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Dialogues entre monde et outre-monde

Dialogues entre monde et outre-monde

14 août 2026 (17H30) – Nous abordons un problème qui, s’il est lié à l’antagonisme entre la Russie et ce que nous nommons et qualifions pour les meilleures raisons du monde l’Occident-compulsif, est en vérité un problème universel d’une gravité sans aucun précédent. Le qualificatif de « compulsif » a d’ailleurs un rôle éminent à jouer et il est dans ce cas un indicateur sérieux du « problème universel » qui est lié à des troubles également sérieux, diagnostiqués graves à très graves, affectant les capacités mentales, la perception, le force cognitive, l’interprétation psychologique, etc.

(IA) « Le terme compulsif « désigne ce qui provient d’une compulsion, c’est-à-dire une envie irrationnelle d’agir malgré soi » (par exemple dans le Trouble Obsessionnel Compulsif ou TOC). »

« Dans le langage courant, il décrit une habitude ou une manie automatique et excessive qu’une personne a du mal à s’empêcher de répéter, comme l’achat compulsif ou le grignotage compulsif. »

Les aspects visibles du problème sont l’emploi du même mot dans des sens quasiment antagonistes par des personnes différentes, désignant une question d’une extrême importance, pour notre cas en politique extérieure et (insistons là-dessus) dans le cadre général de la GrandeCrise. Encore une fois nous faisons appel à l’IA pour désigner ce phénomène, sans l’informer des domaines où il intervient ; on notera tout de même que l’IA en vient d’elle-même à chercher des exemples qui concernent ces problèmes, signe indubitable pour nous que la question explorée existe bel et bien :

« En linguistique, un mot unique qui possède en lui-même des sens opposés est appelé un énantiosème (et le phénomène l’énantiosémie). Toutefois, lorsque le changement de sens ne réside pas dans la langue mais naît d’une réappropriation conflictuelle d’un même terme ou concept par des acteurs aux visions opposées (par exemple, la notion de « liberté » ou de « république » employée par des camps politiques rivaux pour signifier l’inverse), on parle plus largement de polysemie conflictuelle, de lutte sémantique ou de détournement/guerre des mots. »

Ces définitions préparatoires nous permettent de bien définir le sujet exploré. Ce sujet est présent à des échelons inférieurs depuis plusieurs années, à peu près d’une façon visible depuis 2001 et l’attaque du 11 septembre. Il concerne l’Ukraine et vaut pour tous les domaines de la GrandeCrise.

Notre propos s’appuie essentiellement sinon exclusivement sur la conversation du 12 août entre Pascal Lottaz (Neutrality Studies Français‘) avec l’expert universitaire russe Pavel Shcheline, qui a obtenu de nombreux diplômes dans diverses universités russes et occidentales (Cambridge).

Enjeu du dialogue : la paix comme Nœud Gordien

Le sujet implicite mais très puissant qui domine cette conversation n’est rien de moins que « la paix en Ukraine » et, plus généralement « la paix entre la Russie et l’Occident collectif ».

Fait extraordinaire et caractéristique à mon avis, cet énorme problème va se résumer en fait sur un seul mot : »paix » et sur la façon, l’interprétation, les modalités, la signification à la fois symbolique, politique et opérationnelle de ce mot. De ce point de vue le mot « paix », pourtant bien connu et au sens commun indiscutable, devient un concept extraordinairement complexe, voire inextricable, un véritable Nœud Gordien.

Conceptions de la paix : Poutine et l’Ouest compulsif

Nous donnons ici un long extrait qui aborde les deux concepts qui s’opposent. On notera que Poutine est présenté comme ayant reçu l’essentiel de sa formation dans le KGB des années 1980 et que ce service n’a strictement, absolument, totalement rien à voir avec l’image que nous entretenons avec soin à l’Ouest (« La plupart des gens disent que c’était sombre et sinistre »).

Au contraire, le KGB était de loin le service qui, dans les organes de sécurité soviétiques, était devenu le plus occidentalisé de tous, le plus ouvert, en un sens le plus « libéral ». Le KGB était opposé à l’invasion de l’Afghanistan en 1979. Andropov, président du KGB, fut pendant une courte année (1982-83), avant d’être emporté par la maladie, le successeur de Brejev à la tête du PC (de l’URSS, donc). Il était connu pour ses diverses formes de vie et de goût occidentaliste, comme son amour pour le jazz. (Les « complotistes » d’alors, déjà présents et pullulant comme de tous-temps, y voyaient une ruse, une ‘maskirovka‘ tout à fait russe.). Je me rappelle précisément (je me trouvais à Bruxelles alors) le vent d’excitation extrême (mais aussi de suspicion « de vigilance ») qui avait parcouru les milieux de l’OTAN et à Washington (l’UE, qui n’était pas l’UE actuel, ne s’intéressait pas à ces affaires jugées sagement comme hors de ses prérogatives) : « Enfin, nous avons un dirigeant soviétique qui va entr’ouvrir la porte ». La situation psychologique et diplomatique était fondamentalement différente sinon opposée à la situation opérationnelle (« crise des euromissiles »), mais il n’y avait pas d’interférences. Rien à voir avec aujourd’hui où tout est question de force et d’armes, on le comprend et on mesure l’ivresse de notre effondrement.

Andropov avait promis des réformes libérales mais sa maladie et sa mort coupèrent court. Il faut pourtant noter qu’il s’appuyait sur une vaste enquête économique et sociale de 1981-1982 opérée dans tout le pays sur l’état de l’URSS. L’opérateur en était l’un des siens (sans être du KGB), un nommé Gorbatchev, l’homme de la ‘glasnost‘ (dès 1985, bien avant la soi-disant « défaite » de l’URSS) et de la ‘perestroïka‘, et dans ses projets, l’homme de « la maison commune européenne »… Voilà dans quel sens travaillait la nébuleuse du KGB si, par ailleurs, il poursuivait ses missions classiques de surveillance et d’espionnage.

Voici ci-après l’extrait annoncé (c’est Shcheline qui parle) :

« Dans la conception initiale de Poutine, une forme d’architecture de sécurité véritablement paneuropéenne mènerait à une paix globale et à la prospérité paneuropéenne. Il faut simplement se rappeler qu’il vient de l’école du KGB du début des années 1980. La plupart des gens disent que c’était sombre et sinistre, mais c’est en réalité de là que tout cet élan pro-occidental, proeuropéen a émergé en Union soviétique. Toute cette idée de convergence, ce n’était pas seulement le fait de dissidents libéraux.

» Elle a, disons, émergé au sein même de l’appareil d’État soviétique et son rêve de convergence, c’était un partenariat respectueux. C’est l’expression que Poutine emploie par exemple et qui lui semble aller de soi. Il dit en substance « Je suis prêt à vous traiter comme un partenaire respectable et je pars du principe que vous me traitez de la même manière ». Alors que par exemple dans l’approche occidentale de la réalité, un partenariat respectueux, ça n’existe tout simplement pas.

» Tout repose sur la dialectique du maître et de l’esclave. « Désolé si vous avez perdu. Vous avez perdu. et vous avez perdu en 1991. Voici les conditions de votre reddition. Pourquoi votre avis devrait-il compter ? » Pour lui, Poutine, au contraire, c’était non, non, non, nous n’avons pas perdu en 1991. Nous avons en quelque sorte volontairement accepté d’enterrer les actes de guerre afin d’apporter cette convergence et cette prospérité à l’ensemble du continent. Et vous voyez bien à quel point même dans cette histoire ces récits ne concordent pas. Pourtant les gens prennent leur décision en fonction du récit dans lequel ils vivent. C’est précisément un exemple qui montre pourquoi il est important de comprendre l’architecture symbolique de la vision du monde d’un dirigeant politique. »

On observera que cette querelle sur les années1980 a été l’objet d’une énorme monstruosité faussaire de la part des neocon déjà grouillant dans les sphères de direction de la sécurité nationale à Washington, — et là-dessus, s’il vous plaît, voir notre analyse dans le texte du 30 avril 2010, elle aussi documentée sur place à Bruxelles, au travers de mon intérêt pour les affaires militaires suivies de première main avec de nombreux contacts OTAN et autres. Nous sommes là au cœur de la matrice explosive qui va entraîner tout le reste catastrophique jusqu’à aujourd’hui

« Le Traître et le Dictateur », de Jean de La Fontaine

Quels sont les conceptions fondamentale des uns et des autres ? Shcheline expose avec minutie les différences extraordinaires de polysemie conflictuelle entre les deux parties. C’est un abîme terrifiant, des abysses insondables qui se sont creusé entre les deux…

« Dans ce scénario, vous avez un récit de Vladimir Poutine selon lequel un partenariat respectueux est l’objectif commun souhaité. Ce récit s’appuie lui-même sur celui de la Seconde Guerre mondiale telle qu’elle est comprise par les Russes. C’est en quelque sorte nous malgré toutes nos différences, tous les gens de bonne volonté, nous nous sommes unis et avons détruit le mal absolu. Et c’est pourquoi nous ne devrions pas lutter les uns contre les autres. Utilisons plutôt cet exemple positif et construisons ensemble la prospérité dans cet esprit-là, mais sur la base du respect. Alors, traitons-nous les uns les autres avec respect.

» Mais le récit occidental du maître et de l’esclave, du vainqueur et du vaincu, de la reddition de 1991, c’est une toute autre histoire. Une histoire qui n’a tout simplement pas de mots pour désigner un partenariat respectueux.

» Si vous y prêtez attention, l’Occident n’en a tout simplement pas. Il n’existe pas de mots pour cela. Il y a un mot comme allié qui est très spécifique. Et je dirais même que le mot allié par exemple fait de nouveau l’objet d’un grand malentendu entre les Russes et l’Occident. C’est ce que les Russes comprennent comme de l’amitié. En gros, la Russie assimile l’amitié à des alliés.

» Mais ce n’est tout simplement pas le cas parce que l’amitié est en quelque sorte éthique et métaphysique tandis que les alliés dépendent [selon l’Ouest euroatlantique] des circonstances et reposent sur certains intérêts.

» Et si les règles du jeu changent, et bien nous ne sommes plus alliés. D’accord ? La situation a changé, nous ne sommes plus alliés. »

… Au fond, — et ceci pour faire enrager les imbéciles, ce qui est de mes plaisirs favoris, croyez-moi, — Poutine ne faisait là que reprendre la formule de Talleyrand telle que rapportée par l’Anglais David Lawday en 2015, — je me répète à ma grande tristesse : seuls les historiens anglais ont su immédiatement et sans réserve rendre justice à ce génie universel de la diplomatie, — et peut-être auront-ils la même démarche, plus tard, vis-à-vis de Poutine ? « Faisons un rêve », disait Sacha, et sachons qu’il est plein d’ironie…

« Certes, la situation [à la signature du traité d’Amiens en 1801 avec les Anglais] ne rencontrait pas parfaitement sa vision d’un bon traité de paix tel qu’il [Talleyrand] l’avait formulé devant ses subordonnés : »C’est celui qui, en réglant l’universalité des objets en contestation, fait succéder non seulement l’état de paix à l’état de guerre, mais l’amitié à la haine ». »

C’est dommage parce que c’est trop tard : cette étrange rencontre Talleyrand-Poutine aurait pu suggérer au bon monsieur de La Fontaine la trame d’une jolie fable sous le titre : « Le Traître et le Dictateur ». Mais la censure l’aurait-elle laissée passer aujourd’hui, quand on sait le zèle totalement incompétent des imbéciles. Ah, les imbéciles ! La belle affiche ! Ne doutez jamais de leur audace, comme disait Audiard en une plus leste formule.

« Nous acceptons gracieusement votre reddition »

Dans ce passage, qui définit les impossibilités d’arriver à une entente sur la paix, Lottaz mentionne le pot-aux-roses en parlant de « l’hypocrisie des Européens ». Pour ma part, je ne parlerais pas d’hypocrisie mais d’une psychalgie profonde et profondément déformée dans la posture qu’on lui voit actuellement. Il n’est plus question de mensonges, de simulacres, ni même du « déterminisme-narrativiste » que nous avions identifié en 2014-2015 et qui n’apparaît plus aujourd’hui que comme une étape vers la totale infection de la psychologie, devenue une fonction invertie, folle, incontrôlable et qu’il est impossible d’utiliser d’une façon constructive.

Pascal Lottaz : Est-ce que le malentendu, l’absence de compréhension ou le refus de comprendre font partie intégrante du jeu de ceux qui participent ? Est-ce qu’ils le font réellement ? Et j’ai du mal à croire que vous et moi, en tant qu’observateur de cette tragédie, nous puissions avoir cette conversation et essayer de comprendre quels sont les facteurs qui motivent ces acteurs alors que les acteurs eux-mêmes ne font pas cela entre eux.

» Vous savez, c’est pour ça que je dis souvent que les Européens sont extrêmement hypocrites. Ils doivent comprendre qu’après 20 paquets de sanctions, il n’y a aucune chance que le prochain tour brise l’échines de la bête, n’est-ce pas ? »

Pavel Shclechine : « Encore une fois, comme vous l’avez dit, on ne peut pas accepter soudainement une mort politique et dire qu’on avait tort. Mais la rhétorique qu’ils emploient ne correspond pas aux convictions qui sous-tendent leur décision… Non, d’accord, ça dépend. Dans une certaine mesure, ça l’est toujours parce que ça reste fondé, disons, même dans leur proposition de paix sur ce système de valeur où c’est eux qui déterminent les règles.

» En gros, voilà comment les Européens présenteraient leur actuelle proposition de paix, entre guillemet. « Très bien. Avec magnanimité, nous acceptons généreusement de geler le conflit et nous intégrerons ce qui reste de l’Ukraine dans nos structures militaires. Et nous disons au Russes ‘Très bien, prenez ce que vous prenez, mais nous ne l’accepterons jamais. Ce sera donc une zone grise et d’une manière ou d’une autre, vous le rendrez quand même. Au final, vous n’aurez toujours rien obtenu et au final, c’est nous qui aurons gagné’. » C’est un peu ça l’idée. Nous acceptons gracieusement votre reddition ». Voilà l’idée que l’Europe se fait de la paix en ce moment. »

Des Russes de plus en plus Russes

On a l’habitude, dans l’Occident-compulsif si contente d’elle-même et si assurée dans ses embourbements de la psychologie invertie qui continue à vivre son idylle avec le Progrès et son « Il faut aller de l’avant », que les jeunes générations arrivent plus ouvertes, plus libérales, plus « modernes » que les croutons qui ont précédé. On peut toujours rêver, certes, mais en Russie on ne rêve plus. L’homme de plus en plus populaire, c’est Karaganov qui plaide pour l’emploi de bombes nucléaires tactiques sur certains points bien choisis de l’Europe, — et pour mettre les choses au point. Et la jeune génération a de plus en plus tendance à suivre, observe Shcheline.

« La jeune génération de l’élite russe, disons ceux qui ont aujourd’hui entre 40 et 50 ans, est beaucoup plus radicale. Ils n’ont aucune fascination pour l’Occident, contrairement par exemple à ceux dont les années de formation se sont déroulées dans les années 80 et 90 et ils n’ont pas non plus de sentimentalisme envers l’Europe. Par exemple, l’idée d’une maison commune européenne, non, merci beaucoup. Disons-le ainsi, ils sont bien plus réceptifs à une grande partie de la rhétorique de Karaganov, à ce type de rhétorique. Mais je veux simplement souligner un thème important.

» Vous l’avez évoqué justement à propos de la question du langage, ce qui rend les choses encore plus difficiles aujourd’hui. Parce que par exemple, même quand j’étudiais, on adoptait tous en quelque sorte ce langage libéral, universaliste, globaliste. Et même si nous pensons que ce n’est pas le cas, par exemple, le langage des Nations-Unies reste libéral et globaliste dans son vocabulaire le plus simple. Si vous remontez à son origine philosophique, cela vient encore en quelque sorte de là. Le problème c’est que tous les acteurs de la scène mondiale parlent désormais plus ou moins, surtout au niveau officiel, le même langage. Mais le sens derrière chaque mot reste tributaire de l’ordre symbolique interne. Et c’est ce qui rend la situation si difficile à comprendre. »

Que faire pour la paix ? « Rien à faire. C’est tout »

Que reste-t-il au bout de ce long calvaire d’une conversation entre deux personnes sensées, sur le constat que tout le monde euroatlantique, Occident-compulsif, incroyablement satisfait de lui-même en même temps qu’assis sur le volcan en train d’exploser, — que reste-t-il sinon d’effacer la question de la paix et de « voir venir » ? Rançon du chaos quand la chose est déclenchée par des amateurs postés sur le pourtour du Trou Noir où s’engloutit la civilisation.

« À mon avis, [dit Shcheline] l’objectif des décideurs russes n’a pas vraiment changé depuis le début 2022. lls voulaient ce qu’ils appelleraient la sécurité de leur frontière occidentale. Ils voulaient que le territoire ukrainien ne puisse jamais représenter un danger pour le territoire russe, pour les Russes et ils le veulent toujours. Ce qui change, c’est qu’en 2022, il pensait naïvement que cela pouvait se faire par un accord avec l’Ukraine ou avec l’Occident. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux à accepter à contre-cœur, peut-être avec une certaine forme de ressentiment, que le seul moyen d’atteindre cet objectif initial est de résoudre le problème ukrainien.

» Malheureusement, le seul moyen pour la Russie de s’assurer qu’il n’y aura aucun danger venant de ce territoire, c’est d’en avoir le contrôle d’une manière ou d’une autre. Mais c’est là qu’on voit pourquoi il est important de comprendre le symbolisme et d’où il vient. Pour vous, ça peut ressembler à « Ah, ils ont toujours voulu le prendre ». Et vous pouvez même dire par exemple l’un d’entre vous peut dire « Vous voyez, je vous l’avais dit il y a 20 ans, ils l’ont pris. C’est ce qu’ils ont toujours voulu. »

» Et pourtant, la même décision ou le même résultat peut en réalité découler d’une représentation symbolique très différente. Et ça, je pense que c’est une véritable tragédie dans les relations internationales pour ceux qui voudraient qu’elles soient plus pacifiques. Donc, une prophétie autoréalisatrice, c’est exactement ce qui se passe, l’histoire d’une prophétie autoréalisatrice.

» Et pour comprendre pourquoi ce scénario reste le plus probable, il suffit de regarder aujourd’hui même la liste des prétendus alternatives à Zelenski qui sont populaires en Ukraine. Des gens comme Fedorov, Budanov, Drapati, Sirski, Zalougni et aucun d’entre eux n’est prêt. Même dans cette représentation imaginaire, aucun d’entre eux n’envisage une Ukraine depuis laquelle aucune menace ne pèserait sur la Russie. Non, pour aucun d’entre eux, ça n’existe tout simplement pas et c’est pour ça qu’ils ne l’accepteront jamais.

» Et s’ils ne l’acceptent jamais, alors pour atteindre cet objectif initial qui peut à la fois être très limité et potentiellement immense, d’établir votre propre sécurité de la manière dont, disons vous la concevez, vous irez toujours plus loin, encore et encore, jusqu’à atteindre une certaine limite. Et c’est ce qui à mon avis est en train de se passer. C’est pourquoi je pense que toutes les tentatives, entre guillemets de geler la situation ou d’obtenir la paix échoueront parce qu’elles ne répondent tout simplement pas à la préoccupation fondamentale de la Russie.

» Et le problème c’est qu’il est impossible de répondre à la préoccupation fondamentale de la Russie sans ce contrôle du territoire d’une manière ou d’une autre. Et si vous regardez ce que dit l’Europe, ce que dit l’Ukraine, vous le voyez très clairement. C’est tout à fait clair et il est impossible de satisfaire ce désir initial de la Fédération de Russie. C’est tout. »

Et vous, dans le Golfe, ça va ?

Pour terminer sur une vision unitaire du chaos, on peut laisser aller un coup d’œil sur la région allant d’Israël et du Liban jusqu’en Iran, — éventuellement en passant par la Maison-Blanche avec une pensée pour les marins de l’USS ‘Abraham-Lincoln‘ qui inaugure une nouvelle sorte, postmoderniste certes, de mutinerie par le ventre vide et les colonnes d’attente pour atteindre les toilettes, sans compter lestentatives réussies ou non de suicide. Ainsi va cette puissante US Navy qui étonna le monde, le 2 septembre 1945, dans la baie de Tokyo, par l’étalage de son énorme puissance saluant la capitulation du Japon. Quelle triste déchéance diront un jour les chroniqueurs lorsque les ‘fact-chekers‘ et autres mignons de la censure de salon auront été effacés, — ou ‘cancellés’ si l’on veut, — et hors de notre chemin.

Que faire ? Quand vaincrons-nous enfin ces satanés Iraniens censés disparaître dans les quelques premiers jours de l’attaque, avec leur arrogante et impuissante direction. Les généraux de l’IDF, qui fut un temps la force dévastatrice de la région qui gagnait les guerres en six-jours sous la direction des Dayan et des Sharon, consultent désormais avec une très humaine mélancolie les dernières nouvelles venues du ‘Jerusalem Post‘, aimablement reprises par RT.com :

« Selon le Jerusalem Post, les responsables de la défense israélienne ont été stupéfaits par le rétablissement rapide des capacités militaires iraniennes depuis les bombardements massifs menés par les États-Unis et Israël au début du conflit.

» Plus tôt cette semaine, un conseiller de haut rang du commandant en chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a déclaré que la production iranienne de missiles balistiques et de drones dépassait le rythme de leur déploiement. « Même si la guerre dure plusieurs années, nos missiles balistiques continueront de s’abattre sur l’ennemi », a affirmé le général de brigade Mohammad-Reza Naqdi à Press TV.

» Dans un article publié jeudi, le Jerusalem Post a indiqué avoir vérifié de manière indépendante l’exactitude des déclarations de hauts responsables iraniens concernant l’accélération de la production d’armements dans le pays. »

Pourtant, c’est impossible : ni Israël ni les USA ne peuvent perdre. C’est aussi sûr que ce que l’on a vu à propos des Occidentaux victorieusement opposés à la Fédération de Russie. Même verrouillage des pensées uniformes, mêmes psychologies inverties.

La paix, c’est-à-dire le « Nous acceptons gracieusement votre reddition » et rien d’autre, — il faut s’y faire puisqu’ils ne changeront pas. Comme dirait le poète, laissez-les « rêver un impossible rêve ». Quoi qu’il en soit et pour notre propos immédiat, nous dirons qu’ainsi va le chaos : malgré toutes les différences entre les deux théâtres, ils se ressemblent tellement qu’on les croirait frères siamois jusqu’à ne plus faire qu’un. Globalisation achevée et réussie, révolution accomplie en son retour au point de départ où se loge l’inanité des ambitions humaines, entre les débris du Progrès et les Lumières éteintes.

La paix, « un impossible rêve » ? Sans aucun doute dans les conditions actuelles, le constat est inévitable et il n’est certainement pas d’une très grande originalité. Le volcan de la GrandeCrise qui est sous nos pieds et qui domine leurs pauvres petites âmes anémiés, et qui gronde, et qui explose bientôt sinon aussitôt, apportera bien des choses inédites, des situations impensables auparavant, des bouleversements extraordinaires, sans que nous n’y comprenions grand’chose. Personne ne s’y attend, même pas nous, — ni vous ni moi, sauf que moi, je le sais bien qu’il s’agit des « unknown unknowns« .

Alors, peut-être, reprenant la lourde charge du porteur de nouvelles pourra-t-on vous apporter des nouvelles plus fraîches que celles de ce pitoyable et cruel échec des entreprises humaines. Nous les porterons comme « les dernières nouvelles de la fin d’un monde »

En attendant, faire comme dit Marc-Aurèle : « amor fati », quel que soit le poids terrible de ce destin. L’empereur se doutait bien de quelque chose. Il avait à l’esprit, comme marque stoïque et visionnaire du destin de l’empire de Rome l’épitaphe fameuse des Thermopyles où vous pourriez faire figurer parmi ces lois pour lesquelles l’on meurt la « liberté d’être dissident »…

Note de PhGBis : « PhG veut dire, en toute simplicité :  » ξεν’, γγλλειν Λακεδαιμονοις τι τδε κεμεθα, τος μασι πειθμενοι. » (« Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts pour protéger ses lois »). Cela permet de faire entrer la « liberté d’être dissident », mais quant à l’exactitude ! C’est une traduction très-très libérale qu’on croirait quasiment macroniste, — mais tout de même littéraire et juste, ce qui n’est pas macroniste du tout, et popularisée au XVIIIème siècle par l’honorable Abbé Barthélémy. Le texte dit exactement, selon l’historien Hérodote rapportant Simonide de Céos, en des termes plus stricts et militairement spartiates conformes au temps, qui se fichent bien de la « liberté d’être dissident » : « Étranger, va dire aux Lacédémoniens qu’ici nous gisons, obéissant à leurs paroles ». Pour tout cela, cet étalage de savoir à bon compte — Ah et hourrah ! Que deviendrions-nous désormais si nous n’avions pas l’IA ! »