Ils ne sont plus maîtres en leurs royaumes
12 octobre 2026 (17H50) – Puisqu’il est partout question de deux ou trois choses que je crois un peu vite savoir, parlons-en… Je veux dire ; permettez-moi de développer mon point de vue prospectif sur cette situation, ou « la situation de notre situation » comme dit l’autre.
Quelles sont ces « deux ou trois choses » , — dans tous les cas, deux d’entre elles, rapidement résumées ?
• Trump et Poutine sont d’accord sur les livraisons de fuel avec levée des sanctions US dans ce domaine d’une part…
• Trump laisse tomber Zelinski, d’où il se déduit qu’il change d’attitude sur la guerre. En attendant, il demande un cessez-le-feu, notamment sur les raffineries de pétrole.
Le problème est que les trois hommes ne sont pas libres ; et nous insistons bien : les trois hommes, Trump, Poutine et… Zelinski.
• La « décision » de Trump a amené une levée générale de boucliers, en Europe bien entendu, mais aussi aux USA, chez les neocon et dans le système de sécurité nationale (c’est la même chose). La guerre US en Ukraine est le fait essentiellement de la CIA, et la CIA n’obéit plus, si elle n’a jamais obéi, à un président à la dérive comme l’est Trump ; les autres présidents, ceux qui ont le pouvoir bien en main, elle les tue (suivez mon regard « Indicible »…). La CIA n’a jamais cessé d’alimenter les Ukrainiens malgré tous les babillages de Trump, notamment en renseignements pour les attaques sur les raffineries russes, et elle continuera.
• Poutine n’a quasiment aucune possibilité (disons, à 98%) d’accepter une sorte de cessez-le-feu, même ultra-temporaire. Tout l’appareil de sécurité nationale et le monde politique autour de lui (Medvedev, par exemple, qui rejette catégoriquement l’idée d’un cessez-le-feu), n’accepterait pas une telle décision, si même Poutine y songe, — ce qui est loin d’être le cas assuré me semble-t-il, car son durcissement récent est bien réel, par exemple lorsqu’on entend Pechkov, « la voix de son maître ».
• Zelinski lui-même est cerné comme un rat par ses critiques internes qui rejettent sur lui la responsabilité des succès russes, notamment cette formidable campagne aérienne sur Kiev (voyez le maire de Kiev, Vladimir Rodionovich Klitschko). Il ne lui reste plus qu’à tenir une position maximaliste, le dos au mur, pour garder le soutien des groupes ultra-nationalistes et ukronazis les plus durs.
Donc, plus personne n’écoute Trump, y compris les Européens qui préfèrent les garanties que leur donnent la CIA et le Pentagone, en attendant la défaite républicaine aux midterms et la mise en accusation du président pour une destitution du fait d’un nouveau Congrès qui sera, ils en sont sûrs, acquis aux démocrates. Ainsi raisonnent les dirigeants européens qui poursuivent leur croisade ukrainienne dont ils jurent qu’elle garantit leur maintien au pouvoir. Remarque de Mercouris :
« Si les dirigeants européens étaient rationnels, s’ils avaient ne serait-ce qu’une once d’humanité, ils saisiraient la moindre occasion pour tenter de mettre fin à cette guerre en Ukraine. En réalité, ils font tout le contraire. La responsabilité ultime du déclenchement de ce conflit incombe indubitablement aux divers groupes néoconservateurs aux États-Unis ; cela ne fait aucun doute. Je veux dire, vous connaissez ces gens qui ont orchestré la tentative de coup d’État de 2014, et tout le reste.
» Mais les Européens ne se sont pas contentés d’être des complices dans cette affaire ; ils sont allés bien plus loin. Ils sont désormais devenus des acteurs à part entière — des acteurs de premier plan — dans ce dossier, et lorsque tout cela prendra fin, nous saurons où se situe la responsabilité. »
On ne s’arrête pas là, je continue… Rien n’est joué pour les gains de la « victoire » de la coalition CIA-UE-OTAN, car ils ne font que décider que l’affaire se règlera sur le champ de bataille. Ont-ils remarqué la puissance de feu incroyable des Russes ces dernières semaines ? Et ces remarques, qui valent vrépétition, faites hier par Mercouris pour Garland Nixon :
« Maintenant, je tiens à vous communiquer une information, une seule chose que j’ai apprise tout récemment — il y a à peine quelques heures, juste avant le début de cette émission. Je ne prétends pas disposer d’une multitude de sources au sein des structures politiques londoniennes, car ce n’est pas le cas ; toutefois, je connais une ou deux personnes bien informées. Voici ce qui se dit : la campagne aérienne lancée par les Russes en Ukraine a complètement sidéré l’Occident, car il s’agit précisément du type d’opération que nous menons habituellement. Or, ce sont eux qui la réalisent, et ce, contre ceux que nous soutenons.
» Une telle situation ne s’était jamais produite sous cette forme depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’Occident est sous le choc. Le fait qu’une campagne aérienne d’une telle envergure et d’une telle sophistication puisse être menée par le camp adverse suscite une consternation totale. Si vous lisez l’interview très intéressante qu’Éric Schmidt a accordée à ‘The Economist’ ici à Londres, vous verrez qu’il tient le même discours. On a tendance à imaginer les Russes comme étant lents, lourds et arriérés, tandis que les Ukrainiens seraient, eux, agiles et à la pointe de la technologie. En réalité, lorsqu’il parle des Ukrainiens, il pense surtout à nous, en Occident. Il constate avec stupeur que l’adversaire est au moins aussi performant que nous. Comme je le disais, c’est un scénario qu’ils n’avaient jamais envisagé ni cru possible de voir un jour… »
C’est contre ça que la CIA va entraîner l’UE et l’OTAN ? Exactly, les amis… Lesquels (CIA-UE-OTAN), dans leurs joyeuses incompétences-irresponsables, — y compris la CIA, et comment ! — ne demandent d’ailleurs que ça (l’OTAN un peu moins, à mon et notre avis et selon les prudences du Pentagone qui y est très influent ; lequel Pentagone, avec son ministre qui la boucle, est la partie qui se pose le plus de questions, suite à l’aventure iranienne et à l’offensive russe).
C’est la voie ouverte vers un conflit bien plus large en Europe, dans lequel les USA auront bien du mal à n’être pas impliqués sous la direction éclairée et si bien renseignée de la CIA. « Comme d’habitude », disait Sinatra en reprenant (‘My Way‘) une chanson de Claude François, pour une fois montrant un remarquable talent.
Mais je m’interroge : y a-t-il une issue de secours ? Oui si, Trump, brusquement touché par la grâce, retrouvant sa lucidité mentale et affichant soudain un caractère héroïque, prenant tous les risques de la tragédie sans-bouffe (probabilité de 99,99% à 110% que cela se fasse), se dresse pour un discours solennel à la Nation dans lequel il dirait :
• J’ordonne la cessation unilatérale des hostilités des USA dans le Golfe et l’ouverture de négociations où nous sommes prêts à rencontrer nombre des exigences de sécurité nationale des Iraniens
• J’ordonne la cessation immédiate de toute aide, matériels et renseignements, à l’Ukraine et invite ce pays, qui ne peut en aucun cas espérer entrer dans l’OTAN, à demander à la Russie les termes d’une paix entre les deux adversaires rencontrant nombre des exigences de sécurité nationale des Russes.
• Si mes ordres ne sont pas suivis d’effets du côté des USA, le peuple américain saura, parce que je le lui répéterai, que ses principaux organes de sécurité refusent d’obéir à leur commandant-en-chef, montrant ainsi un cas absolu d’insubordination et de trahison, et menant les États-Unis au suicide.
Cette idée de « suicide »… Pour éclairer le débat que tout le monde jugera évidemment tranché par avance, — Trump n’a jamais évalué le coût en $milliards de « l’être touché par la grâce » et de l’intérêt sur capital de la lucidité mentale et du caractère héroïque, — je vais citer une dame pour laquelle j’ai une très haute estime. Il s’agit d’une adresse publique de Tulsi Gabbard (« Message to All Americans ») où elle cite le discours de Lincoln de 1839, citation, quinze seconde après le début de son propre discours, avant-hier, le 11 octobre 2026, — comme si le Destin prenait ses marques :
« Je commencerais par l’une de mes figures préférée : Abraham Lincoln. À l’âge de 28 ans, il a prononcé un discours emblématique — dont on ne parle pas assez, sans doute parce qu’il n’était pas encore président à l’époque — mais qui a eu pour moi un impact considérable. Il s’est exprimé à Springfield, dans l’Illinois, au sein du Lyceum ; je vais vous en citer une phrase, tout en vous encourageant vivement à aller consulter le discours dans son intégralité. Il a déclaré :
» « Si la destruction doit être notre sort, nous devrons en être nous-mêmes les auteurs et les artisans. En tant que nation d’hommes libres, nous devons vivre jusqu’à la fin des temps, ou périr par suicide »… [et répétant] « En tant que nation d’hommes libres, nous devons vivre jusqu’à la fin des temps, ou périr par suicide.. » »
Je suis sûr que nos attentifs lecteurs retrouveront ainsi une de mes citations favorites que nous faisons et faisons, et répétons sans cesse, du futur président Abraham Lincoln, en 1839, dans l’Illinois. Elle vaut bien plus, mille fois bien plus que la fameuse adresse qu’il fit au lendemain de la bataille de Gettysburg, gagnée par les Yankees en 1863 et tournant de la Guerre de Sécession. Et tous les historiens-Système de s’en paître et s’en repaître, et de s’en gargariser , de cette adressse de Gettysburg ; ils n’ont garde, eux, de revenir à Springfield, Illinois, en 1839… la Gabbard y a songé, elle, et en a fait le principal discours d’Abraham Lincoln : chapeau bas !