« Tout est lié » ? La GrandeCrise
12 octobre 2026 (05H00) – Nous nous arrêtons aujourd’hui à l’un ou l’autre entretien pêchés chez nos commentateurs favoris — « influenceurs », disent-ils dans leur sabir postmoderne, — pour déterminer le « point Oméga » de tous ces événements, notion souvent employée pour ces derniers temps dans son sens inverti et qui, aujourd’hui et de plus en plus, tend à se confondre avec l’épisode ultime de la GrandeCrise confrontée à son épreuve ultime qui est de lutter contre l’inversion qui a jusqu’ici dominé.
L’adoption de cette expression ne signifie pas une adhésion aux thèses de son créateur, Teilhard de Chardin, ni d’ailleurs une réfutation. C’est un emprunt pratique, qui constitue une façon acceptable de signaler qu’il y a une convergence d’analyse de « la situation cosmique de notre situation », sans préjuger du sens de cette situation, — mais aujourd’hui, signalant que cette convergence nous rapproche plus encore du point de fusion du « point Omega inverti« .
« Chez le jésuite, paléontologue et philosophe français Pierre Teilhard de Chardin, le point Oméga désigne le point ultime et maximal du développement de l’évolution, caractérisé par une convergence parfaite de la complexité, de la conscience et de l’amour.
Empruntant la dernière lettre de l’alphabet grec (Omega), Teilhard de Chardin l’utilise pour symboliser la fin absolue et l’aboutissement de l’Histoire cosmique. » (IA-Google)
Si nous abordons notre thème central de la GrandeCrise, c’est essentiellement à cause de la convergence pressante de divers événements à connotation catastrophique, dont certains sont nommés « guerre » pour combler le vide des discours politiques de nos dirigeants, et d’autres remis dans les mains pleines de savoir de nos sociologues progressistes. L’essentiel, — c’est le cas de le dire comme il le fait, — se trouve dans cette phrase d’Alexandre Mercouris dont nous continuons à pomper le savoir-informationnel :
« …L’essentiel est de comprendre que tout est lié. C’est là le point crucial à saisir. »
Considérations finalistes sur la GrandeCrise
Nous consultons d’abord un entretien d’Alexandre Mercouris avec le commentateur américain Garland Nixon, qui est un des relais favoris de notre duo C&M. Garland Nixon est moins un spécialiste militaire que les Larry Johnson, Scott Ritter, Mcgregor, etc., dissidents des services divers de la sécurité nationale ; et mais certainement beaucoup plus politique vis-à-vis de la situation US, et d’une position personnelle particulièrement indépendante. Un terrain sûr, fécond et assez original pour les Christoforou-Mercouris. L’entretien est du 11 octobre :
Mercouris : « Nous avons énormément d’actualités à aborder, mais l’essentiel est de comprendre que tout est lié. C’est là le point crucial à saisir.
» Il me semble qu’une façon d’appréhender tous ces événements est de dire que le projet néoconservateur — qui s’est accéléré sans cesse depuis le milieu des années 1990 — est aujourd’hui en train de foncer droit dans le mur. Nous le constatons à travers les deux conflits que nous observons, celui en Ukraine et celui au Moyen-Orient ; ce choc frontal engendre des répercussions et des ondes de choc majeures au sein même du monde occidental.
» J’ai suffisamment d’âge pour me souvenir de la fin des années 1960 et du début des années 1970 ; l’atmosphère de l’époque, liée à la guerre du Vietnam, présentait certaines similitudes avec la situation actuelle. Toutefois, de mon point de vue, la situation est bien pire aujourd’hui, et bien plus complexe.
» Alors, tout d’abord, Garland, partagez-vous mon avis ? Je conçois qu’il existe de multiples façons d’analyser la situation, mais pensez-vous que cette perspective soit juste ? Si c’est le cas, nous pourrions peut-être examiner chaque point l’un après l’autre. »
Effectivement, Nixon aborde la question, même dans son aspect militaire, d’un point de vue fondamentalement politique. Il poursuit l’analyse de l’évolution de la politiqueSystème poursuivie et poussée par les neocon comme « fauteurs de guerre utiles » (des « idiots-utiles » plus opérationnels et à visages découverts) depuis le début des années 1990, avec les encouragements des usual suspects, CIA, MI6, Mossad & Cie, sous les auspices des divers relais du DeepState et ainsi de suite, — on en perd son souffle à énumérer les manipulateurs, comploteurs et autres « Maîtres du monde » de service…
Garland Nixon : Absolument. Et je pense que l’on peut envisager cet échec sous deux angles particuliers : l’un interne et l’autre externe.
» Sur le plan externe, il y a cette incapacité à accepter les limites de leur propre puissance. Vous savez, ils ont tenté de s’attaquer à la Chine dès l’arrivée de l’administration Trump ; ils le faisaient déjà depuis un certain temps, mais ils ont essayé d’affronter la Chine de front sur le plan économique, pour finalement réaliser que l’enjeu ne se limitait pas à l’économie. Il s’agit aussi des matériaux dont ils ont besoin ; l’interconnexion — si tant est que ce mot existe — de la chaîne d’approvisionnement mondiale rend impossible une confrontation économique frontale et brutale avec la Chine. Ils ont dû faire marche arrière, mais ils peinent à s’adapter, car ils continuent de tenir des propos du genre : « Nous détruirons la Chine, l’Inde ou qui nous voulons », tout en maintenant des sanctions majeures, etc. C’est donc cette incapacité à accepter leurs limites économiques.
» Bien entendu, les limites militaires sont assez évidentes, mais on entend toujours ce discours : « Nous allons revenir à la charge et frapper à nouveau l’Iran. » Et ils répètent inlassablement le même scénario. « Nous allons frapper l’Iran durement. » Puis quelques semaines ou un mois passent, et ils se disent : « Bon, d’accord, alors nous allons frapper l’Iran durement. » Trois ou quatre semaines s’écoulent encore… Ils continuent de se heurter violemment à l’Iran, encore et encore. L’Iran semble aguerri face à ces attaques, prêt à les affronter ; le pays les encaisse puis reprend le cours de sa stratégie à long terme.
» Et il semble que le plan consiste toujours à… eh bien, à refuser d’admettre qu’ils ne peuvent pas, entre guillemets, « forcer » les Russes à s’asseoir à la table des négociations. « Forcer »… c’est une formulation étrange, dire qu’on va forcer quelqu’un à venir négocier. Après tout, ce n’est plus vraiment une table de négociation si l’on y a contraint l’autre partie. De par la nature même des négociations et de la diplomatie, il ne s’agit pas de recourir à la force ; mais, là encore, ils ne peuvent accepter ces limitations. »
Garland Nixon poursuit en passant au problème interne, l’autre face de la même pièce, exactement similaire à la première : même attitude, mêmes échecs, même entêtement, même complet désintérêt pour la réalité, même certitude d’être dans le Vrai et dans le Bien puisqu’ils sont le Vrai et le Bien à la fois, — selon les dernières nouvelles et les meilleures instructions du Malin.
Garland Nixon : « D’un point de vue interne, ils ne peuvent pas accepter ces limites à présent ; je pense que cela se manifeste par l’écart croissant — ce gouffre, pourrions-nous dire — entre les masses, le citoyen ordinaire, et la classe politique ou l’élite. Les gens dans la rue expriment leurs attentes, forts de ce qu’on leur a dit — appelez cela comme vous voulez : démocratie ou autre — à savoir que le peuple élit des représentants censés défendre ses intérêts.
» Il existe donc une attente légitime quant à cette représentation, mais les gens prennent conscience qu’en réalité, ces élus ne les représentent pas du tout ; bien au contraire, leurs actions nous nuisent alors même que nous leur avions demandé de ne pas agir ainsi. Nous avons donc affaire à une population qui ouvre les yeux et se dit : « Tout ce qu’on nous a raconté sur le gouvernement représentatif… nous y aspirons et nous attendons qu’il en soit ainsi, mais cela ne se concrétise pas avec le gouvernement actuel. » Reste à voir comment cette contestation va s’exprimer — que ce soit par des manifestations ou par le biais des élections de mi-mandat.
» Tout cela reste à voir. Mais je pense qu’il faut examiner, tant sur le plan interne qu’externe, comment ces dirigeants et leur nature autoritaire sont en train de déstabiliser la situation mondiale dans son ensemble. »
Mercouris : « Absolument. Je pense que vous avez mis le doigt sur un point très important : ils trouvent impossible d’accepter que cela leur arrive. Ils s’étaient tellement habitués à penser qu’ils pouvaient tout faire — anéantir des économies, faire marcher des armées, traiter le monde entier comme un échiquier — qu’il leur semble soudain incroyable que la partie ne leur appartienne plus. »
Les deux hommes ont donc installé l’assise de leurs échanges qui va constituer un large tour d’horizon sur l’actuel désordre chaotique du monde. Nous connaissons tout cela depuis longtemps et notre seule mission est d’observer l’évolution du monstre jusqu’au moment et sa surpuissance le fera définitivement basculer dans l’autodestruction. Cela vaut pour les USA, donc cela vaut pour le reste du bloc-BAO.
Trump-Poutine et l’enfant dans le dos de l’UE
Ensuite, les deux intervenants passent à l’examen des divers problèmes évoqués. Mercouris commence par des considérations sur l’actuelle campagne aérienne russe sur Kiev. Il communique quelques considérations extraordinaire sur cette campagne, à laquelle nous allons nous arrêter pour compléter notre propre tour d’horizon.
Cela est dit alors que l’accord entre Trump et Poutine sur la livraison de considérables cargaison de diesel russe rebat les cartes complètement brouillées des Européens, pris au piège de leur aveuglement guerrier qui semble désormais ne plus tenir qu’au fil ténu de la position de Zelenski dont l’accord Trump-Poutine souhaite ouvertement le départ rapide. La sottise des dirigeants européens aura alors un vaste champ de bataille rempli de ruines pour discuter de leur avenir électoral.
Stupéfaction des experts-Système devant les capacités russses
Mais on en reste pour l’instant à Kiev et à la formidable campagne de bombardement russe qui laisse les experts européens conformistes-Système dans la plus complète stupéfaction… Mercouris nous en donne quelques nouvelles qu’il répercutera certainement dans ses prochains programmes.
Mercouris pour Garland Nixon : « Maintenant, je tiens à vous communiquer une information, une seule chose que j’ai apprise tout récemment — il y a à peine quelques heures, juste avant le début de cette émission. Je ne prétends pas disposer d’une multitude de sources au sein des structures politiques londoniennes, car ce n’est pas le cas ; toutefois, je connais une ou deux personnes bien informées. Voici ce qui se dit : la campagne aérienne lancée par les Russes en Ukraine a complètement sidéré l’Occident, car il s’agit précisément du type d’opération que nous menons habituellement. Or, ce sont eux qui la réalisent, et ce, contre ceux que nous soutenons.
» Une telle situation ne s’était jamais produite sous cette forme depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’Occident est sous le choc. Le fait qu’une campagne aérienne d’une telle envergure et d’une telle sophistication puisse être menée par le camp adverse suscite une consternation totale. Si vous lisez l’interview très intéressante qu’Éric Schmidt a accordée à ‘The Economist’ ici à Londres, vous verrez qu’il tient le même discours. On a tendance à imaginer les Russes comme étant lents, lourds et arriérés, tandis que les Ukrainiens seraient, eux, agiles et à la pointe de la technologie. En réalité, lorsqu’il parle des Ukrainiens, il pense surtout à nous, en Occident. Il constate avec stupeur que l’adversaire est au moins aussi performant que nous. Comme je le disais, c’est un scénario qu’ils n’avaient jamais envisagé ni cru possible de voir un jour… »
Ici, c’est le sort de Kiev qui nous intéresse particulièrement : capitale de plusieurs millions d’habitants, coupée en deux par le puissant Dniepr surmonté de plusieurs ponts qui sont en train d’être méthodiquement mis hors d’usage, sans nécessairement être structurellement détruits, par les incessantes attaques russes.
Kiev était super-protégé par une défense aérienne très soignée et des forces armées nombreuses regroupées pour protéger le précieux gouvernement zélenskiste et les divers appendices OTAN-CIA/MI6 bourrés de chefs étoilés occidentaux. Tout cela est en train de voler en éclats sous les coups de boutoir répétés d’une offensive aérienne qui évolue à ciel ouvert et avec une formidable précision, au grand dam du ministre polonais des affaires étrangères Sikorski qui assurait il y a trois semaines les Ukrainiens de la conquête de la Russie en 42 jours grâce à la formidable supériorité aérienne de l’OTAN.
Une fin du monde très hollywoodienne
Glenn Diesen reçoit Stanislas Krapivnik, russo-ukrainien venu aux USA dans sa tendre jeunesse, ayant embrassé une carrière dans l’US Army jusqu’au grade de capitaine, avant de quitter l’uniforme et les États-Unis pour la Russie où il est devenu un informateur réputé pour le circuit de nos commentateurs-influenceurs.
Krapivnik refait pour Diesen un rapide historique de la ville de Kiev durant la guerre, depuis la panique initiale d’une attaque russe qui n’était qu’une offensive temporaire de fixation d’une partie de l’armée ukrainienne. Cette panique avait entrainé pourtant une distribution massive d’armes individuelles à tous les Kiéviens pour une défense urbaine jugée alors nécessaire. Les Russes repartirent sous les commentaires sarcastiques des commentateurs américanistes-occidentalistes mais les armes restèrent. Tout le monde est donc plus ou moins armé à Kiev et cela alimente désormais le désordre qui s’amplifie avec le départ précipité d’un nombre grandissant d’habitants de la capitale, d’ailleurs encouragé à cela par le maire Klitschko, ennemi intime de Zelenski et qui dénonce son manque de moyens pour la défense de la ville. Kiev se désertifie très rapidement au rythme sonore des attaques russes incessantes.
Krapivnik décrit alors ce qu’il juge être l’avenir proche de Kiev en évoquant le film ‘New York 1997‘ (‘Escape from New York‘), avec l’acteur Kurt Russell expédié dans un New York devenu une immense prison, d’où il doit exfiltrer le président des États-Unis qui a été forcé de s’y aventurer à la suite d’un incident de son très-beau ‘Air Force One‘.
Krapivnik : Alors, qu’est-ce qui va arriver à Kiev ? Je pense que le chaos va s’abattre sur Kiev. D’abord, une grande partie de Kiev est vide ou va le devenir surtout quand le gouvernement s’enfuira.
» Ce sera le plus grand signal d’alarme pour tous ceux qui restent encore. Il sera temps de dégager au plus vite. Donc je pense que la ville sera au moins à moitié désertée, sinon presque entièrement désertée. Il y aura beaucoup de gangs équipés d’armes, beaucoup de chefs mafieux et beaucoup d’autres factions politiques. J’imagine quelque chose qui ressemblerait à ‘New York 1997’, si vous vous souvenez de ce film. »
Diesen : « Oh ! De la fin des années 80 [fin des années 70]. »
Krapivnik : « Oui, ils en ont fait un deuxième, ‘Los Angeles 2013’, mais il n’a jamais été aussi bon que ‘New York 1997’. Donc oui, le premier était bien meilleur. [… Dans ce film,] New York est devenue une immense prison à ciel ouvert remplie de criminels. Tout le monde est armé. Donc oui, je pense que Kiev va devenir quelque chose comme ça. Paris pourrait devenir quelque chose comme ça avant Kiev, mais c’est déjà le cas.
» Mais oui, je pense que c’est la situation et après ça personne ne peut vraiment dire comment les choses vont évoluer. »
Une fin du monde « très ordinaire' »
Je remarquerai volontiers que le Kiev que nous promet Krapivnik est mis sur le même pied boueux et puant que le Paris-à venir, sinon d’ores et déjà venu, — mais sans pour autant nous priver du Prix Goncourt débarrassé de toute trace d’IA mais contant tout de même l’histoire d’un migrant (venu d’Ukraine ? Un peu trop blanc, voyez Zelznski). Macron peut pavoiser et être panthonisé avant l’heure [il se cacherait au Panthéon], car ce jumelage Kiev-Paris dans l’effondrement serait alors un fort beau geste de solidarité de la France éternelle à l’égard de l’Ukraine zélenskinisé.
Ce que nous disent ces diverses analyses, toutes venues de commentateurs de qualité selon mon jugement appuyé sur l’expérience, c’est que l’extraordinaire crise (GrandeCrise) que traverse notre monde est marquée par un désordre impossible à décrire, mais qui contient les germes d’un chaos dont on sait qu’il possède des capacités créatrices fondamentales. On rappelle ainsi la différence effectivement fondamentale que nous avons toujours faite entre « désordre » et « chaos » et que l’IA explicite ainsi selon un développement révélateur, et parfaitement selon notre entendement, — et selon ma conception personnelle, plus encore :
« Il serait même possible de pousser la distinction assez loin :
Le désordre est l’opposé de l’ordre.
Le chaos n’est pas nécessairement l’opposé de l’ordre : il peut être ce qui précède, produit ou annonce un autre ordre.
C’est une différence considérable. »
S’il est impossible de décrire la « situation de notre situation actuelle », c’est parce qu’elle contient, mêlées au désordre terrifiant qu’elle décrit, des vérités-de-situation qui nous sont encore dissimulées et qui sont sans aucun doute créatrice d’ordres nouveaux. Il me semble bien improbable d’espérer le rétablissement de l’une ou l’autre de ces sous-crises de la GrandeCrise, comme par exemple la paix en Ukraine après une éventuelle victoire russe, avant que le nettoyage par des travailleur.es. de propreté postmoderne soit achevé.
La paix », dites-cous ? Bien au contraire, toujours selon mon sentiment intuitif… La contagion du désordre sera alors l’ordre du jour, me semble-t-il : d’une façon ou d’une autre, — par la guerre ou par les désordres intérieurs, — le désordre gagnant avec brio et enthousiasme toute l’Europe de l’UE, y compris les primaires-des-primaires du PS. (Quant aux USA, à Dieu vat…) Les cris d’orfraie contre Poutine-seul ou contre Poutine-Trump, voire contre Trump-seul, ne sont que la marque extrêmement bien figurative de l’extraordinaire médiocrité des esprits dirigeants dans le monde occidental en pleine production-turbo. Je les trouve rassurants plutôt qu’inquiétants, ces cris-là, comme une toile typique des peintres-pompiers de la fin du XIXème siècle par opposition décisive aux nouvelles écoles des peintres modernisés et certains de nious apporter une nouvelle sensibilité du monde débouchant, comme une toilette mal élevée, sur notre sensationnele « Art Contemporain », dit-A.C.