Washington D.C. autant que des initiatives extérieures prises par le président-commandant-en-chef ne doivent pas dissimuler qu’il s’agit d’une sorte d' »agitation en rond », qui ne produit rien de structuré. Il y a certes des événements politiques divers et inédits (par exemple, la désignation pour le Michigan du premier musulman de l’histoire, Abdul El-Sayed, comme candidat d’un grand parti [démocrate] au Sénat du Congrès des États-Unis), mais ils ont en général pour effet d’accroitre la tension de cette « agitation en rond » sans lui donner un sens et une signification précises.

Pour le reste, tout le monde s’agite simplement pour attendre les élections à mi-mandat de novembre. Ce qui est en jeu est bien entendu la majorité dans les deux chambres, qui peut, si elle est démocrate, paralyser constitutionnellement le président Trump, voire le mettre en accusation pour une destitution.

C’est ici l’aspect constitutionnel de cette « agitation en rond ». Il peut bien entendu se produire des événements inconstitutionnels, notamment de la part du président Trump. Là, l’incertitude est totale, et sur ces événements, et sur leurs effets et les réactions du public

Encore, ce n’est pas l’essentiel, à notre sens.

L’Iran comme enjeu suprême

On trouve ci-dessous un texte d’Andrea Marcigliano (sur ‘euro-synergies.hautetfort.com‘ et ‘electomagazine.it‘ pour l’original) qui fixe les éventuelles limites du jeu en cours. Toutes se trouvent du côté de l’Iran, jusqu’à l’annonce de la nième « attaque massive » contre l’Iran pour les jours prochains. On cite le passage sous toute réserve, comme Marcigliano l’exprime lui-même, sans préciser que les militaires américanistes sont de plus en plus réticents devant cette perspective, avec notamment des moyens de plus en plus limités et un désaccord sur le fond, — tout cela exprimée de plus en plus publiquement, à la milite de l’insubordination.

« Il semble que Washington prépare une attaque massive contre l’Iran, en collaboration avec Israël.

Et que cette attaque devrait avoir lieu prochainement.

Pour certaines raisons, posées, bien sûr, comme excellentes et irréprochables. »

Marcigliano cite bien entendu les pressions israéliennes, directement via ‘Bibi‘, et indirectement via les lobbies pro-israéliens à Washington. Il précise ce que nous savons tous et qu’il faut sans cesse répéter, que la guerre contre l’Iran est devenue le principal enjeu des élections, — fait exceptionnel pour une élection aux USA d’habitude conditionnée par les seuls problèmes intérieurs.

Il s’agit donc de l’enjeu principal de ces élections, ce que Marcigliano nomme « Les limites du jeu ». Mais, sans même spéculer sur la nième « attaque massive » contre l’Iran, si elle se fait et avec les possibilités catastrophiques qui s’y rattachent, la principale question qui se posera, même si Trump est battu aux élections et accepte le résultat, sera encore et toujours la guerre contre l’Iran. Comment mettre un terme à cette guerre, si c’est la nouvelle orientation recherchée, sans faire perdre la face à l' »Empire » ? Même les démocrates, bien entendu, sont terrorisés par cette perspective, tandis que l’on ne peut vraiment spéculer sur les réactions du public vis-à-vis de cette question.

L’enjeu est énorme parce que la guerre en Iran est devenu la principale ‘subcrise’ de l’ensemble crisique. Une fois de plus nous répétons notre conviction que tout du sort, de l’orientation et des effets de la GrandeCrise se trouve dans l’évolution de la situation à Washington D.C., qui se trouve sans aucun doute dans une situation de fragilité structurelle sans précédent.

Il n’est pas question d’une « défaite » ou d’une « victoire » dans tel ou tel conflit, hybride, par procuration, etc., ni dans la guerre menée par l' »industrie » des sanctions US. Il est question du sort de l’ordre et du désordre du monde, c’est-à-dire de ce qu’il reste de notre-civilisation construite par la force, la coercition et la projection de l’image d’achèvement grandiose du progrès du monde du simulacre américaniste. Aux dernières nouvelles il n’y a pas de solution de remplacement visible à l’horizon, — même avec le télescope Webb,

Il avait bien raison, notre lointain chef des néo-sécessionnistes du Vermont, lorsqu’il parlait à Chris Hedges en avril 2010 :

« « Il existe trois ou quatre scénarios possibles qui pourraient entraîner la chute de l’empire », a déclaré Naylor. « L’une de ces possibilités est une guerre avec l’Iran. » »

dedefensa.org

_________________________

Les limites du jeu

Tous les Jeux, même les plus complexes et sélectionnés, ont des limites. Des frontières, disons, qui ne peuvent être franchisés. Des frontières qui sont souvent et inévitablement temporelles.

Il semble que Washington prépare une attaque massive contre l’Iran, en collaboration avec Israël.

Et que cette attaque devrait avoir lieu prochainement.

Pour certaines raisons, posées, bien sûr, comme excellentes et irréprochables.

Trump est probablement contraint d’agir. Contrainte, en premier lieu, par sa relation avec Netanyahu. Qui semble le conditionner et, à certains égards, le tenir sous sa coupe. Je laisse à chacun le soin d’en évaluer la raison.

Il est aussi contraint d’agir pour essayer de ramener un résultat positif.

Car, à ce jour, l’offensive militaire américaine en Iran s’est révélée être un désastre.

Ce n’est pas parce que l’Iran a gagné. Simplement parce qu’il ne s’est pas effondré comme Washington s’y attendait. Et, au contraire, il s’agit d’une riposte coup pour coup. Créant de nombreux problèmes aux États-Unis et, en premier lieu, à ses alliés arabes.

Des alliés qui manifestent désormais un malaise croissant. Au point de risquer de désagréger la coalition américaine.

Laquelle, de plus, semble avoir désormais affectée toutes ses principales ressources militaires à la défense d’Israël.

Laissant, de fait, ses « amis » arabes sans protection ni défense.

Cependant, la raison principale pour laquelle Trump doit agir rapidement est liée à la scène politique interne américaine.

Aux prochaines élections de Midterm, qui, dans l’état actuel des choses, pourraient s’avérer désastreuses pour les Républicains.

Désormais, Trump est dans son dernier mandat présidentiel. Il n’est plus éligible, malgré certaines déclarations et revendications ponctuelles.

Cependant, il veut, ou plutôt voudrait, garder le contrôle du Parti républicain. Et peut-être pense-t-il à une succession dynastique. A son fils.

Impossible, cependant, si les Midterms s’avèrent être un désastre total. Non seulement il deviendrait un « canard boiteux » pour le reste de son mandat. Son avenir politique serait annulé. Le sien ainsi que celui de ses partisans.

En vérité, ceux-ci sont de moins en moins nombreux. Car les prises de distance avec l’Administration, et son alignement sur Israël, en s’impliquant de plus en plus dans un conflit qui est étranger aux intérêts américains, augmentent de jour en jour.

C’est désormais un véritable éboulement.

Trump a donc besoin d’un succès dans le conflit iranien. Et il en a besoin rapidement.

Cela pourrait ne pas suffire à redresser la situation. Mais il est désormais trop tard pour trouver une autre issue.

Andrea Marcigliano